& LE SERVICE D'ACTION CIVIQUE
(S.A.C)
http://www.monde-magouilles.com
Pour
introduire son livre MARCHIANI, L’agent politique (1), Éric
LEMASSON fait part de deux anecdotes a priori amusantes.
En
1997, Jean-Charles MARCHIANI, alors préfet du Var, donc fonctionnaire d’Etat, s’apprête à désavouer
publiquement Philippe DOUSTE-BLAZY, ministre de la Culture. Au centre de
la querelle, un théâtre dont MARCHIANI veut la peau mais que
DOUSTE-BLAZY défend. Pour mettre un terme à l’arrogance
du préfet, ce dernier contacte Alain JUPPE, Premier ministre : « Oui,
Philippe, tu as raison, un préfet ne peut désobéir à un
ministre de la République ». À la même époque,
lorsque François LEOTARD, maire de Fréjus et accessoirement
président de l’UDF, celui-ci s’en réfère
au Président de la république française Jacques CHIRAC
pour obtenir la mutation de MARCHIANI (Puisque Jean-Louis DEBRE, ministre
de l’Intérieur, semble impuissant sur le sujet), ce dernier
rétorque : « Il faut que tu voies ça avec PASQUA. MARCHIANI
est son protégé ». On constate alors aisément,
qu’un simple préfet a le pouvoir de mettre à mal, la
politique de JUPPE et de ses acolytes. On pourrait en rire, conscient de
l’intérêt public qui en découle. Mais le plus raisonnable
est de sans inquiéter : Comment un préfet peut-il tenir tête à plusieurs
ministres ? Comment un homme peut-il à lui seul résister à leur
désapprobation ? Chirac a donné la réponse : « PASQUA.
MARCHIANI est son protégé ».
Cet ancien résistant corse mènerait donc la Ve République par le bout du nez. Impensable, me direz-vous ! Et bien non ! Lorsqu’on a lu, relu l’Énigme PASQUA, on comprend mieux. On comprend comment l’ex-vendeur d’anisette tisse sa toile au gré des rencontres, agitations et autres tumultes inattendus : les fibres les plus solides sont choyées, les autres sont éradiquées. Ne sont gardées que les branches qui maintiennent la cohésion du réseau. Les rebelles, les malhonnêtes, les maladroites, les parasites nuisent à l’efficacité et à la force de l’ensemble. Il faut s’en séparer. Tel est le fonctionnement du réseau PASQUA : méfiance, vigilance, et surtout pragmatisme.
Pourtant des proches de PASQUA ont parfois connu des mésaventures qui auraient pu s’avérer néfastes pour le ministre de l’Intérieur : Instigateur en 1986 des brigades motorisées qui coûtèrent la vie à MALIK OUSSEKINE (2). L’un d’eux, Jean VENTURI, le représentant Ricard au Québec, est mis en cause dans l’affaire de la French CONNECTION (affaire révélée En 1971). Cette histoire de trafic de drogue met aussi à mal les services secrets français de Raymond MARCELLIN, alors ministre de l’Intérieur, ainsi que le numéro 2 de la maison Ricard, Charles PASQUA, dont la belle-famille est québécoise. PASQUA essaiera par la suite d’effacer les traces de ses voyages au Québec. Mais en 1982, suite à l’affaire LUCET (3), le nom de VENTURI (Dominique, le frère cette fois-ci) resurgit à Marseille dans une affaire de fausses factures mise à jour par PASQUA, lorsque celui-ci cherche à déstabiliser Gaston DEFERRE. Dès que le nom de VENTURI ressort, PASQUA se fait tout discret, les vieux démons refaisant surface dans sa mémoire. Je passe aussi toutes les bavures des membres du SAC, Service justifié Civique, dont PASQUA prendra le commandement en 1967 mais qu’il quittera en 1969, officiellement du moins. L’ébranlement du régime De GAULLE en 1968 a montré ce dont étaient capables les miliciens sous l’effet de la panique. Au point même que Dominique CALZI, alias Patrice CHAIROFF, publiera dans Libération un plan du SAC prévoyant l’internement de gauchistes dans des stades. Ce document est attribué au Marseillais Gérard KAPPE qui hurle, au faux (4). Si de lourds soupçons pèsent effectivement sur les déclarations de Dominique CALZI, le serment pris par les membres du SAC ne dément pas l’indéniable fanatisme de cette milice entièrement dévouée au Général de GAULLE : « Je prends l’engagement solennel d’obéir sans discussion à mes chefs. Si je trahis, j’accepte de subir les châtiments réservés aux traîtres ».
Ainsi les noms de KAPPE, VENTURI, MARCHIANI, GUELFI (il eut été étonnant qu’Elf ne soit pas impliqué), LEANDRI, FOCCART, mais aussi DEBIZET, DELOUETTE, etc., ressortent çà et là, au gré des turpitudes électorales ou diplomatiques de PASQUA.
Mais s’il est toujours confortable d’être un protégé de PASQUA (tant que l’on ne fait aucun faux pas, cela va de soi). Il semble plutôt dangereux d’être un faiseur de troubles, une menace au réseau, donc à l’homme.
C’est le cas, par exemple, de Robert Boulin, dont la mort n’a jamais été élucidée. En 1978, sous pression de Bernadette, CHIRAC vire JUILLET et GARAUD du RPR, démantelant ainsi « la bande des quatre » (Marie-France GARAUD, Pierre JUILLET, Yves GUENA et Charles PASQUA). Alain DEVAQUET, secrétaire général du parti à cette époque, finit par jeter l’éponge, refusant de « jouer l’alibi pour les magouilles de M. PASQUA ». BOULIN, alors, ministre : réussit à obtenir la tête du corse. Suite à la mort de BOULIN, PASQUA est réintégré au secrétariat National du RPR. Je compte sur votre esprit critique pour constater qu’aucun lien direct n’est effectivement établi entre la mort de BOULIN et le sauvetage de la carrière politique de PASQUA. C’est ce qu’on pourrait appeler l’efficacité du réseau PASQUA. Aucun lien direct. Soit. Mais le nom de BOULIN résonne encore dans les couloirs du RPR : lorsque la gauche s’est trouvée en grande difficulté, le simple fait d’évoquer le nom de ce ministre suffit à faire taire les attaques de la droite. François MITTERRAND en profita en avril 1992 au cours d’une conférence de presse pour arrêter la ferveur de Pasqua sur les mauvais résultats de la gauche aux législatives. De même, le 26 février 1988, le premier secrétaire du PS Lionel JOSPIN glissa le nom de BOULIN dans l’acharnement de BARRE à l’encontre de MITTERRAND sur l’affaire URBA. Efficacité hors pair. Tout ceci peut paraître extravagant, sauf quand on sait que BOULIN était tout désigné par Giscard pour remplacer BARRE à Matignon. Cette nomination aurait probablement sonné le glas de toute la frange CHIRAC (5).
Autre
personne qui doit se faire discrète : Ali BOUREQUAT, aujourd’hui
réfugié politique aux États-Unis, car en danger de mort
en France. Au cours de ses 18 ans d’incarcération au Maroc (6),
il est informé sur l’affaire Ben BARKA, leader de gauche marocain
qui aurait été enlevé et liquidé par les services
secrets français. Incarcéré avec des truands de ces
services, il en apprend alors beaucoup sur les relations entre la France
et le Maroc. Après sa libération, il est rapatrié en
France et commence à enquêter pour vérifier les dires
de ses codétenus, l’affaire Ben BARKA n’étant qu’une
des accusations dont il eut écho.
