BIOGRAPHIE
« Jean de Broglie »
Naissance: 21 juin 1921 - Mort: Vendredi 24 décembre 1976
Ex-ministre du général de Gaulle et député de l'Eure,
il a été assassiné à Paris le 24 décembre
1976, alors qu'il sortait de chez Pierre de Varga, son conseiller fiscal.
Lors du procès de son assassinat, le tireur Gérard Frèche sera condamné à dix années de prison, tout comme Pierre de Varga, condamné comme commanditaire alors qu'il clamait son innocence, et l'inspecteur de police Guy Simoné.
Depuis 3 mois, la police disposait du rapport d'un inspecteur de police dans lequel un informateur lui avait fait part du projet d'assassinat à l'encontre de Jean de Broglie.
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Deux
scandales majeures de la cinquième République prouvent que
la France n'est pas différente de l'Italie dès qu'il est question
intérêts et de partage des pouvoirs. Le meurtre du prince De Broglie,
le 24 septembre 1976, dont le dénouement officiel fut unanimement contesté fut
un cas unique de géologie politique. Une affaire que le président
de la 1ere section de la cour d'assise de Paris qui présida contre vents
et marées le procès, le magistrat André Giresse, appela
le Watergate français. Un scandale qui n'explosa pas, la droite comme
la gauche au pouvoir au moment du jugement intrigant au nom de sombres tractations
politiques pour couvrir une police qui avait caché la vérité et
bafoué la justice de la République. On y trouve en strates les
principaux composants de l'histoire de France de ces trente dernières
années.
Le prince De Broglie, député de l'Eure, secrétaire
d'état sous les gouvernements Debré puis Pompidou, signataire
des accords d'Evian qui mirent fin à la guerre d'Algérie,
fut également l'un des fondateurs du parti des républicains
indépendants au coté de Valéry Giscard d'Estaing et
de Raymond Marcellin. Malgré les déclarations de Michel Poniatowski,
alors ministre de l'intérieur, il apparu que la police était
au courant d'un contrat lancé sur la tète du prince et pire
que la surveillance dont il faisait l'objet avait été levé un
peu avant son assassinat. Ce fut les deux fameux rapports de l'inspecteur
Roux, ignorés par sa hiérarchie et révélés
par le Canard Enchaîné en 1980 qui firent rebondir l'affaire.
Quatre pistes furent évoquées au procès cachant le même mobile.
La piste politique après la disgrâce du prince, mis au banc du tout nouveau UDF de Giscard d'Estaing et qui devait rallier avec armes et bagages le RPR de Jacques Chirac au moment de sa création en 1976.
La piste arabe mêlait le prince à de sombres tractations d'armes et de pétrole destinées à financer les services secrets algériens en générant de juteuses commissions.
Plus crédible fut la piste espagnole qui voyait le prince lié au scandale de la Matesa, l'un des plus grands procès politico financier des dernières années du franquisme. Entre 1959 et 1969, 80 % des crédits espagnols à l'exportation dans le domaine du textile ont été alloués à la Matesa, fleuron de cette industrie en Espagne. 800 millions de francs allaient disparaître, la presse révélant en 1969 que tous les ministres et les industriels impliqués dans l'affaire étaient membres de l'Opus Deï. Cette organisation catholique internationale crée en 1928 par le très influent José maria Escrima (béatifié en 1992 par Jean Paul II) s'est lancé dans le recrutement international des élites pour imposer au monde un régime théocratique futur... Implantée en France depuis 1956, l'Opus Deï cherche à bâtir l'élite européenne qui doit arriver un jour au pouvoir, sous couvertd'échanges culturels et d'octroi de bourses.
