DU GÉNÉRAL RONDOT
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BIOGRAPHIE DU GÉNÉRAL RONDOT
Philippe Rondot est Saint-cyrien, fils de général, et ancien commando parachutiste. Il est docteur en sociologie politique.
Philippe Rondot entre en 1965 dans les services spéciaux, où il est officier au service action du Sdece (l'ancêtre de la direction générale de la sécurité extérieure, la DGSE).
A la fin des années 1970, il rejoint la DST, le contre-espionnage français.
En 1994, il participe à la capture du terroriste Ilich Ramírez Sánchez (dit Carlos) au Soudan. Il participe à la libération de plusieurs otages en Libye et, plus récemment, en Irak.
Philippe Rondot fut chargé de la coordination du renseignement au cabinet du ministère de la défense de 1997 au 31 décembre 2005, date de sa retraite. Il était à ce titre le « conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales » du ministre de la Défense, Alain Richard puis Michèle Alliot-Marie.
Le texte intégral de la déposition du général Rondot : EN FIN DE PAGE
2ème
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DE L'AFFAIRE CLEARSTREAM: ![]()
LES SECRETS DU GÉNÉRAL RONDOT
C'EST
un petit bureau sous les combles de l'hôtel de Brienne, siège
du
ministère de la Défense dans le VII e arrondissement. Sur la porte, un écriteau
:
« Bureau des secrets perdus ». C'est l'antre de l'un des personnages les plus
mystérieux de la République.
L'un des mieux informés aussi. Mais, à 67 ans, le général trois étoiles
Philippe Rondot, conseiller de Michèle Alliot-Marie pour le renseignement
et
l'antiterrorisme, ne passe guère de temps dans son fauteuil. Il préfère
crapahuter en mission secrète à l'étranger, au Proche-Orient de préférence.
Cet expert
de la diplomatie secrète, qui joua un rôle clé dans la libération
d'otages
au Liban dans les années 1986-1988 et dans celle de la famille
Valente en
Libye en 1990, se trouverait aujourd'hui en Irak, selon des informations « ni
confirmées ni démenties » par le ministère. Cette présence serait
en tout cas
logique et représenterait un sérieux renfort auprès des diplomates à Bagdad.
Il a capturé Carlos Sorte de chef d'orchestre du « renseignement
offensif »
français, au confluent des divers « services », Rondot est un « ancien » de
la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) et de
la DST (Direction
de la surveillance du territoire). Il suit aussi de très près les opérations
des forces spéciales françaises qui traquent Ben Laden en Afghanistan
aux
côtés des Américains. Fils du général Pierre Rondot qui commanda les unités
d'Orient de la France libre, l'homme connaît comme sa poche les
pays arabes - et
tout particulièrement l'Irak auquel il a consacré un « Que sais-je ? » de
référence. Il parle parfaitement la langue, possède selon un ex-« collègue »
des « réseaux exceptionnels dans la région ». Il a effectué ces dernières
années plusieurs missions clandestines au pays de Saddam Hussein, chargé notamment
de sonder la solidité ou les intentions du régime baasiste :
on l'aurait
même vu à Bagdad en 2003, à quelques jours du déclenchement de
la guerre. «
Assez grand, crâne dégarni, bouille un peu ronde, oeil pétillant
sous des
sourcils broussailleux, l'homme n'a en apparence rien d'un James Bond, dit
un proche
qui souhaite rester anonyme. Il est disponible, posé, donne l'impression
d'avoir l'éternité devant lui, à l'orientale... Mais il ne livre pas le millième
de ce qu'il sait. » Cette discrétion est une qualité essentielle
pour mener
des négociations secrètes. Elle explique aussi sa présence, pour
assurer ce
rôle aussi sensible que stratégique, successivement auprès des
ministres
socialistes Pierre Joxe (1991-1993), Jean-Pierre Chevènement
et Alain Richard
(1997-2002) ainsi qu'aux côtés de Charles Pasqua (1993-1995)
ou de MAM. C'est
d'ailleurs avec Pasqua que Rondot a connu son fait d'armes le
plus médiatisé :
la capture du terroriste Carlos au Soudan, en 1994. L'opération était
le fruit
d'une longue traque de Damas à Khartoum et d'une excellente coopération
avec
les services soudanais et algériens. Moins connu : le mystérieux général,
grâce à sa connaissance des réseaux ex-yougoslaves (son autre région
de
prédilection), a permis de démasquer le commandant Pierre-Henri
Bunel, cet officier
français qui espionnait les secrets de l'OTAN au profit des Serbes. « Même
si
on reparle de lui aujourd'hui, reprend le proche anonyme, il faut savoir
que
la plupart des faits d'armes de Rondot sont voués au secret et
resteront
inconnus. »
EXCLUSIF : Rondot et la DGSE en Irak, à la recherche des otages


(Photos
de Philippe RONDOT) Photos & montage:
PSJ
1er septembre 2004 par Administrateur
La diplomatie française tente toujours d’obtenir la libération des deux journalistes et otages français détenus en Irak. L’ultimatum fixé par l’Armée islamique en Irak a expiré à 14 heures mardi. Un premier ultimatum, qui devait expirer lundi soir, avait été prolongé de 24 heures, un délai qui devait permettre à la Jordanie de mettre à contribution ses propres contacts en Irak pour tenter d’obtenir la libération des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot. La France aurait aussi envoyé sur le terrain un expert de la diplomatie secrète, le général Philippe Rondot. Selon la rédaction, le général Rondot se trouverait en Irak depuis maintenant plusieurs jours, informations recoupées par les journalistes du Confidentiel et leurs contacts dans la région.
Agé de 68 ans, cet ancien baroudeur de la DGSE est chargé des questions de renseignement auprès de Michèle Alliot-Marie, il a été membre des cabinets de Pierre Joxe (1991-1993) et Alain Richard (1997-2002). Rondot est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages sur le monde arabo-musulman (dont « L’Irak » en 1995 aux éditions Que sais-je ?) expert en la matière, Rondot s’est illustré dans plusieurs missions délicates à l’étranger, mais il est surtout connu pour avoir été l’homme qui a capturé - pour le compte de la DST cette fois ci - le terroriste international « Carlos » de son vrai nom Illich Ramirez Sanchez. Une arrestation discrète et sans violence, au Soudan en 1994, Carlos y avait été drogué puis embarqué dans un avion français. Le général Rondot a également participé à la libération des otages français au Liban en 1986 ainsi que celle de la famille Valente en Libye en 1990. Habitué des opérations rapides, précises et réussies -du moins, publiquement - Rondot a donc été appelé à la rescousse par le Président Chirac avec la bénédiction de MAM.
Dans le monde, les appels à la libération des deux journalistes n’ont cessé de s’accumuler. À la suite d’une rencontre avec le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, son homologue jordanien, Marouan Mouacher, a affirmé avoir « le savoir-faire pour traiter ces questions ». « La Jordanie, compte tenu des problèmes qu’elle a eus avec ses propres ressortissants enlevés en Irak, a développé des contacts avec de nombreuses personnes et organisations, qui, elles-mêmes, ont des contacts avec ces groupes », a expliqué le ministre Mouacher.
« Il y a deux types d’opérations, deux types d’hommes
sur le terrain, d’abord la guerre diplomatique, puis la guerre secrète,
tous les états font ça, il y a toujours ces deux formes de
contact, elles sont indissociables d’un état et de son commandement » rappelle
Louis Belmonte, notre confrère du Confidentiel, spécialiste
des opérations secrètes et du renseignement. En effet, le
général Rondot se trouve en ce moment même en Irak
avec deux équipes du Service Action de la DGSE, et ce depuis déjà quelques
jours. Un départ précipité, mais surtout un moyen
d’appui, d’action et d’investigation nécessaire
pour le petit bureau de la DGSE de Bagdad mis en place quelques heures
après la chute du régime de Saddam Hussein
et qui a déjà enquêté sur
ces groupes islamistes. Une source proche de la « piscine » confirme
que l’antenne de Bagdad est l’une des plus actives aujourd’hui,
le contraire nous aurait fortement étonnés.
Mais la DGSE évolue, encore et toujours, sous influence de celui qui sans doute a donné un nouveau visage et redoré les espoirs de nos agents secrets. Rondot, l’efficace général a la confiance de la ‘maison’ depuis bien des années, ce qui est très rare en France. « Rondot n’a jamais roulé pour sa bosse, pour un président, pour un parti, Rondot c’est un type qui roule pour le drapeau, la patrie, la France » confirme dans une interview par email Tomas, un ex de la maison passé aujourd’hui dans le privé « là-bas Rondot et ses équipes ont déjà le travail presque mâché, il y a avec eux des analystes qui sont surplace depuis quelques années déjà et dont le nombre a été augmenté depuis la guerre. Rondot a planifié tout depuis Paris, et comme il n’en est pas à son premier voyage en Irak, il a pu reprendre contact avec des gens influents ».
Ainsi
donc, Philippe Rondot se trouve au cœur de la guerre secrète
alors que parallèlement Michel Barnier, le ministre des Affaires étrangères,
lui s’occupe du côté protocolaire et, forcément,
médiatique.
« Vous savez, généralement, quand
on appelle Rondot, c’est comme dans un film hollywoodien, c’est
que tout a déjà été tenté sans espoir… » confirme
notre source, une réputation qui colle à la peau du général.
Un de nos correspondants de Bagdad nous affirmait encore cet après
midi, que Philippe Rondot gère sur place deux équipes de
la DGSE arrivées séparément, chacune a une région
spécifique à couvrir. « Rondot va s’appuyer sur
l’aide des locaux mais aussi de certains employés d’une
société militaire privée française qui protègent
les intérêts économiques français en Irak, pour
moi il a 50% de chances de réussite, et je sais de quoi je parle » rajoute
Tomas, l’ex agent secret français passé au privé.