D’autres, au moins aussi stupéfiantes,
lui furent avouées : « Cela touchait les plus hautes autorités
françaises du fait que la drogue était transportée dans
des avions militaires et qu’ils atterrissaient dans les deux importantes
bases militaires d’Evreux et de Tours. Alors j’ai commencé une
enquête pour re-confirmer avec les contacts qui m’avaient été donnés.
Et je suis tombé sur le réseau HEMARD, qui est Pernod-Ricard
en réalité. » Erreur ! Le doigt dans l’engrenage
! Dans le réseau PASQUA ! Le doigt dans les fibres de la toile, on
s’y empêtre, on s’y colle, on est happé. Alors,
Jacqueline HEMARD lâche le morceau, elle raconte tout à BOUREQUAT
(7). Il en sait désormais trop. Jacqueline HEMARD et Ali BOUREQUAT
sont menacés par la DST française. La police, auprès
de qui ils demandent de l’aide, est discrète. Le commissaire
SABATIER conseille à BOUREQUAT de fermer sa gueule. PASQUA est alors
ministre de l’Intérieur. « Durant mon séjour à Paris »,
Monsieur HEMARD : Éric, le mari de Jacqueline, s’est permis
de me menacer directement par téléphone. Tous ces enregistrements,
je les ai fournis aux autorités américaines. « Et il
ne se cachait pas de me dire que sa mère avait parlé avec PASQUA
et BORDERIE et qu’ils allaient me liquider, et qu’ils allaient
me faire mon affaire avec sa femme » ! Ces éléments ajoutés
aux menaces de la DST, autorité officielle française, lui ont
permis d’obtenir l’asile politique aux États-Unis pour
lui comme pour Jacqueline HEMARD. Évidemment, l’entourage de
PASQUA dément. À ces démentis, BOUREQUAT répond
: « Monsieur PASQUA ne vous dira certainement pas quelles sont ses
relations avec le roi du Maroc et cela depuis longtemps. Il ne vous le dira
certainement pas. Monsieur PASQUA ne vous dira pas ce que sont devenus les éléments
du SAC, dont une partie ont organisé une police privée chez
: Pernod-Ricard et une autre partie ont créé une société de
protection qu’ils appellent une société de gardes du
corps, et ils agissent pour la liquidation des gens. Moi j’ai une preuve
que la famille HEMARD a proposé la liquidation de quelqu’un
pour 12 000 francs. Et ça par l’intermédiaire de la police
qu’ils ont, une police privée, qui a été organisée
par PASQUA au sein de PERNOD RICARD ? » Ces propos sont extraits d’un
entretien entre Thierry MEYSSAN et Ali BOUREQUAT, entretien qui s’est
déroulé le 5 juin 1998 à l’Assemblée Nationale
au cours du congrès de la CORA (Coordination Radicale Antiprohibitionniste).
Au cours de cet entretien, d’autres noms apparaissent, et pas des moindres.
L’assemblée est médusée.
L’assemblée est médusée de devoir admettre l’inadmissible, de devoir accepter l’inacceptable : le réseau PASQUA. Le lecteur l’est tout autant. Il comprend alors un peu mieux la relative efficacité d’un ministre de la Ve République qui ose chatouiller les branches d’un réseau dont Thierry MEYSSAN explique la genèse puis la prolifération, fibre par fibre. La récurrence de certaines personnes ou sociétés permet de cerner l’homme qui, à la fin du livre, n’est plus franchement une énigme, même si le sujet mérite amplement une investigation bien plus approfondie, curiosité et affliction obligent. À la lecture de l’énigme PASQUA, on comprend aussi les alliances et autres revirements politiques de PASQUA (de BALLADUR à VILLIERS pour les plus récentes), multiples convergences vers un seul et unique objectif : maintenir la cohésion de son réseau, donc sa suprématie. L’outil démocratique semble être utilisé pour asseoir un tissu relationnel excessivement puissant aux caractéristiques bien spécifiques. Le réseau PASQUA ne ronge ni les branches de la diplomatie, ni celles de la démocratie. Il s’y appuie. Il sait utiliser à parfait escient les institutions sans les altérer pour étendre un système de relation et de pouvoir indépendant, intouchable, mais paradoxalement fortement impliqué dans la vie politique française et internationale.
PASQUA, ami de Georges BUSH Jr (le bourreau du Texas), sévit aujourd’hui au Conseil Général des Hauts-de-Seine en tant que Président. Il est aussi président du RPF et accessoirement candidat à la Présidence de la République...
Éditions du Seuil, mars 2000.
En 1986, « terroriser les terroristes » était son mot d’ordre. La police pouvait agir, « il les couvrira ». Coulèrent alors les sangs de Jean-Claude Delta, de Rabah BOUFFERKAS, de Loïc LEFEBVRE, le sang de William NORMAND, de José MAYA, de Sandra DESCHAUX-BEAUME, de Farid El ORABI, le sang d’Adbel BENYAHIA, celui de Malik OUSSEKINE.
Suicide peu vraisemblable du directeur de la Caisse primaire d’assurance maladie des Bouches-du-Rhône.
Gérard KAPPE est le lieutenant de PASQUA au SAC de Marseille.
Il en prend la tête quand Pasqua rejoint le siège national à Paris,
au 5, rue de SOLFERINO. En face, au numéro 2 de la rue, les bureaux
de la maison RICARD.
Lire à ce sujet l’époustouflante enquête
du magazine GOLIAS : « L’affaire BOULIN, vingt ans après
: des témoignages et documents inédits ». N° 69
Nov-Déc. 1999.
Lire Dix-huit ans de solitude, TAZMAMART par Ali BOUREQUAT. Éditions Michel LAFON, 1 993.
Jacqueline HEMARD est la femme d’Éric HEMARD, fils et héritier de Jean HEMARD. Éric est le propriétaire d’une petite usine de plastique de Maisons-Alfort, « paravent de la prostitution en grande banlieue », selon BOUREQUAT.
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Pasqua : les questions sans réponse - De la French Connection à Matignon ?

La guerre des gangs à la conquête de l’Elysée fait rage. L’heure du grand déballage est-elle arrivée ? L’un voulant enfoncer l’autre distille des informations ou monte des flagrants délits, et tout le monde rigole. Un vrai déballage toutefois devrait en dire beaucoup sur quelques questions.
Charles Pasqua pourrait être l’homme le plus puissant de France. Il y a peu le Premier ministre-Balladur mangeait dans sa main, allant jusqu’à reprendre point par point ses positions à l’occasion de l’affaire Maréchal-Leclair-Schuller-Balkany-Schimpf, malgré les multiples démentis judiciaires que ces messieurs ont pu accumuler en un temps record.
Il s’est profilé depuis quelques années comme un véritable "homme d’Etat", opérant un spectaculaire retournement. Jusque là, il était plutôt connu comme l’homme des basses oeuvres du gaullisme. Ses conceptions d’aménageur du territoire et, plus largement, de réformateur des lois de la République finissent par lui valoir un respect quasiment universel. On discuta de savoir s’il serait Premier ministre à son tour au cas où son poulain Balladur devenait Président de la République.
Pour en savoir plus sur la biographie de cet éventuel futur-Premier ministre, nous avons demandé à quelques spécialistes de dresser le catalogue de quelques questions qu’on évite généralement de poser dans la presse bien pensante. C’est dommage. Car les questions appellent des réponses. Et ce n’est que lorsqu’on a les réponses qu’on peut prétendre savoir.
Avouons quand même notre point de vue : la quantité et la nature des questions qui se posent légitimement quant à la biographie de Charles Pasqua auraient pu lui interdire l’accès aux plus hautes fonctions de la République, ne serait-ce que dans le doute. Ses liens avec la French Connection au moins mériterait enquête. Et s’il devait aller plus haut sans même avoir élucidé tout ça ? Eh bien ce serait une drôle de République que la nôtre. Une République capable de génocider le Rwanda, par exemple. Du jamais vu.
