ENQUÊTE SUITE ET FIN
(2ème PAGE)
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(PARTIE N°1)
Une situation politique explosive
L'AFFAIRE
ROBERT BOULIN 1ère Page:
LES
DERNIERES ACTUALITÉES DU JOUR:
Rappelons
donc brièvement
la situation de la France en 1979 . Le 25 août 1976, Jacques
Chirac avait claqué la porte de Matignon : " Je
ne dispose pas des moyens que j'estime aujourd'hui nécessaires
pour assumer efficacement les fonctions de Premier Ministre et, dans
ces conditions,
j'ai décidé d'y mettre fin " . Le Gouvernement de
Raymond Barre voit affluer les ennemis de Jacques Chirac : Olivier
Guichard, Antoine
Rufenacht et Robert Boulin qui avaient démissionné de
l'UDR le 14 décembre 1974, sans parler de Michel Poniatowski
et de Jean Lecanuet , en sont les vedettes . Dès le mois de
septembre 1976, Chirac, aidé de
Charles Pasqua , appelle au rassemblement contre le plan Barre. Brillamment
réélu en Corrèze aux législatives de 1976,
il apprend avec fureur que Giscard ambitionne de donner un Maire à Paris.
Jean Tibéri, Simone Veil, Olivier Guichard, Pierre Christian
Taittinger, Jacques Dominati, Christian de la Malène, tous candidats à la
candidature sont écartés, au profit du plus fidèle
des giscardiens : Michel d'Ornano.
Le 5 décembre, au grand
rassemblement gaulliste de la
Porte de Versailles,
Jacques Chirac annonce
sa candidature. Ce
qui va suivre ne sera jamais écrit
dans les journaux ni les livres
d'histoire. Chirac
et d'Ornano font respectivement
appel à des nervis issus de l'extrême droite. Pas sectaires, certains
travailleront même pour les deux candidats. Bientôt les Républicains
Indépendants sont complètement noyautés par des dissidents
du SAC menés par des amis de leurs responsables eux-mêmes issus
de l' extrême droite tels Hubert Bassot ou Gérard Ecorcheville,
beau frère de Gérard Longuet. Au RPR, Charles Pasqua, persuadé qu'il
faut noyauter l'extrême droite de l'intérieur, vient d'embaucher
un ancien du PFN (Parti des Forces Nouvelles), Alain Robert, qui est d'ailleurs
encore aujourd'hui à ses cotés.
C'est ainsi que rien de ce qui
sera prévu par d'Ornano durant sa campagne
ne sera ignoré des chiraquiens. Chaque fois que d'Ornano visite une
crèche ou va sur un marché, il trouve sur les lieux les distributeurs
de tracts du RPR. On ira même plus loin dans le XVIII° arrondissement
où des affiches imprimées au nom de " gaullistes de toujours " tels
Sanguinetti ou le Général Binoche, qui se trouve être par
ailleurs le frère d'une colistière de Michel d'Ornano, appellent à voter
pour l'Union de la Gauche. De même qu'un mystérieux " Groupe
d'israélites " qui se prononce contre la candidature de Michel
d'Ornano. Renseignement pris par les R.G., personne n'a écrit ni publié quoi
que ce soit. Le
tout est l'œuvre des anciens du PFN, nouveaux adhérents
du SAC qui tirent ces brillantes idées d'une nouvelle recrue au lourd
passé : l'ancien cagoulard Gabriel Jeantet, par ailleurs, parrain de
Francisque de ... François
Mitterrand.
Michel d'Ornano sera battu et
Chirac élu Maire de Paris. Mais ces méthodes
peu démocratiques émurent de nombreux membres de la Majorité.
A quoi Chirac répliqua " qu'il était un recours parmi ce
monde de faibles, de courtisans et de bouffons " …
Giscard, désormais, ne pourra plus gouverner qu'en utilisant le fameux
article 49 alinéa 3, c'est à dire en usant, pour contrecarrer
l'opposition systématique
de Chirac, de pratiques constitutionnelles
tout aussi
contestables. C'est
de ce combat politique indécis
que Robert Boulin a tragiquement fait les frais…
La Confession d' Hermann Stromberg
Le
18 novembre 1988, l’Humanité Dimanche
publie un reportage de Serge Garde assorti de la confession d’Hermann
Stromberg,
gendre
de l’infortunée
Mme Rachez, propriétaire du Casino de Saint Amand les
Eaux. M. Stromberg déclare carrément : « J’étais
là. Robert
Boulin m’avait demandé le 26 octobre ainsi qu’à Charles
Bignon, ancien député, ami d’enfance d’Olivier
Guichard et de Jean de Broglie dont il fut le collaborateur,
de me trouver le 29 octobre
1979 à 16 H devant la Poste de Monfort L’Amaury
qui était
d’ailleurs un lieu de rendez vous fréquemment utilisé.
Quand nous sommes arrivés, Charles
Bignon et moi même, nous avons
trouvé Robert Boulin en compagnie de deux Ministres en exercice, de
deux policiers de très haut niveau et de Robert Fontanet. Ils discutaient
de Tournet. Les deux Ministres sont repartis presque aussitôt et Boulin
est venu nous dire : « J’ai convoqué Tournet dans une demi-heure,
un peu plus bas, au Carrefour des Voleurs. J’attends quatre divisionnaires.
On va prendre Tournet et l’expédier en Espagne ». A
ce moment là, deux autres voitures sont arrivées avec quatre personnes
que j’ai cru identifier comme des membres des Services Secrets. Nous
nous sommes dirigés vers le Carrefour des Voleurs où nous avons
effectivement trouvé Tournet en compagnie d’un
de ses neveux et de Patrice Blank. »
Ce Patrice Blank, qui était également ami de Robert Boulin a
probablement son importance dans l’affaire car il se rendra plus tard
dans la soirée au domicile de la famille Boulin où il restera
jusque vers 23 H. C’est après son départ que Bertrand Boulin
et son beau frère, M. Burgeat, découvriront dans la chambre du
Ministre, déchiré dans la corbeille à papiers, un exemplaire
de la fameuse lettre posthume : « J’ai décidé de
mettre fin à mes jours ». Ils observeront également que
le ruban de la machine à écrire a disparu. Patrice
Blank, qui avait conseillé à Boulin de rencontrer les journalistes du Canard
Enchainé, est l’ancien patron de France Soir et du Journal du
Dimanche après guerre. Il sera également cité sans démenti
comme étant le banquier ayant aidé financièrement à l’entreprise
de déstabilisation du Bénin commandée par Jacques Foccart à Bob
Denard..
«
Charles Bignon et moi même poursuit Hermann Stromberg commençons à nous
demander pourquoi nous sommes là. Nous décidons de nous éloigner
et de descendre vers Saint Léger en Yvelines. Sur le chemin, nous rencontrons
le Maire, M. Pic- Paris qui semble être au courant
lui aussi du rendez vous.
C’est alors que déboulent trois voitures immatriculées
en Suisse et en Allemagne. Dedans, je reconnais Ernst Siegrist (auquel Tournet
aurait prêté l’argent de Mme Rachez pour acquérir
les terrains de Ramatuelle N.D.L.R.) qui était accompagné de
gorilles. Siegrist est un personnage dangereux, très protégé par
de puissants banquiers de la RDA. On lui prête en outre le rôle
de coordonnateur entre l’Opus Dei et une branche de la Mafia à laquelle
appartiendrait l’avocat genevois d’Henri
Tournet.
C’est alors que nous avons compris qu’il se déroulait quelque
chose d’anormal, comme si Ernst Siegrist était en avance sur l’horaire.
Nous apprenons alors que Robert Boulin était en négociation avec
ce dernier au sujet du rachat d’un dossier évalué à 5
MF. Robert Boulin refuse de payer,
arguant qu’il n’avait pas d’argent.
Tournet se mêle à la conversation, faisant monter les enchères à 7,5
MF. La discussion s’envenime. Robert Boulin s’éloigne avec
Siegrist et ses gorilles qui reviennent seuls peu après. L’irréparable
s’est accompli… ».
Il est extraordinaire que cette confession, publiée dans un journal
de grande audience, n’ait pas davantage retenu l’attention. Malgré le
talent de Serge Garde, on pourrait se demander pourquoi l’Humanité s’intéresse à ce
point à l’affaire Boulin. Ce serait oublier que l’époux
de Fabienne Boulin a été membre des Jeunesses Communistes et
que l’avocat honoraire qui s’est le plus investi dans ce dossier,
M° René Boyer, a été membre
du Parti.
Néanmoins, il ne nous semble pas que ce texte soit crédible
de bout en bout. Car si Robert Boulin a été exécuté peu
après 16 H, on ne s’explique pas comment sa
voiture a pu être
accidentée ensuite et n’être jetée
qu’à 4
heures du matin dans l’étang Rompu. On ne voit
pas non plus à quoi
riment les ecchymoses que la cadavre portait sur la face
et d’ou vient
la trace de liens qu’il avait au poignet droit. Si
la première
partie du récit est probablement véridique, la
seconde est tout à fait
invraisemblable et semble avoir été inventée
pour dissimuler le travail d’une seconde ou d’une
troisième équipe.
Envoyée par qui et pourquoi ? .
Les Dernières Heures de Robert Boulin
A partir des déclarations d’Hermann Stromberg effectuées en 1988, c’est à dire quatre ans après que la famille de Robert Boulin ait accusé le Procureur de la République de Versailles, M. Robert Barbat, de « dissimulation et de forfaiture » et que M. Mitterrand, en Conseil des Ministres, ait apporté solennellement son appui à M. Robert Badinter, Garde des Sceaux, qui venait de porter plainte en diffamation contre les parties civiles qui, au surplus, figuraient pour ce dossier précis sur la liste de ses anciens clients , le Juge Corneloup chercha, tout de même à retrouver certains témoins des dernières heures du ministre. Il estima, par exemple, devoir entendre Denis Le Moal, postier à Monfort L’Amaury qui avait vu tomber dans sa boite aux lettre « une douzaine d’enveloppes à en-tête du ministère du Travail ». La Brigade Criminelle prétendit que le postier avait été muté en Guadeloupe. Affirmation totalement fantaisiste car M. Le Moal avait été muté en 1981… à Saint Brieuc où il se tient toujours à la disposition de la Justice.
L’appel au Narvalo
Néanmoins, à partir
du témoignage
de ce fonctionnaire, de celui de M. Stromberg, de celui de M. Pic
Paris,
on
peut reconstituer approxima-tivement les dernières
heures de Robert Boulin.