Parallèlement, la sainte Mafia prit pied dans le monde des affaires français, ses ambitions nécessitant de l'argent. Investissant à hauteur de plus d'un tiers des actions de la Banque des intérêts français, l'Opus Deï allait ainsi siéger au coté de l'actionnaire principal de la banque, la Société financière pour la France et les pays d'outre mer présidé par Edmond Giscard d'Estaing, le père de Valéry. Un VGE qui, ministre des finances, était très lié à Antoine Pinay, sympathisant actif de l'Opus Deï et père du nouveau franc... En 1967, De Broglie rencontrait Juan Vila Reyes, administrateur de la Matesa, pour créer la Sodetex, vraisemblablement présenté par un personnage trouble, escroc et ancien collaborateur qui devint le cerveau financier des affaires avalisées par le prince, Raoul de Leon. Ce dernier aurait aussi arrangé une réunion entre Vila Reyes et Giscard d'Estaing ainsi qu'un voyage à Madrid du futur président français pour rencontrer des membres de l'Opus Deï. Il aurait été question d'un projet de création d'un parti politique espagnol sur le modèle des républicains indépendants français. La Sodetex, dans l'esprit de Vila Reyes et de l'Opus Deï était au centre d'un dispositif financier mis en place dans le monde pour remplir les caisses de la sainte Mafia. En fait, la société servait de super taxi, utilisant des fausses factures pour blanchir l'argent que l'état espagnol versait à la Matesa pour soutenir ses exportations. De Broglie, naïf, aurait accepté de prendre la tète de la Sodetex, vraisemblablement sur ordre.
Lorsque l'état espagnol, après la liquidation de la Matesa, demanda la restitution du capital au prince, il fut dans l'impossibilité de le restituer, très certainement versé à une caisse politique. Raoul de Leon et jean de Broglie signèrent un protocole d'accord en juin 1974 pour rembourser l'état espagnol, un mois après l'élection de Valéry Giscard d'Estaing. Un protocole qui ne fut jamais honoré...
La quatrième piste, croisant la piste espagnole remontait au plus puissant des gangs de la Mafia française d'après guerre et de la cinquième république, le gang des ferrailleurs. Le prince De Broglie, prêt à toutes les compromissions pour rembourser ses dettes prit part à un gigantesque trafic de faux bons du trésor qui devait être écoulés en Europe et surtout en Afrique (ils coûteront 140 millions de francs au Gabon). Proche de ceux qui fabriquent les bons et qui organisent le trafic, il aurait voulu en profiter personnellement et mis en danger l'organisation. Le juge Michel, un peu avant qu'il ne meure assassiné à Marseille en 1981, cherchait à prouver que les bénéfices de ce trafic de faux bons et de faux billets auraient très bien pu être destinées à financer des laboratoires d'héroïne marseillaise d'une french connection renaissante (l'originale fut démantelée en 1973), la french sicilian connection.
L'affaire fit surtout la lumière sur les relations inquiétantes entre des truands fichés au grand banditisme, des barbouzes proche de l 'organisation et des policiers de la IIeme section des renseignements généraux, la police politique française. La section politique la plus sensible, s'occupant des affaires spéciales, de la surveillance des personnages importants, la police des coups tordus, des opérations montées à l'occasion pour neutraliser des gêneurs ou des adversaires trop irritants des régimes en place.
La république a aussi sa police secrète, bien que les renseignements généraux ait été crées en 1941 sous le régime national du maréchal Pétain. La IIeme section, chargée du suivi des partis politiques fut officiellement suspendu à la suite d'une plainte des socialistes, en 1994, mais elle peut toujours être chargée de prévisions électorales. L'indignation de ces derniers n'empêcha pas François Mitterand d'utiliser illégalement la cellule anti terroriste de l'Elysée de 1981 à 1995 (écoutes téléphoniques, désinformation, intimidation...) de la même manière qu'hier les gaullistes utilisèrent le SAC pour leur manoeuvres de basse politique. Quoi qu'il en soit, le cadavre du prince De Broglie fut enterré en grande pompe, le pouvoir intrigant face à une opinion publique anesthésié et indifférente pour éviter ce Watergate français.