Ce n’est pas parce que la carrière de Charles Pasqua a commencé au niveau de la mer (comme plagiste sur la côte d’Azur), pour atteindre les plus hautes cimes de la République, qu’elle est linéaire.
Des incidents de parcours, des accidents mortels, des affaires non-élucidées jalonnent son itinéraire, aussi chaotique que mal connu, malgré l’abondante littérature qui lui est consacré.
La plupart d’entre nous ont déjà oublié jusqu’au nom de Robert Boulin. Il aurait pourtant mérité d’être retenu : dans l’histoire de la Ve République, il n’y a pas d’autre cas de ministre en exercice assassiné. Le grossier maquillage en suicide de son assassinat sert encore aujourd’hui de vérité officielle. Robert Boulin détenait jusque là le record de longévité au gouvernement.
Le rôle de Pasqua dans ce spectaculaire dérapage du circuit de la Ve République n’a jamais été évoqué. Voici un bouquet de questions demeurées sans réponse à ce jour :
Pourquoi le sérieux conflit qui opposa Robert Boulin à Charles Pasqua en juin 1979 a-t-il toujours été passé sous silence ?
Comment Pasqua a-t-il (été) démissionné de son poste de secrétaire national à l’organisation du RPR en juillet 1979 ?
Pourquoi Jacques Chirac a-t-il été amené à sanctionner lourdement son bras droit ? Rappelons que sans Pasqua il n’y aurait eu pour Chirac ni Matignon en 1974, ni appel de Cochin, ni RPR ?
Comment le même Chirac s’est-il trouvé dans l’obligation de revenir sur cette lourde sanction et d’ainsi se déjuger publiquement, moins de 6 mois après l’avoir infligée - et ce, juste après la mort de Robert Boulin ?
Pourquoi le RPR et les autres formations politiques ont-elles laissé pendant quinze ans de telles questions dans l’ombre ?
Autre épisode : en 1972, le quotidien new yorkais "Newsday" publie une série d’articles intitulés "The heroïn trails". Une équipe de journalistes a commencé son enquête au Canada sur les agissements dans les années 60 de Jean Venturi, représentant local de la firme Ricard, dont le supérieur hiérarchique direct avait été à l’époque Charles Pasqua, directeur des ventes à l’export.
Après avoir obtenu confirmation auprès des services de police compétents du document du bureau américain des narcotiques incriminant Jean Venturi dans un trafic d’héroïne à destination des Etats-Unis, les journalistes new yorkais arrivent à Paris pour remonter cette ramification de la célèbre french connection. Leur récolte est maigre.
L’opacité de la firme Ricard ne leur a pas permis d’établir la vraie nature et l’ancienneté des liens unissant Pasqua et Venturi. Au moins ceux-ci étaient-ils liés par une réalité hiérarchique au moment de la cavale de Venturi, en 1967.
Il n’a pas été non plus établi si les Pasqua - que des liens familiaux unissent au Canada - étaient, par ce biais aussi, en contact avec les Venturi. Parallèlement, des recherches ont été menées sur le patrimoine de la famille Pasqua.
En 1994, à l’occasion d’une recherche, la disparition inexpliquée des archives de "Newsday" concernant cette enquête a été constatée.
En 1967, un mandat d’arrêt international a été établi à l’encontre de Jean Venturi. Il n’a jamais été arrêté.
Qu’est-il devenu ? De quelles complicités a-t-il bénéficié pour échapper ainsi à la Justice ?
Le nom de Charles Pasqua aurait-t-il figuré un temps sur la liste des personnes indésirables aux Etats-Unis ?
Jean-Charles Marchiani, éminence grise de Pasqua, reconnu comme tel depuis la première cohabitation en 1986, est l’homme que le président Georges Pompidou fit personnellement chasser du SDECE en 1969. Il le considérait comme l’auteur et le propagateur de photos truquées attentatoires à l’honneur de sa famille (affaire Markovic). Charles Pasqua a attendu la célébration en grande pompe par Balladur et Chirac du 20è anniversaire de la mort de Pompidou, en avril 1994, pour faire nommer Marchiani préfet. Il lui fit ensuite attribuer la légion d’honneur le premier janvier 1995.
Pourquoi cette insulte à la mémoire de Pompidou n’a-t-elle pas été relevée par la cohorte des fidèles, au premier rang desquels figurent, avec ostentation, Chirac et Balladur ?
Marchiani a-t-il joué un rôle dans la très longue cavale de Venturi ?
Au Maroc, Charles Pasqua a noué au temps de la fusion Pernod-Ricard d’étroites relations avec le roi Hassan II. L’hospitalité royale lui a notamment permis d’organiser en 1988, à l’hôtel de la Mamounia à Marrakech, un mystérieux réveillon commun avec Pierre Joxe, son successeur immédiat au ministère de l’Intérieur. Qu’avaient-ils donc à se dire ?
En janvier 1994, Pasqua a été l’unique ministre d’un Etat membre de l’Union Européenne à effectuer une visite de travail à El Ayoun (capitale du Sahara Occidental) cautionnant ainsi par sa présence - à la fureur du Quai d’Orsay - l’annexion par le Maroc de cette ancienne colonie espagnole.
Le Maroc a-t-il facilité la cavale de Jean Venturi ?
En Afrique noire, l’influence de Pasqua s’avère aussi ciblée que déterminante. Sa prochaine visite prévue début mars 1995 au Cameroun (si tout va bien), donne lieu à ce commentaire d’un spécialiste des affaires africaines dans La lettre du continent du 8 février 1995 : "Au Cameroun, deux dossiers sont à l’instruction contre des casinos et des salles de jeux qui favorisent la grande délinquance dans notre pays. Paul Biya (le président du Cameroun) devrait enterrer toute velléité de poursuivre au nom de l’amitié franco-camerounaise : en marge de la visite de Charles Pasqua, il serait inconvenant de heurter de front les intérêts corses".
Marchiani est-il lié aux "intérêts corses" dans les salles de jeux camerounaises ?
Est-ce également le cas de Monsieur Raffali ?
Raffali, à l’époque directeur d’une célèbre salle de jeux parisienne, s’était notamment illustré en 1986, en transmettant pour le compte du déjà ministre de l’Intérieur, Pasqua, le vrai-faux passeport destiné à Yves Challier, du "carrefour du développement".
Qui se cache derrière les "intérêts corses" maîtres des jeux camerounais ?
Ces "intérêts corses" ont-ils favorisé la cavale de Jean Venturi ?
Americano Gansia
NB : Cette série de questions n’est qu’indicative. Nous ne doutons pas que beaucoup de gens ont pu être amenés au fil de la longue carrière de Charles Pasqua à s’en poser bien d’autres. Les colonnes de notre journal leur sont ouvertes.
http://www.voltairenet.org/article6800.html
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Biographie
de Charles PASQUA
Jean-Charles Marchiani met en cause MM. Chirac et Pasqua
Jean-Charles Marchiani et Charles Pasqua en 1999 à Toulon (Sipa)

Ci-dessous le dossier de Fabrice Lhomme publié dans Le Monde du 25 décembre 2004.
1 - Jean-Charles Marchiani met en cause MM. Chirac et Pasqua
Soupçonné d’avoir perçu plusieurs millions d’euros
de commissions occultes, l’ancien préfet a déclaré au
juge Courroye que les sommes touchées en Suisse l’avaient été avec
l’accord de MM. Pasqua et Chirac. Il évoque aussi des fonds "réels
ou supposés" détenus à l’étranger
par les deux hommes.