La veille de sa mort, Robert Boulin fait
appel à un garde du corps Guy
Pierre Geneuil dit « Le Narvalo » auquel
il demande de se tenir prêt à répondre à son
appel le lendemain. Il semble que cette demande
soit effectuée à la suite de
deux confidences, l’une faite à son
beau-frère, M. Jean Lalande, de Barsac,
par M. Rousseau, Ingénieur de France
Télécom qui avait été chargé de
faire effectuer des écoutes par le
Ministre de l’Intérieur
Christan Bonnet. M. Rousseau déclare « Préviens
Bobby, la date est fixée, c’est
imminent » et l’autre par
un responsable de la CIA et du Mossad, M.
Serge Bitbol qui était venu
voir personnellement le Ministre et avait été tout
aussi catégorique
sur le piège dans lequel il allait
tomber.
Bien que prévenu, M. Boulin n’appellera pas « Le Narvalo » et
priera à 15h10, son garde du corps habituel l’inspecteur principal
Yves Autié, de ne pas l’accompagner à ses
derniers rendez vous, non plus que son
chauffeur Max Delsol.
Le matin du drame,
un ami du Ministre, Patrice Blank, qui
fut, rappelons le financier de
l’expédition Denart au Bénin,
se charge d’emporter
certains dossiers précieux dans une
villa du Chesnay dont l’adresse
exacte ne sera jamais connue.
L’impossible Chaban
A
15h15, Robert Boulin quitte le Ministère emportant d’autres
dossiers qu’il dépose
chez lui.
A 15h50, il expédie des lettres épaisses depuis la poste de Montfort
l’Amaury. Ces
lettres seront remplacées par la fausse lettre posthume
dont la famille affirme qu’elle n’a pu être écrite
par l’ancien Ministre, un des destinataires se trouvant être M.
Jacques Chaban-Delmas. On peut aujourd’hui révéler que
jamais Robert Boulin n’aurait écrit au Maire de Bordeaux, celui-ci
ayant été, avant son remariage avec Micheline Chavelet Moulonguet,
très épris de Mme Colette Boulin au point de tenter de faire
pression sur son père pour la faire divorcer. Cette
circonstance affective, qui explique sans doute la bizarre attitude
du couple Chaban
le jour de l’enterrement,
exclut donc tout à fait l’éventualité d’un
message posthume.
A 15h55 a lieu la rencontre avec
Alain Peyrefitte et Christain Bonnet
qui
semblent être
venus sur les lieux en voiture de fonction et repartent aussitôt. A 16h
arrivent Charles Bignon, Hermann Stromberg et Robert Fontanet. Le groupe rejoint
alors Henri Tournet , son neveu et Patrice Blank. Il est 16h30, Ernest Siegrist
arrive avec ses gardes du corps, un nommé Fred et un certain Kopp. Le
groupe se sépare peu après 17h. Hermann
Stromberg prétend
que Robert Boulin serait déjà mort à ce moment
là,
tué par Fred et Kopp.
C’est peu vraisemblable. Ce qui l’est davantage, c’est
que le Ministre ait été emmené par les allemands ou
par une autre équipe dans un lieu encore inconnu. Peut-être
la villa du Chesnay relativement proche. Il y est ligoté – ce
qui explique les marques au poignet – et interrogé jusqu’à 19h.
A ce moment, Guy Aubert, membre de
son cabinet et héritier de Prisunic-Euromarché se
présente au domicile du Ministre
et déclare à Mme Boulin
interloquée : « Robert
est mort ». Puis il se saisit
des dossiers déposés
par Boulin et sort par la porte de
service.
Matignon au courant
A
21h, Patrice Blank, un certain Roger Thiery et M° Alain Maillot,
avocat, se rendent au domicile
du Ministre. Quand ils quittent
le Boulevard Maillot à 22h30,
les fausses lettres posthumes
ont été tapées
et le ruban de la machine à écrire
a disparu. Ces
lettres ne seront pas
postées à Montfort
l’Amaury, mais seront acheminées
par un service privé qui
les remettra ensuite à la
Poste.
A 23h, Bertrand Boulin
et Eric Burgeat se rendent à l’Hôtel
Matignon pour chercher du secours. Ils éprouvent l’impression
que tout le monde est déjà au
courant.
Dès la fin de l’après midi, la voiture du ministre a été déplacée.
Elle porte des traces d’accident.
Elle sera reconduite à l’Etang
Rompu à 4h du matin.
A 3h, un hélicoptère
survole le site. On peut
donc supposer que c’est à ce
moment là que le cadavre
est rapporté après
avoir subi une toilette médicale
sommaire effectuée par
un praticien qui serait prêt à en témoigner.
Quels dossiers ?
On
a tué Robert
Boulin pour l’empêcher
de se servir
de plusieurs
dossiers. Certains
de ces dossiers
ont été subtilisés
par Guy Aubert qui tentera
maladroitement de les
négocier et les
cédera
finalement gratuitement.
Il s’agit des dossiers Elf Erap, Sécurité Sociale, Dassault
et Arabie Saoudite.
Mais il semble bien que d’autres dossiers aient existé.
Certains selon Mme Boulin avaient été déposés en
Suisse et y sont toujours conservés. Un
autre avait été caché derrière
le portrait de Mme Colette Boulin réalisé en 1970 par Pierre
Simona. C’est ce qui explique la recommandation du ministre à ses
enfants : « S’il m’arrive malheur, veillez bien sur votre
mère qui
est dans le salon
! »
Or, ce portrait
a été dérobé dans l’appartement
des Boulin, le jour
de l’enterrement…
Ces Dossiers Qui ont Tué Robert Boulin
Que
contenaient donc les fameux
dossiers
qui avaient été à la
source de la
conspiration
ayant conduit
au meurtre de
Robert Boulin
? Certes, la
famille du Ministre
n’en a
conservé aucune
copie, mais sa
fille et son
gendre se souviennent
parfaitement
des mentions
cotées
sur les tranches
des dossiers
qu’il avait
raportés à son
domicile le matin
de sa mort et
qui ont été volés
: Elf Erap, Sécurité sociale,
Arabie Saoudite.
Autant de mentions
qui sont très
parlantes pour
les initiés.
D’autant
plus qu’en
ce qui concerne
le dossier Elf
Erap est accolée
la mention C.E.R,
c’est à dire
Compagnie Européenne
de Recherches,
cette société qui
avait été fondée à Bruxelles
par le Comte
de Villegas,
père des
fameux « avions
renifleurs »
Cette
affaire,
qui à notre avis n’est qu’une des pièces
du puzzle, a été la cause de très importantes pertes pour
la société Elf,
pertes
ventilées sur le compte 636 « Etudes
recherches et documentation technique » de cette firme et qui se sont élevées
pour 1977 à 3,6
MFG,
126,4
MF pour
1978
et
198,5
MF en
1979.
Pour
comprendre
comment
la combine
des « avions renifleurs » a été montée,
il convient de faire le portrait d’un personnage peu banal, l’avocat
Jean
Violet. Rappelons
pour
la petite
histoire
que Maurice
Papon
affirme
qu’il
se trouvait dans la voiture de ce dernier, rue du Faubourg Saint Denis, en
compagnie de Jacques Chirac quand une discussion plutôt animée
scella la rupture entre le futur Président de la République et
l’ancien secrétaire général de la Préfecture
de la
Gironde.
Jean
Violet
qui fut
le « go between » entre les « inventeurs » des
avions renifleurs et la Société , avait appartenu à l’Action
Française, puis au CSAR, à la Cagoule et au M.S.R. d’Eugène
Deloncle. Il devint un familier des Services Spéciaux français à l’époque
où ceux-ci étaient dirigés par le Général
d’origine bordelaise Paul Grossin. Il y avait la charge de faire la jonction
avec l’Opus Dei, ce mouvement religieux fondé en 1928 par Balaguer
, et où se côtoyaient Conrad Adenauer, Franz Joseph Strauss, Guilio
Andreotti, Antoine Pinay, Manuel Fraga Iribarne, Bernard Destrémeau,
Philippe Malaud et le Ministre belge Van den Boeynants qui fut mêlé à de
nombreux scandales. Toutes ces personnalités avaient des relations avec
le banquier genevois Leclerc qui connaîtra également une fin tragique
après
la faillite
de sa
banque.
C’est en 1978 que les forages repérés par les « avions
renifleurs » furent exécutés, Pierre Guillaumat étant
responsable, à l’époque, de la Société pétrolière.
On se rendit compte ensuite que les « avions renifleurs » n’étaient
qu’une supercherie et que leur prétendu pouvoir de détection était,
en fait, un simple et habile jeu de miroir destiné à troubler
les images
radar.
Naturellement,
on songea à un financement politique concernant la Droite,
d’autant plus que l’Opus Dei avait un représentant financier
en France, le Banco Popular Espanol ,dont le siège était implanté 23
rue de l’Amiral d’Estaing à Paris où se trouvait également
la Société Financière de France et des Pays d’Outre
Mer (SOFFO) dont M. Edmond Giscard d’Estaing, père du Président
,détenait 52 % alors que le Banco Popular Espanol en détenait
35%.
Cette
relation
avec
l’Opus Dei apparaît comme extrêmement
troublante dans la mesure où un rapport des Renseignements Généraux
a établi dès 1979 une connexion entre l’Affaire Boulin
et l’Affaire
De Broglie.
On sait aujourd’hui que, loin d’avoir été inspiré par
un différent concernant le restaurant La Reine Pédauque, le meurtre
du Prince de Broglie était en rapport avec la société espagnole
MATESA qui exploitait un brevet français pour machines textiles sans
navette. L’Espagne dotant à l’époque de fortes subventions
les entreprises exportatrices, MATESA était parvenue à bénéficier
de crédits frauduleux de l’ordre
de 10
milliards
de pesetas
soit
700 MF.
Jean
de Broglie
avait,
pour
sa part,
emprunté pour le compte de MATESA
60 millions de dollars au nom d’une société SODETEX, enregistrée
au Luxembourg, dont les ayant droits étaient le banquier Leclerc de
Genève, et Charles Bignon qui connaîtra ,peu après, lui
aussi, une fin tragique, et auquel Robert Boulin avait demandé d’être
présent à ses
derniers
rendez vous.
