L'AFFAIRE ROBERT BOULIN

ENQUÊTE SUITE ET FIN

(2ème PAGE)

 

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(PARTIE N°1)

Une situation politique explosive

 

 

L'AFFAIRE ROBERT BOULIN 1ère Page:

LES DERNIERES ACTUALITÉES DU JOUR:

 

 

Rappelons donc brièvement la situation de la France en 1979 . Le 25 août 1976, Jacques Chirac avait claqué la porte de Matignon : " Je ne dispose pas des moyens que j'estime aujourd'hui nécessaires pour assumer efficacement les fonctions de Premier Ministre et, dans ces conditions, j'ai décidé d'y mettre fin " . Le Gouvernement de Raymond Barre voit affluer les ennemis de Jacques Chirac : Olivier Guichard, Antoine Rufenacht et Robert Boulin qui avaient démissionné de l'UDR le 14 décembre 1974, sans parler de Michel Poniatowski et de Jean Lecanuet , en sont les vedettes . Dès le mois de septembre 1976, Chirac, aidé de Charles Pasqua , appelle au rassemblement contre le plan Barre. Brillamment réélu en Corrèze aux législatives de 1976, il apprend avec fureur que Giscard ambitionne de donner un Maire à Paris. Jean Tibéri, Simone Veil, Olivier Guichard, Pierre Christian Taittinger, Jacques Dominati, Christian de la Malène, tous candidats à la candidature sont écartés, au profit du plus fidèle des giscardiens : Michel d'Ornano.
Le 5 décembre, au grand rassemblement gaulliste de la Porte de Versailles, Jacques Chirac annonce sa candidature. Ce qui va suivre ne sera jamais écrit dans les journaux ni les livres d'histoire. Chirac et d'Ornano font respectivement appel à des nervis issus de l'extrême droite. Pas sectaires, certains travailleront même pour les deux candidats. Bientôt les Républicains Indépendants sont complètement noyautés par des dissidents du SAC menés par des amis de leurs responsables eux-mêmes issus de l' extrême droite tels Hubert Bassot ou Gérard Ecorcheville, beau frère de Gérard Longuet. Au RPR, Charles Pasqua, persuadé qu'il faut noyauter l'extrême droite de l'intérieur, vient d'embaucher un ancien du PFN (Parti des Forces Nouvelles), Alain Robert, qui est d'ailleurs encore aujourd'hui à ses cotés.
C'est ainsi que rien de ce qui sera prévu par d'Ornano durant sa campagne ne sera ignoré des chiraquiens. Chaque fois que d'Ornano visite une crèche ou va sur un marché, il trouve sur les lieux les distributeurs de tracts du RPR. On ira même plus loin dans le XVIII° arrondissement où des affiches imprimées au nom de " gaullistes de toujours " tels Sanguinetti ou le Général Binoche, qui se trouve être par ailleurs le frère d'une colistière de Michel d'Ornano, appellent à voter pour l'Union de la Gauche. De même qu'un mystérieux " Groupe d'israélites " qui se prononce contre la candidature de Michel d'Ornano. Renseignement pris par les R.G., personne n'a écrit ni publié quoi que ce soit. Le tout est l'œuvre des anciens du PFN, nouveaux adhérents du SAC qui tirent ces brillantes idées d'une nouvelle recrue au lourd passé : l'ancien cagoulard Gabriel Jeantet, par ailleurs, parrain de Francisque de ... François Mitterrand.
Michel d'Ornano sera battu et Chirac élu Maire de Paris. Mais ces méthodes peu démocratiques émurent de nombreux membres de la Majorité. A quoi Chirac répliqua " qu'il était un recours parmi ce monde de faibles, de courtisans et de bouffons " …
Giscard, désormais, ne pourra plus gouverner qu'en utilisant le fameux article 49 alinéa 3, c'est à dire en usant, pour contrecarrer l'opposition systématique de Chirac, de pratiques constitutionnelles tout aussi contestables. C'est de ce combat politique indécis que Robert Boulin a tragiquement fait les frais…

 

La Confession d' Hermann Stromberg

 

Le 18 novembre 1988, l’Humanité Dimanche publie un reportage de Serge Garde assorti de la confession d’Hermann Stromberg, gendre de l’infortunée Mme Rachez, propriétaire du Casino de Saint Amand les Eaux. M. Stromberg déclare carrément : « J’étais là. Robert Boulin m’avait demandé le 26 octobre ainsi qu’à Charles Bignon, ancien député, ami d’enfance d’Olivier Guichard et de Jean de Broglie dont il fut le collaborateur, de me trouver le 29 octobre 1979 à 16 H devant la Poste de Monfort L’Amaury qui était d’ailleurs un lieu de rendez vous fréquemment utilisé.
Quand nous sommes arrivés, Charles Bignon et moi même, nous avons trouvé Robert Boulin en compagnie de deux Ministres en exercice, de deux policiers de très haut niveau et de Robert Fontanet. Ils discutaient de Tournet. Les deux Ministres sont repartis presque aussitôt et Boulin est venu nous dire : « J’ai convoqué Tournet dans une demi-heure, un peu plus bas, au Carrefour des Voleurs. J’attends quatre divisionnaires. On va prendre Tournet et l’expédier en Espagne ». A ce moment là, deux autres voitures sont arrivées avec quatre personnes que j’ai cru identifier comme des membres des Services Secrets. Nous nous sommes dirigés vers le Carrefour des Voleurs où nous avons effectivement trouvé Tournet en compagnie d’un de ses neveux et de Patrice Blank. »
Ce Patrice Blank, qui était également ami de Robert Boulin a probablement son importance dans l’affaire car il se rendra plus tard dans la soirée au domicile de la famille Boulin où il restera jusque vers 23 H. C’est après son départ que Bertrand Boulin et son beau frère, M. Burgeat, découvriront dans la chambre du Ministre, déchiré dans la corbeille à papiers, un exemplaire de la fameuse lettre posthume : « J’ai décidé de mettre fin à mes jours ». Ils observeront également que le ruban de la machine à écrire a disparu. Patrice Blank, qui avait conseillé à Boulin de rencontrer les journalistes du Canard Enchainé, est l’ancien patron de France Soir et du Journal du Dimanche après guerre. Il sera également cité sans démenti comme étant le banquier ayant aidé financièrement à l’entreprise de déstabilisation du Bénin commandée par Jacques Foccart à Bob Denard..
« Charles Bignon et moi même poursuit Hermann Stromberg commençons à nous demander pourquoi nous sommes là. Nous décidons de nous éloigner et de descendre vers Saint Léger en Yvelines. Sur le chemin, nous rencontrons le Maire, M. Pic- Paris qui semble être au courant lui aussi du rendez vous.
C’est alors que déboulent trois voitures immatriculées en Suisse et en Allemagne. Dedans, je reconnais Ernst Siegrist (auquel Tournet aurait prêté l’argent de Mme Rachez pour acquérir les terrains de Ramatuelle N.D.L.R.) qui était accompagné de gorilles. Siegrist est un personnage dangereux, très protégé par de puissants banquiers de la RDA. On lui prête en outre le rôle de coordonnateur entre l’Opus Dei et une branche de la Mafia à laquelle appartiendrait l’avocat genevois d’Henri Tournet.
C’est alors que nous avons compris qu’il se déroulait quelque chose d’anormal, comme si Ernst Siegrist était en avance sur l’horaire. Nous apprenons alors que Robert Boulin était en négociation avec ce dernier au sujet du rachat d’un dossier évalué à 5 MF. Robert Boulin refuse de payer, arguant qu’il n’avait pas d’argent. Tournet se mêle à la conversation, faisant monter les enchères à 7,5 MF. La discussion s’envenime. Robert Boulin s’éloigne avec Siegrist et ses gorilles qui reviennent seuls peu après. L’irréparable s’est accompli… ».
Il est extraordinaire que cette confession, publiée dans un journal de grande audience, n’ait pas davantage retenu l’attention. Malgré le talent de Serge Garde, on pourrait se demander pourquoi l’Humanité s’intéresse à ce point à l’affaire Boulin. Ce serait oublier que l’époux de Fabienne Boulin a été membre des Jeunesses Communistes et que l’avocat honoraire qui s’est le plus investi dans ce dossier, M° René Boyer, a été membre du Parti.
Néanmoins, il ne nous semble pas que ce texte soit crédible de bout en bout. Car si Robert Boulin a été exécuté peu après 16 H, on ne s’explique pas comment sa voiture a pu être accidentée ensuite et n’être jetée qu’à 4 heures du matin dans l’étang Rompu. On ne voit pas non plus à quoi riment les ecchymoses que la cadavre portait sur la face et d’ou vient la trace de liens qu’il avait au poignet droit. Si la première partie du récit est probablement véridique, la seconde est tout à fait invraisemblable et semble avoir été inventée pour dissimuler le travail d’une seconde ou d’une troisième équipe. Envoyée par qui et pourquoi ? .

 

Les Dernières Heures de Robert Boulin

 

A partir des déclarations d’Hermann Stromberg effectuées en 1988, c’est à dire quatre ans après que la famille de Robert Boulin ait accusé le Procureur de la République de Versailles, M. Robert Barbat, de « dissimulation et de forfaiture » et que M. Mitterrand, en Conseil des Ministres, ait apporté solennellement son appui à M. Robert Badinter, Garde des Sceaux, qui venait de porter plainte en diffamation contre les parties civiles qui, au surplus, figuraient pour ce dossier précis sur la liste de ses anciens clients , le Juge Corneloup chercha, tout de même à retrouver certains témoins des dernières heures du ministre. Il estima, par exemple, devoir entendre Denis Le Moal, postier à Monfort L’Amaury qui avait vu tomber dans sa boite aux lettre « une douzaine d’enveloppes à en-tête du ministère du Travail ». La Brigade Criminelle prétendit que le postier avait été muté en Guadeloupe. Affirmation totalement fantaisiste car M. Le Moal avait été muté en 1981… à Saint Brieuc où il se tient toujours à la disposition de la Justice.