Incarcéré à la maison d’arrêt de la Santé depuis le 2 août, Jean-Charles Marchiani, soupçonné d’avoir bénéficié de plusieurs millions d’euros de commissions occultes, a tenté, au cours de ses dernières auditions, d’impliquer Jacques Chirac, et l’ancien ministre de l’intérieur Charles Pasqua.
Questionné le 17 décembre par le juge Philippe Courroye sur l’alimentation de ses comptes suisses, M. Marchiani, notamment mis en examen pour "abus de biens sociaux" et "trafic d’influence", a une nouvelle fois démenti tout enrichissement personnel et évoqué "un dispositif financier" mis en place en 1986 afin de mener des opérations confidentielles à l’étranger.
Agent des services secrets jusqu’en 1970, date de son éviction du Sdece (ancêtre de la direction générale de la sécurité extérieure, DGSE), M. Marchiani avait continué d’entretenir ses "réseaux", et joué un rôle majeur dans la libération, en 1987 et 1988, des otages du Liban.
Le 17 décembre, il a précisé au juge : "Les mouvements de tous ces comptes étaient surveillés par une cellule spéciale de la DGSE dont c’était la vocation. Cette cellule, dirigée par un magistrat financier, était chargée de surveiller les avoirs financiers réels ou supposés de personnalités de droite dont M. Jacques Chirac et Charles Pasqua." "Le chef de poste de la DGSE avait fait des tas de notes de renseignements concernant ces comptes qui me concernaient", a ajouté l’ancien préfet du Var, qui a livré à M. Courroye le nom du magistrat financier alors détaché à la DGSE.
Ce magistrat a assuré au Monde, jeudi 23 décembre, que les déclarations de M. Marchiani étaient "délirantes et absurdes". M. Pasqua était, lui, "injoignable" jeudi 23 décembre, tandis que l’Elysée indiquait que les déclarations du préfet étaient "sans fondement".
Sibylline mais lourde de sous-entendus, la petite phrase lâchée par M. Marchiani fait écho à une polémique apparue en 2002, quand l’Elysée avait accusé le premier ministre Lionel Jospin d’avoir demandé à la DGSE et à la DST d’enquêter sur d’éventuelles "relations financières" de M. Chirac au Liban et au Japon (Le Monde du 26 juin 2002). L’affaire avait provoqué, après la réélection de M. Chirac en 2002, le limogeage des deux directeurs des services de renseignement.
Le 1er septembre, au cours d’une audition par le juge Courroye, M. Marchiani avait déjà cité les noms de MM. Chirac et Pasqua, déclarant qu’ils étaient parfaitement au courant qu’entre 1986 et 1988 - M. Chirac était premier ministre et M. Pasqua ministre de l’intérieur -, il avait perçu des fonds à l’étranger.
Ces sommes, selon M. Marchiani, étaient destinées à financer des opérations de renseignement, notamment pour obtenir la libération des otages français du Liban. "Mon rôle à l’étranger a toujours été de vérifier, conformément aux instructions gouvernementales données par le premier ministre de l’époque, le ministre de l’intérieur et un certain nombre de fonctionnaires, que les fonds ne devaient pas venir de sociétés françaises", a-t-il assuré.
"INSTRUCTIONS" DE M. PASQUA
M. Marchiani a affirmé avoir perçu ces sommes en vertu "d’instructions" qui lui auraient "été données par Charles Pasqua" et par "le directeur de cabinet du premier ministre - Jacques Chirac -, Maurice Ulrich". Au juge qui lui faisait observer qu’il avait continué à percevoir des fonds "à partir de 1991, à une époque où MM. Pasqua et Ulrich n’exerçaient aucune fonction gouvernementale", M. Marchiani a répondu : "M. Chirac m’a demandé le samedi qui a précédé l’élection présidentielle, le 6 ou 7 mai 1988, de continuer à m’occuper de ces questions et à faire fonctionner les réseaux."
Interrogé par Le Monde, l’avocat de M. Marchiani, Me Jacques Trémolet de Villers, a contesté que son client ait "la volonté de mettre en cause MM. Chirac et Pasqua". Assurant que M. Chirac avait bien demandé à son client, "le 7 mai 1988, en présence de M. Pasqua, de maintenir le dispositif financier mis en place en 1986", Me Trémolet de Villers confirme toutefois que M. Marchiani a décidé d’en dire plus qu’il ne l’avait fait jusque-là. "Mon client commence tout simplement à en avoir assez. Il estime que si l’exécutif ne prend pas ses responsabilités, il va être contraint de dire des choses qui devaient rester confidentielles. Et tant pis si cela met dans l’embarras des personnalités politiques", affirme l’avocat.
A plusieurs reprises en juin et juillet, M. Marchiani et ses proches ont multiplié les interventions auprès du chef de l’Etat et du ministre de la justice afin de lui éviter la prison. Plusieurs conversations téléphoniques, enregistrées par les enquêteurs - dont certaines ont été annulées par la cour d’appel - attestent la réalité de ces démarches.
Ainsi, le 9 juillet, M. Pasqua a téléphoné à M. Marchiani pour lui dire : "Bon alors, j’ai écrit à Chirac (...). Plusieurs lettres, dont une à votre sujet." Et l’ancien ministre d’ajouter : "Et je viens de m’entretenir avec Dominique Perben... A votre sujet (...). Et je l’ai trouvé... assez coopératif." (Le Monde du 5 octobre.) Las, le 2 août, M. Marchiani était placé en détention provisoire.
Meurtri de n’avoir reçu aucun signe du chef de l’Etat, M. Marchiani semble aussi prendre ses distances avec son mentor, M. Pasqua. Sans doute n’a-t-il guère apprécié les déclarations de ce dernier devant les policiers de la brigade financière.
Interrogé comme témoin le 1er septembre, M. Pasqua a affirmé, à propos des fonds touchés en Suisse par son ancien conseiller place Beauvau : "Je suis surpris de constater qu’alors qu’il occupait des fonctions au ministère de l’intérieur, M. Marchiani ait pu percevoir de telles sommes."
Fin de l’enquête sur les chars Leclerc
Le juge Philippe Courroye a clôturé, jeudi 23 décembre, l’enquête portant sur le contrat conclu entre une société allemande et le ministère de la défense pour l’équipement de chars Leclerc. Jean-Charles Marchiani est poursuivi, dans ce dossier, pour "recel d’abus de biens sociaux" et "trafic d’influence par personne dépositaire de l’autorité publique". Il a touché 2,4 millions de deutschemarks (1,23 million d’euros) sur un compte genevois entre 1994 et 1999. M. Marchiani, également mis en examen pour avoir perçu une commission occulte en marge d’un marché avec Aéroports de Paris, est poursuivi dans deux autres enquêtes : l’une porte sur les ventes d’armes à l’Angola, l’autre sur des largesses consenties par l’homme d’affaires Iskandar Safa.
2
- Hauts fonctionnaires et hommes politiques ont tous contesté les
affirmations de l’ancien préfet
Interrogé comme témoin par le juge Philippe Courroye le 14
septembre, Maurice Ulrich, directeur du cabinet de Jacques Chirac à Matignon
de 1986 à 1988, a vigoureusement contredit la version de Jean-Charles
Marchiani. Ce dernier, selon M. Ulrich, "n’a jamais été mandaté par
Jacques Chirac (...) ou par moi-même lorsque j’étais directeur
de cabinet pour mettre au point un système de financement ou pour
poursuivre une activité de renseignements après 1988, soit
après le départ de Jacques Chirac de Matignon".