Le montage
financier était complexe, Jean de
Broglie empruntant l’argent pour la Sodetex avec garantie d’une
société Brelic SA domiciliée à Fribourg, dont les
avoirs étaient rapatriés en espèces, puis viré au
Luxembourg avant de couvrir des opérations d’exportation fictives
au Pérou et au Panama. Les malheurs de SODETEX commencèrent le
30 juin 1969 avec un emprunt international de 5 millions de dollars. Le scandale éclaboussa
les ministres
phalangistes
Qui avaient
couvert
l’opération cautionnée par des garanties
d’obligations à 10 et 12 ans, c’est à dire qui arrivaient à échéance
au moment des principales morts suspectes de la fin de la période giscardienne.
En Espagne, le scandale fut couvert par une opportune Loi d’amnistie
offerte par Franco pour la célébration de ses 35 années
de dictature. Jean de Broglie s’était engagé en 1974 à rembourser
au mandataire liquidateur de MATESA la bagatelle de 12 MF, composée
de 6 MF en liquidités, de 3,6 MF en compte courant, et de 150 000 dollars
U.S. de commissions. A sa mort, seulement 340 000 F avaient effectivement été remboursés.
Le reste devant l’être grâce à un système complexe
de cautionnement sur de faux bons du Trésor français.
Mais
ces deux
dossiers,
pour
lourds
qu’ils soient n’étaient
pas les seuls à avoir
pu avoir
une quelconque
influence
dans
le meurtre
de
Robert
Boulin…
Traînait également dans les parages la personnalité ambiguë du
pseudo Docteur Paul Nemegeyi, qui avait monté avec des complicités
politiques un véritable racket sur la Sécurité Sociale.
Selon
sa famille,
c’est au moment où il fut Ministre de la Santé et
celui où il fut Ministre délégué aux Finances,
c’est à dire de 1969 à 1972 puis de 1977 à 1978,
que Robert Boulin éprouva le plus grand dégoût sur les
affairistes qui hantaient la politique française. C’est précisément à ce
moment qu’apparut le « Docteur » Némégeyi,
plusieurs fois radié de l’Ordre des Médecins, chaque fois
réinscrit, ayant écopé d’interdictions d’exercer,
de condamnations pour exercice illégal de la médecine, d’interdiction
de réescompte
la Banque
de France,
et de
condamnation
pour
coups
et blessures.
Né en 1929 en Roumanie, le « Docteur » Nemegeyi, aujourd’hui
décédé, avait été naturalisé français
en 1949 à la suite de son mariage avec une avocate du Mans dont il avait
eu deux enfants. Il demeurait Villa Said à Paris et avait ses bureaux
avenue Foch. Des bureaux fréquentés notamment par Pierre de Varga,
financier proche du SAC, intime du Prince de Broglie, qu’on accusera
d’avoir commandité l’ assassinat
de ce
dernier.
C’est en 1985 que la CGT découvrit l’escroquerie montée
entre 1975 et 1977 par le « Docteur Nemegeyi » au détriment
de la Sécurité Sociale. Cinq cliniques Passy, Pierrfitte, Villeneuve
la Garenne et Paris Victor Hugo avaient été rachetées
ainsi que le centre d’Hospitalisation à domicile de Bagnolet.
Le Docteur revendit cinq fois ces cliniques à des associations qu’il
contrôlait. Il obtint alors que ces établissements soient conventionnés
grâce à des complicités à l’intérieur
de la CRAMIF (Caisse d’Ile de France). Surfacturation, ambulances roulant
trente heures dans la même journée, etc, etc… Ces escroqueries
lui rapportèrent en peu de temps 100 MF sans parler des prestations
fictives opérées par des sociétés qui ne l’étaient
pas moins, toutes contrôlées par Paul Nemégeyi. Robert
Boulin
découvrira, entre autres, que 33 MF avaient été offerts
au faux médecin par la Sécu pour racheter un centre hospitalier
de la Seine Saint Denis, autant opérations servant naturellement à masquer
de nombreux
financements
politiques.
Mais
ces différents
scandales
n’étaient
pas les seuls à révolter
Robert Boulin...
Ces Dossiers Pour Lesquels Robert Boulin a été Assassiné
Longtemps,
le pouvoir s’évertua,
comme
après
la mort
de Jean
de Broglie, à laisser
planer
le voile
du doute
sur les
légèretés
qui auraient
pu entraîner
Robert
Boulin
vers
une fin
prématurée.
Si
on ne
pouvait lui
imputer comme
au Prince
déchu
la fréquentation
des travestis
du Bois
de Boulogne
et les
chèques
en blanc
concédés
aux dames
de petite
vertu,
c’est
sa famille,
murmurait-on,
qui n’avait
pas toujours été sans
reproche. Mme
Boulin, disait
-on écrivait
beaucoup,
et avait
beaucoup
trop écrit à Tournet. Elle
s’était,
en outre,
glissée
dans
toutes
les commissions
scientifiques
dépendant
du ministère
de la
Santé et
patronnait
les manifestations
de la
Ligue
pour
la santé dentaire
dès
l’enfance
qui militait
pour
l’application
régulière
d’un
gel fluoré. Un
gel fabriqué par
le Laboratoire
Goupil avec
lequel Mme
Boulin aurait
entretenu les
meilleures relations. Alain
Peyrefitte accablait
régulièrement
Bertrand
Boulin
qu’il
accusait
d’avoir
publié aux
Editions
Stock
une « Charte
des enfants » avec
Jean-Michel
Desjeunes
et Philippe
Alfonsi,
ouvrage
qui prônait
l’amour à treize
ans,
la suppression
de la
brigade
des mineurs
et la
tolérance
de certaines
déviations.
Que n’insinua-t-on
pas quand
Jean-
Michel
Desjeunes
se suicida
en se
défenestrant
! Mais
tous
ces ragots
qui atteignaient
parfois
les plus
hautes
sphères
du Gouvernement, à commencer
par Raymond
Barre,
Pierre
Messmer
et Maurice
Couve
de Murville
n’avaient
bien
entendu
rien à voir
avec
les mobiles
du meurtre
de Robert
Boulin
qui étaient
bel et
bien
le combat
qu’il
avait
entamé contre
les multiples éléments
de la
grande
corruption
politique
, une
corruption
qui a,
certes,
toujours
existé,
mais
qui a
pris
un caractère
hautement
crapuleux
en Europe
quand
en 1978,
l’Italie
a été ébranlée
par l’enlèvement
et l’assassinat
d’Aldo
Moro,
assassinat
rendu
nécessaire
par la
découverte
du témoignage
qu’il
avait
eu l’imprudence
de rédiger
en captivité et
dans
lequel
il dénonçait
les liens
entre
la démocratie
chrétienne
et la mafia.
Le fabuleux contrat des sables
Parmi
les dossiers que Robert Boulin avait ramené chez lui et qui lui
furent dérobés figurait un dossier : Dassault, Armes, Arabie
Saoudite . Il s’agit d’un dossier qu’il faut replacer dans
le contexte des turbulences que traversait à l’époque la
Société Marcel Dassault. On
se souvient qu’en 1976, le
chef comptable de Dassault, Hervé de Vathaire, originaire de Verdelais,
fut poursuivi pour avoir soustrait 8 MF. Il se tira de ce guêpier en
faisant état de documents explosifs prouvant que son patron avait détourné des
subventions, et opéré des déclarations frauduleuses aboutissant à un
allégement fiscal de l’ordre de 1,5 milliard de F. Des assertions
pas tellement erronées puisque Dassault retira sa plainte, tout en parvenant à placer
un de ses principaux collaborateurs, l’Ingénieur Général
Hugues de l’Estoile ,au poste de directeur des affaires internationales
au Ministère de la Défense, boustant ainsi la France au 2° rang
mondial des marchands d’armements.
Hugues de l’Estoile, qui s’est éteint en 1993 à l’age
de 62 ans, avait longtemps séjourné à Agen où sa
mère possédait l’Hôtel Hutot de Latour. Cet
amateur de rugby parviendra entre 1978 et 1990 à réaliser
110 milliards de F de chiffre d’affaires
pour Dassault en aidant à recycler en Occident l’argent
du pétrole
et à traiter en parallèle des affaires atomiques.
C’est ainsi qu’il livrera à Israël des pièces
détachées de Mirage 5 pour plusieurs dizaines d’avions
censés n’avoir jamais été vendus, qu’il
négociera
en 1973 un très gros contrat pétrolier avec l’Arabie
Saoudite et qu’en 1974, quand Jacques Chirac accèdera à Matignon,
il deviendra Directeur Général de l’Industrie avec
tutelle sur le secteur nucléaire. Dassault le récupérera
en 1977 comme chargé des Affaires Internationales.
Ce
qui permettra en 1988 à Edouard Balladur de s’attribuer
la réactualisation d’un accord de coopération économique
avec l’Arabie Saoudite, accord vieux de treize ans, qui
faisait suite aux gigantesques commandes de 1980 (11 milliards
de F) et
de 1983 (30 milliards).
Il faut savoir qu’avant 1981, la moitié du pétrole
français
provenait d’Arabie Saoudite à la suite du contrat
négocié par
Michel Jobert en 1974 et qui sera mal renégocié en
1982, laissant le champ libre aux prérogatives
britanniques.
Naturellement, tous ces contrats avaient généré de gigantesques
commissions partagées en savoureuses rétro commissions,
opérations
parfaitement habituelles, licites et reconnues tels
que l’attestent
les deux documents que nous publions plus haut, et ci-dessus,
l’un émanant
de l’Office général de l’air et l’autre
de la Coface qui assura les exportations de
ces matériels
militaires.
La Maroc Connexion
Des
reporters de
Golias qui disposaient, sans doute, d’informations, estiment que
M. Charles Pasqua aurait pris une part prépondérante
dans le partage de responsabilités ayant
abouti à la mort de Robert Boulin. Aucun
dossier concernant Charles Pasqua n’a été retrouvé au
domicile du défunt,
mais on peut considérer que son départ
de l’UDR, peu avant
la mort de Boulin et sa réintégration
immédiatement
après
jètent un léger doute sur sa participation,
d’autant plus
que le prétexte invoqué pour son éviction
du parti gaulliste prête à sourire : « bourrage
des urnes ». Quand on
sait à quels trafics tous les partis, sans exception,
se livrent, pour faire croire qu’ils ont
encore des militants, le propos est effectivement
divertissant.