 

L’appel au Narvalo

 

Néanmoins, à partir du témoignage de ce fonctionnaire, de celui de M. Stromberg, de celui de M. Pic Paris, on peut reconstituer approxima-tivement les dernières heures de Robert Boulin.
La veille de sa mort, Robert Boulin fait appel à un garde du corps Guy Pierre Geneuil dit « Le Narvalo » auquel il demande de se tenir prêt à répondre à son appel le lendemain. Il semble que cette demande soit effectuée à la suite de deux confidences, l’une faite à son beau-frère, M. Jean Lalande, de Barsac, par M. Rousseau, Ingénieur de France Télécom qui avait été chargé de faire effectuer des écoutes par le Ministre de l’Intérieur Christan Bonnet. M. Rousseau déclare « Préviens Bobby, la date est fixée, c’est imminent » et l’autre par un responsable de la CIA et du Mossad, M. Serge Bitbol qui était venu voir personnellement le Ministre et avait été tout aussi catégorique sur le piège dans lequel il allait tomber.
Bien que prévenu, M. Boulin n’appellera pas « Le Narvalo » et priera à 15h10, son garde du corps habituel l’inspecteur principal Yves Autié, de ne pas l’accompagner à ses derniers rendez vous, non plus que son chauffeur Max Delsol.
Le matin du drame, un ami du Ministre, Patrice Blank, qui fut, rappelons le financier de l’expédition Denart au Bénin, se charge d’emporter certains dossiers précieux dans une villa du Chesnay dont l’adresse exacte ne sera jamais connue.

 

 

L’impossible Chaban

 

 

A 15h15, Robert Boulin quitte le Ministère emportant d’autres dossiers qu’il dépose chez lui.
A 15h50, il expédie des lettres épaisses depuis la poste de Montfort l’Amaury. Ces lettres seront remplacées par la fausse lettre posthume dont la famille affirme qu’elle n’a pu être écrite par l’ancien Ministre, un des destinataires se trouvant être M. Jacques Chaban-Delmas. On peut aujourd’hui révéler que jamais Robert Boulin n’aurait écrit au Maire de Bordeaux, celui-ci ayant été, avant son remariage avec Micheline Chavelet Moulonguet, très épris de Mme Colette Boulin au point de tenter de faire pression sur son père pour la faire divorcer. Cette circonstance affective, qui explique sans doute la bizarre attitude du couple Chaban le jour de l’enterrement, exclut donc tout à fait l’éventualité d’un message posthume.
A 15h55 a lieu la rencontre avec Alain Peyrefitte et Christain Bonnet qui semblent être venus sur les lieux en voiture de fonction et repartent aussitôt. A 16h arrivent Charles Bignon, Hermann Stromberg et Robert Fontanet. Le groupe rejoint alors Henri Tournet , son neveu et Patrice Blank. Il est 16h30, Ernest Siegrist arrive avec ses gardes du corps, un nommé Fred et un certain Kopp. Le groupe se sépare peu après 17h. Hermann Stromberg prétend que Robert Boulin serait déjà mort à ce moment là, tué par Fred et Kopp.
C’est peu vraisemblable. Ce qui l’est davantage, c’est que le Ministre ait été emmené par les allemands ou par une autre équipe dans un lieu encore inconnu. Peut-être la villa du Chesnay relativement proche. Il y est ligoté – ce qui explique les marques au poignet – et interrogé jusqu’à 19h. A ce moment, Guy Aubert, membre de son cabinet et héritier de Prisunic-Euromarché se présente au domicile du Ministre et déclare à Mme Boulin interloquée : « Robert est mort ». Puis il se saisit des dossiers déposés par Boulin et sort par la porte de service.

 

Matignon au courant

 

A 21h, Patrice Blank, un certain Roger Thiery et M° Alain Maillot, avocat, se rendent au domicile du Ministre. Quand ils quittent le Boulevard Maillot à 22h30, les fausses lettres posthumes ont été tapées et le ruban de la machine à écrire a disparu. Ces lettres ne seront pas postées à Montfort l’Amaury, mais seront acheminées par un service privé qui les remettra ensuite à la Poste.
A 23h, Bertrand Boulin et Eric Burgeat se rendent à l’Hôtel Matignon pour chercher du secours. Ils éprouvent l’impression que tout le monde est déjà au courant.
Dès la fin de l’après midi, la voiture du ministre a été déplacée. Elle porte des traces d’accident. Elle sera reconduite à l’Etang Rompu à 4h du matin. A 3h, un hélicoptère survole le site. On peut donc supposer que c’est à ce moment là que le cadavre est rapporté après avoir subi une toilette médicale sommaire effectuée par un praticien qui serait prêt à en témoigner.

 

Quels dossiers ?

 

On a tué Robert Boulin pour l’empêcher de se servir de plusieurs dossiers. Certains de ces dossiers ont été subtilisés par Guy Aubert qui tentera maladroitement de les négocier et les cédera finalement gratuitement.
Il s’agit des dossiers Elf Erap, Sécurité Sociale, Dassault et Arabie Saoudite. Mais il semble bien que d’autres dossiers aient existé. Certains selon Mme Boulin avaient été déposés en Suisse et y sont toujours conservés. Un autre avait été caché derrière le portrait de Mme Colette Boulin réalisé en 1970 par Pierre Simona. C’est ce qui explique la recommandation du ministre à ses enfants : « S’il m’arrive malheur, veillez bien sur votre mère qui est dans le salon ! »
Or, ce portrait a été dérobé dans l’appartement des Boulin, le jour de l’enterrement…

 

Ces Dossiers Qui ont Tué Robert Boulin

 

Que contenaient donc les fameux dossiers qui avaient été à la source de la conspiration ayant conduit au meurtre de Robert Boulin ? Certes, la famille du Ministre n’en a conservé aucune copie, mais sa fille et son gendre se souviennent parfaitement des mentions cotées sur les tranches des dossiers qu’il avait raportés à son domicile le matin de sa mort et qui ont été volés : Elf Erap, Sécurité sociale, Arabie Saoudite. Autant de mentions qui sont très parlantes pour les initiés. D’autant plus qu’en ce qui concerne le dossier Elf Erap est accolée la mention C.E.R, c’est à dire Compagnie Européenne de Recherches, cette société qui avait été fondée à Bruxelles par le Comte de Villegas, père des fameux « avions renifleurs »
Cette affaire, qui à notre avis n’est qu’une des pièces du puzzle, a été la cause de très importantes pertes pour la société Elf, pertes ventilées sur le compte 636 « Etudes recherches et documentation technique » de cette firme et qui se sont élevées pour 1977 à 3,6 MFG, 126,4 MF pour 1978 et 198,5 MF en 1979.
Pour comprendre comment la combine des « avions renifleurs » a été montée, il convient de faire le portrait d’un personnage peu banal, l’avocat Jean Violet. Rappelons pour la petite histoire que Maurice Papon affirme qu’il se trouvait dans la voiture de ce dernier, rue du Faubourg Saint Denis, en compagnie de Jacques Chirac quand une discussion plutôt animée scella la rupture entre le futur Président de la République et l’ancien secrétaire général de la Préfecture de la Gironde.
Jean Violet qui fut le « go between » entre les « inventeurs » des avions renifleurs et la Société , avait appartenu à l’Action Française, puis au CSAR, à la Cagoule et au M.S.R. d’Eugène Deloncle. Il devint un familier des Services Spéciaux français à l’époque où ceux-ci étaient dirigés par le Général d’origine bordelaise Paul Grossin. Il y avait la charge de faire la jonction avec l’Opus Dei, ce mouvement religieux fondé en 1928 par Balaguer , et où se côtoyaient Conrad Adenauer, Franz Joseph Strauss, Guilio Andreotti, Antoine Pinay, Manuel Fraga Iribarne, Bernard Destrémeau, Philippe Malaud et le Ministre belge Van den Boeynants qui fut mêlé à de nombreux scandales. Toutes ces personnalités avaient des relations avec le banquier genevois Leclerc qui connaîtra également une fin tragique après la faillite de sa banque.
C’est en 1978 que les forages repérés par les « avions renifleurs » furent exécutés, Pierre Guillaumat étant responsable, à l’époque, de la Société pétrolière. On se rendit compte ensuite que les « avions renifleurs » n’étaient qu’une supercherie et que leur prétendu pouvoir de détection était, en fait, un simple et habile jeu de miroir destiné à troubler les images radar.
Naturellement, on songea à un financement politique concernant la Droite, d’autant plus que l’Opus Dei avait un représentant financier en France, le Banco Popular Espanol ,dont le siège était implanté 23 rue de l’Amiral d’Estaing à Paris où se trouvait également la Société Financière de France et des Pays d’Outre Mer (SOFFO) dont M. Edmond Giscard d’Estaing, père du Président ,détenait 52 % alors que le Banco Popular Espanol en détenait 35%.
Cette relation avec l’Opus Dei apparaît comme extrêmement troublante dans la mesure où un rapport des Renseignements Généraux a établi dès 1979 une connexion entre l’Affaire Boulin et l’Affaire De Broglie.
On sait aujourd’hui que, loin d’avoir été inspiré par un différent concernant le restaurant La Reine Pédauque, le meurtre du Prince de Broglie était en rapport avec la société espagnole MATESA qui exploitait un brevet français pour machines textiles sans navette. L’Espagne dotant à l’époque de fortes subventions les entreprises exportatrices, MATESA était parvenue à bénéficier de crédits frauduleux de l’ordre de 10 milliards de pesetas soit 700 MF.
Jean de Broglie avait, pour sa part, emprunté pour le compte de MATESA 60 millions de dollars au nom d’une société SODETEX, enregistrée au Luxembourg, dont les ayant droits étaient le banquier Leclerc de Genève, et Charles Bignon qui connaîtra ,peu après, lui aussi, une fin tragique, et auquel Robert Boulin avait demandé d’être présent à ses derniers rendez vous. Le montage financier était complexe, Jean de Broglie empruntant l’argent pour la Sodetex avec garantie d’une société Brelic SA domiciliée à Fribourg, dont les avoirs étaient rapatriés en espèces, puis viré au Luxembourg avant de couvrir des opérations d’exportation fictives au Pérou et au Panama. Les malheurs de SODETEX commencèrent le 30 juin 1969 avec un emprunt international de 5 millions de dollars. Le scandale éclaboussa les ministres phalangistes
Qui avaient couvert l’opération cautionnée par des garanties d’obligations à 10 et 12 ans, c’est à dire qui arrivaient à échéance au moment des principales morts suspectes de la fin de la période giscardienne. En Espagne, le scandale fut couvert par une opportune Loi d’amnistie offerte par Franco pour la célébration de ses 35 années de dictature. Jean de Broglie s’était engagé en 1974 à rembourser au mandataire liquidateur de MATESA la bagatelle de 12 MF, composée de 6 MF en liquidités, de 3,6 MF en compte courant, et de 150 000 dollars U.S. de commissions. A sa mort, seulement 340 000 F avaient effectivement été remboursés. Le reste devant l’être grâce à un système complexe de cautionnement sur de faux bons du Trésor français.
Mais ces deux dossiers, pour lourds qu’ils soient n’étaient pas les seuls à avoir pu avoir une quelconque influence dans le meurtre de Robert Boulin…
Traînait également dans les parages la personnalité ambiguë du pseudo Docteur Paul Nemegeyi, qui avait monté avec des complicités politiques un véritable racket sur la Sécurité Sociale.
Selon sa famille, c’est au moment où il fut Ministre de la Santé et celui où il fut Ministre délégué aux Finances, c’est à dire de 1969 à 1972 puis de 1977 à 1978, que Robert Boulin éprouva le plus grand dégoût sur les affairistes qui hantaient la politique française. C’est précisément à ce moment qu’apparut le « Docteur » Némégeyi, plusieurs fois radié de l’Ordre des Médecins, chaque fois réinscrit, ayant écopé d’interdictions d’exercer, de condamnations pour exercice illégal de la médecine, d’interdiction de réescompte la Banque de France, et de condamnation pour coups et blessures.
Né en 1929 en Roumanie, le « Docteur » Nemegeyi, aujourd’hui décédé, avait été naturalisé français en 1949 à la suite de son mariage avec une avocate du Mans dont il avait eu deux enfants. Il demeurait Villa Said à Paris et avait ses bureaux avenue Foch. Des bureaux fréquentés notamment par Pierre de Varga, financier proche du SAC, intime du Prince de Broglie, qu’on accusera d’avoir commandité l’ assassinat de ce dernier.
C’est en 1985 que la CGT découvrit l’escroquerie montée entre 1975 et 1977 par le « Docteur Nemegeyi » au détriment de la Sécurité Sociale. Cinq cliniques Passy, Pierrfitte, Villeneuve la Garenne et Paris Victor Hugo avaient été rachetées ainsi que le centre d’Hospitalisation à domicile de Bagnolet. Le Docteur revendit cinq fois ces cliniques à des associations qu’il contrôlait. Il obtint alors que ces établissements soient conventionnés grâce à des complicités à l’intérieur de la CRAMIF (Caisse d’Ile de France). Surfacturation, ambulances roulant trente heures dans la même journée, etc, etc… Ces escroqueries lui rapportèrent en peu de temps 100 MF sans parler des prestations fictives opérées par des sociétés qui ne l’étaient pas moins, toutes contrôlées par Paul Nemégeyi. Robert Boulin découvrira, entre autres, que 33 MF avaient été offerts au faux médecin par la Sécu pour racheter un centre hospitalier de la Seine Saint Denis, autant opérations servant naturellement à masquer de nombreux financements politiques.
Mais ces différents scandales n’étaient pas les seuls à révolter Robert Boulin...

