STEVAN MARKOVIC
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UNE SORDIDE AFFAIRE POLITIQUE
GREFFÉ SUR UN FAIT DIVERS BANAL
BIOGRAPHIE
« Stevan Markovic »
(né le 10 mai, 1937, mort 1968) à Belgrade, Serbie, était le garde du corps d'Alain Delon. Il a succombé aux ambitions principales après son arrivée à Paris et s'est rapidement levé dans la société élevée, jusqu'à sa mort violente en octobre 1968.
Garde
du corps d'Alain Delon, son corps fut retrouvé dans une décharge
publique de la banlieue parisienne en octobre 1968.
Sa mort sera l'occasion d'une tentative de déstabilisation au plus haut niveau de l'Etat français, avec des accusations à l'encontre du couple Pompidou.
En octobre 1968 fut découvert dans une décharge publique de la banlieue de Paris un cadavre qui, après identification, s'avéra être celui de Stevan Markovic, le garde du corps d'Alain Delon, connu et réputé dans la joyeuse bande de vedettes qui fait les beaux jours de Saint-Tropez.
Les Pompidou ont aussi une villa à Saint-Tropez. La presse à scandales fait des rapprochements hasardeux entre les goûts assez peu conformistes du couple ministériel et les libres habitudes des cinéastes. Pompidou n'a jamais caché son ambition de devenir un jour Président de la République.
Alors la politique intervient, l'affaire Marcovitch commence...
L’affaire
Markovic : une sordide affaire politique greffée sur
un fait divers banal. Dans le village d’Élancourt (Yvelines),
le corps décomposé de Stephan Markovic est trouvé dans
une décharge. Cet ancien garde du corps d’Alain Delon
, d’origine
yougoslave, vivait dans un des apartements de la star du cinéma. La
correspondance privée de Markovic semble impliquer Delon et un truand
corse François Marcantoni.
Le
juge Patard qui mène l’instruction interroge au départ
Delon, et Marcantoni. Puis un évènement fait tout basculer
: une lettre anonyme dans le Figaro implique de hauts fonctionnaires
et d’anciens membres du gouvernement dans des soirées douteuses
organisées par Marcantoni. Puis on apprend qu’un certain
yougoslave nommé Akov, a des révélations à faire.
On est désormais loin du simple fait divers, et l’affaire
devient politique. Le tout Paris ne parle que de l’Affaire Markovic
et les rumeurs s’amplifient, on parle même de photos.
La
rumeur finira par atteindre les oreilles de Georges Pompidou lui-même.
Il en sera profondément meurtri et avouera plus tard qu’il était
proche du désespoir.
Cette affaire ne sera jamais totalement élucidée, mais il est certain que des hommes politiques et membres du gouvernement ont profité de l’affaire criminelle pour y greffer une affaire politique afin d’assassiner la personalité publique des Pompidou. Les fausses déclarations, des témoignages de mythomanes, des photos truquées ont été les outils d’une campagne de salissage. Georges Pompidou sera tout particulièrement touché au plus profond de lui-même par le fait qu’on ait voulu l’attaquer indirectement en impliquant sa femme pour qui il avait énormément d’affection.
Pompidou, lors d’un entretien avec de Gaulle, lui exposera très clairement sa déception face à la réaction des hommes politiques au pouvoir. /"Mon Général, vous savez pourquoi j’ai demandé à vous voir. J’ai trois choses à vous dire : Je connais assez ma femme pour savoir qu’il est impensable qu’elle se trouve mêlée si peu que ce soit à cette affaire. On cherchera peut-être à "me mettre dans le coup". Nulle part on me trouvera. Je n’en dirai pas autant de tous vos ministres. Ni place Vendôme, chez M. Capitant, ni à Matignon, chez M. Couve de Murville, ni à l’Elysée, il n’y a eu la moindre réaction d’homme d’honneur."/ Pompidou affirmera par la suite que de Gaulle ne semblait pas satisfait de lui-même en le quittant. L’affaire aura eu une conséquence durable : une rupture personelle entre Pompidou et de Gaulle.
En 1969, quand Georges Pompidou accède à la présidence, il demande le départ de Jean-Charles Marchiani du SDECE : il le tient comme responsable de la création et de la diffusion de photos truquées. Vingt ans après la mort de Pompidou, Charles Pasqua nommera Marchiani préfet ...

Page d’origine : www.reseauvoltaire.net/article6800.html
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Biographie
de Stephan MARKOVIC
LES JOURNAUX DE L'EPOQUE


Après 36 heres de garde à vue, Alain Delon sort libre et nie avoir été l'objet d'un chantage. Avant d'être assassiné, Stevan Markovic se préparait à éditer ses mémoires. Rédigés sur trois carnets, un noir et deux verts, ils étaient intitulés "le scandale mondain".
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RAPPORT DE LA COMMISSION D’ENQUETE SUR LES ACTIVITÉS DU SERVlCE D'ACTION CIVIQUE.
LA VÉRITÉ SUR LES SOIT-DISANTES
"PARTOUZES"
DE Mme POMPIDOU
"On avait identifié la personne qui avait été photographiée pendant la "partouze" : c'était la femme d'un haut fonctionnaire qui a reconnu spontanément avoir participé à cette partie, et qui ressemblait effectivement un peu à Mme Pompidou.
(lire le rapport de la commission d'enquête ci-dessous)
ASSEMBLÉE NATIONALE
CONSTITUTION du 4 OCTOBRE 1958
Septième législature
SECONDE SESSION ORDINAIRE DE 1981-1982
Rapport 955 remis à M le Président de l’Assemblée Nationalle le 17juin 1982 Dépôtpublié au Journal Officiel le 18 juin 1982
RAPPORT
DE LA COMMISSION D’ENQUETESUR LES ACTIVITÉS DU SERVlCE D'ACTION CIVIQUE.