"Il est tout à fait faux de dire que je l’ai mandaté pour ce type de missions et que j’ai abordé avec lui la question des moyens. Je savais que Charles Pasqua l’avait utilisé pour la libération des otages du Liban. Je pense que cette opération a dû entraîner des frais et qu’ils ont été couverts par les fonds spéciaux du ministère de l’intérieur qui trouvaient tout à fait leur finalité dans le cadre de ce type d’opérations", a ajouté M. Ulrich, qui a précisé : "Il ne m’apparaît absolument pas crédible qu’un fonctionnaire puisse encaisser des commissions versées à l’étranger par des sociétés dans le cadre de marchés pour une quelconque mission de l’Etat."
"Cette idée selon laquelle Jean-Charles Marchiani aurait été mandaté pour monter un réseau de renseignements ou de financement qui traverserait les années et les gouvernements n’a jamais été exprimée", a précisé l’ex-sénateur (UMP) et actuel conseiller de M. Chirac à l’Elysée. "A partir d’un fait réel, qui est son intervention dans le dossier des otages du Liban, - M. Marchiani - cherche à prolonger une mission de renseignement et de financement qui n’a jamais existé et qui à ma connaissance ne lui a jamais été confiée par (...) Jacques Chirac", a-t-il conclu.
A la tête de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) de 1993 à 2000, Jacques Dewatre a également, devant le juge, affirmé qu’il n’y avait "jamais eu de solde de compte bancaire positif en Suisse dont un fonctionnaire serait l’ayant-droit économique". Directeurs du cabinet de M. Pasqua entre 1993 et 1995, Joël Thoraval et Edouard Lacroix ont aussi témoigné "n’avoir jamais été informés de la mise en œuvre de financement à l’étranger pour des missions de renseignements ou de lutte antiterroriste", selon une synthèse du juge.
LES DÉNÉGATIONS DE M. JUPPÉ
Au cours d’un interrogatoire, le 17 décembre, le magistrat a fait observer à M. Marchiani que Jean-Marc Sauvé, directeur des libertés publiques et des affaires juridiques au ministère de l’intérieur jusqu’en 1994, et Jean-Paul Faugère, qui lui a succédé jusqu’en 1997, avaient aussi déclaré "n’avoir jamais été saisis du problème de la légalité de l’encaissement de commissions par vous-même après votre nomination - comme - préfet".
M. Courroye note également que les anciens premiers ministres Edouard Balladur (1993-1995) et Alain Juppé (1995-1997) ainsi que l’ex-ministre de la défense (1993-1995) François Léotard ont catégoriquement nié "avoir été informés de l’existence de tels systèmes de financement".
Malgré ces dénégations, M. Marchiani persiste. "Personne ne peut contester qu’en 1986 on m’a demandé de monter un dispositif de renseignement et d’action, entre autres pour libérer nos compatriotes au Liban. Jacques Chirac m’a publiquement félicité en mai 1988 après la libération des otages ainsi que mon équipe", a-t-il déclaré au juge, le 17 décembre.
"Il n’est pas contestable non plus qu’entre 1993 et 1995 j’ai effectué des tas de missions en Afrique et au Moyen-Orient. Il n’est pas contesté non plus que j’aie été obligé de m’occuper de l’exfiltration de Carlos (...) et de retrouver nos pilotes en Bosnie-Herzégovine - en 1995 -. Jacques Chirac m’a publiquement félicité à Villacoublay. Je vois mal comment Alain Juppé et Edouard Balladur peuvent dire qu’ils n’étaient pas au courant", a-t-il conclu.
3
- Pour le juge, les comptes suisses "revêtaient manifestement
un caractère patrimonial privé"
Le 23 novembre , Jean-Charles Marchiani a été longuement interrogé sur
les mouvements de fonds détectés sur la demi-douzaine de comptes
qu’il détient en Suisse. S’appuyant sur les documents
bancaires que la justice helvétique lui a récemment fait parvenir,
M. Courroye a fait observer à l’ancien député européen
que "les investigations - avaient - révélé que
ces comptes revêtaient manifestement un caractère patrimonial
privé". Selon le magistrat, M. Marchiani est "l’ayant-droit économique
de la plupart des comptes", tandis que son épouse et leurs deux
enfants "disposent d’une procuration"sur ces comptes, dont "aucun
n’a été déclaré à l’administration
fiscale française".
Ainsi, une fiche du 18 mars 1996 saisie au Crédit agricole de Genève indique que "la prochaine étape dans la relation avec le client sera la création d’une fondation de famille auprès de notre fiduciaire". Une autre note, du 6 février 2000, provenant de la Société générale Asset Management de Genève, comporte l’indication suivante : "La cliente - Mme Marchiani - vient avec son mari. Ils confirment que cet argent est prévu pour les enfants."
Des documents similaires ont été transmis par le Crédit suisse de Zurich ou encore l’UBS de Crans, où M. Marchiani avait également ouvert des comptes. Au total, entre 1993 et 2001, période au cours de laquelle il fut successivement préfet du Var (1995-1997), secrétaire général de la zone de défense de Paris (1997-1999) puis député européen (1999-2004), l’ancien espion a perçu l’équivalent de plusieurs millions d’euros.
Les investigations ont permis de découvrir l’origine d’une partie des fonds mis au jour en Suisse. Il s’agit notamment de commissions touchées, en tant qu’intermédiaire, à l’occasion d’un marché passé par l’entreprise Vanderlande avec Aéroports de Paris. M. Marchiani a perçu 9,7 millions de francs (1,478 million d’euros) en plusieurs virements, entre 1991 et 1994. Il a également perçu 2,4 millions de deutschemarks (1,23 million d’euros), entre 1994 et 1999, en marge du contrat conclu entre une société allemande, Renk, et le ministère de la défense pour l’équipement de chars d’assaut Leclerc.
"EN BON PÈRE DE FAMILLE"
En revanche, la provenance d’autres sommes reste un mystère pour la justice suisse. Ainsi, deux virements de 10 et 11 millions de francs, effectués le 18 juillet et le 18 octobre 1995 au profit du compte "Stef" ouvert par M. Marchiani au Crédit agricole de Genève, restent inexpliqués. Devant le juge, M. Marchiani a assuré que "ces 21 millions de francs - avaient - trait à deux événements : la libération et l’exfiltration de deux journalistes dans la nuit du 27 novembre 1987 au Liban, Roger Auques et Jean-Louis Normandin -...- et une deuxième opération intervenue plusieurs années après, à savoir l’exfiltration par les services secrets d’un haut responsable militaire et politique, le général Aoun, son installation et sa protection en France."
Il a affirmé que ces fonds, qui correspondraient au remboursement des frais qu’il avait engagés pour ces deux opérations, provenaient "d’un responsable militaire des phalanges chrétiennes". "Il s’agit de Nabil Traboulsi, a-t-il précisé. Mais cette affaire est classée secret défense."
Au cours de son audition, M. Marchiani a tenu à distinguer "l’argent - qu’il avait - gagné personnellement comme conseiller du commerce extérieur" et celui "qui était mis à - sa - disposition par l’Angola, le Congo, des organisations ou des particuliers dans le cadre de - ses - activités pour l’Etat". "Cet argent était certes géré en bon père de famille mais il n’a été utilisé que pour les missions", a ajouté M. Marchiani, précisant : "Je ne pense pas qu’il était nécessaire d’ouvrir des comptes distincts entre mes activités personnelles et mes missions confiées par le gouvernement".
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BARBOUZES
AU PAYS DES DROITS DE l'HOMME: ![]()
L’autre bombe dont l’explosion menace la droite

Par
Laurence Dequay, Frédéric Ploquin
et Guy Konopnicki, avec Serge Maury
Marchés truqués, commissions occultes et favoritisme... Dans
les Hauts-de-Seine, les affaires sont plus explosives encore que celles de
la Mairie de Paris. Juges et policiers entendent bien les faire sortir. Enquête.