Le général Philippe Rondot a dès à présent
les cartes en main et le feu vert de l’Elysée ainsi que toute
la bénédiction de MAM et de Pierre
Brochand, le directeur
actuel de la DGSE.
Jean-Paul Ney avec les correspondants du magazine "Le Confidentiel"
2ème
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LE MONDE DE LA DGSE: ![]()
Philippe Rondot quitte le monde du renseignement
Le « conseiller pour les opérations spéciales » auprès
de Michèle Alliot-Marie, vient de quitter son bureau du ministère
de la Défense. Tombeur de Carlos, le vieux général
est aussi à l’origine d’opérations historiques
: exfiltration d’Aoun de Beyrouth, libération d’otages
au Liban et en Irak, et d’autres encore plus secrètes qu’il
emporte avec lui dans ses nombreux cartons. Philippe Rondot laisse quelques
dossiers en suspend comme la traque d’Oussama Ben Laden
mais encore celle des criminels de guerre serbes Karadzic
et de Mladic.
L’homme
d’action et de terrain est devenu l’une des figures les plus
emblématiques dans le monde du renseignement. Très respecté par
ses pairs tant aux Etats-Unis qu’au Moyen-Orient en passant par l’Afrique,
il laisse déjà un certain vide rue Saint-Dominique depuis
ce jour de 31 décembre 2005 ou il a officiellement quitté ses
fonctions.
Agé de 69 ans, cet ancien baroudeur de la DGSE a été chargé des
questions de renseignement et d’opérations spéciales
auprès de Michèle Alliot-Marie, il a été membre
des cabinets de Pierre Joxe (1991-1993) et Alain Richard (1997-2002). « Le
poste du général est mal définit, voire trouble, je
dirais qu’il a été crée pour lui, taillé à la
mesure du personnage. C’est ce qu’un ministre peut faire de
mieux » précise un militaire français. Rondot est aussi
l’auteur de plusieurs ouvrages sur le monde arabo-musulman (dont « L’Irak » en
1995 aux éditions Que sais-je ?) expert en la matière, le
général Rondot s’est illustré dans plusieurs
missions délicates à l’étranger, mais il est
surtout connu pour avoir été l’homme qui a capturé -
pour le compte de la DST cette fois ci - le terroriste international « Carlos » de
son vrai nom Illich Ramirez Sanchez. Une arrestation discrète et
sans violence, au Soudan en 1994, Carlos y avait été ‘drogué’ puis
embarqué dans un avion français. Philippe Rondot a également
participé à la libération des otages français
au Liban en 1986 ainsi que celle de la famille Valente en Libye en 1990.
Sans oublier le passage des moines de Tibéhirine mais encore sa
rencontre avec Abou Nidal pour stopper les attentats en France. Puis ce
sera le tour de Chesnot et Malbrunot en Irak, le vieux routier du renseignement
y évoluera comme un poisson dans l’eau, jouant ses innombrables
contacts et longues amitiés, surtout en Syrie. Habitué des
opérations rapides, précises et réussies -du moins,
publiquement - Rondot a maintes fois été appelé à la
rescousse par le Président Chirac avec la bénédiction
de MAM. Dernier coup d’éclat, l’homme sans visage que
la presse a évité de traquer - le prendre en photo pouvait
vous conduire au cachot - reste encore discret.
Opposé plusieurs fois à la DGSE, l’homme ne sera jamais pardonné par les militaires d’avoir quitté, à l’époque, la ‘piscine’ pour la DST, le contre-espionnage français issu du ministère de l’Intérieur. Une rivalité qu’il saura gérer avec des qualités de diplomate qui lui sont largement reconnues, même par ses ennemis. Apprécié, rarement critiqué, le général saura déceler en certains hommes leurs qualités, il sera en effet le premier à recruter ces agents connus comme étant les « arabes de la DGSE », en fait des sources très bien infiltrées sur le terrain et que les américains nous envient encore aujourd’hui. Il est, dit-on, l’un de ceux qui a ‘civilisé’ la DGSE, en effet, le service secret compte aujourd’hui plus de civils que de militaires
Le « pilier du renseignement français » comme on peut l’entendre dans les couloirs du ministère de la Défense, a été associé à la plupart des actions antiterroristes et des opérations spéciales des dernières décennies, si un seul homme connaît les limites entre la lumière et l’ombre pour défendre l’idéal républicain tout en respectant les droits de l’Homme, c’est bien Rondot.
Deux
questions opérationnelles se posent aujourd’hui : qui
remplacera le général Rondot ?
Quel homme saura hériter de son formidable carnet d’adresses
?
Une dernière se lit sur tous les visages mais ne se pose pas directement : Quel homme aura le talent et la classe discrète d’un général au service secret de la république, le général Philippe Rondot ? Seul l’avenir nous le dira.
Le nouveau héros solitaire, un passe-muraille mélancolique de 70 ans
Mis en ligne le 02/05/2006
Baroudeurs, espions, Sean Connery (75 ans) et Clint Eastwood (76 ans) ont désormais leur équivalent dans le réel : le général Philippe Rondot, un frère d'armes, qui a pris des coups, en a donné, su rebondir et même mettre à profit la formation continue pour s'assurer une longévité inusitée dans le métier et prendre une retraite de général de division. Un héros gris pour une époque aux espoirs plus limités qu'au temps des Trente glorieuses.
Grand, mince, élégant, british même, le cheveu grisonnant
et clairsemé (Le Parisien, 30 avril 2006), le général
(ER) Philippe Rondot (1936) évoquerait facilement la silhouette
de Clint Eastwood ou de Sean Connery et leurs exploits récents.
Les papys du film d'action et d'aventure campent désormais des mentors,
des espions ou des cambrioleurs expérimentés et las ("La
Maison Russie", "Haute Voltige", "Les Pleins Pouvoirs").
Mais, c'est la silhouette de son père, feu le général
Pierre Rondot, professeur de géopolitique à l'Ecole supérieure
de journalisme de Lille dans les années 1970, que celle de Philippe
Rondot rappelle. Le père était un soldat de la France libre,
le fils fit ses premières armes dans les commandos de chasse en
Algérie. Mais, avec l'âge, les Rondot militaires se muent
en experts.
"Si John Le Carré était français,
George Smiley s'appellerait Philippe Rondot"
Ceci ne suffit pas à en faire des héros médiatiques.
Alors, toute la presse (Le Monde, Le Point) a convoqué la mythologie
de l'espionnage et de l'action clandestine pour parvenir à cerner "le
maître espion, celui dont la presse ne dispose que d'une photo vieille
de trente ans" (JDD, 30 avril).
Il était le conseiller des ministres de la Défense (depuis
Joxe et Richard) sur le renseignement et les opérations spéciales,
mais rien ne prédisposait Rondot à se réincarner en
héros romanesque. Car s'il fut l'organisateur de l'arrestation et
de l'enlèvement du terroriste Carlos (1994), ses dernières
enquêtes (rumeurs sur la détention de comptes bancaires par
Jacques Chirac au Japon, listings Clearstream…) sont moins ébouriffantes.
Pourtant, pour Le Parisien, il est "le général de l'ombre",
surnommé "colonel Lawrence" par ses collègues militaires.
Comme Lawrence d'Arabie, le général trois étoiles
Philippe Rondot, 69 ans, a toujours rêvé du désert,
aime la moto, est fasciné par le monde arabe".
C'est l'individualisation de cette personnalité, de sa trajectoire, à une époque
où le renseignement devient plus technique qu'humain (la faille
des Américains, l'une des sources de leurs déboires au Moyen
Orient), sa médiatisation connotée, qui fait de Rondot un
héros. "Une vie consacrée au secret" titre Libération
(29-30 avril).
Son journaliste – Jean-Dominique Merchet – enrichit le personnage
d'autres références littéraires : "Si John Le
Carré était français, George Smiley s'appellerait
Philippe Rondot". Reste que depuis "L'Espion qui venait du froid" (1966),
la grise réalité et Le Carré ont habitué le
lecteur à des portraits triviaux d'espions ressemblant plus à des
bureaucrates précautionneux qu'à de flamboyants James Bond.
Des anti-héros !
Rondot connaît des mésaventures semblables aux leurs, derrière
le rideau de fer. "Dans les années 1970, le capitaine Rondot
est adjoint au chef de poste SDECE en Roumanie (…) Ses rapports avec
son colonel sont exécrables. Un jour, à Bucarest, ce dernier
est intrigué par la disparition pendant quarante-huit heures de
son adjoint. Il alerte Paris, l'affaire grossit : Rondot aurait-il eu des
rapports avec la Securitate, les services roumains ? Le jeune capitaine
a beau jurer avoir perdu les clés de son appartement et être
allé à l'hôtel, il est rappelé en France."
Ce limogeage ressemble aux désespérantes intrigues bureaucratiques
et grisâtres qui tissent la trame des romans de Le Carré.
Rien de palpitant. La suite, l'est encore moins.
Validation
des acquis de l'expérience
A l'approche de la quarantaine, le commando Rondot se mue en expert.
Retour à l'université pour
un doctorat de sociologie politique. La publication de "Que Sais Je
?" sur la Syrie, l'Irak, la Jordanie apparaît comme la "validation
des acquis de son expérience".
Rondot est un innovateur pour une procédure de plus en plus en vogue
pour une évolution de carrière chez les quadragénaires.