 

Ces Dossiers Pour Lesquels Robert Boulin a été Assassiné

 

Longtemps, le pouvoir s’évertua, comme après la mort de Jean de Broglie, à laisser planer le voile du doute sur les légèretés qui auraient pu entraîner Robert Boulin vers une fin prématurée. Si on ne pouvait lui imputer comme au Prince déchu la fréquentation des travestis du Bois de Boulogne et les chèques en blanc concédés aux dames de petite vertu, c’est sa famille, murmurait-on, qui n’avait pas toujours été sans reproche. Mme Boulin, disait -on écrivait beaucoup, et avait beaucoup trop écrit à Tournet. Elle s’était, en outre, glissée dans toutes les commissions scientifiques dépendant du ministère de la Santé et patronnait les manifestations de la Ligue pour la santé dentaire dès l’enfance qui militait pour l’application régulière d’un gel fluoré. Un gel fabriqué par le Laboratoire Goupil avec lequel Mme Boulin aurait entretenu les meilleures relations. Alain Peyrefitte accablait régulièrement Bertrand Boulin qu’il accusait d’avoir publié aux Editions Stock une « Charte des enfants » avec Jean-Michel Desjeunes et Philippe Alfonsi, ouvrage qui prônait l’amour à treize ans, la suppression de la brigade des mineurs et la tolérance de certaines déviations. Que n’insinua-t-on pas quand Jean- Michel Desjeunes se suicida en se défenestrant ! Mais tous ces ragots qui atteignaient parfois les plus hautes sphères du Gouvernement, à commencer par Raymond Barre, Pierre Messmer et Maurice Couve de Murville n’avaient bien entendu rien à voir avec les mobiles du meurtre de Robert Boulin qui étaient bel et bien le combat qu’il avait entamé contre les multiples éléments de la grande corruption politique , une corruption qui a, certes, toujours existé, mais qui a pris un caractère hautement crapuleux en Europe quand en 1978, l’Italie a été ébranlée par l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro, assassinat rendu nécessaire par la découverte du témoignage qu’il avait eu l’imprudence de rédiger en captivité et dans lequel il dénonçait les liens entre la démocratie chrétienne et la mafia.

 

Le fabuleux contrat des sables

 

 

Parmi les dossiers que Robert Boulin avait ramené chez lui et qui lui furent dérobés figurait un dossier : Dassault, Armes, Arabie Saoudite . Il s’agit d’un dossier qu’il faut replacer dans le contexte des turbulences que traversait à l’époque la Société Marcel Dassault. On se souvient qu’en 1976, le chef comptable de Dassault, Hervé de Vathaire, originaire de Verdelais, fut poursuivi pour avoir soustrait 8 MF. Il se tira de ce guêpier en faisant état de documents explosifs prouvant que son patron avait détourné des subventions, et opéré des déclarations frauduleuses aboutissant à un allégement fiscal de l’ordre de 1,5 milliard de F. Des assertions pas tellement erronées puisque Dassault retira sa plainte, tout en parvenant à placer un de ses principaux collaborateurs, l’Ingénieur Général Hugues de l’Estoile ,au poste de directeur des affaires internationales au Ministère de la Défense, boustant ainsi la France au 2° rang mondial des marchands d’armements.
Hugues de l’Estoile, qui s’est éteint en 1993 à l’age de 62 ans, avait longtemps séjourné à Agen où sa mère possédait l’Hôtel Hutot de Latour. Cet amateur de rugby parviendra entre 1978 et 1990 à réaliser 110 milliards de F de chiffre d’affaires pour Dassault en aidant à recycler en Occident l’argent du pétrole et à traiter en parallèle des affaires atomiques.
C’est ainsi qu’il livrera à Israël des pièces détachées de Mirage 5 pour plusieurs dizaines d’avions censés n’avoir jamais été vendus, qu’il négociera en 1973 un très gros contrat pétrolier avec l’Arabie Saoudite et qu’en 1974, quand Jacques Chirac accèdera à Matignon, il deviendra Directeur Général de l’Industrie avec tutelle sur le secteur nucléaire. Dassault le récupérera en 1977 comme chargé des Affaires Internationales.

 

 

Ce qui permettra en 1988 à Edouard Balladur de s’attribuer la réactualisation d’un accord de coopération économique avec l’Arabie Saoudite, accord vieux de treize ans, qui faisait suite aux gigantesques commandes de 1980 (11 milliards de F) et de 1983 (30 milliards). Il faut savoir qu’avant 1981, la moitié du pétrole français provenait d’Arabie Saoudite à la suite du contrat négocié par Michel Jobert en 1974 et qui sera mal renégocié en 1982, laissant le champ libre aux prérogatives britanniques.
Naturellement, tous ces contrats avaient généré de gigantesques commissions partagées en savoureuses rétro commissions, opérations parfaitement habituelles, licites et reconnues tels que l’attestent les deux documents que nous publions plus haut, et ci-dessus, l’un émanant de l’Office général de l’air et l’autre de la Coface qui assura les exportations de ces matériels militaires.

 

La Maroc Connexion

 

Des reporters de Golias qui disposaient, sans doute, d’informations, estiment que M. Charles Pasqua aurait pris une part prépondérante dans le partage de responsabilités ayant abouti à la mort de Robert Boulin. Aucun dossier concernant Charles Pasqua n’a été retrouvé au domicile du défunt, mais on peut considérer que son départ de l’UDR, peu avant la mort de Boulin et sa réintégration immédiatement après jètent un léger doute sur sa participation, d’autant plus que le prétexte invoqué pour son éviction du parti gaulliste prête à sourire : « bourrage des urnes ». Quand on sait à quels trafics tous les partis, sans exception, se livrent, pour faire croire qu’ils ont encore des militants, le propos est effectivement divertissant.
Il est certain qu’au moment de la mort de Robert Boulin, M. Pasqua était particulièrement en délicatesse avec le système. Critiquant ouvertement Jacques Foccart dès 1969, Charles Pasqua avait été élu conseiller général des Hauts de Seine en 1970 et Président de ce département en 1973. Il admet d’ailleurs aujourd’hui sans vergogne que sa fortune date des années 70, c’est à dire du moment de l’éclatement des services secrets français en services orthodoxe et en « Base Bison » dont relevait son ami Jean Charles Marchiani. C’est un ami de ce dernier, Roger Delouette, qui sera arrêté aux Etats Unis et avouera que pour financer certaines actions, les Services secrets français avaient recours, comme d’ailleurs leurs homologues américains, au trafic de drogue. « Les livraisons d’héroïne s’effectuaient pour le compte du Colonel Fournier, chef de la Base Paris Invalides», attestera Delouette. Cette affirmation sera confortée par d’autres informations révélant que l’argent provenant d’un trafic de diamants organisé en Centrafrique était réinvesti dans un commerce d’héroïne destinée à la clientèle américaine.
Après le démantèlement de cette filière, les mêmes intervenants seront accusés d’avoir transporté leur petite industrie au Maroc où elle aurait perduré jusqu’aux révélations dans la presse espagnole de l’opposant marocain Abdelmoumen Diouri sur les trafics opérés au départ de son pays par l’ancien directeur de cabinet de Christian Nucci, Yves Chalier, devenu, on le sait, proche de Charles Pasqua. La famille Boulin croit effectivement à une certaine part de responsabilité de l’ancien Ministre de l’Intérieur. Nous n’estimons pas, en ce qui nous concerne, qu’elle soit essentielle même si les menaces proférées peu après l’enterrement du Ministre à la famille par le Directeur de Cabinet de Raymond Barre, Philippe Mestre, au nom de la DGSE dont il espérait être nommé directeur sont assez troublantes.