L'autre affaire qui défraya la chronique de la Vème république fut le scandale des avions renifleurs. Une escroquerie non éludée officiellement dont l'appellation prêtait pourtant à sourire. Les 650 pages du rapport de la commission parlementaire, rendu publique en 1984, laissèrent les lecteurs sur leur faim. Manquant de moyens d'investigations, les parlementaires se sont heurtés à la fois au secret défense que l'état brandit (quels que soit les dirigeants )dès qu'il s'agit de ses basses oeuvres et au silence des principaux témoins.
Le 28 mai 1976, pierre Guillaumat, PDG d'Elf Erap signe avec Philippe De Weck, directeur de l'union des banques suisses, un contrat peu ordinaire. Pour 400 millions de francs, la société française s'assure pour une année l'exclusivité d'un procédé de détection pétrolière révolutionnaire connu sous le nom de code de projet Aix. C'est Jean Tropel, le responsable de la sécurité chez Elf qui a été le cheval de Troie en introduisant dans la compagnie pétrolière l'homme clef de l'affaire, jean Violet, avocat international.
Les deux hommes se sont connus au SDECE (ancêtre de la DGSE, le service d'espionnage français) dont Tropel est un ancien colonel, ex responsable de la sécurité du fameux service VII démantelé après l'affaire Ben Barka en 1965 et Violet un ex honorable correspondant. Ce dernier a fait une brillante carrière internationale grâce au parrainage Antoine Pinay (surnuméraire de l'Opus Deï et ancien président du conseil sous la IVeme république) qui le recommandera au patron du SDECE, Pierre Boursicot. En 1955, Antoine Pinay qui est ministre des affaires étrangères fait accréditer l'avocat à la délégation française de l'ONU à New York avec pour mission d'empêcher une condamnation de la politique algérienne de la France. Jean Violet y rencontre un homme qui va jouer un rôle capital dans sa vie, le révérend père Dubois, dominicain français chargé des missions spéciales pour le compte du Vatican (plus exactement pour certain Monsignori dont le cardinal Siri).
Le père Dubois en liaison avec le colonel Hervé, chef du SDECE en poste à l'ONU, et jean Violet parviendront en 1959 à éviter une condamnation de la France en soudoyant les ambassadeurs du Brésil, du Pérou puis du Paraguay et du Nicaragua affiliés au camp tiers mondiste. Un religieux que l'on retrouvera à tous les moments décisifs de l'affaire des avions renifleurs. Devant la commission parlementaire, le responsable des dominicains en France, Jean René Bouchet, affirmera que le père Dubois, mort en 1979, était mêlé à des affaires étranges pour un ecclésiastique : financements clandestins, lutte contre la subversion en Amérique latine, soutien de l'église derrière le rideau de fer... Le père Dubois paraissait s'intéresser plus aux moyens qu'au but.
Un autre religieux, l'abbé Marnier, membre de l'Opus Deï, correspondant de l'abbé Dubois à Fribourg en territoire helvétique, confesseur et ami de Philippe De Weck, directeur des Banques suisses, sera également présent à la signature des différents contrats. L'affaire pourrait être comparable à celle de la Matesa en Espagne à la fin des années soixante, l'argent détourné servant l'oeuvre de Dieu. Jusque en 1982, date de son rattachement direct au pape Jean Paul II qui le chérit, l'Opus Deï a constamment eu besoin d'argent pour ses missions évangéliques. L'hypothèse selon laquelle l'escroquerie aurait été décidé en haut lieu afin de rembourser l'Opus Deï de ses efforts financiers antérieurs ou pour honorer des dettes contractées dans le passé apparaît vraisemblable (l'argent disparu via la Sodetex dirigée par jean De Broglie ?).