Astucieux, mais cela suffit-il à faire du soldat intello un cousin
d'Indiana Jones ?
Plusieurs journaux ont évoqué son goût pour le Moyen
Orient. Le Monde souligne même son engouement pour la moto dans la
Bekaa. Mais, Rondot, à la différence de Lawrence n'a pas
eu l'opportunité de manifester le charisme d'un fédérateur
apte à soulever les nations arabes contre les Ottomans (1919-1921).
Il reste cet acteur de l'envers du décor dont tous les chroniqueurs
mentionnent "le discret bureau dans les combles de l'Hôtel de
Brienne (ministère de la Défense)".
Où donc peut-on lui trouver les qualités du héros
? De quel héros ?
Lawrence apparaissait, flamboyant et métaphysique, écrivait
et se mettait en scène. Rondot eût préféré demeurer
dans les plis du rideau : "Il est aujourd'hui scandalisé d'être
en première ligne dans une affaire politique", constate l'ensemble
de la presse à l'instar du Parisien (30 avril).
La complexité flamboyante de la personnalité de Lawrence
(archéologue, meneur d'hommes, homophile introverti et ostentatoire,
essayiste métaphysique…) est en phase avec l'épopée
coloniale ! L'époque où les journalistes (Jack London, Albert
Londres…) et les romanciers (Conrad, Benoît, Kessel, Hemingway…)
nourrissent leurs fresques de conquêtes et de conflits internationaux,
de personnages transgressifs.
Loin
du James Bond conquérant des Trente glorieuses
Depuis les années 60, l'existentialiste Le Carré peint les
espions en homme ordinaires. Ils s'effacent, broyés par la guerre
des Etats, avant d'avoir accédé au statut de héros,
conformément au modèle de l'homme sartrien.
Membre du club de "ceux qui en savent trop" (Le Point 27 avril),
c'est l'aptitude au rebond de Rondot (passage inédit du SDECE, à l'université puis à la
DST, et dans les cabinets ministériels…) qui, sur la durée,
finit par l'assimiler à un héros. L'expérience, l'aptitude
individuelle à la survie, plutôt que le coup d'éclat
galvanisant le public.
Le héros mythique (Hercule, James Bond…) acquiert son statut
en triomphant des spectaculaires épreuves qui lui sont infligées.
Le parcours de Rondot n'a rien de lisse (limogeages, placard, retour en
grâce auprès des ministres…).
Comme Le Monde (Hervé Gattegno), c'est à deux spécialistes
de l'investigation internationale (Henri Vernet et Bernard Violet) que
Le Parisien a confié le soin de tracer son parcours contrasté :
"
Le maître espion a aussi connu des échecs. Ainsi sera-t-il
très affecté par l'assassinat de son ami Michel Seurat, otage
du Hezbollah. Ainsi a-t-on évoqué sa tentative de médiation
dans le drame des moines de Tibérhine en Algérie. En 2003, à la
veille de l'invasion américaine en Irak, l'officier était
en mission clandestine ultra-secrète à Bagdad, afin de sonder
l'entourage de Saddham Hussein. Quand il partait là-bas, il changeait
vingt fois d'avion pour brouiller les pistes, se rappelle un proche. Il était
armé, encore qu'un pistolet soit une maigre protection dans de telles
situations".
Faute d'ampleur nietzschéenne (T.E. Lawrence), Rondot est davantage
un héros d'aujourd'hui, un héros pour temps morose, parce
qu'il est humain donc faillible, et s'offrant à la compassion. Un
héros à la française, mais un cousin d'Astérix,
et comme lui capable d'affronter l'adversité avec sa seule volonté et,
sans doute, armé d'une bonne dose de culot.
La presse, (insinuante ou sollicitée ?) le campe aussi comme laissant
filtrer des informations sur sa lassitude et ses états d'âme.
Mélancolie de retraité amer. Mauvaise transition travail/retraite
! Loin de James Bond, le modèle du conquérant périmé des
Trente glorieuses, voici l'espion doué d'humanité souffrante
pour une époque aux espoirs obscurcis.
L'affaire met le nom du général sur la place publique quatre
mois après qu'il ait pris sa retraite, affecté par les bisbilles
de service, mais surtout par la disparition de son père et de son épouse
(Le Monde, Libération, Le Parisien, Le Journal du Dimanche).
On comprendra mieux ainsi que Philippe Rondot puisse catalyser les énergies
journalistiques. Il incarne le héros humanisé et gris d'une époque
qui a renoncé aux grands projets pour ancrer son affectivité aux
peurs, angoisses et émotions que les lendemains incertains lui inspirent
http://www.seniorscopie.com/actu/article.asp?id=060502002340&rub=med
Le général RONDOT et M. Alain JUILLET (DGSE) ( Orléans - Photo personnelle Patrice Saint-Jacques)
(Photo
Personnelle) P. ST-JACQUES ![]()
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Denis
Robert Révélations Boite noire
envoyé par sur_vivant
Durée : 28:49 Pris le : 05 décembre 2006 Lieu : France
LES ROUAGES DE L'AFFAIRE CLEARSTREAM

2ème
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AFFAIRE CLEARSTREAM
Chronologie
Voici les principales dates reconstituant
l'affaire Clearstream:
2001
Une instruction concernant les frégates de Taïwan est confiée aux juges Renaud Van Ruymbeke et Dominique de Talancé. Ce contrat de 2,5 milliards de dollars, datant de 1991, aurait donné lieu au versement de 500 millions de dollars de commissions via Clearstream, une chambre de compensation interbancaire implantée à Luxembourg.
Février 2001: l'écrivain et journaliste Denis Robert publie
avec Ernest Backes "Révélation$" sur Clearstream
(anciennement Cedel) accusant cette société luxembourgeoise
de compensation financière de dissimuler des opérations financières
dans des comptes "non publiés" et en effaçant sciemment
la trace informatique de transactions illégales. Canal+ diffuse
un reportage de Denis Robert et Pascal Lorent sur le sujet, intitulé "Les
Dissimulateurs".
- Ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet
anti-blanchiment de Luxembourg. Les députés socialistes français
Vincent Peillon et Arnaud Montebourg, respectivement président et
rapporteur de la mission parlementaire française sur le blanchiment,
annoncent une série d’auditions consacrée à Clearstream.
Mars 2001 : Audition d’Ernest Backes et Denis Robert par la mission parlementaire française. Clearstream et des banques mises an cause dans le livre déposent une série de plaintes contre les auteurs et l'éditeur.
10 mai 2001 : Trois signataires de "l’Appel de Genève" contre les paradis fiscaux, Renaud Van Ruymbeke, Bernard Bertossa, Benoît Dejemeppe, rejoint par deux magistrats spécialisés dans les affaires financières, Eva Joly et Jean de Maillard, publient une tribune dans Le Monde affirmant que " l’histoire de 'Révélation$' ne fait que commencer. "
11 mai 2001 : Ouverture d’une information judiciaire contre André Lussi, administrateur de Clearstream, "et autres" pour "faux et usage de faux, faux bilans, blanchiment d’argent, escroquerie fiscale, infraction à la loi sur le secteur financier".
15 mai 2001 : André Lussi et plusieurs cadres de Clearstream sont suspendus. André Roelants remplace André Lussi.
Juin 2001 : Perquisition au siège de Clearstream.
9 juillet 2001 : Le substitut du Parquet anti-blanchiment de Luxembourg, Carlos Zeyzn publie un communiqué qui s’attarde sur les affirmations d'un "témoin H.", mais dédouane Clearstream de tout "blanchiment systématique ". L'enquête continue.
15 septembre 2001 : Le témoin H., Régis Hemple, ancien vice-président de la firme, dépose devant Vincent Peillon et Arnaud Montebourg et raconte comment des milliers de transactions étaient effacées des ordinateurs après avoir été effectuées.
10 décembre 2001 : La Deutsch Börse Clearing, qui gère la bourse de Francfort, rachète 100% de Clearstream.
2002
22 janvier 2002 : La mission parlementaire sur le blanchiment rend public son rapport sur le Luxembourg. Le Premier Ministre du Luxembourg, Jean-Claude Juncker, qui devait recevoir la Légion d’honneur à l’Elysée, annule la cérémonie.
23 janvier 2002 : Sortie en librairie de "La Boîte noire" de Denis Robert, suite et complément de "Révélation$".
2003
Mars: L'informaticien Imad Lahoud, recruté par la DGSE, entre en contact avec Denis Robert. Celui-ci détient un certain nombre de listings informatiques de Clearstream. Denis Robert affirme les lui avoir remis devant témoin. Imad Lahoud ne conteste pas les avoir vus mais nie les avoir conservés ou utilisés.
Novembre: Jean-Louis Gergorin, membre du comité exécutif et vice-président de EADS, remet au général Rondot, dans son bureau, au ministère de la Défense, les 5 et 23 novembre, des listings de comptes Clearstream qui contiennent, selon le militaire, des noms d'hommes politiques suspectés d'avoir touché des rétrocommissions dans l'affaire des frégates. Le général Rondot reçoit l'ordre par Philippe Marland, directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie, d'enquêter sur ces listings.
2004
9 janvier 2004: Le général Rondot est convoqué par Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, en présence de Jean-Louis Gergorin.
3 mai 2004: Le juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke reçoit une lettre dénonçant "un groupe mafieux" dans lequel un "corbeau" désigne Alain Gomez, ancien PDG de Thomson (désormais Thales), Pierre Martinez, un de ses anciens collaborateurs et ex-patron de la brigade financière, Philippe Delmas, numéro deux d'Airbus et Andrew Wang, l'intermédiaire taïwanais du contrat des frégates. Ils sont accusés d'avoir touché des commissions liées au marché. Et, selon le corbeau, bénéficieraient de comptes dissimulés dans la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream.