Président
M .ALAIN HAUTECOEUR
Rapporteur M Louis ODRU
(1) Cette commission est composée de : MM Alain. Hautecœur ;
Président, François Massot, vice Président ; Alain Vivien, Secrétaire ; Louis Odru, Rapporteur. MM. Jean-Pierre Balligand, Pierre Bourguignon, Maurice Briand, Bertrand Delanoe, Jean-Pierre Destrade, René Drouin (1), Gilbert Gantier, Edmond Garcin, Gerard Gouzes, Yves Lancien, Marc Lauriol, François Loncle, Alain Madelin., Mme Paulette Nevoux, MM Jean.Tibéri, Georges Tranchant, Claude Wolff.
(1)Depuis le 22 janvier 1982 en remplacement de Mme Françoise Gaspard,
Audition de M. Pierre LEMARCHAND, ancien responsable de la lutte contre I'O.A.S.
(Extrait du procès-verbal de la deuxième séance du mercredi 10 mars l 982) .
Présidence de M. Alain Hautecoeur. président.
M. Pierre L EMARCHAND est introduit.
M. le Président lui rappelle que les dispositions législatives relatives aux commissions d’enquête lui ont été communiquées. A l'invitation du Président.
M. Pierre LEMARCHAND prête serment de dire toute la vérité. rien que la vérité.
M. le Président: Monsieur LEMARCHAND, je suis heureux d'avoir en face de moi le personnage presque mythique que vous êtes. Au cours des auditions auxquelles la Commission a procédé pour connaître des activités du SAC. votre nom a souvent été prononcé, notamment pour la période de lutte contre I'OAS, période difficile, où il fallait être courageux et où le souci de l'efficacité était certainement primordial. Nous allons procéder de la façon habituelle; vous nous direz ce que vous savez ou ce que vous avez envie de dire de cette organisation, Ie SAC, puis vous aurez l'amabilité de répondre à nos questions
M. LEMARCHAND : C'est tout simple. Sur le SAC. je n'ai rien à dire. car je n'ai jamais fait partie de cette organisation, ni comme militant. ni comme dirigeant. Mon action contre I'OAS n'avait rien à voir avec le SAC. Je l'ai menée au Rocher noir dans le cadre du M.P.C., le Mouvement pour la Coopération. Les gens du SAC ne sont jamais intervenus en Algérie. Si certains d'entre eux ont pu figurer parmi les 300 hommes qui ont participé à la lutte contre I'OAS. leur proportion n'a pas dépassé 2 ou 3 %. Je ne peux donc rien vous dire, sauf que j'étais très ami avec les dirigeants du SAC de l'époque, M . Comiti et M . Foccart .
Mais quant à moi, je n'ai jamais participé aux activités du SAC. Pour ce que j'ai fait en Algérie je suis prêt à en répondre devant telle commission parlementaire qui serais constituée pour quêter sur les conditions de la lutte anti-OAS.
Des 300 que nous étions. un sur trois a été tué. Je n'ai pas de compte à rendre.
D'ailleurs en fait de démocratie quand on amnistie les gens de I'OAS. mais pas ceux qui ont lutté contre elle...
M. le Président : Personne ne vous demande de rendre des comptes.
M. Pierre LEMARCHAND: A Alger. les gaullistes étaient bien seuls. ils n'étaient
soutenus que par FO. Quant à la CGT, elle est restée passive. comme d'ailleurs l'ensemble des formations politiques.
M. le Rapporteur : Il n'y avait pas de CGT en Algérie.
M. LEMARCHAND : Mais si. Je peux même vous citer des noms.
M. le Président : Une des choses que la commission a appris, c'est que, contrairement à ce que l'on disait le SAC n'a aucunement participé à la lutte contre I'O.A.S.
M. LEMARCHAND : Il y a eu des tentatives d'implantation en Algérie faites
directement par M. Foccart qui avait notamment envoyé en Algérie, Porte, compagnon de la Libération, assassiné trois jours après son arrivée. Mais je peux vous garantir qu'en Algérie le SAC n'a jamais eu d'activité. Je ne veux pas dire du mal du SAC, ses membres ont été mes compagnons de lutte politique, mais jamais. jamais. en quelque façon que ce soit, il n'a participé à la lutte contre I'OAS, en Algérie. Et personnellement, je n'ai jamais eu d'activités en Métropole. Il y a eu une association politique qui a essayé de faire ce que nous avons fait : l'association pour le soutien du Général de Gaulle, avec Pernot.
M. le Président : Votre témoignage, qui est de poids, confirme ce que la Commission avait appris. Mais alors. comment expliquez-vous que soit née cette légende d'une participation du SAC à la lutte anti-OAS ?
M. Pierre LEMARCHAND : Je ne sais pas.
M. le Président : Et comment expliquez-vous.. .
M. Pierre LEMARCHAND : Que le SAC n'ait pas participé à cette lutte ?
M. le Président : Oui.
M. Pierre LEMARCHAND : C'est tout simple. En 1958-1959, le SAC était animé par M. Debizet qui, après le discours du Général sur l'autodétermination, s'est dressé contre lui allant jusqu'à écrire dans un tract diffusé aux adhérents du SAC que le Général finirait dans les fosses de Vincennes. A partir de ce moment-là, quand on a décidé de faire quelque chose contre I'OAS on s'est complètement séparé du SAC.
De nombreux membres de cette organisation ont démissionné. On ne connaissait pas le sentiment véritable de ceux qui restaient. Ils n'étaient pas sûrs, et nous craignions, en recourant à eux, de favoriser un noyautage par les gens de I'OAS. Les gens du SAC sont incontestablement des gaullistes. Ils l'ont prouvé, notamment M. Comiti. Mais ils avaient de la France une conception absolue et même M. Comiti, qui se serait fait tuer pour le Général, n'a en fait jamais très bien compris pourquoi on avait abandonné l'Algérie,
M. le Président : Cette réaction pouvait à la rigueur se comprendre au début. mais...
M. Pierre LEMARCHAND : Mon intervention n'a duré qu'un an, d'avril 61 à avril 62.
M. le Président ; Et la lutte contre I'OAS en métropole ?
M. Pierre LEMARCHAND : Je ne m'en suis pas occupé.
M. le Président : Les gens du SAC n'approuvaient pas les idées du Général. soit. Mais à partir du moment où I'OAS a pris l'ampleur que l'on sait. Ieur attitude est difficile à comprendre.