Mr Violet a informé jean Tropel qui lui même a convaincu Jean Guillaulat, P. D. G. d'Elf, d'un projet qui devait être une révolution technologique capable de détecter à plusieurs milliers de mètres sous terre du pétrole. Certaines mauvaises langues affirment que c'est Valéry Giscard d'Estaing lui même qui aurait introduit jean Violet chez Elf Erap. L'invention est une escroquerie, la machine ne détectant que des nappes de pétroles dûment répertoriées. Le premier contrat signé par Elf en 1976 porta sur 400 millions de francs, l'incontournable Antoine Pinay à qui Giscard d'Estaing doit son premier portefeuille ministériel, apportant sa caution morale à l'invention.
L'affaire fut suivie au plus haut niveau puisque le président français autorisa Elf à méconnaître les obligations de contrôle administratif et financier et le contrôle des changes. Un transfert illégal de capitaux vers la Suisse qui sera reproché à la société nationale. Sans aucune garantie, Elf a versé la première fois 400 millions de francs pour un projet que garantissait la seule parole de jean Violet. Les inventeurs, un ingénieur belge fantasque, Alain De Villegas, et un réparateur de télé italien aux talents d'escroc, Aldo Bonasoli, ont auparavant eu leur projet financé durant quatre ans par Carlos Pesenti, un gros industriel italien qui aurait été membre de la loge P2.
Une piste italienne qui ne sera pas exploitée, pierre Péan révélant dans son livre sur l'affaire que des réunions avaient eu lieu en Suisse pour empêcher toute investigation en Italie. Pourtant, en 1977, soit un an après la signature du premier accord, Alexandre De Marenches, patron du SDECE de 1970 à 1981, enverra à la présidence une note sur jean Violet qu'il a lui même évincé du service, suspecté être un agent du Vatican : méfiez vous, c'est (jean Violet) un spécialiste de ce genre d'activités, nous le connaissons bien, à vous d'aviser. Jean Violet est resté jusqu'à son licenciement l'honorable correspondant le mieux payé du service. La note ne dissuadera pas Raymond Barre, alors premier ministre, de classer l'affaire prioritaire, arrangeant un dîner avec Antoine Pinay, jean Violet, Alain De Villegas, Philippe De Weck et Pierre Guillaumat ou le projet ne sera pas remis en question.
Sous l'égide d'Albin Chalandon, nouveau P.D.G. d'Elf Erap, un nouvel accord portant sur 500 millions de francs supplémentaires est signé à Zurich en 1978. Elf exploitera le procédé à parts égales avec la Fisalma (société implantée à Panama, paradis fiscal, représenté par Philippe De Weck). Malgré une note présidentielle datant de 1979 que Giscard brandira au procès en 1984, attestant du doute de la présidence par rapport à l'invention, la supercherie aura duré trois ans. Un véritable scientifique, Jules Horrowick, physicien au centre d'essai atomique, confondra les inventeurs du système des avions renifleurs à l'occasion d'un test. Il est clair que les escrocs ont dû avoir recours à des complicités internes à l'état major d'Elf (véritable état dans l'état possédant son propre service de renseignement qu'Alexandre De Marenches, atlantiste proche des américains tentera de dénoncer... ) pour avoir les clichés des nappes de pétrole déjà existantes.
La piste italienne conduisant à la loge P2 montre le rôle de Carlos Pesenti, banquier du 12eme groupe financier italien qui a été l'actionnaire principal de la banque Ambrosien. La banque qui détenait une partie des fonds du Vatican et qui travaillait avec l'IOR de Mgr Marcinkus. Une close spéciale du premier contrat signé en 1976 imposait à Elf de dédommager Carlos Pesenti à hauteur de 80 millions de francs. Un pactole que l'intéressé, mort en 1984, affirmait avoir touché. On parle d'un détour vers une caisse politique, une organisation secrète. La démocratie chrétienne dont Pesenti a été le trésorier ? La loge P2 dont il fut très probablement membre ?