7 mai 2004: Philippe Delmas est interpellé et interrogé. Une perquisition de son domicile ne donne aucun résultat.
9 et 14 juin 2004: Un cédérom, qui contient la liste de milliers de comptes bancaires, et une lettre, catalogue des détenteurs de comptes, arrivent chez le juge Van Ruymbeke. La lettre dénonce différentes personnalités avec les numéros de compte qu'elles sont censées détenir dans différentes banques étrangères, toutes membres de Clearstream. Côté politique, sont cités notamment les noms d'Alain Madelin (Citibank International), de Dominique Strauss-Kahn (Russian Commercial Bank à Chypre), de Jean-Pierre Chevènement (Banque cantonale vaudoise) et de Nicolas Sarkozy (Banca Popolare di Sondrio), caché sous les pseudonymes de Paul de Nagy et de Stéphane Bosca (le nom complet du ministre de l'Intérieur est Nicolas, Paul, Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa).
Juillet 2004: Le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire sur ces courriers anonymes.
Septembre 2004: Réponse positive à une commission rogatoire du juge Van Ruymbeke afin de vérifier si les numéros de comptes susceptibles d'intéresser son enquête sur les frégates de Taïwan existaient effectivement chez Clearstream: les comptes visés par la commission rogatoire du juge existent ou ont existé.
Automne 2004: le juge Van Ruymbeke conclut à la manipulation à propos des courriers anonymes impliquant des politiques. Les listings de Clearstream sont des "faux".
15 octobre 2004: Nicolas Sarkozy reproche à Dominique de Villepin, son prédécesseur au ministère de l'Intérieur, d'avoir demandé une enquête à la DST sur son implication dans l'affaire Clearstream et d'avoir passé sous silence les conclusions qui l'innocentaient.
Novembre 2004: L'enquête au Luxembourg du juge Carlos Zeyzn sur Clearstream se conclut par un non-lieu.
16 novembre 2004: Jean-Louis Gergorin nie être le (ou un des) corbeau(x), comme l'a avancé la DST sans en apporter la preuve.
Le juge Jean-Marie d'Huy est saisi d'une procédure en "dénonciation calomnieuse".
18 novembre 2004: Le directeur de la DST Pierre de Bousquet de Florian affirme au juge Jean-Marie d'Huy, sur sa demande, que la DST n'a rien découvert sur "le corbeau".
2005
21 janvier 2005: Pierre de Bousquet de Florian est convoqué par le juge d'Huy. Il admet que, début juillet 2004, Dominique de Villepin, son ministre de tutelle, lui avait demandé "d'essayer de voir ce qu'il y avait derrière" cette affaire. Mais il invoque "le secret-défense". Le juge sollicite donc la saisine de la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN).
6 mars 2005: Nicolas Sarkozy questionne le directeur de la DGSE Pierre Brochand, sur sa connaissance de l'affaire Clearstream.
Avril 2005: Dix "notes blanches" que contient le dossier de la DST, sont déclassifiées. Elles révèlent que des investigations ont bien eu lieu, que Dominique de Villepin en était informé, qu'une "manoeuvre de déstabilisation" était possible et que Jean-Louis Gergorin pourrait être le (ou un des) corbeau(x). Six autres notes du même dossier ne sont pas déclassifiées.
28 avril 2005: Double perquisition dans les locaux d'EADS à Suresnes. Le bureau de Jean-Louis Gergorin et celui d'un de ses plus proches collaborateurs, Imad Lahoud, sont fouillés. Les ordinateurs sont saisis mais Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin invoquent le "secret défense" pour en interdire l'exploitation.
Juin 2005: Le directeur de la DST Pierre de Bousquet de Florian est convoqué par le nouveau ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy qui lui demande de lui remettre "le dossier" sur lui-même. Le président de l'UMP entend débusquer d'"éventuels complots" contre lui. Il soupçonne Dominique de Villepin, désormais Premier ministre.
26
août 2005: La demande de levée du secret-défense
sur les PC de Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud est formulée. La
ministre de la Défense Michelle Alliot-Marie la transmet à la
CCSDN en exprimant ses "réticences".
- Audition de Jean-Louis Gergorin en qualité de témoin. Il
nie toujours être le (ou l'un des) corbeau(x).
- Audition d'Imad Lahoud. Il explique être entré chez EADS
en mars 2003, auprès de Jean-Louis Gergorin, et avoir été à cette époque
en contact avec Denis Robert. Celui-ci détient un certain nombre
de listings informatiques. Imad Lahoud ne conteste pas les avoir vus mais
nie les avoir conservés ou utilisés.
3 septembre 2005: Le parquet de Paris ouvre une information judiciaire pour "dénonciation calomnieuse", suite à une plainte avec constitution de partie civile par Philippe Delmas. Les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons sont chargés de l'instruction. Ils confient l'enquête à un autre service de police et manifestent leur défiance à l'égard du procureur de la République de Paris Jean-Claude Marin.
21 octobre 2005: Devant le juge, Denis Robert affirme qu'il a été sollicité par Imad Lahoud début 2003. Le journaliste dit lui avoir remis un cédérom relatif aux comptes Clearstream de 2001 dont il s'est servi pour son enquête.
Une expertise partielle des ordinateurs de Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud atteste que "de nombreux fichiers ont été écrasés, notamment dans la nuit du 24 au 25 avril 2005". Soit quatre jours avant la perquisition dans les locaux d'EADS à Suresnes.
Philippe Camus, coprésident d'EADS, écrit au juge d'Huy pour lui indiquer qu'au lendemain des perquisitions du 28 avril à Suresnes, Imad Lahoud aurait fait l'objet de menaces de la part d'un haut cadre d'Airbus afin qu'il accuse Jean-Louis Gergorin d'être le corbeau avec la complicité du général Philippe Rondot, conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales de Michèle Alliot-Marie.
Novembre 2005: Le juge Van Rumybeke reçoit les conclusions d'une commission rogatoire adressée un an plus tôt en Italie: la Banca Popolare di Sondrio, censée avoir abrité un compte Clearstream au profit de Nicolas Sarkozy, y spécifie que "ce compte [a] comptabilisé des milliers d'opérations concernant l'ensemble de sa clientèle". La banque ne précise pas si Nicolas Sarkozy en faisait partie, mais écarte l'hypothèse d'un compte personnel.
Décembre: Le juge Renaud van Ruymbeke montre que les accusations du corbeau relève d'une manipulation.
31 décembre 2005: Le général Philippe Rondot, 69 ans, quitte officiellement ses fonctions.
2006
31 janvier 2006: Nicolas Sarkozy se constitue partie civile.
Mars
: Série de perquisitions dans le bureau d'Imad Lahoud, chez
le général Philippe Rondot et au siège de la DGSE à Paris.
Les perquisitions apprennent aux juges que début 2003, Imad Lahoud
avait été recruté par la DGSE. Le général
Rondot aurait eu recours à ses talents d'informaticien pour des
recherches sur le financement du terrorisme. Mais selon le général,
désormais en retraite, Imad Lahoud n'était qu'un "bénévole" à la
DGSE.
Imad Lahoud aurait ensuite rencontré Denis Robert pour sa connaissance
du système Clearstream.
15 mars: Denis Robert est réentendu et maintient sa version.
28 mars: Le général Rondot est entendu par les juges d'instruction.
6 avril: Le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, écrit au président du tribunal, Jean-Claude Magendie et au procureur général, Yves Bot pour se plaindre de l'attitude des juges d'instruction Pons et d'Huy lors de perquisitions. Ces méthodes "témoignent d'un mépris ou d'un manque de considération du ministère public".
Début avril : Nouvelle série de perquisitions: au secrétariat général de la Défense nationale (SGDN), au siège parisien d'EADS, au bureau de Gustave Humbert, président d'Airbus (filiale à 80% de EADS) à Blagnac (Haute Garonne).
13 avril : EADS se porte partie civile. Perquisitions au ministère de la Défense.
18 avril: Dominique Strauss-Kahn se constitue partie civile.
19
avril: Alain Madelin et Jean-Pierre Chevènement se portent partie
civile. Perquisition aux archives du ministère de la Défense.
- Le Canard Enchaîné affirme qu'un classeur au nom de Gilbert
Flam, un magistrat détaché à la DGSE et accusé en
2001 par la présidence de la République d'avoir enquêté sur "d'hypothétiques
comptes bancaires de Chirac au Japon", a été saisi chez
le général Philippe Rondot. Le classeur renferme l'enquête
interne menée par le général Rondot en 2002.
20 avril: Clearstream se porte partie civile. Dans un entretien sur le site internet de Challenges, le responsable des relations presse de Clearstream, Bruno Rossignol, affirme que la chambre de compensation ne fournit pas de compte aux personnes physiques. Denis Robert rappelle dans un droit de réponse avec Pascal Lorent que "des noms de particuliers par dizaines apparaissent dans les listes que nous nous sommes procurées". Il annonce qu'il va diffuser ces listes sur son site internet.
26 avril: La ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie dément avoir couvert l'affaire Clearstream comme l'affirmait L'Express.
27
avril: Dans un communiqué, Dominique de Villepin demande que
la lumière soit faite "sur l'affaire des dénonciations
calomnieuses".
- Sur son blog, Denis Robert indique que l'affaire du "Corbeau" a
conduit Clearstream à charger un vice-président de la firme,
Volker Potthoff d'une mission d'audit et de contrôle. Volker Potthoff
aurait "proposé des mesures plus draconiennes concernant les
clients acceptés" par Clearstream, ainsi que sur le contrôle
des comptes. Ces mesures "ont déplu au plus haut niveau, écrit
Denis Robert, et Potthoff quittera ses fonctions le 30 juin prochain."