M. Pierre LEMARCHAND : Il y a bien des ministres qui ont participé à des attentats contre le Général de Gaulle. L'un deux est même devenu Président de la République.
M. le Président : Comment expliquer le retour de M. Debizet en 1969 ?
M. Pierre LEMARCHAND : C'était après le départ du Général. Et puis, entre-temps, il y avait eu 68. Le recrutement du SAC avait alors complètement changé. Avec M. Debizet j’étais en désaccord politique complet. Je ne lui adressais plus la parole depuis 61-62. Mais il a vraiment essayé de purifier le SAC. Je l'ai connu au RPF. C'est un hommes de droite, bien sûr. mais tous ne sont pas à clouer au pilori et ça m'a fait un peu de peine de le voir arrêté dans une affaire crapuleuse, car ce n'est vraiment pas son genre.
M. le Président : Mais pourquoi a-t-il été obligé de procéder à cette épuration ?
M. Pierre LEMARCHAND : Vous verrez, au cas où la gauche resterait dix ans au pouvoir, si des éléments indésirables ne s'infiltreront pas dans les rangs des services d'ordre socialiste et communiste. C'est l'attrait du pouvoir. Quand des militants rendent des services on ne leur demande pas forcément leur casier judiciaire. Sous la IVème République, Vincent Auriol, René Coty qui était l'honnêteté même, ont eu recours à Jo Attia, personnage peu recommandable pour certaines missions.
M. le Président : Les responsables du SAC ont affirmé que les membres les plus douteux de l'association avaient adhéré lors des luttes conte I'OAS.
M. Pierre LEMARCHAND : C'est faux pour l'Algérie et, je crois, aussi pour la métropole où la lutte contre I'OAS n'a pas été menée par le SAC, mais par M . Ponchardier, en liaison avec des policiers, M. Jean Caille à la Préfecture de Police et M. Honoré Gévaudan à la Sûreté nationale.
M. le Président : La police officielle était si peu sûre que cela ?
M. Pierre LEMARCHAND : Oui . Absolument. En Algérie tous les policiers étaient OAS. C'est pourquoi il a fallu en faire venir de la métropole. Personne ne voulait prendre la tête de la mission et il a fallu que ce soit le directeur général de la PJ lui-même, M. Michel Hacq, qui aille à Alger.
M. le Président : Nous avons entendu un responsable de la police de Rocher noir nous dire que les barbouzes, c'était une légende et qu'en tout cas. ils avaient été tout a fait inefficaces .
M. Pierre LEMARCHAND ; A chacun son point de vue. l'histoire tranchera. En tout cas, dans le livre qu'il a écrit sur I'OAS et la guerre d'Algérie, Susini a bien dit que I'OAS avait été fichue en l'air par les barbouzes !
M. le Président : Vous étiez 300?
M. Pierre LEMARCHAND : A peu près. Ils étaient venus de la métropole. Je les avais recrutés moi-même parmi d'anciens résistants et d'anciens RPF.
M. le Président : Vous aviez un fichier ?
M. Pierre LEMARCHAND : Non. Mais je les connaissais : en 1947, à vingt ans, j'étais le plus jeune responsable politique du RPF, je m'occupais du ce secteur de Paris.
M. le Président : On a dit que la mission avait été recrutée dans les milieux interlopes.
M. Pierre LEMARCHAND : Ce n'est pas vrai ! Cent ont été tués. prenez connaissance de leur identité. Vous verrez qu'ils n'avaient pas de casier judiciaire. D'ailleurs. si je vous parle de l'Algérie, c'est par courtoisie ; mais le SAC n'a rien a voir la-dedans.
M. Alain VIVIEN : Parmi les personnalités que nous avons interrogées, certaines ont porté des accusations contre le comportement de votre mission.
M. Pierre LEMARCHAND : Confrontez-nous. Et si vous voulez en savoir plus sur les activités anti-O.A.S.. créez une commission d'enquête !
M. Alain VIVIEN : Ne vous énervez pas. Personne ici ne vous reproche vos activités en Algérie.
M. Pierre LEMARCHAND : Les cent qui ont été tués étaient tout de même mes amis.
M. Alain VIVIEN : On a dit que parmi les gens recrutés pour lutter contre I'OAS en Algérie, il y avait des activistes du SAC,
M. Pierre LEMARCHAND ; C'est faux.
M. Alain VIVIEN : Vous avez parlé d'anciens résistants et d'anciens du RPF ; mais d'autres nous ont dit qu'on avait aussi recruté en fonction de la technicité des intéressés ?
M. Pierre LEMARCHAND : C'est faux.
M. Alain VIVIEN : Est-il vrai que parmi ceux qui ont combattu à EI Biar il y avait Jim Al Cheick ?
M. Pierre LEMARCHAND : Oui . C'était un cas spécial , Il n'était ni un gaulliste, ni un ancien résistant. Je l'ai connu par un autre judoka gaulliste. Il était un ancien militant de la Main Rouge en Tunisie. Il est venu me voir en me disant qu'il voulait aider le Général pour que ne se réédite pas en Algérie ce qui avait été fait en Tunisie. Son honnêteté politique m'ayant été garantie par des gaullistes, je l'ai donc recruté et il a joué un rôle tout a fait exceptionnel. Je certifie qu'il ne s'est rendu coupable d'aucune exaction.