Pour preuve de sa bonne foi, il envoya 30 millions de francs à Elf quand éclata le scandale. Un geste qui peut être interprété comme un dédouanement pour éviter qu'on aille fourrer le nez dans ses affaires. Les inventeurs, ainsi que jean Violet, ne seront pas inquiétés par Elf, la société nationale ne portant pas plainte contre eux malgré un trou de 800 millions de francs. L'ombre de l'Opus Deï plane sur toute cette affaire. La plupart des protagonistes, jean Violet, le père Dubois, l'abbé Marnier, Antoine Pinay étaient des membres ou des sympathisants de cette organisation. Pierre Guillaumat, dans un courrier adressé à Raymond Barre, soulignera le rôle important qu'ils semblaient jouer dans ce scandale. Avec le retour de la droite aux affaires après la complaisante parenthèse mitterandienne, l'Opus Deï, institutionnalisé par Jean Paul II et dépendant directement du saint siège, semble avoir mis les bouchés doubles pour accélérer le recrutement des élites européennes chargées de bâtir le régime théocratique et totalitaire de demain. Le démantèlement du bloc soviétique a redonné à l'église un pouvoir considérable, Jean Paul II désignant la France comme le prochain levier de sa politique européenne après ses échecs en Pologne et en Irlande.
L'Opus Deï étant autant derrière les olympes-frics de Mr Samaranch, affilié à l'oeuvre de Dieu qui supprima en 1981 le mot amateur de la charte olympique, que derrière la béatification de soixante quatre martyrs de la révolution française lors d'un voyage de Margie Sudre, secrétaire d'état chargée de la francophonie du gouvernement Juppé en octobre 1995. Le président Chirac a d'ailleurs été reçu une première fois le 26 septembre 1995 par le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d'état du Vatican, ainsi qu'en janvier 1996 où le président est venu témoigner de la fidélité de la France à son héritage chrétien. C'était la première visite d'état d'un président français au Vatican depuis 1959. Jacques Chirac a assuré que c'est notamment auprès de l'église, de son message, de son guide dans le secours de la foi que beaucoup d'hommes cherchent une raison d'espérer, la force de surmonter leurs souffrances. Estimant que la république française est largement inspirée par les valeurs évangéliques, Jean Paul II s'est insurgé contre la remise en cause du droit à la vie des personnes de la conception jusqu'à la mort.
Une allusion à l'IVG et à l'euthanasie qui reste le credo préféré du pape. La multiplication des actions anti I.V.G. coordonnées par le Vatican masque la volonté papale d'opposer au Maghreb et à l'Afrique une natalité européenne. Les préoccupations spirituelles du saint père ne concernent apparemment pas les africains puisqu'il autorise archevêque de Nairobi au Kenya a brûler des préservatifs, des brochures d'informations sur le SIDA et des livres d'éducation sexuelle comme symboles pornographiques dans un pays gravement touché par cette maladie. Pour contrôler ses ouailles en France, le Vatican a délégué dans notre pays en octobre 1995 son nouvel ambassadeur, le nonce apostolique Mario Tagliaferri en remplacement de Laurenzo Antonietti rappelé à Rome pour avoir fait preuve de mollesse dans l'affaire des évêques d'Evreux dont Mgr Gaillot.
Mgr Tagliaferri, véritable commissaire du pape, qui n'a jamais eu une vision très optimiste sur l'évolution des démocratie occidentales est le responsable de la canonisation des martyrs espagnols (franquistes) de la guerre civile. A quand la béatification de Pétain, Bousquet, Touvier et Cie... . ? Membre de l'Opus Deï comme tous les responsables du saint siège, le nonce apostolique qui est particulièrement conservateur entend mettre au pas les évêques conciliaires (fidèles au précepte d'ouverture du concile Vatican II) et préparer la venue du pape en septembre 1996 pour la célébration de Clovis. Les obscures tractations électorales d'une droite voulant récupérer les électeurs catholiques intégristes sensibles au discours du Front national conduisent des représentants de la république laïque à célébrer Clovis qui était jusqu'à présent uniquement un symbole pour les monarchistes.