 

Affaires atomiques et crédit de l’Etat

 

Il nous apparaît, en revanche, qu’aucun des dossiers entraperçus par la famille le jour de la mort du Ministre, n’a pu en être la cause déterminante du meurtre, même si chacune de ces affaires qu’il voulait dénoncer a pu participer à son rang au ras le bol qui a entraîné la décision.
Si l’on part du principe, comme la même indemnité (de 30MF) offerte aux veuves de Robert Boulin, Jean de Broglie et Robert Fontanet le suggère, que ces trois morts suspectes sont liées, il faut aller chercher ailleurs les mobiles du crime.
En ce qui concerne Robert Fontanet, qui n’est pas mort du carton fou d’un automobiliste irascible comme on a tenté de nous le faire croire, il est probable que son décès a un rapport avec l’entrée frauduleuse en France de 17 milliards de DM provenant de la faillite d’une société de construction allemande Neu Heimat International, dépendant du syndicat IG Metal. Nos confrères du Spiegel ont démontré que ces sommes avaient transité par une société de droit néerlandais , EPG, appartenant à Adnam Khashoggi, pour atterrir sur les comptes d’une société française qu’il contrôlait également, MANERA SA. Le tout ayant un rapport direct avec la SODEREC dont l’infortuné Robert Fontanet fut nommé Directeur Général le 14 décembre 1978.
En ce qui concerne la mort de Jean de Broglie, on frôle encore le personnage d’Adnan Khashoggi que le Prince connaissait bien et grâce auquel il avait négocié pour la France en 1975 un prêt de huit milliards de f auprès du Roi Fahd d’Arabie Saoudite. 8 milliards comprenant des constructions de logements, des lignes de chemins de fer, de routes, une usine de montage de Mirage implantée en Egypte et la commande du système de protection radar de l’espace aérien saoudien ainsi que le projet de la construction de deux centrales nucléaires.
Les emprunts saoudiens ne suffisant pas, l’Etat français se livrait, dans le même temps, à diverses acrobaties budgétaires : reprise de 1674 millions de F de rente Pinay représentant en 1980 une plus value de 11 milliards, emprunt à 7 % indexé sur l’or en 1973 qui, en 1980, à son échéance, verra ses 6,5 milliards de départ multipliés par.. 8,8.
Il est cependant désormais prouvé que la mort de Jean de Broglie est directement liée à un fait divers qui s’est produit en novembre 1972 devant le 24 de la rue Chauchat dans le IX° arrondissement de Paris. C’est à cette adresse que furent imprimées 212 millions de F d’obligations de 1000 F au porteur pour le compte de la Société de développement régional de l’Ouest de la France.
Sous prétexte de « risque d’erreur », 120 millions de ces bons furent imprimés en double exemplaire puis la moitié fut, officiellement, destinée au pilon. Elle fut, en fait, opportunément soustraite au chauffeur chargé de les convoyer et remise dans le circuit pour servir à des financements politiques organisés par Pierre de Varga chez qui certains de ces bons furent retrouvés. Des financements politiques auxquels Jean de Broglie n’était pas étranger.

 

 

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LES DERNIERES ACTUALITÉES DU JOUR:

 

 

De l’Arabie Saoudite à l’Iran

 

Or, en décembre 1974, M. Jacques Chirac avait négocié lors d’un voyage officiel à Téhéran avec le Shah d’Iran un contrat de 35 milliards de f portant notamment sur la construction d’un métro, d’une usine d’aciers spéciaux, d’un aéroport, de logements, d’hôpitaux,, de lignes téléphoniques, toutes commandes pour lesquelles « L’Iran s’engageait à déposer dans les banques françaises un cautionnement de 5 milliards de F et à acheter 400 millions de F d’obligations de l’Etat français ». Ce contrat n’avait rien à voir avec le fameux contrat Eurodif pour lequel la France avait reçu par ailleurs 1 milliard de dollars et qui fut concrétisé au mois d’octobre 1977 par un contrat, combustible nucléaire compris ,de 3 milliards de dollars.
On comprend mal, dans ce contexte, pourquoi le Shah se serait engagé à prendre 400 millions d’obligations , si ces obligations ne représentaient pas le montant des retro commissions que la Frane exigeait. D’autant plus que 5 milliards placés à 8 %, taux en vigueur à l’époque, font 400 MF, ce qui semblerait indiquer que l’achat des obligations d’état a été fait non en sus du cautionnement, mais grâce à la rémunération de celui-ci. Or, jamais dans les contentieux ultèrieurs, il ne fut question, par la suite de ces obligations. A qui avaient-elles été distribuées ? Selon quelle clef de répartition ? Avaient-elles été émises en exemplaire unique ou avaient-elles été émises en double en cas de « risque d’erreur », ce qui aurait permis leur double cautionnement ? Voilà des questions auxquelles seul le Ministre des Finances en poste à l’époque aurait pu répondre. Un Ministre qui s’appelait Robert Boulin…
Au terme de cette complexe enquête, nous avons exploré de multiples pistes et ouvert de nombreuses portes. Nous estimons avoir fait, avec un certain courage, notre travail d'investigateur. Un courage que n’on pas eu, à l’exception de M° René Boyer, les avocats les plus célèbres: M° Maillot auquel on aurait volé les dossiers, M° Badinter qui les aurait perdu, M° Vergès qui les aurait échangé contre l’amnistie des Brigades Rouges. Pour autant, nous ne saurions nous substituer à la Justice dont nous espérons, après tout ce qui a été dit, qu’elle ne se contentera plus de témoignages approximatifs, de vérités tronquées, de versions expurgées au nom de ce qu’on appelle les secrets d’Etat et qui ne sont, en fait, que les volets divers de l’ample comédie de la crapulerie politique.

UNE ENQUÊTE DE PATRICE-JACQUES (Archives personneles) + : (http://www.lagazettedupays.com/affaire_boulin_3309.htm)

(PARTIE N°2)

RAPPEL DES FAITS: RAMATUELLE

Tout Commence à Barsac

 

 

Comme nous l'avons écrit , nous allons raconter en détail les différentes manipulations politiques puis judiciaires qui ont permis d'abattre Robert Boulin et de maquiller ce crime en suicide.
La manipulation judiciaire qui devait interdire au député maire de Libourne de devenir Premier Ministre de Valéry Giscard d'Estaing deux ans avant l'échéance de 1981 a mis en lumière plusieurs personnages dont le nom est certes connu du grand public mais dont l'itinéraire est souvent resté plus obscur. Au premier rang de ceux-ci, M. Henri Tournet, souvent qualifié dans la presse " d'affairiste ", et qui fut mis, en quelques sorte, sur les pas de Robert Boulin par son meilleur ami et associé : Jacques Foccart.
L'intimité de Robert Boulin et d'Henri Tournet semble débuter par hasard. Un jour, dans l'escalier de l'immeuble qu'elle habite rue Rémusat dans le XVI° arrondissement de Paris, l'épouse du ministre, Mme Colette Boulin, croise une amie d'enfance, originaire comme elle de Barsac, Monique Guix de Pinos qui lui apprend qu'elle vient d'emménager dans le même immeuble avec son second mari Henri Tournet. Peu avant sa mort, Mme Tournet avouera à Mme Boulin que ce déménagement fortuit n'était qu'une supercherie et que c'est sur l'ordre de Jacques Foccart que les Tournet avaient pris en main les Boulin. Il convient de s'arrêter un instant sur la famille de Pinos. Le grand père de Monique n'est autre que le négociant Georges Bert qui fut, avant guerre, membre de l'Action Française. La fréquentation politique assidue du Marquis de Lur Saluces, lui même intime de la Duchesse de Guise, égérie de Maurras, lui permet de marier ses filles dans la noblesse. Melle Bert épouse donc un Grand d'Espagne de Première Classe dont elle a plusieurs enfants : Bertrand de Pinos, héros de l'Affaire des Vins de Bordeaux, Jacqueline Servan Schreiber, connue à la télévision sous le nom de Jacqueline Barsac, et Monique qui épouse en premières noces le Comte de la Mire- Mory avant de devenir après son veuvage l'épouse d'Henry Tournet.