28 avril: Selon Le Monde, le général Philippe Rondot a affirmé le 28 mars 2006 aux juges d'instruction qu'il avait été chargé le 9 janvier 2004 par Dominique de Villepin d'une enquête sur les soupçons de corruption visant Nicolas Sarkozy. Soit plusieurs mois avant que le juge Van Ruymbeke ne reçoive les premiers courriers anonymes. Matignon dément, reconnaissant avoir demandé alors une enquête au général Rondot sur des "réseaux mafieux" en marge du dossier des frégates de Taïwan.
29
avril: Le journal Le Parisien, citant des sources judiciaires indique
que Dominique
de Villepin va devoir être entendu par les juges d'instruction
Henri Pons et Jean-Marie d'Huy.
- Dans un entretien au Figaro, Dominique de Villepin, déclare qu'il
a confié au général Rondot, "dans le cadre des
orientations fixées par le président de la République
et comme ministre des Affaires étrangères, une mission de
vérification de l'action de certains réseaux ou intermédiaires
dans l'affaire de la vente des frégates de Taïwan"
LES
PROTAGONISTES DE L'AFFAIRE CLEARSTREAM
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Biographie
de Philippe RONDOT
Clearstream
14 mai 06 sorti de l'ombre
envoyé par pierif
Durée : 01:39 Pris le : 14 mai 2006 Lieu : Paris, France
Le texte intégral de la déposition du:
Général
Rondot
Partie 1
Quelle
est votre connaissance de l'affaire dite «du corbeau» et
connaissez-vous Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin, dont les noms ont été évoqués
dans cette affaire?
Bien sûr que je connais Jean-Louis Gergorin; je l'ai connu lorsque,
ayant quitté le Service de documentation extérieure et de
contre-espionnage, ancêtre de la DGSE, dans les années 1980,
j'ai cherché un point de chute qui a été le Centre
d'études de politique étrangère, dirigé par
Thierry de Montbrial, qui prenait la succession de Jacques Vernant. A cette
occasion, j'ai rencontré Jean-Louis Gergorin, qui dirigeait le Centre
d'analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères,
qui avait pris la suite de Thierry de Montbrial, car il participait souvent
aux séances de travail du Centre d'études de politique étrangère.
C'est là que nous avons fait connaissance. C'était à la
fin des années 1970, au début des années 1980. Puis
j'ai quitté le Centre d'études de politique étrangère
pour rejoindre le Centre des hautes études sur l'Afrique et l'Asie
moderne. C'est ce que l'on peut appeler ma période universitaire,
où j'ai mis à profit cette disponibilité pour passer
un certain nombre de diplômes universitaires, jusqu'au doctorat en
relations internationales. C'était une période de guerre
au Moyen-Orient, au Liban, en Syrie et en Irak (guerre avec l'Iran), et
JLG a fait appel à moi en qualité de consultant au centre
qu'il dirigeait, s'agissant des problèmes du monde arabe et musulman,
ainsi que des organisations radicales palestiniennes, sujets sur lesquels
je travaillais depuis quelques années. J'ai fait des missions extérieures
d'évaluation sur les conflits en cours en me rendant sur le terrain
au Liban, en Syrie et en Irak, et j'ai rédigé des comptes
rendus destinés au Centre d'analyse et de prévision ainsi
qu'à l'état-major particulier à l'Elysée. Durant
cette période, j'ai été approché par la DST
pour lui apporter une coopération opérationnelle à l'étranger,
dans le cadre de la lutte antiterroriste. J'ai ainsi rencontré Raymond
Nart, commissaire divisionnaire à la DST, à la demande du
préfet directeur de la DST de l'époque, M. Bernard Gérard.
Cela se passait autour de 1986. Depuis, je suis resté en contact
plus ou moins régulier avec JLG. Ma dernière rencontre avec
lui remonte à février 2005.
Qu'en est-il de votre connaissance d'Imad Lahoud?
Il m'a été présenté par JLG en janvier 2003,
comme un Libanais frère de Marwan Lahoud, fils d'un officier des
renseignements libanais, comme pouvant présenter un intérêt
pour nous dans le cadre de la lutte antiterroriste. Donc, j'ai reçu
IL pour faire son évaluation. Il m'est apparu qu'il avait des connaissances
intéressantes sur les réseaux de financement radicaux, particulièrement
ceux d'Oussama ben Laden. N'ayant pas les moyens de le traiter, je l'ai
mis en contact avec la DGSE, qui s'en est occupée pendant un semestre à peu
près. J'étais informé plus ou moins précisément
des résultats de cette opération par le directeur du renseignement
de la DGSE, M. Alain Juillet. Il m'a dit que c'était un personnage
intéressant, qu'il y avait effectivement des ouvertures, qu'il semblait
bien introduit dans les milieux financiers radicaux islamistes libanais,
et qu'il avait peut-être la capacité d'approcher les réseaux
financiers d'Oussama ben Laden.
Etiez-vous
informé des
ennuis judiciaires de M. Imad Lahoud?
Quand il m'a été présenté, non. J'en ai eu
connaissance quand j'ai fait faire son criblage, c'est-à-dire une
recherche sur ses antécédents aux fins de déterminer
s'il était clair ou non, par la DGSE en février 2003. Je
m'en étais d'ailleurs expliqué avec lui au moment où je
l'ai recruté, ses ennuis judiciaires étant selon lui en voie
de règlement. Je précise que lorsque IL m'a été présenté,
j'exerçais les fonctions de conseiller pour le renseignement et
les opérations spéciales (CROS) auprès du ministère
de la Défense. J'ai commencé à exercer ces fonctions
en 1991 auprès de M. Joxe, jusqu'à la fin du gouvernement
Bérégovoy, en mars 1993, époque à laquelle
j'ai rejoint la DST, en charge de la lutte antiterroriste et de la traque
de Carlos. J'ai repris ce poste de CROS auprès de M. Alain Richard,
ministre de la Défense du gouvernement Jospin, à partir de
septembre 1997. J'ai continué à exercer ces fonctions jusqu'au
terme des fonctions de M. Richard, en mai 2002, et j'ai été reconduit
aux mêmes fonctions par Mme Alliot-Marie, qui lui avait succédé.
J'ai cessé d'exercer ces fonctions le 31 décembre 2005.
Revenons à votre connaissance de l'affaire dite du corbeau, de
l'élaboration et de la transmission des lettres anonymes et des
listings de comptes Clearstream à M. Van Ruymbeke.
Après la séparation entre IL et la DGSE, intervenue à la
fin du premier semestre 2003, qui trouvait que le personnage ne lui apportait
pas ce qu'elle attendait et qu'il n'était pas facile à traiter
ou à manipuler, IL m'a fait part de sa déception et j'ai
continué à utiliser ses compétences, ses connaissances
et ses accès sur les réseaux financiers et les proches d'Oussama
ben Laden, tout particulièrement sur le demi-frère de celui-ci,
Yeslam. IL m'a fourni des renseignements de manière disparate, irrégulière
et de valeur inégale. Je lui ai demandé en même temps
s'il était capable de travailler sur les réseaux financiers
de soutien des criminels de guerre en Bosnie. Les recherches qu'il a effectuées
confirmaient ce que je savais déjà et son travail ne m'a
pas véritablement apporté un plus. Cela correspond à la
période de septembre à novembre 2003, pendant laquelle je
continuais à voir moins fréquemment JLG. Entre-temps, IL
avait un contrat ou trouvé un emploi à EADS.
Le texte intégral de la déposition du général Rondot partie 2
Le
fait qu'IL ait ainsi pu collaborer à EADS alors qu'il faisait
l'objet d'une procédure judiciaire dans le cadre de laquelle il
avait été incarcéré ne vous a-t-il pas paru
surprenant, eu égard à la sensibilité de la société EADS?
Cela ne m'a pas étonné, car c'était quelqu'un de connu
de JLG. Il y avait par ailleurs des liens entre JLG et Marwan Lahoud, frère
d'IL. En effet, ML avait un poste de directeur dans une entreprise liée à l'aéronautique
et c'était aussi un interlocuteur de Gergorin. Pour autant, lorsque
IL a fait l'objet d'une procédure d'habilitation «confidentiel
défense» par le Secrétariat général de
la Défense nationale [SGDN], quelque temps plus tard, sans que je
puisse être plus précis à ce sujet, j'ai fait part
au général Barro, chef de la Direction de la protection et
de la sécurité de la défense [DPSD], de mises en garde
orales quant au risque que présentait une telle habilitation d'IL.
En effet, il ne correspondait pas aux critères d'habilitation, eu égard à son
passé judiciaire. Je pense donc que la DPSD a dû émettre
un avis défavorable pour cette habilitation, de même que probablement
la DST, que j'avais également mise en garde à ce sujet en
la personne de M. Jean-François Clair, directeur adjoint de la DST à l'époque.
Je ne sais pas si IL a effectivement obtenu cette habilitation «confidentiel
défense», dont je vous précise qu'elle est décidée
par le secrétaire général de la Défense nationale
en personne, mais, si tel était le cas, cela me paraîtrait
anormal et la marque d'une intervention pour décider d'une telle
habilitation en dépit des risques encourus. Cela signifierait que
le ou les décisionnaires de cette habilitation auraient pensé que
ces risques valaient le coup d'être pris, compte tenu de l'apport
d'IL à l'entreprise EADS. Quand je parle de «risques»,
je parle de risques d'image pour la société EADS en cas de
condamnation de Lahoud, mais également du risque de renouvellement
de faits délictueux par l'intéressé au sein même
de la société EADS.