Il est certain qu’au moment de la mort de Robert Boulin, M. Pasqua était
particulièrement en délicatesse avec le système. Critiquant
ouvertement Jacques Foccart dès 1969, Charles Pasqua avait été élu
conseiller général des Hauts de Seine en 1970 et Président
de ce département en 1973. Il admet d’ailleurs aujourd’hui
sans vergogne que sa fortune date des années 70, c’est à dire
du moment de l’éclatement des services secrets français
en services orthodoxe et en « Base Bison » dont relevait son ami
Jean Charles Marchiani. C’est un ami de ce dernier, Roger Delouette,
qui sera arrêté aux Etats Unis et avouera que pour financer certaines
actions, les Services secrets français avaient recours, comme d’ailleurs
leurs homologues américains, au trafic de drogue. « Les livraisons
d’héroïne s’effectuaient pour le compte du Colonel
Fournier, chef de la Base Paris Invalides», attestera Delouette. Cette
affirmation sera confortée par d’autres informations révélant
que l’argent provenant d’un trafic de diamants organisé en
Centrafrique était réinvesti dans un commerce d’héroïne
destinée à la clientèle américaine.
Après le démantèlement de cette filière, les
mêmes
intervenants seront accusés d’avoir transporté leur
petite industrie au Maroc où elle aurait perduré jusqu’aux
révélations
dans la presse espagnole de l’opposant
marocain Abdelmoumen Diouri sur les trafics opérés
au départ de son pays par
l’ancien directeur de cabinet de Christian Nucci,
Yves Chalier, devenu, on le sait, proche de Charles
Pasqua. La famille Boulin croit effectivement à une
certaine part de responsabilité de l’ancien
Ministre de l’Intérieur. Nous
n’estimons pas, en ce qui nous concerne,
qu’elle soit essentielle
même si les menaces proférées peu
après l’enterrement
du Ministre à la famille par le Directeur de
Cabinet de Raymond Barre, Philippe Mestre, au nom de
la DGSE dont il espérait être nommé directeur
sont assez troublantes.
Affaires atomiques et crédit de l’Etat
Il
nous apparaît, en revanche,
qu’aucun des dossiers entraperçus
par la famille le jour de la mort du Ministre,
n’a pu en être la
cause déterminante du meurtre, même
si chacune de ces affaires qu’il voulait
dénoncer a pu participer à son
rang au ras le bol qui a entraîné la
décision.
Si l’on part du principe, comme la même indemnité (de 30MF)
offerte aux veuves de Robert Boulin, Jean de Broglie et Robert Fontanet le
suggère, que ces trois morts suspectes sont liées,
il faut aller chercher ailleurs les mobiles
du crime.
En ce qui concerne Robert Fontanet, qui n’est pas mort du carton fou
d’un automobiliste irascible comme on a tenté de nous le faire
croire, il est probable que son décès a un rapport avec l’entrée
frauduleuse en France de 17 milliards de DM provenant de la faillite d’une
société de construction allemande Neu Heimat International, dépendant
du syndicat IG Metal. Nos confrères du Spiegel ont démontré que
ces sommes avaient transité par une société de droit néerlandais
, EPG, appartenant à Adnam Khashoggi, pour atterrir sur les comptes
d’une société française qu’il contrôlait également,
MANERA SA. Le tout ayant un rapport direct avec la SODEREC dont l’infortuné Robert
Fontanet fut nommé Directeur Général le 14 décembre
1978.
En ce qui concerne la mort de Jean de Broglie,
on frôle encore le personnage
d’Adnan Khashoggi que le Prince connaissait bien et grâce auquel
il avait négocié pour la France en 1975 un prêt de huit
milliards de f auprès du Roi Fahd d’Arabie Saoudite. 8 milliards
comprenant des constructions de logements, des lignes de chemins de fer, de
routes, une usine de montage de Mirage implantée en Egypte et la commande
du système de protection radar de l’espace aérien saoudien
ainsi que le projet de la construction de deux centrales nucléaires.
Les emprunts saoudiens ne suffisant pas,
l’Etat français se livrait,
dans le même temps, à diverses acrobaties budgétaires :
reprise de 1674 millions de F de rente Pinay représentant en 1980 une
plus value de 11 milliards, emprunt à 7 % indexé sur l’or
en 1973 qui, en 1980, à son échéance, verra ses 6,5 milliards
de départ multipliés par..
8,8.
Il est cependant désormais prouvé que la mort de Jean de Broglie
est directement liée à un fait divers qui s’est produit
en novembre 1972 devant le 24 de la rue Chauchat dans le IX° arrondissement
de Paris. C’est à cette adresse que furent imprimées 212
millions de F d’obligations de 1000 F au porteur pour le compte de la
Société de développement régional de l’Ouest
de la France.
Sous prétexte de « risque
d’erreur », 120 millions
de ces bons furent imprimés en double
exemplaire puis la moitié fut,
officiellement, destinée au pilon.
Elle fut, en fait, opportunément
soustraite au chauffeur chargé de
les convoyer et remise dans le circuit
pour servir à des
financements politiques organisés
par Pierre de Varga chez qui certains de
ces bons
furent retrouvés. Des financements
politiques auxquels Jean de Broglie n’était
pas étranger.
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L'AFFAIRE
ROBERT BOULIN 1ère Page:
LES
DERNIERES ACTUALITÉES DU JOUR:
De l’Arabie Saoudite à l’Iran
Or,
en décembre
1974, M. Jacques Chirac avait négocié lors
d’un voyage officiel à Téhéran
avec le Shah d’Iran
un contrat de 35 milliards de f portant
notamment sur la construction d’un
métro, d’une usine d’aciers
spéciaux, d’un
aéroport, de logements, d’hôpitaux,,
de lignes téléphoniques,
toutes commandes pour lesquelles « L’Iran
s’engageait à déposer
dans les banques françaises un cautionnement
de 5 milliards de F et à acheter
400 millions de F d’obligations de
l’Etat français ».
Ce contrat n’avait rien à voir
avec le fameux contrat Eurodif pour lequel
la France avait reçu par ailleurs
1 milliard de dollars et qui fut concrétisé au
mois d’octobre 1977 par un contrat,
combustible nucléaire
compris ,de 3 milliards de
dollars.
On comprend mal, dans ce contexte,
pourquoi le Shah se serait
engagé à prendre
400 millions d’obligations , si ces obligations ne représentaient
pas le montant des retro commissions que la Frane exigeait. D’autant
plus que 5 milliards placés à 8 %, taux en vigueur à l’époque,
font 400 MF, ce qui semblerait indiquer que l’achat des obligations d’état
a été fait non en sus du cautionnement, mais grâce à la
rémunération de celui-ci. Or, jamais dans les contentieux ultèrieurs,
il ne fut question, par la suite de ces obligations. A qui avaient-elles été distribuées
? Selon quelle clef de répartition ? Avaient-elles été émises
en exemplaire unique ou avaient-elles été émises en double
en cas de « risque d’erreur »,
ce qui aurait permis leur double
cautionnement ? Voilà des questions auxquelles seul le Ministre
des Finances en poste à l’époque aurait pu répondre.
Un Ministre qui s’appelait
Robert Boulin…
Au terme de cette complexe
enquête, nous avons exploré de
multiples pistes et ouvert
de nombreuses portes.
Nous estimons avoir fait, avec un certain courage, notre travail
d'investigateur. Un
courage que n’on pas eu, à l’exception
de M° René Boyer, les avocats
les plus célèbres: M° Maillot
auquel on aurait volé les dossiers,
M° Badinter qui les aurait perdu,
M° Vergès qui les aurait échangé contre
l’amnistie
des Brigades Rouges. Pour
autant, nous ne saurions nous
substituer à la
Justice dont nous espérons,
après tout ce qui a été dit,
qu’elle ne se contentera plus
de témoignages approximatifs,
de vérités tronquées,
de versions expurgées au nom
de ce qu’on appelle les secrets
d’Etat et qui ne sont, en fait,
que les volets divers de l’ample
comédie
de la crapulerie politique.
UNE ENQUÊTE DE PATRICE-JACQUES (Archives personneles) + : (http://www.lagazettedupays.com/affaire_boulin_3309.htm)
(PARTIE N°2)
RAPPEL DES FAITS: RAMATUELLE
Tout Commence à Barsac
Comme
nous l'avons écrit , nous allons raconter en détail les
différentes
manipulations politiques puis judiciaires qui ont permis d'abattre
Robert Boulin et de maquiller ce crime en suicide.
La manipulation judiciaire qui devait interdire au député maire
de Libourne de devenir Premier Ministre de Valéry Giscard d'Estaing
deux ans avant l'échéance de 1981 a mis en lumière plusieurs
personnages dont le nom est certes connu du grand public mais dont l'itinéraire
est souvent resté plus obscur. Au premier rang de ceux-ci, M. Henri
Tournet, souvent qualifié dans la presse " d'affairiste ",
et qui fut mis, en quelques sorte, sur les pas de Robert Boulin par son meilleur
ami et associé : Jacques Foccart.
L'intimité de Robert Boulin et d'Henri Tournet semble débuter
par hasard. Un jour, dans l'escalier de l'immeuble qu'elle habite rue Rémusat
dans le XVI° arrondissement de Paris, l'épouse du ministre, Mme
Colette Boulin, croise une amie d'enfance, originaire comme elle de Barsac,
Monique Guix de Pinos qui lui apprend qu'elle vient d'emménager dans
le même immeuble avec son second mari Henri Tournet. Peu avant sa mort,
Mme Tournet avouera à Mme Boulin que ce déménagement fortuit
n'était qu'une supercherie et que c'est sur l'ordre de Jacques Foccart
que les Tournet avaient pris en main les Boulin. Il convient de s'arrêter
un instant sur la famille de Pinos. Le grand père de Monique n'est autre
que le négociant Georges Bert qui fut, avant guerre, membre de l'Action
Française. La fréquentation politique assidue du Marquis de Lur
Saluces, lui même intime de la Duchesse de Guise, égérie
de Maurras, lui permet de marier ses filles dans la noblesse. Melle Bert épouse
donc un Grand d'Espagne de Première Classe dont elle a plusieurs enfants
: Bertrand de Pinos, héros de l'Affaire des Vins de Bordeaux, Jacqueline
Servan Schreiber, connue à la télévision sous le nom de
Jacqueline Barsac, et Monique qui épouse en premières noces le
Comte de la Mire- Mory avant de devenir après son veuvage l'épouse
d'Henry Tournet.