 

Un gaulliste de l'Organisation Todt

 

C'est peu dire que ce dernier est familier de Jacques Foccart . Le personnage le plus secret de la 5° République, Jacques Koch ,qui changera de patronyme en Foccart par décret du 17 juin 1952, est alsacien et non juif comme certains biographes peu scrupuleux le prétendent. Descendant " naturel " d'un Prince de Monaco, il n'est pas seulement l'homme des affaires " vulgaires et subalternes " dépeintes par le Général au moment de l'Affaire Ben Barka. Né dans la Mayenne en 1913, Foccart est aussi un grand " béké " de la Guadeloupe. Ses possessions de l'Habitation Saint Charles à Gourbeyre, la ville de Lucette Michaux-Chevry, lui donneront très tôt le goût de l'Outre-Mer . Il rencontre Henri Tournet à Nancy, lors de son service militaire à la 17 ° compagnie de l'air le 20 octobre 1934 . Après leur démobilisation, les deux hommes se revoient fréquemment. En 1939, ils sont mobilisés à Chanzy sur Marne et démobilisés en août 1940, à Tarbes, pour Tournet et à Agen pour Koch-Foccart. Dès lors, ils habiteront ensemble avenue Kleber, puis, mandatés par la Société des Transports Citroën, s'associeront pour exploiter une coupe de bois de 40 ha à Ranes en Normandie. La société fondée par les deux acolytes prospère car un troisième comparse, Georges Desprez , les introduit auprès de l'Organisation Todt. En 1943, après l'incendie criminel de leurs installations, Koch-Foccart et Tournet sont suspectés par les allemands d'escroquerie .Tournet prétendra par la suite qu'il a sorti Foccart de ce guêpier en proposant aux allemands de le libérer sous caution. Les historiens qui ont étudié les rapports de la Gestapo apprécieront comme il convient ce passage rocambolesque. Toujours est-il qu'une caution d'un million de francs est bel et bien versée le 23 août 1943 à la Feldgendarmerie de Saint Malo et que peu après Jacques Foccart monte son réseau de résistance dans le cadre du Plan Tortue pour le compte du BCRA.

 

De la Résistance au Renseignement

 

En 1945, sous la direction de Jacques Chaban-Delmas et du Capitaine Aussaresse (le futur Général de a Bataille d'Alger), Tournet et Koch-Foccart se retrouvent à la DGER, nouvelle appellation du 2° Bureau.
Leur amitié ne cessera jamais jusqu'à l'affaire Boulin, Jacques Foccart allant même jusqu'à associer Tournet à ses propres affaires, une entreprise d'import-export qu'il détient en nom propre au coin de la rue Scribe et de l'avenue de l'Opéra, à l'enseigne de la SAFIEX.
Tournet n'est donc nullement le traîne savate qu'on prétend. Chef de cabinet de Jean Monnet à Washington, resté très proche de Jacques Chaban-Delmas, il évolue entre Ursula Andress et le marchand de tableaux Fernand Legros. Il met au service des services de renseignement français ses innombrables relations aux USA, en Suisse, à Hong-Kong où il a également des intérêts. Il est clair que son intimité avec Jacques Foccart sera mise à contribution pour le financement des fameux " réseaux africains " et du S. A.C dont on sait à peu près aujourd'hui comment ils fonctionnaient financièrement : d'une part, pour l'intérieur, grâce à de fausses traites émises par des sociétés fantôme et faussement garanties par des firmes très solides , d'autre part, pour l'extérieur, grâce, entre autres, à un trafic d'or entre la Suisse et l'Inde via le Golfe Persique. A noter qu'on trouve comme tête de pont de ce trafic la Discount Bank Inc. formée de l'ancienne banque Recanati ou Banque du Sentier que l'on reverra dans l'affaire Pechiney. La Discount Bank achète de l'or en Suisse, le livre par passeurs au bureau de la First National City Bank à Dubai qui l'envoie en Inde où il est vendu. L'argent est transféré à Genève et rentre en France grâce à des firmes amies qui sous-facturent leurs exportations et surfacturent leurs importations.

 

Pour quelques arpents à Ramatuelle

 

Cette proximité des allées du pouvoir qu'il emprunta lui- même fréquemment rend Henri Tournet, si ce n'est incontournable, du moins hautement fréquentable. C'est donc sans méfiance que Robert Boulin accède en juillet 1974 au désir de son épouse et se rend propriétaire d'un terrain de deux hectares à Ramatuelle.
Ce terrain, c'est le piège qu'on vient de lui tendre et qui peut, à tout moment, se refermer sur lui.
A ce point du récit, il n'est pas sans intérêt de rappeler que Valéry Giscard d'Estaing a été élu Président de la République en mai 1974. Robert Boulin l'a fort bien connu, occupant les fonctions de Secrétaire d'Etat au Budget pendant que V.G.E. était Ministre des Finances dans le Gouvernement Chaban- Delmas. " Au départ, confie Robert Boulin, nos relations n'ont pas été bonnes. On lui avait dit que j'étais une sorte d'espion de l'UNR chargé d'enfoncer un coin dans V.G.E.. Il éprouvait une sorte de méfiance à mon égard qui n'avait pas de fondement sérieux. La conception qu'il avait de mon rôle était d'inaugurer les foires internationales. Il a d'abord voulu que j'ai un directeur de cabinet un peu terne, puis nos rapports se sont tendus . Ils se sont compliqués à la recherche d'un bureau pour moi… ".
Néanmoins, quand Jacques Chirac se fait élire à la tête du mouvement gaulliste, le 14 décembre 1974, Robert Boulin en démissionne avec Olivier Guichard et Antoine Rufenacht. Ses rapports ne cesseront d'être tendus avec un certain Charles Pasqua.µ

 

 

Un notaire radié

 

 

L'achat du Domaine du Val de Bois à Ramatuelle se produit donc sur fond d'éclatement de la sensibilité gaulliste.
Cette propriété, acquise dans l'étude du notaire de Grimaud le 18 juillet 1974 pour le prix avantageux de 40 000 F est aujourd'hui encore la propriété de la famille Boulin . La Justice a finalement reconnu son innocence dans cette médiocre affaire. Il s'agit d' une parcelle détachée d'un ensemble de 36 ha non constructibles appartenant à Henri Tournet devenu pour l'heure promoteur immobilier.
Quand Robert Boulin achète la parcelle, il ignore que le domaine a déjà fait l'objet de deux transactions en 1973 et qu'il a été vendu par Tournet à des hommes d'affaire normands qui ont réglé au notaire de Pont Hébert (Manche) 200 millions de centimes. Ce notaire, qui sera radié a " négligé " de faire enregistrer la transaction au Bureau des Hypothèques de Draguignan. Ce qui permet à Tournet le 1° février 1974 de revendre les parcelles du Val de Bois déjà vendues aux normands à une société Holitour domiciliée au Liechtenstein qu'il a lui même fondée en 1962 et dont il est l'ayant droit économique ! Le 6 mai 1974, Robert Boulin s'enquiert auprès du Préfet du Var de la constructibilité des terrains. Le Préfet certifie que la construction d'une maison basse de 185 m2 est conforme au coefficient d'occupation des sols. Tout serait au mieux dans le meilleur des sites balnéaires si la DDE du Var en octroyant le permis le 28 novembre 1974 n'y mettait une condition restrictive : que la distance entre la maison et les limites de la propriété ne soit jamais inférieure à 30 M.

 

 

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LES DERNIERES ACTUALITÉES DU JOUR:

 

 

Des parcelles échangées

 

 

 

L'architecte objecte que cette condition lui interdit de réaliser le plan qu'il a dessiné. L'obligeant voisin Holitour, qui n'est autre que Tournet, accepte de faire un échange de parcelle. Ce qui est fait dans les règles ,devant notaire, le 9 décembre. C'est alors qu'un notaire de Caen se réveille et écrit à son confrère de Grimaud que les deux actes qui viennent d'être signés en son étude sont nuls, la société Holitour n'ayant aucun droit sur les terrains qui appartiennent à ses clients normands.
Le 26 août 1974, le notaire de Grimaud écrit à Robert Boulin qui demande qu'une plainte soit déposée auprès de la Chambre des Notaires. En avril 1975, la Chambre des Notaires dépose à son tour une plainte devant le Procureur de Coutances. L'affaire est confiée au SRPJ de Rouen qui la laisse dormir pendant quatre ans. Jusqu'à ce que le 7 mars 1979, un arrêt de la Chambre d'Accusation de la Cour d'Appel de Caen dessaisisse le juge sommeilleux de Coutances et confie l'affaire à un jeune magistrat talentueux, un certain Renaud Van Ruymbecke…

 

Le Meurtre de Robert Boulin :
Un Certain Renaud Van Ruymbecke

 