C’est comme les mèches que l’on croit éteintes.
Le cordon, en fait, continue de se consumer, lentement. Et un jour tout explose.Or,
depuis près de quinze ans, tous les efforts possibles et imaginables
juridiques, institutionnels, politiques - ont été mobilisés
pour neutraliser cette bombe à fragmentation que sont les « affaires
de la Mairie de Paris » !
Le maire de l’époque, devenu président de la République,
a été mis à l’abri, la plupart de ses acolytes
au vert ; de nombreuses procédures ont été interrompues,
des dossiers classés, des documents égarés, des instructions
bloquées, des juges écartés, des échéances
renvoyées sine die, des non-lieux arrachés de haute lutte,
des vices de forme débusqués... Or, rien n’y fait : il
y a toujours une sous-bombinette qui n’a pas été désamorcée à temps,
qui mijote toute seule dans son coin puis qui explose et remet le feu aux
poudres. Ainsi l’affaire des permanents du RPR dont les salaires étaient
pris en charge par l’Hôtel de Ville sous forme de rétribution
d’emplois fictifs. Entre un quart et un tiers des employés du
RPR était, en fait, illégalement payés par d’autres
organismes. Certains - c’est le plus grave - étaient rémunérés,
en échange d’affectations bidons, par des entreprises privées
telles l’ancienne Lyonnaise des eaux (devenue Groupe Suez) ou l’ex-Générale
des eaux (devenue Vivendi), récompensées par de juteux marchés
publics obtenus à l’issue d’appel d’offres truqués.
Une partie de ces montages frauduleux étaient organisés par
le fameux Jean-Claude Méry (celui de la cassette), un temps membre
de la direction du RPR et qui, un jour, dans son bureau de la rue des Grands-Augustins, à Paris,
se vanta devant nous d’avoir réussi, de la sorte, à faire
remonter plusieurs centaines de millions de francs jusqu’à la
direction du RPR, et qu’il en rendait compte directement au cabinet
du maire, Jacques Chirac (qui était également le président
de ce parti). Il recevait, par fax, en provenance de l’organisme de
gestion des HLM de Paris, car dirigé par un ami corrézien de
Chirac, la description des nouveaux marchés publics à arracher
(ascenseurs, électricité, réfection de bâtiments)
et des précisions sur les prix jugés compétitifs, avant
même le lancement officiel des appels d’offres. Heureusement,
Méry n’ est plus. Le fidèle et courageux Michel Roussin,
ex-chef de cabinet de Jacques Chirac, ex-membre du gouvernement, l’homme
qui sait tout, après avoir traversé une zone de doute, a choisi
de se taire. L’honneur d’un officier.
Offrandes "obligatoires".
Louise-Yvonne Casetta, trésorière occulte du RPR, celle qui,
contre l’attribution de marchés annexes, recevait directement,
en liquide, les offrandes « obligatoires » des industriels, en
a juste dit assez pour qu’on ne l’importune pas, mais rien de
plus ! Surtout, alors qu’Alain Juppé était, à l’origine, également
poursuivi pour avoir couvert le paiement des salaires de responsables du
RPR par des entreprises privées, il a bénéficié,
concernant ce volet (le plus explosif) de son dossier, d’une manière
de non-lieu. Ouf ! Le maire de Bordeaux se croyait donc sorti d’affaire.
Pas du tout ! les juges de Nanterre ont fait comme s’ils lui faisaient
payer cette dérobade procédurière ! Et la machine infernale
est repartie. Du coup, certains frissonnent : car ce n’est pas fini.
Ce n’est jamais fini.Certes, le juge Halphen a été dessaisi,
mais le dossier des HLM de Paris n’a pu être refermé pour
autant. Le juge Riberolles a, imperturbablement et discrètement, poursuivi
le travail : 53 personnes ont été mises en examen et, parmi
elles, des chefs d’entreprise tout à fait disposés à décrire,
par le menu, le système de racket politique dont ils affirment avoir été victimes,
de la part du RPR, à une époque où Juppé en était
l’un des dirigeants. Ecoeurée, considérant avoir été lâchée,
Louise-Yvonne Casetta pourrait également être amenée à en
dire plus. Or, horreur ! le procès devrait se dérouler un an
avant la prochaine élection présidentielle ! D’où un
formidable forcing pour obtenir la nullité de la procédure.
faux électeurs
Toujours un an avant la présidentielle, devraient être jugées
les affaires des « faux électeurs » parisiens, ceux du
IIIe, Ve et éventuellement XXe arrondissement, avec exhibition de
documents prouvant que l’ordre de réaliser à tout prix
un grand chelem en 1989 - c’est-à-dire la victoire de la droite
dans tous les arrondissements - avait été donné en haut
lieu et que le député-maire du XXe, Didier Bariani, avait en
partie assisté à une réunion « au sommet » où des
consignes précises avaient été transmises qui allaient
dans ce sens. Enfin, si les autres cas d’emplois fictifs de la Mairie
de Paris sont en grande partie prescrits, il reste encore à juger
le méga-scandale des lycées d’Ile-de-France dont la réfection
donna lieu à des commissions occultes versées, certes, à tous
les partis, mais en priorité au RPR. C’est à cette occasion
que, de nouveau, Louise-Yvonne Casetta mais aussi Michel Roussin doivent
comparaître, ainsi que l’ancien président du conseil régional
Michel Giraud, traumatisé par un dossier le dépassant, et qui
pourrait en conséquence passer aux aveux. Bizarrement, c’est à l’occasion
de cette enquête que furent découverts les paiements en liquide
par Jacques Chirac et sa famille de factures à une agence de voyages,
paiements mis sur le compte des « fonds secrets » de l’Hôtel
Matignon. Une explication qui ne tiendrait plus si l’un des témoins
affirmait, comme le fit Jean-Claude Méry, qu’une partie des
2 % prélevés sur les marchés remontait, en effet, jusqu’au
président du RPR !
Le scandale des scandales ou le feu couve dans les Hauts-de-Seine
Tout cela, dont on ne se souciait plus guère, inquiète de nouveau
depuis le séisme Juppé ! Or, ce ne sont là, sans doute,
que bagatelles (sauf pour Jacques Chirac) en regard de la bombe atomique
que représente l’ensemble des affaires, plus crapuleuses, plus
mafieuses les unes que les autres, qui, reliées entre elles, rapportées à un
système unique, peuvent devenir demain l’énorme scandale
des Hauts-de-Seine !
« Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal... »
C’est un ancien et important élu (de droite) de la région
qui nous le confie sous le sceau de l’anonymat (car on ne sait jamais)
: « On ne peut pas imaginer, si l’on ne l’a pas vécu
de l’intérieur, à quel niveau de pourrissement, de quasi-gangstérisation,
est parvenue la vie politique dans ce département, ou du moins dans
une partie de ce département, celle qui a connu les plus fortes mutations
urbanistiques. C’est Nice du temps de Jacques Médecin et des
bébés Médecin, mais à la puissance 10. » Autre
cacique du département mais honnête homme, Jean-Pierre Fourcade,
sénateur-maire de Boulogne- Billancourt et ancien ministre de Giscard
d’Estaing, déclare plus sobrement : « Charles Pasqua,
c’est un peu comme François Mitterrand : ce n’est pas
un homme d’argent, mais il est entouré d’aigrefins. »
Or, si pendant des années, malgré quelques alertes - comme
les scandales Balkany ou Schuller -, on parvint à maintenir le couvercle
sur cette marmite incandescente, la justice, depuis quelques mois, recommence à rôder
autour des zones de non-droit qui passent, depuis longtemps, pour être
les plus gangrenées : Levallois, Puteaux, Courbevoie, Clichy, etc. « Effarant »,
confie un juge, qui précise cependant que les réseaux de protection
sont tels qu’il faut « s’y aventurer en marchant sur des
oeufs ». « N’exagérons pas, 11 municipalités
seulement sur 33 sont concernées ! » tente de relativiser un
ministre, honnête lui, et longtemps élu du département.