Un gaulliste de l'Organisation Todt
C'est
peu dire que ce dernier est familier de Jacques Foccart . Le personnage
le plus secret de la 5° République,
Jacques Koch ,qui changera de patronyme en Foccart par décret
du 17 juin 1952, est alsacien et non juif comme certains biographes
peu scrupuleux le prétendent. Descendant " naturel " d'un
Prince de Monaco, il n'est pas seulement l'homme des affaires " vulgaires
et subalternes " dépeintes par le Général
au moment de l'Affaire Ben Barka. Né dans la Mayenne en 1913,
Foccart est aussi un grand " béké " de la
Guadeloupe. Ses possessions de l'Habitation Saint Charles à Gourbeyre,
la ville de Lucette Michaux-Chevry, lui donneront très tôt
le goût de l'Outre-Mer . Il rencontre
Henri Tournet à Nancy, lors de son service militaire à la
17 ° compagnie
de l'air le 20 octobre 1934 . Après leur démobilisation,
les deux hommes se revoient fréquemment. En 1939, ils sont
mobilisés à Chanzy
sur Marne et démobilisés en août 1940, à Tarbes,
pour Tournet et à Agen pour Koch-Foccart.
Dès lors,
ils habiteront ensemble avenue Kleber, puis, mandatés par
la Société des
Transports Citroën, s'associeront pour exploiter une coupe de
bois de 40 ha à Ranes en Normandie. La société fondée
par les deux acolytes prospère car un troisième comparse,
Georges Desprez , les introduit auprès de l'Organisation Todt.
En 1943, après
l'incendie criminel de leurs installations, Koch-Foccart et Tournet
sont suspectés par les allemands d'escroquerie .Tournet prétendra
par la suite qu'il a sorti Foccart de ce guêpier en proposant
aux allemands de le libérer sous caution. Les historiens qui
ont étudié les
rapports de la Gestapo apprécieront comme il convient ce passage
rocambolesque. Toujours est-il qu'une caution d'un million de francs
est bel et bien versée
le 23 août 1943 à la Feldgendarmerie de Saint Malo et
que peu après Jacques Foccart monte son réseau de résistance
dans le cadre du Plan Tortue pour le compte du BCRA.
De la Résistance au Renseignement
En
1945, sous la direction de Jacques Chaban-Delmas et du Capitaine
Aussaresse (le futur Général de a Bataille
d'Alger), Tournet et Koch-Foccart se retrouvent à la DGER, nouvelle
appellation du 2° Bureau.
Leur amitié ne cessera jamais jusqu'à l'affaire Boulin, Jacques
Foccart allant même jusqu'à associer Tournet à ses propres
affaires, une entreprise d'import-export qu'il détient en nom propre
au coin de la rue Scribe et de l'avenue de l'Opéra, à l'enseigne
de la SAFIEX.
Tournet n'est donc nullement le traîne savate qu'on prétend.
Chef de cabinet de Jean Monnet à Washington, resté très
proche de Jacques Chaban-Delmas, il évolue entre Ursula Andress et
le marchand de tableaux Fernand Legros. Il met au service des services de
renseignement
français ses innombrables relations aux USA, en Suisse, à Hong-Kong
où il a également des intérêts.
Il est clair que son intimité avec Jacques Foccart sera
mise à contribution pour
le financement des fameux " réseaux africains " et
du S. A.C dont on sait à peu près aujourd'hui
comment ils fonctionnaient financièrement : d'une part,
pour l'intérieur, grâce à de
fausses traites émises par des sociétés
fantôme
et faussement garanties par des firmes très solides
, d'autre part, pour l'extérieur, grâce, entre
autres, à un trafic d'or
entre la Suisse et l'Inde via le Golfe Persique. A noter qu'on
trouve comme tête de pont de ce trafic la Discount Bank
Inc. formée de l'ancienne
banque Recanati ou Banque du Sentier que l'on reverra dans
l'affaire Pechiney. La Discount Bank achète de l'or
en Suisse, le livre par passeurs au bureau de la First National
City Bank à Dubai qui l'envoie en Inde où il
est vendu. L'argent est transféré à Genève
et rentre en France grâce à des firmes amies
qui sous-facturent leurs exportations et surfacturent leurs
importations.
Pour quelques arpents à Ramatuelle
Cette
proximité des
allées du pouvoir qu'il emprunta lui- même
fréquemment rend Henri Tournet,
si
ce n'est incontournable, du moins hautement fréquentable. C'est donc sans
méfiance que Robert Boulin
accède en juillet 1974 au désir de son épouse
et se rend propriétaire d'un terrain de deux hectares à Ramatuelle.
Ce terrain, c'est le piège qu'on vient de lui tendre et qui peut, à tout
moment, se refermer sur lui.
A ce point du récit, il n'est pas sans intérêt de rappeler
que Valéry Giscard d'Estaing a été élu Président
de la République en mai 1974. Robert Boulin l'a fort bien connu, occupant
les fonctions de Secrétaire d'Etat au Budget pendant que V.G.E. était
Ministre des Finances dans le Gouvernement Chaban- Delmas. " Au départ,
confie Robert Boulin, nos relations n'ont pas été bonnes. On
lui avait dit que j'étais une sorte d'espion de l'UNR chargé d'enfoncer
un coin dans V.G.E.. Il éprouvait une sorte de méfiance à mon égard
qui n'avait pas de fondement sérieux. La conception qu'il avait de mon
rôle était d'inaugurer les foires internationales. Il a d'abord
voulu que j'ai un directeur de cabinet un peu terne, puis nos rapports se sont
tendus . Ils se sont compliqués à la recherche d'un bureau pour
moi… ".
Néanmoins, quand Jacques Chirac se fait élire à la tête
du mouvement gaulliste, le 14 décembre 1974,
Robert Boulin en démissionne
avec Olivier Guichard et Antoine Rufenacht. Ses rapports
ne cesseront d'être
tendus avec un certain Charles Pasqua.µ
Un notaire radié
L'achat
du Domaine du Val de Bois à Ramatuelle
se produit donc sur fond d'éclatement de la sensibilité gaulliste.
Cette propriété, acquise dans l'étude du notaire de Grimaud
le 18 juillet 1974 pour le prix avantageux de 40 000 F est aujourd'hui encore
la propriété de la famille Boulin . La Justice a finalement reconnu
son innocence dans cette médiocre affaire. Il s'agit d' une parcelle
détachée d'un ensemble de 36 ha non constructibles appartenant à Henri
Tournet devenu pour l'heure promoteur immobilier.
Quand Robert Boulin achète la parcelle, il ignore que le domaine a
déjà fait
l'objet de deux transactions en 1973 et qu'il
a été vendu par
Tournet à des hommes d'affaire normands
qui ont réglé au
notaire de Pont Hébert (Manche) 200
millions de centimes. Ce notaire, qui sera
radié a " négligé " de
faire enregistrer la transaction au Bureau
des Hypothèques de Draguignan. Ce qui
permet à Tournet
le 1° février 1974 de revendre les
parcelles du Val de Bois déjà vendues
aux normands à une société Holitour
domiciliée
au Liechtenstein qu'il a lui même fondée
en 1962 et dont il est l'ayant droit économique
! Le 6 mai 1974, Robert Boulin s'enquiert auprès
du Préfet du Var de la constructibilité des
terrains. Le Préfet
certifie que la construction d'une maison basse
de 185 m2 est conforme au coefficient d'occupation
des sols. Tout serait au mieux dans le meilleur
des sites balnéaires
si la DDE du Var en octroyant le permis le
28 novembre 1974 n'y mettait une condition
restrictive : que la distance entre la maison
et les limites de la
propriété ne soit jamais inférieure à 30
M.
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Biographie
de Robert BOULIN
L'AFFAIRE
ROBERT BOULIN 1ère Page:
LES
DERNIERES ACTUALITÉES DU JOUR:
Des parcelles échangées
L'architecte
objecte que cette condition lui interdit de réaliser le
plan qu'il a dessiné. L'obligeant
voisin Holitour, qui n'est autre que Tournet,
accepte de faire un échange de parcelle.
Ce qui est fait dans les règles
,devant notaire, le 9 décembre.
C'est alors qu'un notaire de Caen se réveille
et écrit à son confrère
de Grimaud que les deux actes qui viennent
d'être signés en son étude
sont nuls, la société Holitour
n'ayant aucun droit sur les terrains qui
appartiennent à ses clients
normands.
Le 26 août 1974, le notaire de Grimaud écrit à Robert
Boulin qui demande qu'une plainte soit déposée auprès
de la Chambre des Notaires. En avril 1975, la Chambre des Notaires dépose à son
tour une plainte devant le Procureur
de Coutances. L'affaire est confiée
au SRPJ de Rouen qui la laisse dormir
pendant quatre ans. Jusqu'à ce
que le 7 mars 1979, un arrêt
de la Chambre d'Accusation de la Cour
d'Appel de Caen dessaisisse le juge
sommeilleux de Coutances et confie
l'affaire à un
jeune magistrat talentueux, un
certain Renaud Van Ruymbecke…
Le
Meurtre de Robert Boulin :
Un Certain Renaud Van Ruymbecke
En
1996, la star des juges d’instruction
français, le Conseiller
Renaud Van Ruymbecke lançait
en
compagnie de cinq autres
magistrats européens l’Appel
de Genève. Il s’agissait,
dans le cadre du nouvel espace
judiciaire de créer une
sorte d’union
sacrée des magistrats permettant
de pourchasser la corruption politique
d’un bout à l’autre
du monde. L’Italien Di Pietro,
le suisse Bertosa, l’espagnol
Balthazar Garzon, décidaient
de traquer l’argent sale
des Bahamas aux Iles Vanuatu, du
Liechtenstein à Saint
Martin en passant par Jersey, Singapour
et l’Ile
de Mann.
Six ans plus tard, la
plupart des « Opérations Mains propres » ont été classées
par l’autorité judiciaire. Silvio Berlusconi gouverne l’Italie,
Jacques Chirac est à l’Elysée. Le Roi d’Espagne,
un moment soupçonné de prise illégale d’intérêt
dans une partie connexe de l’Affaire Roldan, est toujours sur son trône.
Robert Hue a bénéficié d’un non lieu. Alain Carignon
, Jacques Mellick et Henri Emmanuelli sont retournés à la vie
politique. Charles Pasqua n’a jamais été sérieusement
inquiété. Bernard Tapie scintille sur les écrans….