M. Alain VIVIEN : Je connais sa famille : je crois que ce que vous dites est exact .
M. Pierre LEMARCHAND : Je n 'ai rien a cacher, Je suis fier d'avoir participé à l'épopée gaulliste. Je n'attache aucune importance au fait d'avoir été couvert de boue par les journalistes. Peu ont eu comme moi le privilège d'être attaqué à la fois par l'Humanité" et par "Minute" !
M. le Président ; N 'est-ce pas "Minute" qui est à l 'origine de la légende selon laquelle le SAC aurait joué un rôle dans la lutte contre I'OAS ?
M. Pierre LEMARCHAND : J'en suis persuadé. J'ai eu beaucoup plus à me plaindre de l'extrême-droite que des autres tendances politiques. Je la déteste ! pétainiste ou OAS, c'était toujours la même clique. Cela étant. il y avait aussi des patriotes dans I'OAS. J 'y avais même des amis. Dans tous les mouvements politiques il y a des déchirements dramatiques, sauf peut-être chez les communistes !
M. le Président ; Il y a en effet des périodes de déchirement.
M. Pierre LEMARCHAND : Même les mouvements de gauche n'y échappent pas. Quant aux gaullistes, ils ne peuvent pas être d'extrême-droite ; on l'a toujours eue contre nous. Mais cela ne veut pas dire que les gaullistes ont pavoisé lorsque la France a perdu l'Algérie.
M. le Rapporteur : Puisque le SAC avait pour objectif d'aider le général de Gaulle, compte tenu du fait que son président. Paul Comiti. faisait partie de l'entourage du Général et que son père spirituel était M. Foccart, pourquoi n'y avez-vous pas milité vous-même ?
M. Pierre LEMARCHAND : 99% des gaullistes n'ont pas milité au S.A.C. : ils estimaient avoir autre chose à faire que de tenir des réunions publiques ou de coller des affiches !
M. le Rapporteur : Selon vous, le SAC se serait contenté de coller des affiches ?
M. Pierre LEMARCHAND : Qu'a-t-il fait d'autre en métropole ? Il est vrai que ce n'est pas à moi de poser des questions. (Sourires).
M. le Rapporteur : En tout cas. il n'a pas défendu le général de Gaulle en 1962. pas plus qu'il n'a protégé son intégrité physique au moment des attentats ourdis contre lui.
M. Pierre LEMARCHAND : Le ministre dont j'ai parlé tout à l'heure n'appartenait pas au SAC.
M. le Rapporteur : Vous nous avez en effet dit que certains attentats contre le général de Gaulle avaient été commis avec l'appui, ou l'accord, ou la complicité - je ne me rappelle plus le terme exact - de ministres parmi lesquels un est devenu Président de la République.
M. Pierre LEMARCHAND : Il n'était pas membre du SAC. Cela n'a rien à voir.
M. le Rapporteur : Je m'en doute. Comment expliquez-vous que les obsèques des vingt tués qui se sont déroulées dans le Val-de-Marne n'aient fait l'objet d'aucune publicité ? Il s'agissait tout de même de gens qui s'étaient battus pour la politique du Général.
M. Pierre LEMARCHAND : Je ne sais pas mais je n'ai aucune sympathie pour Jo Attia, dans la mesure où il a participé à l'attentat contre Lemaigre-Dubreuil.
M. le Rapporteur : J 'ai sous les yeux le livre "Aux ordres du SAC " de Lecavelier...
M. Pierre LEMARCHAND : Lecavelier était un des "amis" de M.Paul Roux qui le manipulait et que le gouvernement vient de nommer responsable des R.G. On s'allie quelques fois avec des gens bien loin de vous !
M. le Rapporteur : Lecavelier dit que I'ETEC. . .
M. Pierre LEMARCHAND : L'ETEC n'a rien à voir avec le SAC.
M. le Président : Comment savez-vous que Lecavelier était manipulé par Roux ?
M. Pierre LEMARCHAND : J'ai vu Lecavelier trois fois dans ma vie et il m'a dit : je suis un grand ami de M . Roux. L'affaire de I'ETEC a été montée de toutes pièces par un ministre de l'Intérieur très malin, M. Marcellin. pour nuire à N. . . et à Lemarchand, bref à des gaullistes qui voulaient démontrer que l'affaire Markovic avait été montée par lui et non pas par Capitant.
M. le Président : Pour nuire à N. .. ? Mais N... n'a pas été mêlé à l'affaire de I'ETEC.
M. Pierre LEMARCHAND : Je veux bien. Si vous le dites, c'est que c'est vrai !
M. Pierre BOURGUIGNON : Donc, c'est N. .. et vous-même qui étiez visés ?
M. Pierre LEMARCHAND : Vous enquêtez sur le SAC. Je vous assure que les gens de I'ETEC n'ont rien à voir avec le SAC. Ils n'ont jamais été membres du SAC.
M. le Président : Lascorz a pourtant été responsable du SAC.
M. Pierre LEMARCHAND : Ce n'est pas vrai. Il a même été inculpé de faux à propos d'une carte du SAC. à la suite d'une plainte déposée par le SAC et instruite par M. Ferré, juge d'instruction à Paris.
M. le Président : Et Lecavelier ?
M. Pierre LEMARCHAND : A ma connaissance, il ne faisait pas partie de I'ETEC.
M. le Président : Mais si, il a même été condamné.
M. Pierre LEMARCHAND : A la réflexion, il vrai qu'un membre de I'ETEC a fait partie du SAC : Courbet.
M. le Rapporteur : Avec Lecavelier, ça fait deux. Dans son livre, Lecavelier dit que Lascorz a été chapeauté par vous.
M. Pierre LEMARCHAND : C'est Faux.
M. le Rapporteur : La composition de I'ETEC montre qu'elle était une émanation du SAC.
M. Pierre LEMARCHAND : Croyez-le si ça vous fait plaisir, mais c'est ridicule.
M. le Rapporteur : C'est l'évidence.
M. Pierre LEMARCHAND : Vous vous trompez. Reportez-vous au dossier de l'instruction qui été ouverte sur la plainte déposée par M. Debizet contre Lascorz pour faux et usage de faux et qui s'est terminée par un non-lieu. Vous serez éclairé sur I'ETEC et le SAC. J'ai expliqué que les cartes en question ne correspondaient pas aux cartes du SAC.