«La liste comprenait également les noms de Gomez, Delmas et Martinez, ainsi que les vedettes du show-biz Alizée et Laetitia Casta»
Début novembre 2003, il y a eu une sorte de bruit, de rumeur qui se répand selon laquelle certains ont connaissance d'une liste de personnalités et de fonctionnaires ayant pu bénéficier de rétrocommissions dans l'affaire des frégates qui circule. A ce moment-là, au cours d'une conversation avec JLG, le sujet est évoqué, et JLG, avec lequel j'avais auparavant échangé sur certaines rumeurs selon lesquelles la mort de M. Lagardère père aurait eu pour origine la criminalité organisée russe, m'a confirmé l'existence de cette rumeur. Lors de cet entretien, M. Gergorin m'a remis un listing informatisé comportant des numéros de comptes, des noms, la mention d'entrées et de sorties de fonds, de mouvements, ce listing faisant deux ou trois pages. Je ne crois pas que ce listing portait la mention de Clearstream. Cet entretien et cette remise de documents ont eu lieu dans mon bureau, situé 16, rue Saint-Dominique, au ministère de la Défense.
Ayant ce document en main et regardant les noms inscrits, je me suis étonné de la présence d'hommes politiques de droite et de gauche, MM. Rocard, Strauss-Kahn, Fabius ainsi que Madelin. Je ne suis pas sûr que le nom de Sarkozy était présent sur cette première liste, mais peut-être figurait-il sous les autres patronymes de Bocsa et Nagy. Mais ce ne sont pas les hommes politiques qui m'ont le plus surpris, ce sont plutôt les noms de fonctionnaires et militaires appartenant à nos services: le général Heinrich, ancien directeur du Renseignement militaire, M. Martini, chargé de la défense du patrimoine à la DST, M. Squarcini, n° 2 des Renseignements généraux, M. Gilbert Flam, magistrat en détachement à la DGSE, M. Alain Chouet, responsable du contre-espionnage à la DGSE et supérieur de M. Gilbert Flam, le colonel Klebnikoff, ancien du SGDN, puis responsable de Thomson pour les Etats-Unis, avant d'exercer à l'époque des faits la direction d'une ONG s'occupant de la reconstruction d'un village en Chine. La liste comprenait également les noms de Gomez, Delmas et Martinez, ainsi que les vedettes du show-biz Alizée et Laetitia Casta.
Il y avait également Jean-Pierre Joulin, qui est journaliste, me semble-t-il, ainsi que des Russes, un Suisse dirigeant une société de sécurité dont le nom m'échappe, deux ou trois personnes italiennes. En tout cas, il devait y avoir une centaine de noms. Le nom de Clearstream n'apparaissait pas sur ce listing, mais Gergorin m'avait dit que les comptes dont il était question sur ce listing étaient des comptes ouverts chez Clearstream, qui était une chambre de compensation, d'après ce que m'en avait dit Gergorin. Celui-ci m'avait également précisé que Clearstream était installé au Luxembourg. Le nom de Clearstream me disait quelque chose à travers la publicité qui en avait été faite lors des procès ayant opposé Clearstream au journaliste Denis Robert. Je précise que sur ce listing apparaissait une liste de mouvements financiers venant créditer et débiter des comptes ouverts chez Clearstream aux noms de Gomez et principalement de Delmas. Il comportait les mentions suivantes, de gauche à droite: un numéro de six chiffres, correspondant soit à un numéro de compte, soit à un ordre de virement; avant ou après ce numéro, une date d'opération; le nom et le prénom du titulaire du compte; la somme en dollars et le numéro du compte à créditer, ainsi que la banque où était ouvert ce compte. Ce listing était en fait une liste de mouvements de fonds créditant les deux comptes aux noms de Gomez et Delmas et débitant ces deux comptes. Les virements au débit de ces deux comptes ouverts au nom de personnalités que je vous ai citées plus haut, dans différentes banques: une française, en l'occurrence le Crédit lyonnais, s'agissant du compte ouvert en France au nom de Martini, et d'autres banques étrangères, suisses et italiennes notamment. J'indique également que figuraient parmi les noms des titulaires des comptes mentionnés sur ce listing des noms de sociétés étrangères, principalement de Russie et d'Italie.
Dès le lendemain de cet entretien, soit vers le 15 novembre 2003, j'ai rendu compte à M. Philippe Marland, directeur de cabinet de Mme la Ministre de la Défense, de la teneur de l'entretien avec M. Gergorin et des documents que celui-ci m'avait remis. J'ai proposé à M. Marland d'entamer des recherches pour vérifier si les personnels relevant du ministère de la Défense, plus M. Martini, qui appartenait à la DST, possédaient réellement un compte chez Clearstream. M. Marland m'a donné son feu vert pour mener mes investigations en me disant de limiter mes recherches aux personnels relevant des services, et que, si cela prenait de la consistance, de lui faire un compte rendu qui serait porté à la connaissance du ministre le moment venu. Jusqu'à Noël 2003, j'ai évalué comment j'allais m'y prendre. J'ai vérifié quelles fonctions occupaient à ce moment les personnes qui étaient citées sur ces listings. J'ai pris conscience que cela devait être important, car, entre-temps, j'ai été convoqué par Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, par l'intermédiaire de son secrétariat et par téléphone. Cette convocation a dû intervenir le 4 ou le 5, pour une réunion qui s'est tenue, ainsi que cela apparaît dans les notes que vous avez saisies à mon domicile, le 9 janvier 2004, dans le bureau de M. de Villepin au ministère des Affaires étrangères. J'ignorais l'objet de cette convocation, mais je me doutais qu'elle pouvait avoir un rapport avec les listings informatisés que m'avait remis Gergorin. En effet, M. de Villepin connaît depuis longtemps JLG pour avoir travaillé sous les ordres de celui-ci au sein du Centre d'analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères, en qualité de spécialiste des affaires africaines. J'explique cette convocation de M. de Villepin de participer à cette réunion par plusieurs raisons.
La première était que quand M. de Villepin était secrétaire général de l'Elysée auprès de M. Chirac, président de la République, j'avais été missionné officiellement et directement par M. Chirac en présence de Dominique de Villepin et à la connaissance d'Alain Richard, ministre de la Défense de l'époque, pour démêler ce qu'on appelle l' «affaire japonaise». Cette affaire n'est pas secrète, puisque la presse s'en était fait l'écho début 2002 et que Franz-Olivier Giesbert la rapporte dans son dernier livre sur le président Chirac en reprenant les propos du président à mon endroit. Cette affaire était la suivante: un officier de la DGSE avait dénoncé au début de l'année 2002, environ trois mois avant l'élection présidentielle, l'existence d'une supposée machination animée au sein de la DGSE par une petite équipe dont Gilbert Flam serait l'animateur. A partir de renseignements recueillis soit par Gilbert Flam, soit par ses collaborateurs, le but était de mettre en cause le président à travers l'existence d'un compte bancaire que le président possédait dans une banque japonaise. Ce compte était alimenté par le versement régulier d'une somme très importante, dont je n'ai pas le montant précis en tête, provenant d'une fondation culturelle dont M. Chirac était membre du conseil d'administration. Il est indiqué sur les documents que vous avez saisis à mon domicile que ce compte a été ouvert à la Tokyo Sowa Bank et a été crédité d'une somme totale évaluée par les services de la DGSE à 300 millions de francs. A ma connaissance, ce compte avait été ouvert en 1992. J'étais chargé de vérifier si les fonctionnaires de la DGSE n'avaient pas essayé, hors de leur hiérarchie, de monter un dossier contre le président, en révélant le compte de celui-ci au Japon. Cette enquête interne au sein de la DGSE a été diligentée par le général Champtiaux, qui avait été désigné pour y procéder par M. Cousserand, alors directeur général de la DGSE. Pour ma part, je devais suivre les développements de cette enquête interne sous l'égide du président de la République et du ministre de la Défense, mais je n'ai par la suite rendu compte qu'au ministre de la Défense, puisque je n'ai plus jamais revu M. Chirac à ce sujet, les comptes rendus lui ayant été faits par M. Richard en personne.
Ma conclusion, suite aux vérifications internes à la DGSE que j'ai suivies, était que cette affaire était assez trouble et qu'il y avait probablement un fond de vérité. D'ailleurs, les gens impliqués dans ce dossier avaient été écartés de leurs fonctions, notamment M. Cousserand, puis M. Gilbert Flam, à l'initiative du successeur de M. Cousserand, M. Pierre Brochand, actuel directeur général de la DGSE et frère de Bernard Brochand. Pour autant, j'ai considéré que l'action de M. Gilbert Flam s'inscrivait dans le cadre normal de ses compétences au sein de la DGSE.
La deuxième cause qui me paraissait justifier cette convocation auprès de M. de Villepin était que je connaissais celui-ci depuis longtemps, pour avoir travaillé avec lui au Centre d'analyse et de prévision, à l'époque dirigé par JLG.
La troisième était que je connaissais M. Gergorin, tout comme M. de Villepin.