Un tiers ! Une forme d’humour ? En attendant, Didier Schuller, ancien
conseiller général des Hauts-de-Seine, qui participa activement
au système Balkany, en particulier au sein de l’office HLM qu’il
présida, fait dire qu’il se fera un plaisir, au cours de son
procès, de révéler tout ce qu’il sait sur le fonctionnement
du RPR départemental entre 1988 et 1994 ! Exemple ? Pas une entreprise
du BTP qui fi obtînt un marché, dans ce secteur en pleine rénovation,
sans verser des sommes substantielles aux organisations politiques claniques
locales contrôlées par les élus, en particulier par le
biais de pseudo-publicités vendues à des prix proprement pharaoniques,
publiées dans les journaux municipaux. Il s’agissait, en fait,
de blanchiment de commissions occultes (qui s’ajoutaient aux« bonnes
oeuvres » !), véritables taxations illégales, mais obligatoires,
permettant d’accéder, grâce aux truquages des appels d’offres, à des
marchés portant parfois sur des milliards de francs. Ensuite, il fallait
repayer pour obtenir les marchés annexes des « entretiens » -
ascenseurs, chauffage, électricité - et des rénovations.
Un exemple parmi cent, autour duquel tournent les juges : l’entreprise
GEC Alsthom voulait déménager son siège social de la
Défense à Saint-Ouen (dans la Seine-Saint-Denis). Qu’à cela
ne tienne, il fallait payer. « Nous avons cédé à une
pression qui était une forme de racket », déclara Pierre
Bilger, alors président d’Alstom. Et l’ancien PDG de GEC
Alsthom Claude Darmon précisa : « On nous a demandé de
payer une somme d’argent (10 millions de francs) pour obtenir un agrément,
ce que je qualifierais de rançon ou d’extorsion. Corruption
caractérisée. »
Comment un ex-souteneur fait cracher GEC Alsthom.
En fait, pour délocaliser son quartier général, GEC
Alsthom avait besoin du feu vert de la Datar (Délégation à l’aménagement
du territoire et à l’action régionale) dirigée
par un proche de Charles Pasqua. Or, le président du conseil général
des Hauts-de-Seine - le même Pasqua - cherchait, lui, à renflouer
son Quotidien du maire, organe d’influence politique s’il en
est, mais proche du dépôt de bilan - ce qui aurait donné lieu à un
audit mal venu de sa comptabilité ! Un intermédiaire de haut
vol, ancien souteneur devenu parrain des affaires off-shore, Etienne Léandri,
reçut donc pour mission de collecter des fonds destinés à renflouer
le précieux outil de promotion - ce pourquoi Léandri demanda
10 millions de francs à Alsthom, et en obtint 5,2 millions qui furent
virés depuis une off-shore helvétique. « Cette somme,
expliqua-t-il avec un culot phénoménal, suffit à expliquer
que cette société est une entreprise citoyenne, prête à aider
les maires à avoir de l’information ! » En fait, Léandri
versa 13 millions de francs sur le compte du Quotidien du maire, car il y
ajouta - du moins on l’en soupçonne - une commission indue que
lui avait rétrocédée la Sofremi - société sous
tutelle du ministre de l’Intérieur (alors Pasqua), chargée
de vendre des matériels de sécurité à l’étranger.
.. en l’occurrence au Koweït ! On peut également se poser
cette question : lorsque le groupe Elf, en 1991, céda à un
très bon prix au groupe Thinet, très lié aux élus
de droite des Hauts-de-Seine, un terrain à Issy-les-Moulineaux, celui-ci
ne fut pas préempté par cette mairie. Il fut finalement racheté par
une société d’économie mixte émanation
du département des Hauts-de-Seine. Cette sulfureuse opération
permit de dégager une commission de 66 millions de francs -, qui est
le mystérieux Carlo qui toucha, à lui seul, 6 millions
?
Des protecteurs en haut lieu.
Un chef d’entreprise, qui s’est installé à Levallois-Perret
dans les années 80, décrit un système formidablement
bien huilé et qui ne laissait aucune échappatoire : « Tout
se passait comme s’il existait une seconde fiscalité, non officielle,
a priori frauduleuse mais admise, et qui bénéficiait de ses
propres services de recouvrement. » Quand Patrick Devedjian s’empara
de la municipalité d’Antony, un industriel vint tout naturellement
lui remettre un chèque de 350000 F. Stupéfaction de l’intéressé.
Il s’agissait d’un « petit cadeau » lié au
renouvellement d’un marché de chauffage et qui, sous ses prédécesseurs, était
devenu une véritable taxe institutionnalisée.
Refuser de payer ? Outre que cela signifiait la perte d’affaires considérables,
cela pouvait aussi, après coup, valoir quelques désagréments,
en particulier à Puteaux, dont les élus de l’opposition,
d’hier et d’aujourd’hui, décrivent la mairie comme
un véritable repaire de malfrats qui fait froid dans le dos. En l’occurrence,
le maire de Puteaux, Charles Ceccaldi- Raynaud, ancien membre de la SFIO
d’Algérie qui fut exclu pour violence policière (sous
Guy Mollet !), et qui conquit la mairie à l’aide des gros bras
du SAC (un colleur d’affiches de son adversaire, Georges Dardel, fut
même poignardé), devint député RPR en tant que
suppléant de... Nicolas Sarkozy. Or, ce n’est pas neutre : les
Hauts-de-Seine, en effet, ont presque toujours bénéficié de
représentants très hauts placés, en particulier dans
les gouvernements de droite, ou à la présidence de l’Assemblée
nationale (Achille Peretti, député maire de Neuilly) et, en
particulier, au ministère de l’Intérieur (Pasqua et,
aujourd’hui, Sarkozy). Ainsi, lorsque Georges Tranchant (RPR), le roi
des casinos et des machines à sous, était député d’Asnières,
et Pasqua ministre de l’Intérieur, deux membres de la police
des jeux qui enquêtaient sur son compte furent mutés. Quelques
autorisations miracles lui furent par ailleurs accordées. A lui et à d’autres.
Aujourd’hui, Tranchant regarde les événements de loin
et souligne simplement que Pasqua est très fort et qu’on ne
le coincera pas comme ça ! « C’est un ancien chef d’entreprise.
Il sait ce qu’est un abus de biens sociaux, et une prise illégale
d’intérêts. C’est pour cela qu’il n’a
jamais rien fait qui tombe sous le coup de la loi. » Mais les protections
ne sont pas éternelles. Le« précédent Médecin », à Nice,
le prouve.
Ainsi, les enquêteurs du ministère des Finances sont-ils tombés
sur une note, rédigée en 2001 par un responsable commercial
de la société d’ascenseurs Otis. Il y expliquait comment,
entre 1993 et 1995, Hervé Bolze, directeur de cabinet du maire de
Levallois, Patrick Balkany, lui avait suggéré d’augmenter
ses factures de 3 % afin de nourrir les caisses du RPR local à l’approche
des élections. La direction des fraudes signala cet écart de
conduite au procureur de Créteil qui, apparemment, enterra le dossier.
Or, un nouveau procureur, tombant par hasard sur la fameuse note en septembre
2003, a relancé la procédure. Et le directeur de cabinet de
Balkany, promu entre-temps auprès du directeur de l’office HLM
du département, n’a pu nier l’évidence. Détail
croustillant : la secrétaire particulière d’Alain Juppé était
employée par l’office HLM des Hauts-de-Seine.