M. Pierre BOURGUIGNON : Il ressort des auditions auxquelles nous avons procédé qu'il y a eu plusieurs SAC.
M. Pierre LEMARCHAND : C'est préciseront pour cela que Lascorz a bénéficié d'un non-lieu. Il y avait un vrai SAC et un faux SAC, que j'ai connu en tant qu'avocat. Ce que vous me dites est juste, mais je ne peux pas répondre. Je suis lié par le secret professionnel. Faites-vous communiquer le dossier de l'affaire auprès du juge d'instruction, M. Ferré. Vous avez raison. Il y avait un vrai et un faux SAC,
M. Pierre BOURGUIGNON : Ne parlons plus du faux SAC-ETEC. ..
M. Pierre LEMARCHAND : Voilà. Je vois que vous êtes au courant.
M. Pierre BOURGUIGNON : Selon vous, d'autres gens ne se seraient-ils pas regroupés sous d'autres couvertures ? Je vous demande votre avis de citoyen.
M. Pierre LEMARCHAND : Je n'en sais absolument rien. Je sais seulement que le SAC était une sorte de confédération dans laquelle les SAC régionaux jouissaient d'une très grande autonomie.
M. Pierre BOURGUIGNON : Pendant quelle période ? de 1961 à 1969 ?
M. Pierre LEMARCHAND : C'est cela. Selon moi, le retour de Debizet a eu pour objet de centraliser le SAC. C'est du moins ce que j'ai entendu dire.
M. Pierre BOURGUIGNON : Ayant été responsable politique d'une section du R.P.F. à Paris, vous y avez connu Debizet et vous étiez ensemble autour de Biaggi.
M. Pierre LEMARCHAND : J'ignorais qu'il y était. Personnellement, je souhaitais ardemment le retour du Général au pouvoir. J'ai participé à toutes les tentatives de déstabilisation de la IVe République et je ne m'en cache pas. J'ai manifesté pour les bouilleurs de cru, pour le pécule des prisonniers de guerre, j'ai fait partie de "Biaggi" et de bien d'autres mouvements, c'est vrai. Je me suis même fait rappeler en 1956 en Algérie pour essayer de faire quelque chose pour le général.
M. Pierre BOURGUIGNON : On s'accorde à dire que, bien que n'ayant pas sa carte du SAC, Foccart y a joué un rôle important.
M. Pierre LEMARCHAND : Je le pense. Bien que je ne le connaisse pas beaucoup, je considère que Foccart est un homme assez exceptionnel, notamment pour ce qu'il a fait en Afrique noire.
M. Pierre BOURGUIGNON : Vous n'étiez pas au SAC de 1959 à 1961 , mais vous l'avez un peu connu durant cette période.
M. Pierre LEMARCHAND : Pas tellement,
M. Pierre BOURGUIGNON : Le SAC était pourtant la continuation du service d'ordre du R.P.F. ?
M. Pierre LEMARCHAND : Vraisemblablement. Pourtant beaucoup de responsables de ce service d'ordre n'en faisaient pas partie. Je pense notamment à Ponchardier qui était le patron du service d'ordre du R.P.F. et qui n'a pas dû faire partie du SAC.
M. Pierre BOURGUIGNON : Il a été le créateur du SAC !
M. Pierre LEMARCHAND : Je ne crois pas. Aussi étonnant que cela puisse paraître. je ne faisais pas partie du service d'ordre du RPF
M. Pierre BOURGUIGNON : Donc vous n'avez pas tellement connu le SAC de 1959 à 1961 ?
M. Pierre LEMARCHAND : Je ne connaissais rien a l'organisation de l'association, mais j'en connaissais personnellement tous les responsables : le gaullisme est une famille.
M. le Président : Comment se fait-il alors que vous n'ayez pas adhéré au SAC ? Est-ce quelque chose vous y gênait ?
M. Pierre LEMARCHAND : Je ne voyais pas pourquoi il aurait fallu jouer au soldat de 1958 a 1961 . Pour moi, le militantisme s'arrêtait le jour de l'arrivée du général de Gaulle au pouvoir. Apres avoir été battu aux élections en I 958, alors que je m'étais présenté contre un U.N. R. qui ne me plaisait pas, je ne me suis plus occupé de politique jusqu'au printemps 1961 . A cette date, un de mes amis qui habitait l'Algérie et avait été responsable du service d'ordre, lorsque j'étais moi-même responsable politique de la Ille section de Paris, est venu me voir, alors que je pêchais à la ligne dans le Canal de Briare et m'a dit que je ne pouvais rester sans agir alors que nous étions au bord de la guerre civile. Il m'a invité à créer une organisation pour défendre les idées du général en Algérie. C'est ainsi que j'ai abouti au M.P.C. Mais. de 1958 a 1961, je n'ai exercé aucune activité militante ni politique.
M. Pierre BOURGUIGNON : Pourquoi, à votre avis, l'extrême-droite a-t-elle déversé des tombereaux d'ordures sur vous ?
M. Pierre LEMARCHAND : Ils voulaient évidemment, à travers ma modeste personne, atteindre le général.
M. Pierre BOURGUIGNON : Pourquoi cela a-t-il continué depuis ?
M. Pierre LEMARCHAND : Je n'en sais rien et je m'en fous ! D'ailleurs cela s'est pratiquement arrêté au départ du général. Il y a simplement eu récemment l'article de Tillier auquel vous faites sans doute allusion. Il est parfaitement ridicule. Il prétend que j'avais un réseau de magistrats à ma botte pour des grâces médicales. C'est facile à contrôler. Vous verrez à la Chancellerie qu'aucun de mes clients n'a bénéficié d'une grâce médicale. Même le parti communiste doit pouvoir contrôler cela. Je ferai une confidence au représentant du parti communiste. Lorsque j'ai été radié par le Conseil de l'Ordre des avocats pour avoir caché à la justice ce que j'avais dit à la police sur I’affaire Ben Barka, le général demanda à Capitant de déposer un amendement à une loi d'amnistie pour permettre d'effacer ma sanction disciplinaire. L'UNR vota naturellement pour cet amendement, mais il ne fut pas adopté, parce que Giscard fit voter contre. Il manquait 9 voix. A ce propos, M. Ballanger alla trouver M. Rey, alors président du groupe UNR. pour lui dire que Lemarchand était innocent et que c'était un brave type. mais que l'Assemblée Nationale c'était de la politique : il était donc exclu que le PC vote pour cet amendement.