Lors de cette réunion, je suis arrivé le premier dans le bureau de M. de Villepin, et, une ou deux minutes après, M. Gergorin s'est également présenté dans le bureau de M. de Villepin. J'étais assez surpris de le voir arriver. M. Gergorin a sorti de la poche intérieure de sa veste un papier: c'était le même listing, comportant des noms et des numéros de comptes, qu'il m'avait remis à la mi-novembre 2003. M. de Villepin a pris la parole le premier, a parlé de cette entreprise assez énorme mettant en cause des hauts fonctionnaires, des ministres et personnalités politiques, et M. Gergorin a dit qu'il s'agissait de la liste de comptes Clearstream. Dans mon souvenir, M. de Villepin n'a pas parlé le premier de Clearstream. M. de Villepin m'a alors fait part des instructions qu'il avait reçues au sujet de cette affaire des listings de comptes Clearstream de la part de M. Chirac, président de la République. Ces instructions étaient les suivantes: il s'agissait de vérifier la validité de cette liste de comptes pour savoir si, oui ou non, les personnalités qui étaient citées possédaient un compte Clearstream ainsi que cela était mentionné sur ces listings.
Le
texte intégral de la déposition du général
Rondot
partie 3
Lors de cette réunion, M. de Villepin n'a pas découvert cette affaire de listings de comptes Clearstream, puisqu'il avait reçu à ce sujet des instructions du président de la République. Je présume que le président de la République avait été informé de cette affaire à la fin de l'année 2003, ou au tout début de l'année 2004, par l'intermédiaire de M. de Villepin, lui-même informé par M. Gergorin. Bien sûr, M. de Villepin était informé de cette affaire par M. Gergorin et, compte tenu de l'énormité de ce qu'on nous présentait, je présume qu'il en a rendu compte à M. Chirac. La consigne du président de la République était également d'agir avec précaution, discernement et discrétion, car l'affaire était grave, que les mises en cause soient fondées ou pas, et qu'elle pouvait donc avoir des conséquences politiques.
«M. de Villepin m'a demandé de travailler sur cette affaire comme je le fais d'habitude, c'est-à-dire en solitaire»
Parmi les personnes citées comme titulaires de comptes Clearstream, le nom de M. Sarkozy a été évoqué lors de cette réunion, mais il n'y a pas eu de fixation particulière à ce sujet. Je vous précise à ce propos que, dès que j'avais examiné la liste de comptes que m'avait remise M. Gergorin à la minovembre 2003, j'avais fait un rapprochement entre la personne de M. Sarkozy et les deux patronymes Bocsa et Nagy figurant sur ces listings, en faisant des vérifications sur le Who's Who. M. de Villepin m'a demandé de travailler sur cette affaire comme je le fais d'habitude, c'est-à-dire en solitaire, avec mes moyens, pour valider ou non les renseignements figurant sur ces listings. Je vous précise que, bien que j'aie une relation très amicale avec Dominique de Villepin, je n'avais jamais été convoqué par lui dans ces conditions, sauf le précédent de l'affaire japonaise, lorsqu'il était secrétaire général de l'Elysée. J'ai donc commencé mon travail de recherches et de vérifications.
(Mention: à la demande de M. Rondot, l'audition est suspendue à 18 h 14. Reprise à 18 h 30.)
J'ai alors repris la liste que m'avait remise M. Gergorin; je me suis intéressé en priorité au cas de M. Jean-Jacques Martini, et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, c'est un ami que je connais bien pour l'avoir côtoyé à la DST et je ne pouvais l'imaginer inscrit sur une telle liste. J'avais un a priori favorable à son endroit, j'ai donc fait une vérification technique le concernant. Comme, sur le listing que m'avait remis Gergorin, il y avait un élément technique que je pouvais vérifier tout de suite, j'ai procédé à cette vérification. En effet, il était indiqué sur le listing que Jean-Jacques Martini avait bénéficié d'un virement de fonds émis par M. Delmas au crédit de son compte Crédit lyonnais en France. Comme je suis moi-même titulaire d'un compte au Crédit lyonnais, j'ai essayé de procéder à un virement à partir de mon propre compte et au crédit du compte qui était indiqué comme celui de M. Martini, à partir d'un guichet automatique. Mais cela n'a pas marché, car le numéro de compte de M. Martini apparaissait incorrect et ne permettait pas de réaliser l'opération. J'ai fait valider cette première constatation en demandant à une personne dont je ne me souviens plus le nom, ni le service pour lequel elle travaille, de prendre contact auprès du Crédit lyonnais pour vérifier la validité du compte qui serait celui de M. Martini et le nom du titulaire. Cette personne m'a alors dit qu'elle connaissait elle-même une autre personne travaillant au Crédit lyonnais lui permettant d'effectuer une telle opération. Elle m'a alors parlé de M. Wack, en me disant qu'il s'agissait d'un ancien policier qui travaillait au Crédit lyonnais et qui était chargé de la sécurité. Cette personne a dû aller voir M. Wack ou lui téléphoner. La réponse était que le compte imputé à Martini sur le listing de Gergorin n'existait pas dans les livres du Crédit lyonnais.
J'ai également procédé à des vérifications humaines. C'est ainsi que j'ai rencontré certaines personnes citées comme bénéficiaires de virements sur les listings de M. Gergorin. J'ai ainsi rencontré M. Martini, M. Klebnikoff, le général Heinrich, ainsi que Philippe Delmas. Je ne leur ai pas parlé des comptes lors de ces rencontres, mais j'ai essayé de sentir l'ambiance. S'agissant du général Heinrich, il était conseiller-président de la société Geos, société d'intelligence économique. Je savais par ailleurs que M. Delmas recherchait un responsable de la sécurité chez Airbus, pour remplacer un ancien commissaire de la DST, Jacky Debain. J'ai fait part de cette opportunité à M. Heinrich et celui-ci m'a répondu qu'il ne connaissait pas M. Delmas, mais qu'il était intéressé par le poste et, à sa demande, je lui ai donné les coordonnées de M. Delmas. Cette réponse de M. Heinrich selon laquelle il ne connaissait pas M. Delmas m'a fait penser que le fait qu'il ait reçu de l'argent de M. Delmas, ainsi que cela était mentionné sur le listing de Gergorin, ne collait pas avec le personnage.
«Villepin m'a demandé de faire libérer Lahoud parcequ'il suivait l'évolution de cette affaire et lahoud était au piano»
S'agissant de M. Klebnikoff, j'ai fait le tour du personnage. Lorsque je l'ai rencontré, il m'a retracé son itinéraire auprès de M. Gomez. Il m'a dit qu'à la suite d'une mésentente avec celui-ci, en 1994, il avait quitté Thomson et s'était installé en Suisse, où il avait une activité de consultant dans le domaine de l'intelligence économique, d'abord à titre indépendant, ensuite au profit d'un riche homme d'affaires helvétique dont le nom m'échappe. Le fait que M. Klebnikoff était en contact avec M. Gomez, lequel apparaissait également sur le listing de M. Gergorin, m'a fait avoir des doutes quant au fait que M. Klebnikoff ait pu bénéficier des virements mentionnés sur ledit listing. Mais la preuve déterminante dans mes investigations m'a été rapportée dans le cadre d'investigations auxquelles j'ai fait procéder en Suisse. Nous étions alors vers la mi-juillet 2004, l'article du Point venait de sortir pour révéler l'affaire du corbeau. J'indique qu'à cette époque, et tout au long de mes investigations, je tenais au courant M. Marland de l'état d'avancement de mes vérifications, au cours de réunions hebdomadaires en sa seule présence. Il était évident que Mme la ministre devait être informée de la teneur de ces réunions par son directeur de cabinet. Je me suis donc rendu à Berne, vers la mi-juillet 2004, en utilisant un avion de liaison ministériel, un DBM 700, faisant partie de la flotte du GAEL, ex-Glam. J'étais seul lors de ce voyage, il y avait deux pilotes.
Je me suis rendu à Berne, où se trouve la Sûreté d'Etat suisse, c'est-à-dire les services spéciaux suisses. J'ai rencontré deux fonctionnaires que je connaissais bien et de manière officieuse, et, sur leur insistance, je leur ai remis des numéros de comptes accompagnés de noms de banques, mais sans préciser l'identité des titulaires de ces comptes. Il s'agissait là de numéros et de noms de banques suisses qui se trouvaient sur le listing Gergorin.
Les titulaires de ces comptes tels qu'ils étaient mentionnés sur le listing Gergorin étaient M. Marchiani, des ressortissants suisses, le patron d'une société de sécurité suisse dont le nom m'échappe, tout comme celui de ce ressortissant. Dans les deux jours, j'ai eu une réponse par téléphone de mes contacts en Suisse. Il m'a été indiqué par ceux-ci que les banques suisses dans les livres desquels ces trois comptes étaient censés être ouverts avaient répondu que la présentation et les numéros de ces comptes n'étaient pas conformes. En fait, j'avais donné le nom de deux banques: la banque zurichoise et la banque de crédit de Berne, ainsi que le nom de la personnalité suisse dont je vous ai parlé plus haut. Mes contacts m'ont confirmé que cette personnalité était connue en Suisse. J'ai également demandé dans le même temps et pendant cette période, de janvier à juin 2004, à JLG d'affiner ses recherches.