Avec un certain désappointement,
le Conseiller Van Ruymbecke
observe
que « le phénomène de l’argent sale s’amplifie
et que cela va beaucoup plus vite que les progrès de la coopération
judiciaire. Aujourd’hui, 50 % des flux financiers passent par des paradis
fiscaux. » En d’autres termes, le système a fait sien la
fameuse réplique de Tichadel à Rousseau : « Arrête
que je te continue… »
Il arrive cependant que
l’ardeur justicière de certains magistrats
fassent des victimes. Le Président Bez, Roger-Patrice Pelat, les frères
Saincené, M. Yves Laurent, Maire de Saint Sébastien sur Loire
impliqué dans le système des financements Léo Lagrange
et qui comptait, pour son malheur dans son conseil municipal un des membres éminents
de l’Administration du Trésor, M ; Jean-Pascal Beauffret, par
ailleurs époux de Frédérique Bredin, ont succombé soit à un
infarctus, soit à un désespoir dont la soudaineté et
la violence ont pu laisser
perplexe.
La première de ces « victimes » fut probablement M. Robert
Boulin , jeté sciemment en pâture à une certaine forme
d’inquisition judiciaire.
Des juges soi-disant
indépendants.
Il semble bien que le
dessaisissement du premier
juge d’instruction de
Coutances et son remplacement par Renaud Van Ruymbecke ne doive rien au hasard,
mais ait été diligenté par le propre Garde des Sceaux
de l’époque M. Alain Peyrefitte. En privé, celui-ci confiera « J’en
avais assez de régler les affaires du fils, j’ai laissé le
père se débrouiller », faisant allusion à certaines
difficultés rencontrées par Bertrand Boulin à la tête
d’une association anti-drogue que certains prétendront être
une émanation du S.A.C. et à sa volonté délibérée
de ne jamais intervenir dans l’instruction de Ramatuelle. D’ailleurs,
le ministre n’en
avait pas besoin , voici
pourquoi.
En 1977, frais émoulu de l’Ecole de la Magistrature de Bordeaux,
Renaud Van Ruymbecke, 25 ans, est nommé Juge d’instruction à Caen.
C’est dans ses mains, par un heureux hasard, que tombe le dossier de
Ramatuelle dont le juge de Coutances vient d’être dessaisi. Renaud
Van Ruymbecke est-il « Un juge ambitieux, haineux de la société,
considérant à priori un ministre comme un prévaricateur » comme
l’écrira Robert Boulin ? Il est en tout cas, déjà,
pugnace, coriace, tenace, et surtout un habile procédurier, un homme à la
volonté inébranlable, un juriste retors, mais surtout un magistrat
qui n’aurait jamais du être chargé du dossier, son père
ayant été un des collaborateurs de Robert Boulin au Ministère
de l’Agriculture.
«
Une affaire de corne-cul » disait Robert Boulin en évoquant
les quelques arpents de Ramatuelle . « On ne se suicide pas pour 40 000 F » renchérira
Mme Boulin. Le
Juge se rendra compte,
mais un peu
tard, du moins le confessera-t-il à la
famille, qu’il a employé dans ce médiocre dossier la technique
du pavé de l’ours. La famille Boulin affirme que le Juge Van Ruymbecke, « Vroum » pour
ses familiers, lui aurait fait part de ses regrets après la mort du
Ministre, affirmant que les pressions exercées sur Robert Boulin étaient
destinées à faire tomber Henri Tournet. Mais Henri Tournet coule
encore des jours heureux à Ibiza et Robert Boulin a été assassiné….
En d’autres termes, Renaud Van Ruymbecke doit conserver un souvenir particulièrement
amer de cette première affaire où, croyant diriger le dossier,
il s’est, en fait laissé manipuler comme un bleu par sa hiérarchie.
Notre ami Doumeng
Pour mieux comprendre la personnalité de ce magistrat vedette, il faut
remonter à ses origines. A cet égard, la biographie de son père
André Van Ruymbecke
peut fournir quelques
clefs.
Né en 1921 en Suisse, André Van Ruymbecke est un des premiers à avoir
intégré l’Ecole Nationale d’Administration fondée
par Michel Debré après la guerre. Il se trouve dans la promotion
1946-1947 en compagnie de Michel Jobert et de Michel Poniatowski. Destiné à entrer
dans la carrière et à devenir ambassadeur, M. Van Ruymbecke est écarté du
Quai d’Orsay pour ses opinions politiques ; il ne fait pas mystère,
en effet, d’avoir combattu dans les rangs des F.T.P. Certains l’accusent
même de « progressisme » et de « crypto communisme »,
deux sobriquets qu’il ne fait pas bon mériter
en ces temps de guerre
froide.
André Van Ruymbecke se retrouvera donc à la Direction des relations économiques
extérieures grâce à la protection d’un ministre du
Général de Gaulle qui était son ami : François
Xavier Ortoli. A la DREE, M. Van Ruymbecke fut chargé des questions
agricoles et intégra ensuite le ministère de l’agriculture
dont les titulaires furent successivement à l’époque Edgar
Faure et Robert Boulin. Le Conseiller Van Ruymbecke se plaira d’ailleurs à souligner
que les relations de son père et du ministre étaient plutôt
bonnes. Ce n’est donc pas dans cette direction qu’il faut chercher
des raisons d’une sévérité qui, bien qu’elle
lui soit native, a incontestablement, en l’espèce, dépassé des
espérances car, pour imprescriptibles que soient encore les abus de
bien sociaux, le soupçon de ceux-ci n’a jamais été puni
de mort !
C’est plutôt dans les rapports personnels de Renaud Van Ruymbecke
et de son père que l’on pourrait trouver une explication au comportement
du magistrat. M. André Van Ruymbecke devint, en effet, directeur du
FORMA (Fonds d’orientation et de régularisation des marchés
agricoles) et entretint à ce titre les meilleures relations avec M.
Jean-Baptiste Doumeng, ce « milliardaire rouge » comme il aimait à se
définir lui même, qui fit fortune dans les exportations subventionnées
vers les Pays de l’Est. A plusieurs reprises, des informations concordantes
citèrent M. Van
Ruymbecke parmi les financiers
occultes
du P.C
D’ailleurs, son ami Jean-Baptiste Doumeng, lui aussi ancien FTP, ne cacha
jamais les excellentes relations qu’il conservait avec le Parti Communiste
Français et l’aide efficace qu’il apporta à ses
camarades au titre des
financements occultes.
De la Banque de l’Europe du Nord à l’Opération « Mains
propres »
Dans un ouvrage non traduit
en français, mais que le Conseiller Van
Ruymbecke ne peut avoir lu sans un certain déplaisir : « Ricordati
da lontano », le héros de l’Affaire Paretti, Florio Fiorini,
membre éminent de la Loge P 2, alors emprisonné en Suisse et
craignant pour sa vie, raconte comment Jean Baptiste Doumeng participait avec
lui à une sorte de poker sur les matières premières afin
de devenir et de rester un des maîtres du monde. Participaient à ces
petites séances un représentant français de Renault Véhicules
Industriels qui ne fut jamais inquiété, un représentant
de la banque d’état soviétique qui agiotait sur le gold(
minerai d’or), Florio Fiorini qui représentait l’Office
National des Pétroles Italiens (E.N.I.), Jean-Baptiste Doumeng qui avait
la maîtrise sur les céréales, mais s’intéressait
aussi au pétrole, via l’E.N.I., et le Raul Gardini, alias « Le
Maure de Venise », du nom de son célèbre bateau qui avait
la maîtrise sur les semences et les engrais en tant que P.D.G. de Monsanto.
A la lecture de ce texte édifiant, on apprend que le tiers monde était
tout entier placé sous la coupe de ces quelques financiers capables
de susciter quand bon leur semblait famines et révolutions pour leurs
plus grands bénéfices. Inutile de rappeler que tout cela se termina
par le suicide de M. Gardini et l’opération « Mains propres » menée
en Italie par l’ami
de Renaud Van Ruymbecke,
le Juge
Di Pietro.
Au début des années 70, M. André Van Ruymbecke devint
le patron de l’Union Laitière
de Normandie (U.L.N.),
une
très
puissante coopérative qui collectait le lait, regroupait les producteurs
et exportait en faisant jouer le mécanisme des fameux montants compensatoires.
Il fut décoré de la rosette d’officier de la Légion
d’Honneur dans les salons du Restaurant Ledoyen par… M. Michel
Poniatowski. Il acheta à peu près au même moment une très
jolie propriété datant, pour partie du XIII° siècle,
le Château de Sainte Marie à Agneaux dans la Manche, qu’il
eut la chance d’acquérir pour une somme très modique :
70 000F. Le bâtiment, comme le château de Bity, acheté à peu
près à la même époque par le couple Chirac était
en mauvais état. M. Van Ruymbecke prit donc le même parti que
le futur Président de la République : il le fit restaurer pour
350 000 F de travaux après avoir pris la précaution de la faire
inscrire à l’Inventaire supplémentaires
des Monuments Historiques.
M. Van Ruymbecke demeura à la tête de l’ULN jusqu’en
1983. Après son départ,
en délicatesse avec
le Crédit
Agricole et la Confédération
Agricole de la Manche qui portera
plainte pour abus biens sociaux,
l’Union Laitière
de Normandie affichera un déficit
de plusieurs milliards de francs.
Jamais visé par
ces procédures, M. Van
Ruymbecke créera la
société VR
conseil dont la gérance était
assurée par son épouse,
mère de Renaud Van Ruymbecke.
A la mort de celle ci, le château
en indivision sera évolué 1
MF, puis vendu en 1986 . M.
Van Ruymbecke s’installera
alors à La Croix Valmer
et se fera élire au
conseil municipal de Cogolin,
dans cette presqu’île
de Saint Tropez qui avait porté malheur à Robert
Boulin, son voisin.
Le Meurtre de Robert Boulin : Un Piège Bien Ficelé
Persuadé qu'il
est un juge libre dans
un pays libre où les
pouvoirs sont indépendants
comme
Montesquieu
l'a prôné et
comme l'ont reconnu les
immortels principes de
1789, Renaud Van Ruymbecke
va donc
donner comme un béjaune
dans tous les
leurres tendus
par le Garde
des Sceaux.