En 1996, la star des juges d’instruction français, le Conseiller Renaud Van Ruymbecke lançait en compagnie de cinq autres magistrats européens l’Appel de Genève. Il s’agissait, dans le cadre du nouvel espace judiciaire de créer une sorte d’union sacrée des magistrats permettant de pourchasser la corruption politique d’un bout à l’autre du monde. L’Italien Di Pietro, le suisse Bertosa, l’espagnol Balthazar Garzon, décidaient de traquer l’argent sale des Bahamas aux Iles Vanuatu, du Liechtenstein à Saint Martin en passant par Jersey, Singapour et l’Ile de Mann.
Six ans plus tard, la plupart des « Opérations Mains propres » ont été classées par l’autorité judiciaire. Silvio Berlusconi gouverne l’Italie, Jacques Chirac est à l’Elysée. Le Roi d’Espagne, un moment soupçonné de prise illégale d’intérêt dans une partie connexe de l’Affaire Roldan, est toujours sur son trône. Robert Hue a bénéficié d’un non lieu. Alain Carignon , Jacques Mellick et Henri Emmanuelli sont retournés à la vie politique. Charles Pasqua n’a jamais été sérieusement inquiété. Bernard Tapie scintille sur les écrans…. Avec un certain désappointement, le Conseiller Van Ruymbecke observe que « le phénomène de l’argent sale s’amplifie et que cela va beaucoup plus vite que les progrès de la coopération judiciaire. Aujourd’hui, 50 % des flux financiers passent par des paradis fiscaux. » En d’autres termes, le système a fait sien la fameuse réplique de Tichadel à Rousseau : « Arrête que je te continue… »
Il arrive cependant que l’ardeur justicière de certains magistrats fassent des victimes. Le Président Bez, Roger-Patrice Pelat, les frères Saincené, M. Yves Laurent, Maire de Saint Sébastien sur Loire impliqué dans le système des financements Léo Lagrange et qui comptait, pour son malheur dans son conseil municipal un des membres éminents de l’Administration du Trésor, M ; Jean-Pascal Beauffret, par ailleurs époux de Frédérique Bredin, ont succombé soit à un infarctus, soit à un désespoir dont la soudaineté et la violence ont pu laisser perplexe.
La première de ces « victimes » fut probablement M. Robert Boulin , jeté sciemment en pâture à une certaine forme d’inquisition judiciaire.
Des juges soi-disant indépendants.
Il semble bien que le dessaisissement du premier juge d’instruction de Coutances et son remplacement par Renaud Van Ruymbecke ne doive rien au hasard, mais ait été diligenté par le propre Garde des Sceaux de l’époque M. Alain Peyrefitte. En privé, celui-ci confiera « J’en avais assez de régler les affaires du fils, j’ai laissé le père se débrouiller », faisant allusion à certaines difficultés rencontrées par Bertrand Boulin à la tête d’une association anti-drogue que certains prétendront être une émanation du S.A.C. et à sa volonté délibérée de ne jamais intervenir dans l’instruction de Ramatuelle. D’ailleurs, le ministre n’en avait pas besoin , voici pourquoi.
En 1977, frais émoulu de l’Ecole de la Magistrature de Bordeaux, Renaud Van Ruymbecke, 25 ans, est nommé Juge d’instruction à Caen. C’est dans ses mains, par un heureux hasard, que tombe le dossier de Ramatuelle dont le juge de Coutances vient d’être dessaisi. Renaud Van Ruymbecke est-il « Un juge ambitieux, haineux de la société, considérant à priori un ministre comme un prévaricateur » comme l’écrira Robert Boulin ? Il est en tout cas, déjà, pugnace, coriace, tenace, et surtout un habile procédurier, un homme à la volonté inébranlable, un juriste retors, mais surtout un magistrat qui n’aurait jamais du être chargé du dossier, son père ayant été un des collaborateurs de Robert Boulin au Ministère de l’Agriculture.
« Une affaire de corne-cul » disait Robert Boulin en évoquant les quelques arpents de Ramatuelle . « On ne se suicide pas pour 40 000 F » renchérira Mme Boulin. Le Juge se rendra compte, mais un peu tard, du moins le confessera-t-il à la famille, qu’il a employé dans ce médiocre dossier la technique du pavé de l’ours. La famille Boulin affirme que le Juge Van Ruymbecke, « Vroum » pour ses familiers, lui aurait fait part de ses regrets après la mort du Ministre, affirmant que les pressions exercées sur Robert Boulin étaient destinées à faire tomber Henri Tournet. Mais Henri Tournet coule encore des jours heureux à Ibiza et Robert Boulin a été assassiné….
En d’autres termes, Renaud Van Ruymbecke doit conserver un souvenir particulièrement amer de cette première affaire où, croyant diriger le dossier, il s’est, en fait laissé manipuler comme un bleu par sa hiérarchie.
Notre ami Doumeng
Pour mieux comprendre la personnalité de ce magistrat vedette, il faut remonter à ses origines. A cet égard, la biographie de son père André Van Ruymbecke peut fournir quelques clefs.
Né en 1921 en Suisse, André Van Ruymbecke est un des premiers à avoir intégré l’Ecole Nationale d’Administration fondée par Michel Debré après la guerre. Il se trouve dans la promotion 1946-1947 en compagnie de Michel Jobert et de Michel Poniatowski. Destiné à entrer dans la carrière et à devenir ambassadeur, M. Van Ruymbecke est écarté du Quai d’Orsay pour ses opinions politiques ; il ne fait pas mystère, en effet, d’avoir combattu dans les rangs des F.T.P. Certains l’accusent même de « progressisme » et de « crypto communisme », deux sobriquets qu’il ne fait pas bon mériter en ces temps de guerre froide.
André Van Ruymbecke se retrouvera donc à la Direction des relations économiques extérieures grâce à la protection d’un ministre du Général de Gaulle qui était son ami : François Xavier Ortoli. A la DREE, M. Van Ruymbecke fut chargé des questions agricoles et intégra ensuite le ministère de l’agriculture dont les titulaires furent successivement à l’époque Edgar Faure et Robert Boulin. Le Conseiller Van Ruymbecke se plaira d’ailleurs à souligner que les relations de son père et du ministre étaient plutôt bonnes. Ce n’est donc pas dans cette direction qu’il faut chercher des raisons d’une sévérité qui, bien qu’elle lui soit native, a incontestablement, en l’espèce, dépassé des espérances car, pour imprescriptibles que soient encore les abus de bien sociaux, le soupçon de ceux-ci n’a jamais été puni de mort !
C’est plutôt dans les rapports personnels de Renaud Van Ruymbecke et de son père que l’on pourrait trouver une explication au comportement du magistrat. M. André Van Ruymbecke devint, en effet, directeur du FORMA (Fonds d’orientation et de régularisation des marchés agricoles) et entretint à ce titre les meilleures relations avec M. Jean-Baptiste Doumeng, ce « milliardaire rouge » comme il aimait à se définir lui même, qui fit fortune dans les exportations subventionnées vers les Pays de l’Est. A plusieurs reprises, des informations concordantes citèrent M. Van Ruymbecke parmi les financiers occultes du P.C
D’ailleurs, son ami Jean-Baptiste Doumeng, lui aussi ancien FTP, ne cacha jamais les excellentes relations qu’il conservait avec le Parti Communiste Français et l’aide efficace qu’il apporta à ses camarades au titre des financements occultes.
De la Banque de l’Europe du Nord à l’Opération « Mains propres »
Dans un ouvrage non traduit en français, mais que le Conseiller Van Ruymbecke ne peut avoir lu sans un certain déplaisir : « Ricordati da lontano », le héros de l’Affaire Paretti, Florio Fiorini, membre éminent de la Loge P 2, alors emprisonné en Suisse et craignant pour sa vie, raconte comment Jean Baptiste Doumeng participait avec lui à une sorte de poker sur les matières premières afin de devenir et de rester un des maîtres du monde. Participaient à ces petites séances un représentant français de Renault Véhicules Industriels qui ne fut jamais inquiété, un représentant de la banque d’état soviétique qui agiotait sur le gold( minerai d’or), Florio Fiorini qui représentait l’Office National des Pétroles Italiens (E.N.I.), Jean-Baptiste Doumeng qui avait la maîtrise sur les céréales, mais s’intéressait aussi au pétrole, via l’E.N.I., et le Raul Gardini, alias « Le Maure de Venise », du nom de son célèbre bateau qui avait la maîtrise sur les semences et les engrais en tant que P.D.G. de Monsanto. A la lecture de ce texte édifiant, on apprend que le tiers monde était tout entier placé sous la coupe de ces quelques financiers capables de susciter quand bon leur semblait famines et révolutions pour leurs plus grands bénéfices. Inutile de rappeler que tout cela se termina par le suicide de M. Gardini et l’opération « Mains propres » menée en Italie par l’ami de Renaud Van Ruymbecke, le Juge Di Pietro.
Au début des années 70, M. André Van Ruymbecke devint le patron de l’Union Laitière de Normandie (U.L.N.), une très puissante coopérative qui collectait le lait, regroupait les producteurs et exportait en faisant jouer le mécanisme des fameux montants compensatoires. Il fut décoré de la rosette d’officier de la Légion d’Honneur dans les salons du Restaurant Ledoyen par… M. Michel Poniatowski. Il acheta à peu près au même moment une très jolie propriété datant, pour partie du XIII° siècle, le Château de Sainte Marie à Agneaux dans la Manche, qu’il eut la chance d’acquérir pour une somme très modique : 70 000F. Le bâtiment, comme le château de Bity, acheté à peu près à la même époque par le couple Chirac était en mauvais état. M. Van Ruymbecke prit donc le même parti que le futur Président de la République : il le fit restaurer pour 350 000 F de travaux après avoir pris la précaution de la faire inscrire à l’Inventaire supplémentaires des Monuments Historiques.
M. Van Ruymbecke demeura à la tête de l’ULN jusqu’en 1983. Après son départ, en délicatesse avec le Crédit Agricole et la Confédération Agricole de la Manche qui portera plainte pour abus biens sociaux, l’Union Laitière de Normandie affichera un déficit de plusieurs milliards de francs. Jamais visé par ces procédures, M. Van Ruymbecke créera la société VR conseil dont la gérance était assurée par son épouse, mère de Renaud Van Ruymbecke. A la mort de celle ci, le château en indivision sera évolué 1 MF, puis vendu en 1986 . M. Van Ruymbecke s’installera alors à La Croix Valmer et se fera élire au conseil municipal de Cogolin, dans cette presqu’île de Saint Tropez qui avait porté malheur à Robert Boulin, son voisin.

 

Le Meurtre de Robert Boulin : Un Piège Bien Ficelé

 

Persuadé qu'il est un juge libre dans un pays libre où les pouvoirs sont indépendants comme Montesquieu l'a prôné et comme l'ont reconnu les immortels principes de 1789, Renaud Van Ruymbecke va donc donner comme un béjaune dans tous les leurres tendus par le Garde des Sceaux.
Dès qu'il reprend le dossier, V. R. attaque Henri Tournet, bille en tête. Ce dernier réagit en adressant à Robert Boulin une lettre de menaces le 27 février 1979 . " J'ai des lettres de toi, écrit Tournet. J'ai agi par amitié à ton égard, exactement comme pour un certain soutien et financement. Je suis prêt à te conserver mon amitié si tu me prouves la tienne de façon concrète et non verbale ". Une Loi récente permettant aux Juges d'Instruction de se transporter hors de leur territoire, le Juge Van Ruymbecke perquisitionne le 11 juin chez Tournet à Neuilly.