M. le Rapporteur : Confidence pour confidence, je ne suis pas ici le représentant du parti communiste, mais le rapporteur de la commission d'enquête ; quant à Robert Ballanger, qui était un ami personnel et dont je suivais les affaires, il ne m'a jamais rien dit de tel.
M. Pierre LEMARCHAND : Il l'a dit à Rey.
M. le Rapporteur : Rey est mort, Ballanger est mort...
M. Pierre LEMARCHAND : Vous faites trop de zèle ; d'autres encore l'ont entendu, des vivants.
M. le Président : Puis-je vous rappeler. Monsieur Lemarchand, que M. Odru est le rapporteur de la commission ?
M. Pierre LEMARCHAND : Quand j'étais rapporteur, je ne cessais pas pour autant d'être à l' UNR.
M. Pierre BOURGUIGNON : A votre avis, des gens du SAC ont-ils pu participer à des opérations montées hors de France et par le SDECE ?
M. Pierre LEMARCHAND : Je ne crois vraiment pas les gens du SAC capables de monter ce genre d'opération. Autour du SAC est née une légende. Les gens du SAC, dont Comiti est un bon exemple, sont des soldats qui prennent et donnent des coups, un point c'est tout. Debizet fait exception. Lui, il a des idées. Il se détermine en fonction de sa propre philosophie. Les autres, non. Ce sont des fidèles.
M. Pierre BOURGUIGNON : Des gens du SAC n'ont-ils pas été mêlés à certaines histoires...
M. Pierre LEMARCHAND : Argoud ?
M. Pierre BOURGUIGNON : Notamment.
M. Pierre LEMARCHAND : Ca ne tient pas debout. Vous avez supprimé la sécurité militaire.. .
M. le Président : Par qui Algoud a-t-il été enlevé ?
M. Pierre LEMARCHAND : Argoud a été enlevé par des gendarmes.
M. le Président : On a parlé d'Attia.
M. Pierre LEMARCHAND : Je vous dis qu'il a été enlevé par des gendarmes. Si je ne suis pas gâteux, dans 20 ou 30 ans, j'écrirais mes mémoires et vous verrez que c'étaient des gendarmes.
M. le Président : Comment le savez-vous ?
M. Pierre LEMARCHAND : Parce qu'on me l'a dit (sourires).
Voilà, c'est tout simple : Georges Bidault était tombé amoureux fou d'une très belle allemande qui était manipulée par nous, Mouvement pour la coopération. Par elle, nous apprenons qu'une série d'attentats contre le général de Gaulle était en préparation et qu'ils finiraient biens un jour, par réussir. Nous en sommes émus, nous en parlons au général qui ne veut rien savoir. Mais quelqu'un, qui d'ailleurs est devenu ministre et dont je tairai le nom parce que c'est trop frais. suggère d'enlever Argoud, car c'était le seul dirigeant de I'OAS qui n'était pas un farfelu. Argoud, je l'ai connu en Algérie en 1956, C'est un vrai fasciste, le seul type dangereux qu'il y ait eu en France ces dernières années. Simple sergent à Larba. On avait réussi, sans exaction, à réduire de moitié le nombre des attentats. Argoud nous succède. Les attentats reprennent. Pour les faire cesser, il prend au hasard une vingtaine de jeunes Arabes. les fait exécuter et les expose en plein soleil sur la place principale pendant huit jours. C'est cela Argoud. Il ne faut pas rêver. C'est un danger public. Nous décidons donc d'enlever Argoud. car, si on l'avait tué, le général n'aurait pas pardonné. L'enlèvement a d'ailleurs eu lieu avec l'assentiment des autorités allemandes et, je le répète, il a été arrêté par des gendarmes et ramené dans une estafette de la gendarmerie. Sinon comment expliquerait-on qu'il ait pu facilement passer la frontière ?
M. le Président : Pourquoi ça ne s'est jamais su ?
M. Pierre LEMARCHAND ; Parce que les gaullistes sont des gens qui ne parlent pas et qui ne veulent pas mettre en cause les services officiels. Si les barbouzes ont été créées. c'est afin de ne pas susciter de clans dans la police.
M. le Président ; Comment cela ?
M. Pierre LEMARCHAND : On aurait pu trouver 100 à l 50 policiers pour partir en Algérie, mais à l'évidence, ces gens là auraient, par la suite, bénéficié d'un avancement particulièrement rapide, ce que n'auraient pas accepté les autres 10 000 à 20 000 policiers français. C'eût été la fin de la police française.
M. le Président : Et les 200 policiers de la mission C ?
M. LEMARCHAND : Ils jouaient aux cartes dans leur chambre, vous le savez bien. Il y en avait dix d'efficaces, c'est tout.
M. le Président : Ce n'est pas ce que nous a dit M . Verger.
M. Pierre LEMARGHAND : Il a de l'audace ! C'est lui qui avec Vieillecaze a insisté pour que le MPC se transforme en police et non en parti politique.
M. le Président : Et Morin ?
M. Pierre LEMARCHAND : Il faut voir aussi la vie que menaient ces gens-là, murés au Rocher noir, sous la garde de harkis et non de soldats français parce qu'ils se méfiaient de leurs fonctionnaires.