A ce moment de mon exposé, je dois vous faire part d'un incident. En mars 2004, IL a été interpellé par un policier dans le cadre de l'une de ses affaires judiciaires. Il a fait l'objet d'une fouille à corps qui a permis de trouver dans une de ses poches un document manuscrit consistant en une demande de JLG à en-tête d'EADS adressée à M. Sava, directeur d'EADS et qui devait être le chef d'IL, selon laquelle IL était investi d'une mission dans le cadre de la lutte antiterroriste à mon profit et que l'on devait donc le laisser travailler à ce sujet à EADS. Le policier qui avait interpellé M. Lahoud m'a contacté au téléphone, puisque mon nom et ma qualité, ainsi que le nom du ministère de la Défense, étaient clairement indiqués sur ce document de Gergorin trouvé sur M. Lahoud. Ce policier m'a dit ce qui s'était passé, à savoir qu'il avait trouvé le document dont je viens de vous parler dans le porte-documents de M. Lahoud. J'ai rendu compte de ces faits à M. Marland, qui a décidé avec moi de transmettre ma mise au point écrite à M. Sava sous ma signature. C'est ainsi que j'ai indiqué par écrit à M. Sava qu'en aucun cas IL n'était missionné par moi au titre du ministère de la Défense, s'agissant de lutte antiterroriste. Dans le même temps, j'ai appelé JLG pour lui faire part de mon mécontentement et je lui ai demandé ce qu'il s'était passé. Il était confus et s'est excusé. Dominique de Villepin, certainement averti de ces faits par JLG, m'a téléphoné quelques minutes après que j'ai moi-même informé JLG de l'arrestation de Lahoud. En effet, Dominique de Villepin n'ignorait pas qui était IL. Il m'a demandé de sortir IL de là, c'est-à-dire de le faire libérer. Je n'ai pas eu le temps d'intervenir auprès du policier, car celui-ci m'a rappelé une demi-heure après, en me précisant qu'IL venait d'être libéré. A ma demande, il m'a brossé un portrait de l'intéressé qui n'avait rien de très reluisant; selon lui, IL était impliqué dans une affaire de dettes non réglées avec l'un de ses associés. Je m'en suis tout de suite expliqué avec IL en le faisant venir le lendemain à mon bureau, en lui demandant de me remettre son laissezpasser, ce qui a été fait, et en lui demandant des détails sur son affaire. Ce qu'il m'a dit venait confirmer ce que m'avait précédemment dit le policier.
Le
texte intégral de la déposition du général
Rondot
partie 4
Comment
connaissait-il IL et pourquoi vous a-t-il donné des instructions
pour le faire libérer dans le cadre d'une procédure judiciaire?
DDV connaît IL de nom, sinon de contact, à travers la présentation
qu'avait dû lui faire JLG dans le cadre de ses travaux Clearstream
au départ de l'affaire. En réalité, à l'origine
de la démarche de JLG en novembre 2003, celui-ci a fait état
auprès de moi de la pénétration du système
informatique de Clearstream par IL et du fait que le listing qui m'avait été remis
provenait de cette pénétration. Je vous confirme que DDV
m'a demandé de faire libérer IL, ainsi que je l'ai relaté dans
une note adressée au directeur de cabinet du ministère de
la Défense, en date du 29 mars 2004 - note que vous avez saisie à mon
domicile (scellé n° Rondot-Meudon 11). Cette démarche
peut paraître surprenante de la part d'un ministre, mais elle s'explique
parce que DDV suivait l'évolution de cette affaire Clearstream et
IL était au piano, si je peux dire. DDV craignait peutêtre
qu'IL ne parle de cette affaire.
Lors
de la réunion qui s'est tenue au ministère des Affaires étrangères
le 9 janvier 2004, dans le bureau de M. de Villepin, en présence
de celui-ci et de M. Gergorin, a-t-il été fait état
par l'un des participants du fait que le listing objet de cette réunion
provenait de la pénétration du système informatique
Clearstream par IL?
Je n'ai pas le souvenir que le nom d'IL ait été prononcé,
mais il était dans la tête de chacun des participants. Par
contre, il a bien été indiqué lors de cette réunion
que le listing sur lequel M. de Villepin me demandait d'investiguer sur
instruction expresse du président de la République provenait
de la pénétration du système informatique Clearstream.
A
votre connaissance et au vu de la teneur des propos de MM. de Villepin
et
Gergorin lors
de cette réunion, le président de la République
avait-il lui-même connaissance de l'origine de ce listing?
M. de Villepin avait parlé de ce listing au président de
la République, puisque je recevais ce jour-là des instructions
de sa part pour investiguer sur le listing. Mais j'ignore ce que M. de
Villepin avait exactement dit à M. Chirac des moyens mis en œuvre
pour obtenir ledit listing.
Au
cours de cette même réunion, qui s'est tenue le 9 janvier
2004 dans le bureau de M. de Villepin, a-t-il évoqué une
répartition des rôles dans les recherches à effectuer
entre vous-même et Gergorin ou étiez-vous seul mandaté pour
effectuer ces recherches, comme cela ressort de vos précédentes
déclarations?
Oui, j'étais seul mandaté pour effectuer les recherches sur
le listing. Je devais vérifier si cela tenait, c'est-à-dire
si les flux financiers indiqués sur ce listing étaient réels,
tant dans leurs montants, l'origine des fonds, les bénéficiaires
des virements ainsi que pour les établissements bancaires mentionnés.
Deux ou trois jours après, peut-être même le lendemain
de la réunion du 9 janvier, j'ai demandé à M. Gergorin
de poursuivre la pénétration du système informatique
de Clearstream entreprise par IL et de continuer à collationner
les informations qu'elle permettait de recueillir. Pour vérifier
ses capacités de pénétration, j'ai demandé à M.
Gergorin d'actionner IL pour qu'ils poursuivent ces recherches sur l'ensemble
des noms du listing, qu'il continue à suivre les flux financiers
en temps réel. IL m'apportait tout ce matériel, c'est-à-dire
de nouveaux listings, à mon bureau, et cela m'a permis de constater
que les mouvements financiers continuaient. J'ai trouvé que sa production
allait vite et il me paraissait doué. Je lui ai demandé de
tester devant moi le système de pénétration dans Clearstream. Ça
s'est fait en deux temps: dans un premier temps, que je situe au début
du mois d'avril 2004, j'ai récupéré IL avec ma voiture
de service dans une rue à proximité du ministère et
nous sommes allés dans la nature, c'est-à-dire dans le parc
de l'Observatoire de Meudon. Nous nous sommes arrêtés dans
une contre-allée du parc et ça s'est passé dans ma
voiture. IL travaillait avec son téléphone portable et son
ordinateur. Il a appelé un numéro de téléphone
et pianoté les touches de son ordinateur. Je l'ai vu mettre les
codes et j'ai vu une liste apparaître sur l'écran. Je précise
qu'il a eu des problèmes techniques de liaison parce que, selon
IL, cet ordinateur n'était pas assez puissant. Cependant, j'ai vu
apparaître un listing qui défilait avec des noms qui étaient
déjà apparus dans les listings précédents,
comme ceux de Philippe Delmas, Gomez, des Russes et des personnalités
politiques telles que Jean-Pierre Chevènement. Ça a été très
bref. Pour moi, ça n'a pas été concluant.
Dans un deuxième temps, qui s'est passé le même jour, c'est-à-dire immédiatement après, je l'ai accompagné à son bureau à EADS sur le site de Suresnes, où il a effectué les mêmes manipulations avec son téléphone portable, mais en utilisant cette fois son ordinateur de bureau. J'étais derrière lui, je l'ai vu entrer des codes. Après plusieurs tentatives infructueuses, les mêmes listes de comptes que celles que j'avais vues deux heures auparavant à Meudon sont apparues. Je suis reparti convaincu de la capacité d'IL à pénétrer un système informatique et je me suis dit que ce qui était produit était peut-être vrai, mais il y avait tellement d'incohérences dans la présentation des listings, des noms qui apparaissaient puis qui disparaissaient, de nombreux virements qui intervenaient le même jour puis toute une période sans rien, que j'avais des doutes. J'ai exposé mes doutes à M. Gergorin et à M. Lahoud et j'en ai rendu compte au directeur de cabinet en lui disant qu'il fallait s'interroger sur la crédibilité à accorder à ces listings. J'ai également fait part de mes doutes à DDV autour d'avril 2004 à l'occasion d'un retour de mission. Je lui ai dit qu'il fallait être extrêmement prudent, car j'avais le sentiment d'être instrumentalisé et que lui-même risquait de l'être. Et là, sa réponse a été très nette: on ne sait pas si c'est bon ou pas, mais, si tout ça est un montage, non seulement on arrête mais, en plus, on réagit. Tels ont été les propos de M. de Villepin ce jour-là. Pour sa part, à la même période, Gergorin était persuadé que tout cela était bon, qu'il fallait accorder du crédit à ces listings obtenus par Lahoud. Quelque temps après, à la mi-mai 2004, j'ai vu le préfet Marland pour lui dire que tout cela me paraissait de moins en moins crédible et qu'il fallait en tirer les conséquences pratiques, compte tenu des répercussions politiques que cela pouvait entraîner. Toujours au mois de mai, j'ai eu un entretien oral avec le ministre, au cours duquel je lui ai fait part de mes recherches. C'était une réunion de bilan, où je lui ai indiqué qu'il n'y avait aucun élément probant, que je n'avais pas été convaincu par la démonstration technique et que j'avais constaté une certaine aberrance dans la production. J'ai dit à Mme Alliot-Marie qu'il fallait faire attention, car on pouvait faire l'objet d'une manipulation grossière dont je ne m'expliquais pas les motivations ni l'origine, car à cette époque, pour avoir vu IL travailler et produire, il me semblait compétent. Je n'avais pas de doute sur sa capacité de pénétrer le réseau Clearstream; en revanche, je commençais à me demander s'il n'avait pas été lui-même intoxiqué, autrement dit si le système Clearstream qu'il avait pénétré n'avait pas mis en place un système de désinformation en l'alimentant avec de faux listings ou s'il n'avait pas lui-même fabriqué cette production.
Combien
d'entretiens avez-vous eu avec M. de Villepin au cours desquels cette
affaire-là a été évoquée?
Il me semble qu'il y en a eu cinq ou six.
Il ressort des fiches saisies à votre domicile (scellé R