Dès qu'il reprend le dossier, V. R. attaque Henri Tournet, bille en
tête. Ce dernier réagit en adressant à Robert Boulin une
lettre de menaces le 27 février 1979 . " J'ai des lettres de toi, écrit
Tournet. J'ai agi par amitié à ton égard, exactement comme
pour un certain soutien et financement. Je suis prêt à te conserver
mon amitié si tu me prouves la tienne de façon concrète
et non verbale ". Une Loi récente permettant aux Juges d'Instruction
de se transporter hors de leur territoire, le Juge Van Ruymbecke perquisitionne
le 11 juin chez Tournet à Neuilly.
Une faute de procédure
Sans
avertir le procureur territorialement compétent, " Vroum " sort
Tournet tout dégoulinant de son bain et fouille méthodiquement
l'appartement, emportant des centaines de lettres, actes et documents. La
perquisition achevée, Van Ruymbecke, alors qu'il n'a pas toujours
demandé de
mandat de dépôt au Procureur de Nanterre, ordonne au Commissaire
de Neuilly de placer Tournet en garde à vue dans ses locaux. Le policier
hésite car Tournet le prend de très haut, rappelle qu'il est
commandeur de la Légion d'Honneur et proche du pouvoir. Il en réfère
sans le dire à Van Ruymbecke au Procureur de Nanterre lequel estime
que le Juge a commis une faute et ordonne que Tournet soit remis en liberté,
tandis que V.R. est tranquillement reparti pour Caen.
Au sortir du commissariat, Tournet se précipite pour appeler Boulin
en hurlant : " Tu ne comprends donc pas qu'à travers moi,
c'est toi qu'on vise ? "
Le lendemain, apprenant qu'il a été joué, Van Ruymbecke
est assailli d'une colère froide. Il expédie les gendarmes à Neuilly
qui s'assurent de la personne de Tournet et le ramène menotté à Caen
où il est inculpé de faux en écritures publiques et où V.R.,
glacial lui promet les Assises en le faisant incarcérer.
Le Juge s'est déjà rendu, escorté de sa fidèle
greffière Véronique, à Ramatuelle et à Draguignan.
Il a mis sous scellés divers documents en provenance de la DDE
du Var.
Il semble que Robert Boulin ait été très étonné du
tour pris par " l'affaire de corne cul ". Il tente de s'en
entretenir avec Alain Peyrefitte. Loin de faciliter cet entretien, le
Garde des Sceaux
l'organise en présence du Directeur des Affaires Criminelles et
des Grâces . Il faut savoir que l'organigramme de la Chancellerie était
composé à l'époque de deux directions dont la plus
importante était
les affaires criminelles. Aujourd'hui, ces deux directions ont éclaté en
six grandes directions : l'administration pénitentiaire, les services
judiciaires, les affaires civiles et sceau, la protection judiciaire
et jeunesse, l'administration générale et équipement.
La direction des affaires criminelles a un poids énorme puisqu'elle
est en même
temps celle des grâces . Elle est toujours confiée à un
magistrat de haut rang et n'a d'équivalent en pouvoir que le conseiller
aux affaires judiciaires du Président de la République
lequel ne tranche que rarement contre l'avis du Directeur des Affaires
Criminelles.
Si bien que le conversation tourne court, ce qui permettra au Ministre
de la Justice de proclamer : " Je ne pouvais évidemment pas
intervenir auprès du Juge d'Instruction. Mon collègue Boulin
ne me l'a d'ailleurs pas demandé. "
Une caution de 500 000 F
Renaud
Van Ruymbecke perquisitionne de nouveau chez Tournet le 5 juillet
1979 . Faisant feu de tout bois, ce dernier
parvient néanmoins à être
remis en liberté à la fin de juillet, mais après
avoir versé une caution de 500 000 F !
On imagine la fureur de Tournet. Et le malaise de Boulin coincé par
cette situation inédite. Car il ne peut être interrogé par
Van Ruymbecke qu'après autorisation du Conseil des Ministres et donc
déballage public. Certes, le Premier Président de la Cour d'Appel
aurait pu se déplacer jusqu'à son domicile pour recueillir son
témoignage. Ce ne fut évidemment pas le cas. D'ailleurs, ç'eut été trop
tard, des photocopies des pièces du dossier circulaient déjà dans
toutes les salles de rédaction.
On peut observer que les rapports qui peuvent et doivent s'instaurer
entre le police, la justice et la presse atteignent ici un point
sensible.
Le
Réolais
détient la preuve que l'exécution des frères
Saincené est
due à une de ces bavures mettant en position un juge bien
connu et un des reporters du Monde auquel le magistrat a passé sitôt
reçue la lettre de demande d'audience que les deux frères
lui avaient envoyée et qui fut immédiatement publiée.
Dans l'affaire Elf, le même journal fut dépositaire
de P.V. d'auditions immédiatement après qu'ils
soient consignés et les publia
si vite qu'il ne prit même pas le temps de rectifier
les fautes d'orthographe !
S'il nous semble indispensable que certains points d'une enquête puisse être,
en confiance, vérifiés à bonne source, il
nous semble, en revanche, peu convenable que les informations
judiciaires soient livrées
directement " du producteur au consommateur " sans
que les journalistes prennent même la précaution
d'en vérifier les éléments
car, le moins que l'on puisse dire, c'est que certains P.V. qui
sont déclaratifs
ne sont pas parole d'évangile !
Une affaire bien embrouillée
Il
est évident, toutefois, que
le cas d'Henri Tournet était clair
comme du jus de chique. La nécessité de
clarifier cette obscurité entretenue
sera certainement pour quelques chose dans les derniers
rendez vous pris par Robert Boulin le jour de sa mort.
Nous écrivons " les
derniers rendez vous " car nous sommes persuadés
qu'il y en eut au moins deux. Quoiqu'il en
soit, celui avec Henri Tournet concernait, en partie
l'affaire ténébreuse
de Ramatuelle.
Tournet avait donc acheté en 1965, trente-cinq hectares à Ramatuelle.
Ces hectares étaient constructibles à condition que les travaux
soient entrepris immédiatement. Or, ils ne l'avaient pas été .
La réglementation fut modifiée et les permis de construire étant
caducs ils ne purent plus être délivrés
de nouveau.
Ce qui n'empêcha pas Tournet de vendre 31 de ces 35 hectares à deux
industriels , Maurice Cousin et Jean Pierre Camus ,originaires
de Flers et de Caen.
Ceux-ci sont persuadés qu'ils pourront construire et versent à M° Groult,
notaire à Pont Hébert ,1 500 000 F pour
les terrains et 500 000 F pour la viabilité. L'acte
ne sera jamais enregistré, ce qui
permettra à Tournet de revendre le même
terrain par l'intermédiaire
du notaire Long à Grimaud, puis d'en céder
une petite partie à une
société Nafult Anstalt, domiciliée à Vaduz
et une plus importante à la société Holitour,
composée
de 500 actions dont 419 lui appartiennent.
Promesses d'achat, promesses de vente, comme à Saint Martin.
On
peut observer, mais le Juge Van Ruymbecke ne le soulèvera pas, que
ces actes en cascade servent parfois à dégager
de substantielles commissions. Ce n'est un mystère
pour personne que, dans l'île
de Saint Martin, en Guadeloupe, certains terrains
et parfois même le
rivage marin changent cinq ou six fois de propriétaires
dans la même
journée. Les promesses d'achat et de vente
ne sont jamais enregistrées
et revendues " hors la vue du notaire " à des
comparses qui engrangent ainsi un bénéfice
qu'ils se partagent de la main à la
main.
En l'espèce, rien ne prouve que ce mécanisme ait été employé.
Tournet se bornera à prétendre que Robert Boulin, furieux d'avoir été dupé,
exigera en dédommagement de ces tracas que deux parcelles, l'une de
30ares, l'autre de 70 ares lui soient offertes . On observera également
que la mise à la disposition gratuite de parcelles à construire
est un des grands classiques de la vie politique. C'est ainsi que Marcel Dassault,
par exemple, était célèbre à l'époque pour
ses cadeaux de terrains en général situés dans les îles
grecques qu'il faisait racheter quelques années plus tard par un club
de vacances de ses amis, dégageant ainsi
la valeur totale du pot de vin.
Si le Juge Van Ruymbecke a subodoré une combine de cet ordre, il n'en
a pas prouvé le mécanisme qui, à notre
avis, ne s'applique d'ailleurs pas ici. En revanche,
le Magistrat semble avoir estimé que
le terrain avait bel et bien été payé 40
000F par Robert Boulin, mais que son chèque,
encaissé par le Banco Popular Espanol
aurait pu lui être restitué par
le biais d'un chèque au
porteur de même montant. A quoi Robert
Boulin répliquait que si
Tournet avait émis un chèque au
porteur de 40 000 F, il ne lui était
pas destiné. La meilleure preuve est que
ce chèque existe dans
les pièces de procédure et qu'
il a été endossé à un
nom illisible. Tournet effectuait d'ailleurs
régulièrement de
pareils montages qui peuvent s'avérer être
de sacrés pièges.
Tournet rédigeait un chèque au
porteur, encaissait lui-meme l'argent ainsi blanchi,
et notait un nom célèbre sur la
souche, faisant ainsi croire à un pot
de vin !
La mort de Mme Rachez
Aussi
obscure qu'aient été ces diverses
manœuvres, il s'avère
bien, en ce qui concerne Robert Boulin, qu'il
s'agissait d'une affaire de " corne
cul " comme le proclamait le Ministre.
Une affaire qui ne méritait
sans doute pas qu'on jette un homme en prison,
ni qu'on le prive d'une cravate de Commandeur
de la Légion d'Honneur qu'on lui avait, à l'évidence,
bien légèrement octroyée
!
En revanche, le Juge Van Ruymbecke aurait
certainement du s'attacher à éclairer
une autre partie du dossier qui a, peut être son importance dans la mort
de Robert Boulin. . Ce jour là, en effet, le Ministre semble avoir eu
rendez vous avec Henri Tournet qu'accompagnaient deux personnes de nationalité étrangère
: MM. Ernst Siegrist et Herman Stromberg.
Quel rapport ont-ils avec l'affaire ?