M. le Rapporteur : Et l'exécution du colonel Petitjean, vous en avez entendu parler ?
M. Pierre LEMARCHAND : Ce n'était pas un ingénieur ?
M. Pierre BOURGUIGNON : Si, qui a été enlevé à Alger et dont la voiture, après son exécution par les barbouzes, a été retrouvée. Son numéro avait été relevé. Elle était utilisée par des gens du Rocher noir.
M. Pleure LEMARCHAND : Ce n'est pas possible. Si c'était vrai, le premier soin de ceux qui avaient pris la voiture aurait été d'en changer le numéro. Des cartes grises, nous n'en manquions pas. On piquait les voitures et on changeait les numéros.
M. Pierre BOURGUIGNON : A votre avis, est-ce que des gens du SAC ont été mêlés à la mise en cause de Mme Pompidou dans l'affaire Markovic ?
M. Pierre LEMARCHAND : Non. Je peux vous garantir que non. Le Général m'avait fait demander d'enquêter sur cette affaire. Elle a été montée de toutes pièces par M. Marcellin, contrairement à ce que les Français croient. Marcellin a cru que le Général voulait la perte de Pompidou et il a tout fait pour compromettre celui-ci.
M. le Président : Pourquoi alors, après son élection, Pompidou a-l-il gardé M. Marcellin ?
M. Pierre LEMARCHAND : Grâce à Mme Garaud. Voici ce qui s'est passé. Je le sais car quand on s'est aperçu que l'affaire était montée de toutes pièces, on m'a demandé de me renseigner et de faire quelque chose. Il se trouvait que le premier à avoir mis en cause Mme Pompidou était un certain Akow, emprisonné à Fresnes pour vol de voiture. Il avait pour avocat - c'était un hasard - mon ancien patron de stage Hug. dont un ami, Me Ceccaldi, n'aimait pas Pompidou et a cherché à utiliser contre lui Akow, probablement pour le compte de Giscard. Akow écrivit au juge d'instruction de Versailles pour lui dire qu'il avait des révélations à apporter dans l'affaire Markovic. On désigna pour l'entendre un officier de police judiciaire, Manceau, un gaulliste acharné que je connaissais, Akow lui raconta des histoires abominables sur Mme Pompidou. Manceau lui conseilla de prouver ce qu'il disait, car Pompidou était homme à lui faire payer des calomnies très cher. Manceau avait pris note des propos d'Akow, lequel, au moment de la rédaction du procès-verbal, affirma qu'il venait de mentir et se contenta d'une déclaration officielle anodine. Lorsqu'il rentra au SRPJ de la rue du faubourg Saint-Honoré, Manceau alla trouver son patron, qui était à l'époque Samson, pour lui raconter l'audition. Après quoi, il prit quelques jours de congé, car, vous le savez, les policiers ont toujours des jours à récupérer . . .
M. le Président : On connaît.
M. Pierre LEMARCHAND : A son retour, Manceau fut pris de panique : le tiroir de son bureau avait été forcé et les notes manuscrites qu'il avait prises pendant I 'interrogatoire d'Akow avaient disparu. Il se précipita chez son patron qui lui dit : "Ne vous affolez pas . C'est moi qui ai forcé votre tiroir : mon ministre voulait communication de ces notes manuscrites". Ainsi, celles-ci ont été transmises officiellement par la PJ au juge d'instruction, ce qui explique les remous autour de l'affaire Pompidou-Markovic, lequel Markovic a été tué peu avant le départ du Général. Pour ma part. j'avais exprimé la conviction que Mme Pompidou était totalement innocente et qu'on avait monté une cabale contre elle. Mon idée était d'autant plus fondée qu'entre-temps on avait identifié la personne qui avait été photographiée pendant la "partouze" : c'était la femme d'un haut fonctionnaire qui a reconnu spontanément avoir participé à cette partie, et qui ressemblait effectivement un peu à Mme Pompidou. Lorsque j'ai su la façon dont M. Marcellin avait agi, je me suis demandé quel jeu il jouait. Quant au Général, il avait compris ce qui s'était passé et était persuadé que les Pompidou n'avaient rien à voir dans cette affaire. L'instruction a suivi son cours, le Général a démissionné, Pompidou a été élu. A ce moment, Mme Garaud - je ne sais pourquoi - a pris fait et cause pour M. Marcellin et avec son intelligence diabolique. a persuadé tout le monde que les gaullistes qui, comme moi, s'étaient occupés de l'affaire Markovic avaient voulu démolir Pompidou. C'est pourquoi j'ai été, comme beaucoup de gaullistes, fâché avec Pompidou. Ce dernier ne comprenait cependant pas très bien, et il a demandé à M. Marcellin de faire reprendre l'enquête à zéro par N... Dans la journée. N.. a été remplacé par Chaix, qui auparavant faisait partie du cabinet de M. Marcellin : l'enquête n'a rien donné. Un an ou six mois après, l'affaire de I'ETEC éclatait.
M. le Président : Qu'attendez-vous pour écrire vos mémoires ?
M. Pierre LEMARCHAND : Vous êtes tenu au secret . Si je les écrivais maintenant, ça ferait de la publicité au parti socialiste. et je n'y tiens pas (Rires).
M. François LONCLE : Selon vous, M. Marcellin faisait du zèle au profit du Général ou il travaillait déjà pour Giscard d'Estaing ?
M. Pierre LEMARCHAND : Il travaillait pour Giscard d'Estaing. Vous savez qui était présent le jour de la fondation du parti des Républicains indépendants ? De Broglie, Giscard d'Estaing. Marcellin, d'Ornano et... Lascorz !
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Depuis 1969, à chaque élection présidentielle
son "coup fourré"
Aucune course à l’Elysée ne s’est tenue à l’écart des scandales, depuis la succession du général de Gaulle. Morceaux choisis.
1969, l’affaire Markovic.