 

 

 

 

Une faute de procédure

 

 

Sans avertir le procureur territorialement compétent, " Vroum " sort Tournet tout dégoulinant de son bain et fouille méthodiquement l'appartement, emportant des centaines de lettres, actes et documents. La perquisition achevée, Van Ruymbecke, alors qu'il n'a pas toujours demandé de mandat de dépôt au Procureur de Nanterre, ordonne au Commissaire de Neuilly de placer Tournet en garde à vue dans ses locaux. Le policier hésite car Tournet le prend de très haut, rappelle qu'il est commandeur de la Légion d'Honneur et proche du pouvoir. Il en réfère sans le dire à Van Ruymbecke au Procureur de Nanterre lequel estime que le Juge a commis une faute et ordonne que Tournet soit remis en liberté, tandis que V.R. est tranquillement reparti pour Caen.
Au sortir du commissariat, Tournet se précipite pour appeler Boulin en hurlant : " Tu ne comprends donc pas qu'à travers moi, c'est toi qu'on vise ? "
Le lendemain, apprenant qu'il a été joué, Van Ruymbecke est assailli d'une colère froide. Il expédie les gendarmes à Neuilly qui s'assurent de la personne de Tournet et le ramène menotté à Caen où il est inculpé de faux en écritures publiques et où V.R., glacial lui promet les Assises en le faisant incarcérer.
Le Juge s'est déjà rendu, escorté de sa fidèle greffière Véronique, à Ramatuelle et à Draguignan. Il a mis sous scellés divers documents en provenance de la DDE du Var.
Il semble que Robert Boulin ait été très étonné du tour pris par " l'affaire de corne cul ". Il tente de s'en entretenir avec Alain Peyrefitte. Loin de faciliter cet entretien, le Garde des Sceaux l'organise en présence du Directeur des Affaires Criminelles et des Grâces . Il faut savoir que l'organigramme de la Chancellerie était composé à l'époque de deux directions dont la plus importante était les affaires criminelles. Aujourd'hui, ces deux directions ont éclaté en six grandes directions : l'administration pénitentiaire, les services judiciaires, les affaires civiles et sceau, la protection judiciaire et jeunesse, l'administration générale et équipement. La direction des affaires criminelles a un poids énorme puisqu'elle est en même temps celle des grâces . Elle est toujours confiée à un magistrat de haut rang et n'a d'équivalent en pouvoir que le conseiller aux affaires judiciaires du Président de la République lequel ne tranche que rarement contre l'avis du Directeur des Affaires Criminelles. Si bien que le conversation tourne court, ce qui permettra au Ministre de la Justice de proclamer : " Je ne pouvais évidemment pas intervenir auprès du Juge d'Instruction. Mon collègue Boulin ne me l'a d'ailleurs pas demandé. "

 

Une caution de 500 000 F

 

Renaud Van Ruymbecke perquisitionne de nouveau chez Tournet le 5 juillet 1979 . Faisant feu de tout bois, ce dernier parvient néanmoins à être remis en liberté à la fin de juillet, mais après avoir versé une caution de 500 000 F !
On imagine la fureur de Tournet. Et le malaise de Boulin coincé par cette situation inédite. Car il ne peut être interrogé par Van Ruymbecke qu'après autorisation du Conseil des Ministres et donc déballage public. Certes, le Premier Président de la Cour d'Appel aurait pu se déplacer jusqu'à son domicile pour recueillir son témoignage. Ce ne fut évidemment pas le cas. D'ailleurs, ç'eut été trop tard, des photocopies des pièces du dossier circulaient déjà dans toutes les salles de rédaction.
On peut observer que les rapports qui peuvent et doivent s'instaurer entre le police, la justice et la presse atteignent ici un point sensible. Le Réolais détient la preuve que l'exécution des frères Saincené est due à une de ces bavures mettant en position un juge bien connu et un des reporters du Monde auquel le magistrat a passé sitôt reçue la lettre de demande d'audience que les deux frères lui avaient envoyée et qui fut immédiatement publiée. Dans l'affaire Elf, le même journal fut dépositaire de P.V. d'auditions immédiatement après qu'ils soient consignés et les publia si vite qu'il ne prit même pas le temps de rectifier les fautes d'orthographe !
S'il nous semble indispensable que certains points d'une enquête puisse être, en confiance, vérifiés à bonne source, il nous semble, en revanche, peu convenable que les informations judiciaires soient livrées directement " du producteur au consommateur " sans que les journalistes prennent même la précaution d'en vérifier les éléments car, le moins que l'on puisse dire, c'est que certains P.V. qui sont déclaratifs ne sont pas parole d'évangile !

 

 

Une affaire bien embrouillée

 

 

Il est évident, toutefois, que le cas d'Henri Tournet était clair comme du jus de chique. La nécessité de clarifier cette obscurité entretenue sera certainement pour quelques chose dans les derniers rendez vous pris par Robert Boulin le jour de sa mort. Nous écrivons " les derniers rendez vous " car nous sommes persuadés qu'il y en eut au moins deux. Quoiqu'il en soit, celui avec Henri Tournet concernait, en partie l'affaire ténébreuse de Ramatuelle.
Tournet avait donc acheté en 1965, trente-cinq hectares à Ramatuelle. Ces hectares étaient constructibles à condition que les travaux soient entrepris immédiatement. Or, ils ne l'avaient pas été . La réglementation fut modifiée et les permis de construire étant caducs ils ne purent plus être délivrés de nouveau.
Ce qui n'empêcha pas Tournet de vendre 31 de ces 35 hectares à deux industriels , Maurice Cousin et Jean Pierre Camus ,originaires de Flers et de Caen.
Ceux-ci sont persuadés qu'ils pourront construire et versent à M° Groult, notaire à Pont Hébert ,1 500 000 F pour les terrains et 500 000 F pour la viabilité. L'acte ne sera jamais enregistré, ce qui permettra à Tournet de revendre le même terrain par l'intermédiaire du notaire Long à Grimaud, puis d'en céder une petite partie à une société Nafult Anstalt, domiciliée à Vaduz et une plus importante à la société Holitour, composée de 500 actions dont 419 lui appartiennent.

 

Promesses d'achat, promesses de vente, comme à Saint Martin.

 

On peut observer, mais le Juge Van Ruymbecke ne le soulèvera pas, que ces actes en cascade servent parfois à dégager de substantielles commissions. Ce n'est un mystère pour personne que, dans l'île de Saint Martin, en Guadeloupe, certains terrains et parfois même le rivage marin changent cinq ou six fois de propriétaires dans la même journée. Les promesses d'achat et de vente ne sont jamais enregistrées et revendues " hors la vue du notaire " à des comparses qui engrangent ainsi un bénéfice qu'ils se partagent de la main à la main.
En l'espèce, rien ne prouve que ce mécanisme ait été employé. Tournet se bornera à prétendre que Robert Boulin, furieux d'avoir été dupé, exigera en dédommagement de ces tracas que deux parcelles, l'une de 30ares, l'autre de 70 ares lui soient offertes . On observera également que la mise à la disposition gratuite de parcelles à construire est un des grands classiques de la vie politique. C'est ainsi que Marcel Dassault, par exemple, était célèbre à l'époque pour ses cadeaux de terrains en général situés dans les îles grecques qu'il faisait racheter quelques années plus tard par un club de vacances de ses amis, dégageant ainsi la valeur totale du pot de vin.
Si le Juge Van Ruymbecke a subodoré une combine de cet ordre, il n'en a pas prouvé le mécanisme qui, à notre avis, ne s'applique d'ailleurs pas ici. En revanche, le Magistrat semble avoir estimé que le terrain avait bel et bien été payé 40 000F par Robert Boulin, mais que son chèque, encaissé par le Banco Popular Espanol aurait pu lui être restitué par le biais d'un chèque au porteur de même montant. A quoi Robert Boulin répliquait que si Tournet avait émis un chèque au porteur de 40 000 F, il ne lui était pas destiné. La meilleure preuve est que ce chèque existe dans les pièces de procédure et qu' il a été endossé à un nom illisible. Tournet effectuait d'ailleurs régulièrement de pareils montages qui peuvent s'avérer être de sacrés pièges. Tournet rédigeait un chèque au porteur, encaissait lui-meme l'argent ainsi blanchi, et notait un nom célèbre sur la souche, faisant ainsi croire à un pot de vin !

 

La mort de Mme Rachez

 

Aussi obscure qu'aient été ces diverses manœuvres, il s'avère bien, en ce qui concerne Robert Boulin, qu'il s'agissait d'une affaire de " corne cul " comme le proclamait le Ministre. Une affaire qui ne méritait sans doute pas qu'on jette un homme en prison, ni qu'on le prive d'une cravate de Commandeur de la Légion d'Honneur qu'on lui avait, à l'évidence, bien légèrement octroyée !
En revanche, le Juge Van Ruymbecke aurait certainement du s'attacher à éclairer une autre partie du dossier qui a, peut être son importance dans la mort de Robert Boulin. . Ce jour là, en effet, le Ministre semble avoir eu rendez vous avec Henri Tournet qu'accompagnaient deux personnes de nationalité étrangère : MM. Ernst Siegrist et Herman Stromberg.
Quel rapport ont-ils avec l'affaire ? Mme Rachez, belle mère d'Hermann Stromberg, propriétaire de l' hôtel, casino et centre thermal de Saint Amand Les Eaux, a peur de perdre sa fortune quand éclatent les manifestations de mai 1968. Telle le personnage fameux de " Milou en mai ", elle croit mettre à l'abri son magot en confiant 2 millions de francs français et 1,7 M de francs suisses à Henri Tournet , qui est administrateur du Casino de Saint Amand afin qu'il place discrètement l'argent en Suisse à la banque Imefbank dont le président, M. Schlaepfer, n'est autre que son avocat.
Quelques années plus tard, Mme Rachez se brouille avec Tournet et sur les conseils de son gendre Hermann Stromberg, décide de récupérer son bien. Comme elle n'y parvient pas, elle exige d'être reçue par le Président d'Imefbank, M. Schlaepfer. Mais cet entretien n'aura jamais lieu car Mme Rachez décède le 4 février 1973 dans des conditions si bizarres qu'une enquête sera ouverte.
L'argent de Mme Rachez reste donc sous la garde de Tournet qui le prête à Ernst Siegrist pour acheter pour le compte d'un tiers ( ?) les terrains de Ramatuelle. Le tiers se révèle être la société Holitour dont Tournet est actionnaire majoritaire, le reste des actions étant détenu par le fils de l'avocat-banquier Schlaepfer.
Ce n'est qu'en 1988 , après avoir été ruiné et totalement dépossédé du casino de Saint Amand les eaux, que M. Stromberg confiera à un remarquable enquêteur, Serge Garde de l'Humanité, cette partie de l'affaire. Il confessera avoir eu un rendez vous avec Robert Boulin l'après midi de sa mort, mais l'avoir quitté avant le meurtre…

 

 

 

 

QUELQUES PIÈCES A CONVICTION

 

Le lieu du crime: l’étang Rompu en forêt de Rambouillet (Yvelines).