Autre enquête en cours : des villas luxueuses étaient louées
dans l’île antillaise de Saint-Martin à des chefs d’entreprise
des Hauts-de-Seine, à des prix défiant toutes concurrence.
Or, le nom de Patrick Balkany figurerait sur les baux correspondant à ces
villas, bien que celui-ci affirme n’en être pas propriétaire.
Fausse déclaration de patri moine pour tromper le fisc ?
C’est également inopinément qu’un homme d’affaires
luxembourgeois, sans apporter de preuves, a accusé le maire de Puteaux,
Ceccaldi-Raynaud, d’avoir couvert, en 2001, le versement d’une
centaine de millions de francs de commission pour un marché de chaufferie à Nanterre.
Or, là encore,la direction de la concurrence et de la répression
des fraudes des Hauts-de-Seine avait des soupçons, comme l’a
révélé l’Express. Ce marché, selon les
enquêteurs, aurait porté sur 10.000 logements et 90 immeubles
de bureaux à l’issue d’un appel d’offres ne comportant
aucun critère de prix, remporté par la société Enerthem.
Bien sûr, Charles Ceccaldi-Raynaud dément toute fraude. Achille
Peretti, l’ex maire de Neuilly, ne fut pas rattrapé par la justice
malgré les casseroles qu’il traînait.
Des copains et des coquins sympathiques.
Faut-il comparer le scandale larvé des Hauts-de-Seine (dont le budget
serait plus important que le PIB de la Grèce !) aux différents
scandales de la Mairie de Paris ? Oui et non. On retrouve, certes, le racket
systématique des marchés publics, le truquage des appels d’offres
(aussi cette subvention de 200 000 € versée à une société amie
par la municipalité d’Asnières pour organiser un défilé folklorique),
les commissions occultes et dessous-de-table, la taxation illégale
et peut-être même, à en croire les soupçons de
l’ancienne députée de Neuilly Florence d’Harcourt,
des électeurs fictifs... Mais il y a une grande différence
: paradoxalement, le système parisien, destiné à financer
une entreprise de conquête du pouvoir politique d’Etat, et qui
fonctionna au service du néo gaullisme chiraquien, fut géré par
des gens froids, professionnels, pas toujours sympathiques, mais personnellement
honnêtes. Ainsi, le rigoureux et subtil Michel Roussin, Alain Juppé que
personne n’a jamais soupçonné d’être un ripoux,
ou Jérôme Monod, protestant rigide. Dans les Hauts-de-Seine,
en revanche, ce fut réellement le règne des « copains
et des coquins », comme les décrivit Michel Poniatowski, ministre
de l’Intérieur de Giscard d’Estaing, qui englobait, en
outre, certains d’entre eux dans un clan « corse ». Gens
plutôt sympathiques au demeurant, bons vivants, pas gaullistes pour
deux sous, mais représentant la branche libérale-affairiste
du RPR et qui ont entrepris, à partir de la fin des années
60, quand le département explosa sous la poussée des grands
travaux de la Défense, de se partager un énorme fromage ! Florence
d’Harcourt décrit fort bien une mafia clanique toute-puissante,
beaucoup plus préoccupée de défendre, politiquement
et économiquement, son pré carré que de financer une
grande ambition nationale, à l’exception de Pasqua, sur le tard,
lorsqu’il se lança dans l’aventure du RPF. Mais tous les
ennuis de « Charlie » viennent, paradoxalement, de là.
Le juge Philippe Courroye a ainsi signé, le 3 octobre der nier, trois
ordonnances de renvoi accablantes le concernant et qui devraient le conduire
devant la Cour de justice de la République. Pour bien comprendre la
nature et l’ ampleur du futur scandale des Hauts-de-Seine, et prendre
la mesure de l’onde de choc que provoquera l’ explosion de cette
bombe, il faut bien avoir à l’esprit que l’opération
de la Défense et l’ensemble des rénovations et réaménagements
que ce projet suscita alentour, charrièrent les plus colossales sommes
d’argent qui se puissent imaginer. Or, pourquoi la gauche, y compris
la gauche communiste, longtemps bien implantée dans le département,
se montra-t-elle si discrète à l’égard des incroyables
dérives qu’entraîna dans son sillage cette juteuse assiette
au beurre ? Parce que la droite dominante eut l’intelligence de lui
laisser sa part, d’autant que Pasqua, s’il déteste les
socialistes, n’a jamais caché une certaine tendresse à l’égard
des communistes. Et certains élus, en particulier socialiste, furent
purement et simplement... achetés.
Comment on passe de gauche à droite.
A cet égard, les Hauts-de-Seine présentent une particularité intéressante
: la tendance des élus de gauche, particulièrement socialiste, à passer
avec armes et bagages à droite.
Ceccaldi-Raynaud, on l’a dit, fut d’abord adjoint du maire socialiste
de Puteaux, avant de tourner casaque. Pourquoi ça ?
Le maire d’Antony en 1958, Georges Suant, était PSU, il devint centriste
puis RPR. Pourquoi ça ?
Georges Gorse, député-maire de Boulogne, était socialiste,
il vira gaulliste de gauche puis RPR. Pourquoi ça ?
Le maire de Meudon, Henry Wolf, quitta lui aussi le PS et connut la même évolution.
Pourquoi ça ?
Didier Schuller, avant de rejoindre le RPR, était radical de gauche. Pourquoi ça
?
Le secrétaire départemental du PS, Bernard Le Savouroux, fabiusien,
qui permit au maire socialiste de Clichy, Gilles Catoire, de s’imposer,
plus à coups de poing que d’arguments, passa d’un jour à l’autre
au RPR. Pourquoi ça ?
Quant au « charme de Pasqua », il fit des ravages, puisque y succombèrent
Maurice Leroy, communiste, aujourd’hui député UDF, et l’architecte
soixante-huitard Roland Castro, qui, lui, est redevenu communiste. Il est vrai
que la construction du pôle universitaire Léonard de Vinci constitua
un projet fascinant.
La bombe va-t-elle exploser ?
C’est de plus en plus probable. D’abord parce que le départ
programmé de Pasqua peut inciter ses successeurs - ou son successeur - à faire
le ménage, comme le suggère le jeune maire d’Asnières
Manuel Aeschlimann, ami de Nicolas Sarkozy, aidé en cela par l’indépendance
de plus en plus grande des juges. « Sarkozy a l’esprit tranquille,
dit-on dans son entourage, aucune des affaires ne le concerne directement. » Mais
la Chiraquie, elle, confrontée à ses propres turpitudes passées,
peut estimer que, si Sarkozy n’est pas directement concerné, tous
ceux qui le sont, en revanche, jusqu’au cou, comptent parmi ses proches
amis politiques. Encourager une déflagration de diversion qui pourrait
atteindre le camp Sarkozy, les centristes de Bayrou et les pasquaïens peut être
tentant pour les chiraquiens. Et cela aussi est explosif.
Réactions à l'article
:
L’autre bombe dont l’explosion
menace la droite
Le
colleur d’affiche de la campagne électorale de 1971 à Puteaux "Kaced
Salah", ne fut pas poignardé, mais reçut 3 des 11 balles dont
les impacts ont été relevés sur la carosserie de la camionette
où avaient pris place les colleurs des affiches du Sénateur
Dardel.
6 autres colleurs blessés par balles eurent la vie sauve.
Han Tang TU - louyetu@citoyen.com
http://leruisseau.iguane.org/article.php3?id_article=350
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Patrice Saint-Jacques : ![]()
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