Le 1er octobre 1968, on découvre dans une décharge publique près d’Elancourt (Yvelines) le corps ligoté par un sac de jute d’un Yougoslave, Stevan Markovic. Le crâne de l’ancien garde du corps de l’acteur Alain Delon est percé d’une balle. L’enquête piétine, les rumeurs se multiplient. Le bruit court d’un règlement de comptes sur fond d’affaire de moeurs impliquant gens du spectacle et personnalités politiques. Un montage photo met en cause l’épouse de Georges Pompidou. En dépit de ce qui apparaîtra comme une machination, l’ancien premier ministre du général de Gaulle - à qui il tiendra rigueur de ne pas avoir défendu son honneur - est élu président, le 15 juin 1969.
1972, la feuille d’impôt de Chaban.
En janvier 1972, Le Canard enchaîné publie la feuille d’impôt de Jacques Chaban-Delmas, et révèle qu’il n’a pas versé un centime au titre de l’impôt sur le revenu de 1967 à 1970, période au cours de laquelle il a été président de l’Assemblée nationale, puis premier ministre. Chaban avait bénéficié d’un mécanisme légal, celui de l’avoir fiscal, institué en 1965. Mais l’effet politique est considérable. Les révélations du Canard contribueront, deux ans plus tard, à miner sa candidature à l’élection présidentielle.
1979, les diamants de Giscard.
Le 10 octobre 1979, Le Canard enchaîné publie le fac-similé d’une commande de l’empereur de Centrafrique, Bokassa, datant de 1973, pour une plaquette de diamants de 30 carats destinée à Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des finances. Interpellé par la presse, ainsi que par l’opposition, "VGE" refuse de répondre. Le 27 novembre, lors d’un entretien télévisé, Giscard oppose un "démenti catégorique" et, précise-t-il, "méprisant" aux questions sur le sujet. Interrogé encore à la télévision, en janvier 1981, sur ses relations avec Bokassa, le président-candidat réclame "un peu de tenue", et refuse d’"entrer dans cette considération". Le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu président de la République.
1986-1988, du Carrefour du développement au "vrai-faux" passeport.
La première cohabitation s’ouvre avec la révélation, par le ministre de la coopération du gouvernement de Jacques Chirac, Michel Aurillac, d’un "trou" dans la comptabilité de l’association Carrefour du développement, créée en 1983 par son prédécesseur socialiste, Christian Nucci, pour promouvoir sa politique. La première des nombreuses affaires politico-financières de la présidence de François Mitterrand s’appuie sur une enquête de la Cour des comptes, ainsi que sur les confidences de l’ancien chef de cabinet de M. Nucci et ex-trésorier de Carrefour du développement, Yves Chalier.
Affaire dans l’affaire : il apparaît ultérieurement que M. Chalier, alors qu’il était en fuite au Brésil, a bénéficié de la protection du ministre de l’intérieur, Charles Pasqua, qui a donné ordre à la DST de lui fabriquer un "vrai-faux" passeport en échange de ses dénonciations.
1995, l’affaire Schuller-Maréchal.
Le 15 décembre 1994, le conseiller général RPR des Hauts-de-Seine Didier Schuller porte plainte pour "tentative d’extorsion de fonds". Visé par la plainte, le psychiatre Jean-Pierre Maréchal, beau-père du juge d’instruction Eric Halphen, est accusé par l’élu d’avoir voulu lui soutirer de l’argent en contrepartie d’une intervention auprès de son gendre, pour le dissuader d’enquêter sur les HLM des Hauts-de-Seine, dont M. Schuller avait été le directeur général. Ces éventuelles malversations ont un arrière-plan politique. Le dépôt de la plainte de M. Schuller est orchestré au conseil général des Hauts-de-Seine, alors présidé par Charles Pasqua, ministre de l’intérieur et partisan de la candidature d’Edouard Balladur à l’élection présidentielle. En février 1995 - trois mois avant le scrutin -, il apparaît que Matignon a donné ordre de placer M. Maréchal sur écoutes administratives. M. Balladur devra admettre l’irrégularité du dispositif. Devancé par Jacques Chirac au premier tour, l’ancien premier ministre évoquera dans un livre, quelques mois plus tard, les effets "dévastateurs" de ce scandale sur sa campagne.
2001, les billets d’avion des Chirac.
Ce dossier vise le règlement en espèces de voyages au profit du président et de certains de ses proches. Il apparaît, en 2001, dans le cadre de l’enquête sur les marchés des lycées d’Ile-de-France. Pressé de justifier ces versements en espèces, M. Chirac évoque, le 14 juillet 2001, le reliquat d’"indemnités personnelles" issues des fonds secrets du gouvernement, ainsi que des "compléments de rémunération". Sa fille Claude, qui doit aussi s’expliquer, déclare qu’elle disposait d’"économies personnelles qui provenaient essentiellement de cadeaux d’amis lors de (son) mariage", célébré en 1992. Le 17 juillet 2001, les juges d’instruction se déclarent "incompétents" pour interroger M. Chirac.
2004, Conspiration visant Nicolas Sarkozy.
Dominique de Villepin est convoqué pour être mis en examen le 27 juillet 2007 pour une conspiration présumée visant en 2004 Nicolas Sarkozy à l'aide des faux listings de la société Clearstream, un épisode judiciaire qui constitue une "première" sous la Ve République. L'ancien Premier ministre a lui-même annoncé, dans un communiqué, sa convocation par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons. Son avocat, Olivier d'Antin, a confirmé qu'il se rendrait "bien sûr" à ce rendez-vous judiciaire. Les charges de "complicité de dénonciation calomnieuse", et probablement d'autres infractions, sont susceptibles d'être retenues contre Dominique de Villepin, dit-on de source proche du dossier. Des poursuites contre un ancien chef de gouvernement seraient inédites, particulièrement dans un dossier où l'actuel chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, est partie civile.
Montage:
Patrice Saint-Jacques : ![]()
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