 

LE CORPS DE ROBERT BOULIN PRESENTANT LES CONTUSIONS

(EXPERTISE DU VEHICULE TRES SOMMAIRE)

Au moins deux documents sont censés prouver la volonté de Robert Boulin de mettre fin à ses jours. Sur un bristol, posé sur le pare-brise, il est écrit: "Embrassez ma femme éperduement (sic), le seul grand amour de ma vie". Problème, les deux écritures, au recto et au verso, divergent tellement qu’il est impossible de les attribuer sans erreur à Robert Boulin.

Tandis que dans les jours qui suivent, plusieurs lettres parviennent à leurs destinataires: des médias (l’AFP, le journal Sud-Ouest) et des proches du ministre (Jacques Chaban-Delmas, son suppléant Gérard César). En réalité, toutes ces lettres sont des photocopies, reprenant, en dehors des mentions de début et de fin faisant allusion au suicide, un projet de réponse publique aux accusations de l’affaire de Ramatuelle. Enfin, le format de ces "lettres" ne correspond pas au format des lettres postées à Monfort-l’Amaury vers 17h30, par Robert Boulin…

LA LETTRE POSTHUME A MEME LE SOL DU VEHICULE

(Documents) http://www.rue89.com/2007/05/03/affaire_boulin_la_fille_du_ministre_demande_une_nouvelle_enqu_te

(Document PATRICE - JACQUES)

LETTRE DE ROBERT BOULIN N°1
LETTRE DE ROBERT BOULIN N°2
LETTRE DE ROBERT BOULIN N°3
LETTRE DE ROBERT BOULIN N°4
LETTRES A TELECHARGER ET A IMPRIMER VERSION PDF
P.S.JACQUES

LA LETTRE POSTHUME DE ROBERT BOULIN DANS SON INTEGRALITÉ

 

 

(OFFERTE AUX INTERNAUTES PAR PATRICE-JACQUES)

 

 

Affaire Boulin: la lettre au président Sarkozy
Par David Servenay (Rue89) 00H05 11/09/2007

 

 

Dans une lettre qu'elle a décidé de publier sur Rue89, la fille du ministre assassiné en 1979 demande justice.

 

C'était au tout début de la campagne électorale, le 26 janvier, à Poitiers. Dans un discours que les observateurs ont salué pour son large balayage de l'histoire de la droite, Nicolas Sarkozy eut ces mots: "Je n'oublie pas Robert Boulin, victime du mensonge et de la diffamation."

Des mots que Fabienne Boulin, fille du ministre du Travail et de la Participation assassiné en octobre 1979, n'a pas oublié, alors qu'elle réclame depuis quatre ans la réouverture de l'enquête sur cette mort officiellement classée en suicide. Elle a donc pris sa plume pour écrire au président de la République. Faute d'avoir une réponse, elle décide de la rendre publique sur Rue89 et France Inter.

Il y a urgence: certains témoins, comme Raymond Barre, sont en train de disparaître...

"Le matin du 25 juin dernier, nous dit-elle, j'ai déposé au Pavillon de garde de l'Elysée, où je m'étais faite annoncer, une lettre personnelle au président de la République concernant la recherche de la vérité sur la mort de mon père. Je n'ai reçu à ce jour aucune réponse, pas même un simple accusé de réception de son cabinet, ce qui n'est vraiment pas dans les habitudes de M.Sarkozy."

"J'avais, quelques jours plus tôt, demandé au Procureur Général de la République de Paris de faire désigner un juge d'instruction pour entendre des témoins capitaux sur les circonstances de la mort de mon père, et avec mon avocat, William Bourdon, nous avions insisté sur l'urgence, le risque que certains disparaissent. Le décès de M. Barre cet été me donne malheureusement raison. A l'évidence le temps presse. J'ai donc décidé de rendre publique ma lettre au Président de la République."

 


Entretien avec Fabienne Boulin (1)
envoyé par rue89

 

La lettre au président Sarkozy

 

"Monsieur le Président de la République,

"Sachant n’avoir rien à attendre de vos prédécesseurs, c’est la première fois en près de vingt-huit ans de combat pour la vérité que je m’adresse directement au plus haut magistrat de notre pays.

"Mon père, Robert Boulin, Ministre en exercice, a été assassiné le 29 octobre 1979, tabassé à mort et victime d’un complot politique. Avec l’aide de quelques journalistes, et de mes avocats, je crois avoir aujourd’hui réussi à renverser la charge de la preuve: à ceux qui voudraient continuer à accréditer la thèse officielle du suicide d’en démontrer la véracité. A ceux qui s’en sont fait les défenseurs, contre toutes les évidences du dossier judiciaire lui-même, de démontrer leur bonne foi en expliquant comment et par qui ils ont été manipulés.

"La mort d’un ministre en exercice est par définition une affaire d’Etat. Ou un 'accident du travail', comme l’écrivait Coluche dès le mois de décembre 1979... Je reste profondément blessée que l’Etat, employeur de mon père pour près de vingt et un ans, et que celui-ci nous avait appris à tant respecter, ait été aussi négligent durant tant d’années, me laissant seule dans la recherche de la vérité et protégeant de fait les assassins et leurs complices. Je suis profondément choquée que l’appareil d’Etat ait pu être si longtemps utilisé à de simples fins de 'raison privée d’Etat'.

"Dans ses responsabilités ministérielles, avec constance et détermination, mon père fut un homme de réformes. Dans la vie politique, avec la même constance et détermination, il fut l’homme de la fidélité au Général de Gaulle et aux valeurs que celui-ci incarnait. Lorsque ces valeurs ont été remises en cause par les pratiques de ceux qui se prétendaient les héritiers du gaullisme à des fins personnelles, mon père est devenu, à sa façon, un homme de rupture. Sa rupture à lui l’a tué. Autres temps, autres mœurs et que de temps perdu!

"Nous sommes à la croisée des chemins"

"Si je m’adresse à vous aujourd’hui, c’est d’abord parce que, dans ce dossier comme dans tant d’autres, nous sommes à la croisée des chemins. Des éléments nouveaux impérieux et concordants et la confirmation de l’impossible vraisemblance de la thèse officielle obligent à l’évidence à rouvrir l’instruction criminelle sur les circonstances et les causes du décès de mon père. Cela est urgent car plusieurs témoins se sont manifestés, espérant comme moi que les temps ont changé. Certains d’entre eux sont vieux, d’autres se sentent encore aujourd’hui menacés et ne pourront témoigner, éventuellement sous X, que sous la protection de la justice et devant un juge d’instruction. C’est aussi parce que cette décision cruciale appartient en propre, de manière discrétionnaire et sans appel, au Procureur Général de la République près la Cour d’Appel de Paris, représentant du ministère public, c'est-à-dire des autorités de l'Etat. C’est enfin parce que je n’ai pas manqué de noter que vous-même, dans votre discours d’ouverture de campagne présidentielle à Poitiers, avez eu des mots précis et explicites sur ce drame de notre vie politique. J’y ai été sensible, sentant que vous n’étiez pas de ceux, nombreux avant vous, qui se sont contentés de brandir le nom de mon père comme une menace pour leurs adversaires et concurrents.

"Oserez vous ce qu’aucun de vos prédécesseurs n’a osé: entendre ceux qui veulent faire la vérité sur la mort d’un ministre de notre République? En vous écoutant je le crois, et suis donc à votre disposition pour en parler directement avec vous, à votre convenance et avec la visibilité ou la discrétion que vous jugerez opportune.

"Dans cette attente, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

Signé: Fabienne Boulin-Burgeat"

 

 


Entretien avec Fabienne Boulin (2)
envoyé par rue89

 

Cliquez sur ce lien: La lettre n°1 de Fabienne Boulin à Sarkozy

Cliquez sur ce lien: La lettre n°2 de Fabienne Boulin à Sarkozy

 

Une vérification auprès de l'Elysée nous a permis d'apprendre que la lettre de Fabienne Boulin est aujourd'hui entre les mains de Patrick Ouart, le conseiller pour la justice du Président.

Or, nous savons aujourd'hui (voir le dossier Boulin que Rue89 consacrait à cette affaire en mai dernier) que la fable Boulin fut patiemment construite par des policiers, des juges et un entourage politique au coeur même du RPR.

Le mobile du crime? Malgré de nombreuses pistes possibles, les éléments glanés par l'enquête de Benoît Collombat ("Un homme à abattre", Fayard) ramènent toujours à la même piste des intrigues financières qui agitaient alors le parti de Jacques Chirac.

Fabienne Boulin ne baissera pas les bras. Près de vingt-huit ans après les faits, elle reste la seule partie civile dans cette procédure judiciaire. Le 29 octobre prochain, elle sera à Libourne (Gironde) pour une réunion publique afin de constituer une association de soutien.

http://rue89.com/2007/09/11/affaire-boulin-la-lettre-au-president-sarkozy#comment-76419

 

 

Biographie de Robert BOULIN

 

 

L'AFFAIRE ROBERT BOULIN 1ère Page:

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UNE ENQUÊTE DE PATRICE SAINT-JACQUES (Archives personnelles) + : (http://www.lagazettedupays.com/affaire_boulin_3309.htm)

 

 

 

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Montage: Patrice -Jacques :

 

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