Mme Rachez, belle mère d'Hermann
Stromberg, propriétaire de l' hôtel, casino et centre thermal
de Saint Amand Les Eaux, a peur de perdre sa fortune quand éclatent
les manifestations de mai 1968. Telle le personnage fameux de " Milou
en mai ", elle croit mettre à l'abri son magot en confiant 2 millions
de francs français et 1,7 M de francs suisses à Henri Tournet
, qui est administrateur du Casino de Saint Amand afin qu'il place discrètement
l'argent en Suisse à la banque Imefbank dont le président,
M. Schlaepfer, n'est autre que son avocat.
Quelques années plus tard, Mme Rachez se brouille avec Tournet et sur
les conseils de son gendre Hermann Stromberg, décide de récupérer
son bien. Comme elle n'y parvient pas, elle exige d'être reçue
par le Président d'Imefbank, M. Schlaepfer. Mais cet entretien n'aura
jamais lieu car Mme Rachez décède le 4 février 1973 dans
des conditions si bizarres qu'une enquête
sera ouverte.
L'argent de Mme Rachez reste donc sous
la garde de Tournet qui le prête à Ernst
Siegrist pour acheter pour le compte d'un tiers ( ?) les terrains de Ramatuelle.
Le tiers se révèle être la société Holitour
dont Tournet est actionnaire majoritaire, le reste des actions étant
détenu par le fils de l'avocat-banquier
Schlaepfer.
Ce n'est qu'en 1988 , après avoir été ruiné et
totalement dépossédé du casino de Saint Amand les eaux,
que M. Stromberg confiera à un remarquable enquêteur,
Serge Garde de l'Humanité, cette
partie de l'affaire. Il
confessera avoir eu un rendez vous avec
Robert Boulin l'après midi de sa mort,
mais l'avoir quitté avant le meurtre…
QUELQUES PIÈCES A CONVICTION
Le lieu du crime: l’étang Rompu en forêt de Rambouillet (Yvelines).
LE CORPS DE ROBERT BOULIN PRESENTANT LES CONTUSIONS

(EXPERTISE DU VEHICULE TRES SOMMAIRE)
Au moins deux documents sont censés prouver la volonté de Robert Boulin de mettre fin à ses jours. Sur un bristol, posé sur le pare-brise, il est écrit: "Embrassez ma femme éperduement (sic), le seul grand amour de ma vie". Problème, les deux écritures, au recto et au verso, divergent tellement qu’il est impossible de les attribuer sans erreur à Robert Boulin.
Tandis que dans les jours qui suivent, plusieurs lettres parviennent à leurs destinataires: des médias (l’AFP, le journal Sud-Ouest) et des proches du ministre (Jacques Chaban-Delmas, son suppléant Gérard César). En réalité, toutes ces lettres sont des photocopies, reprenant, en dehors des mentions de début et de fin faisant allusion au suicide, un projet de réponse publique aux accusations de l’affaire de Ramatuelle. Enfin, le format de ces "lettres" ne correspond pas au format des lettres postées à Monfort-l’Amaury vers 17h30, par Robert Boulin…

LA LETTRE POSTHUME A MEME LE SOL DU VEHICULE
(Documents) http://www.rue89.com/2007/05/03/affaire_boulin_la_fille_du_ministre_demande_une_nouvelle_enqu_te

(Document PATRICE - JACQUES)
| LETTRE DE ROBERT BOULIN N°1 | |
| LETTRE DE ROBERT BOULIN N°2 | |
| LETTRE DE ROBERT BOULIN N°3 | |
| LETTRE DE ROBERT BOULIN N°4 | |
LETTRES A TELECHARGER ET A IMPRIMER VERSION PDF |
P.S.JACQUES |
LA LETTRE POSTHUME DE ROBERT BOULIN DANS SON INTEGRALITÉ
(OFFERTE
AUX INTERNAUTES PAR PATRICE-JACQUES)
Affaire
Boulin: la lettre au président Sarkozy
Par David Servenay (Rue89) 00H05 11/09/2007
Dans une lettre qu'elle a décidé de publier sur Rue89, la fille du ministre assassiné en 1979 demande justice.
C'était au tout début de la campagne électorale, le 26 janvier, à Poitiers. Dans un discours que les observateurs ont salué pour son large balayage de l'histoire de la droite, Nicolas Sarkozy eut ces mots: "Je n'oublie pas Robert Boulin, victime du mensonge et de la diffamation."
Des mots que Fabienne Boulin, fille du ministre du Travail et de la Participation assassiné en octobre 1979, n'a pas oublié, alors qu'elle réclame depuis quatre ans la réouverture de l'enquête sur cette mort officiellement classée en suicide. Elle a donc pris sa plume pour écrire au président de la République. Faute d'avoir une réponse, elle décide de la rendre publique sur Rue89 et France Inter.
Il y a urgence: certains témoins, comme Raymond Barre, sont en train de disparaître...
"Le matin du 25 juin dernier, nous dit-elle, j'ai déposé au Pavillon de garde de l'Elysée, où je m'étais faite annoncer, une lettre personnelle au président de la République concernant la recherche de la vérité sur la mort de mon père. Je n'ai reçu à ce jour aucune réponse, pas même un simple accusé de réception de son cabinet, ce qui n'est vraiment pas dans les habitudes de M.Sarkozy."
"J'avais, quelques jours plus tôt, demandé au Procureur Général de la République de Paris de faire désigner un juge d'instruction pour entendre des témoins capitaux sur les circonstances de la mort de mon père, et avec mon avocat, William Bourdon, nous avions insisté sur l'urgence, le risque que certains disparaissent. Le décès de M. Barre cet été me donne malheureusement raison. A l'évidence le temps presse. J'ai donc décidé de rendre publique ma lettre au Président de la République."
Entretien avec Fabienne Boulin (1)
envoyé par rue89
La lettre au président Sarkozy
"Monsieur le Président de la République,
"Sachant n’avoir rien à attendre de vos prédécesseurs, c’est la première fois en près de vingt-huit ans de combat pour la vérité que je m’adresse directement au plus haut magistrat de notre pays.
"Mon père, Robert Boulin, Ministre en exercice, a été assassiné le 29 octobre 1979, tabassé à mort et victime d’un complot politique. Avec l’aide de quelques journalistes, et de mes avocats, je crois avoir aujourd’hui réussi à renverser la charge de la preuve: à ceux qui voudraient continuer à accréditer la thèse officielle du suicide d’en démontrer la véracité. A ceux qui s’en sont fait les défenseurs, contre toutes les évidences du dossier judiciaire lui-même, de démontrer leur bonne foi en expliquant comment et par qui ils ont été manipulés.
"La mort d’un ministre en exercice est par définition une affaire d’Etat. Ou un 'accident du travail', comme l’écrivait Coluche dès le mois de décembre 1979... Je reste profondément blessée que l’Etat, employeur de mon père pour près de vingt et un ans, et que celui-ci nous avait appris à tant respecter, ait été aussi négligent durant tant d’années, me laissant seule dans la recherche de la vérité et protégeant de fait les assassins et leurs complices. Je suis profondément choquée que l’appareil d’Etat ait pu être si longtemps utilisé à de simples fins de 'raison privée d’Etat'.
"Dans ses responsabilités ministérielles, avec constance et détermination, mon père fut un homme de réformes. Dans la vie politique, avec la même constance et détermination, il fut l’homme de la fidélité au Général de Gaulle et aux valeurs que celui-ci incarnait. Lorsque ces valeurs ont été remises en cause par les pratiques de ceux qui se prétendaient les héritiers du gaullisme à des fins personnelles, mon père est devenu, à sa façon, un homme de rupture. Sa rupture à lui l’a tué. Autres temps, autres mœurs et que de temps perdu!
"Nous sommes à la croisée des chemins"
"Si je m’adresse à vous aujourd’hui, c’est d’abord parce que, dans ce dossier comme dans tant d’autres, nous sommes à la croisée des chemins. Des éléments nouveaux impérieux et concordants et la confirmation de l’impossible vraisemblance de la thèse officielle obligent à l’évidence à rouvrir l’instruction criminelle sur les circonstances et les causes du décès de mon père. Cela est urgent car plusieurs témoins se sont manifestés, espérant comme moi que les temps ont changé. Certains d’entre eux sont vieux, d’autres se sentent encore aujourd’hui menacés et ne pourront témoigner, éventuellement sous X, que sous la protection de la justice et devant un juge d’instruction. C’est aussi parce que cette décision cruciale appartient en propre, de manière discrétionnaire et sans appel, au Procureur Général de la République près la Cour d’Appel de Paris, représentant du ministère public, c'est-à-dire des autorités de l'Etat. C’est enfin parce que je n’ai pas manqué de noter que vous-même, dans votre discours d’ouverture de campagne présidentielle à Poitiers, avez eu des mots précis et explicites sur ce drame de notre vie politique. J’y ai été sensible, sentant que vous n’étiez pas de ceux, nombreux avant vous, qui se sont contentés de brandir le nom de mon père comme une menace pour leurs adversaires et concurrents.
"Oserez vous ce qu’aucun de vos prédécesseurs n’a osé: entendre ceux qui veulent faire la vérité sur la mort d’un ministre de notre République? En vous écoutant je le crois, et suis donc à votre disposition pour en parler directement avec vous, à votre convenance et avec la visibilité ou la discrétion que vous jugerez opportune.
"Dans cette attente, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.
Signé: Fabienne Boulin-Burgeat"
Entretien avec Fabienne Boulin (2)
envoyé par rue89
Cliquez sur ce lien: La lettre n°1 de Fabienne Boulin à Sarkozy
Cliquez sur ce lien: La lettre n°2 de Fabienne Boulin à Sarkozy
Une vérification auprès de l'Elysée nous a permis d'apprendre que la lettre de Fabienne Boulin est aujourd'hui entre les mains de Patrick Ouart, le conseiller pour la justice du Président.
Or, nous savons aujourd'hui (voir le dossier Boulin que Rue89 consacrait à cette affaire en mai dernier) que la fable Boulin fut patiemment construite par des policiers, des juges et un entourage politique au coeur même du RPR.
Le mobile du crime? Malgré de nombreuses pistes possibles, les éléments glanés par l'enquête de Benoît Collombat ("Un homme à abattre", Fayard) ramènent toujours à la même piste des intrigues financières qui agitaient alors le parti de Jacques Chirac.
Fabienne Boulin ne baissera pas les bras. Près de vingt-huit ans après les faits, elle reste la seule partie civile dans cette procédure judiciaire. Le 29 octobre prochain, elle sera à Libourne (Gironde) pour une réunion publique afin de constituer une association de soutien.
http://rue89.com/2007/09/11/affaire-boulin-la-lettre-au-president-sarkozy#comment-76419
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