On compte dans le gouvernement Chirac un certain nombre de membres ou de sympathisants de l'Opus Deï, Gaudin, Codacionni, De Veyrinas ainsi que le lumineux chrétien des Alpes, Hervé Gaymard, ministre de la santé, (dont la femme, directrice de cabinet de Colette Codaccionni est membre de l'association du professeur Lejeune, instigateur d'actions anti I. V. G. ) qui a eu la charitable idée d'imposer une loterie pour l'obtention des nouvelles thérapies anti SIDA, projet heureusement abandonné.
Un parti démocrate chrétien français renaît apparemment de ses cendres (Douste Blazy, Bayroux, ... ), tendance dont les membres ont brillé par l'absence de déclarations lorsque furent défoncées à la hache les portes de l'église St Bernard où étaient réfugiés des maliens condamnés à faire la grève de la faim pour la régularisation de leurs papiers, préférant intriguer pour annihiler l'abominable responsable de la décadence : l'esprit de 1968. Le pouvoir politique qui a voulu lancer un signal fort au tiers monde avec l'affaire des sans papiers est beaucoup plus indulgente envers les intégristes catholiques qui occupent l'église St Laurent du Chardonnet depuis plus de dix ans, fief de sympathisants du Front national.

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La troublante ascension de l’Opus Dei
Si
l’intégrisme
musulman fait la « une » des journaux,
les activités de la droite chrétienne s’effectuent souvent
dans l’ombre, comme en témoigne la troublante ascension de l’Opus
Dei. Milice religieuse au comportement de secte, héritière
d’un anticommunisme militant, puissance à la fois économique
et politique, l’Œuvre exerce une influence multiforme sur l’Église,
mais aussi sur les pouvoirs temporels, qu’elle cherche à infiltrer.
On retrouve ses proches jusque dans le gouvernement de M. Alain Juppé.
Mais cette garde blanche du Vatican, très liée au pape Jean
Paul II dont elle a permis l’élection, suscite aussi des résistances.
Au nom de leur foi, bien des chrétiens rejettent la « dictature
spirituelle » de l’Œuvre et craignent que cette « arme
du pape » ne soit à double tranchant et ne se retourne un
jour contre lui.
Par François Normand Par une politique de nominations épiscopales
qui ne tient guère compte des souhaits exprimés par les
Eglises locales, Jean Paul II mène son entreprise de restauration,
utilisant tous les moyens à sa disposition : doctrinal, disciplinaire
et surtout autoritaire, avec l’aide d’un certain nombre de
mouvements « musclés » traditionalistes,
souvent sectaires et politiquement à droite, tout à sa dévotion.
Ils font partie du « renouveau charismatique » ou ont pour noms : Comunione e Liberazione, organisation italienne née dans les années 70 ; les Focolari, mouvement lancé en 1943 à Trente ; le Néocatéchuménat, fondé à Madrid en 1964 ; les Légionnaires du Christ, groupe ultra-secret constitué au Mexique dans les années 40, et surtout l’Opus Dei (l’« Œuvre de Dieu »). Ce dernier mouvement fut créé en 1928 par le Père Escriva de Balaguer.

L’Opus Dei, qui jouit de l’appui inconditionnel de l’évêque de Rome, s’infiltre dans tous les échelons de la hiérarchie catholique. Est-il l’arme secrète du pape dans la reconquista catholique ou Jean Paul II est-il le prisonnier inconscient de cette « mafia blanche » dans sa propre conquête du pouvoir ?
Le président Jacques Chirac a-t-il nommé des membres de l’Opus Dei au gouvernement de M. Alain Juppé ? La question peut paraître saugrenue, sachant le peu d’attrait du fondateur du RPR pour la « chose cléricale », mais la composition du gouvernement devait satisfaire les nombreuses composantes de la droite française qui avaient soutenu la candidature du maire de Paris, dont le puissant lobby catholique conservateur. Si on a souligné la proportion relativement élevée de femmes dans ce cabinet - douze ministres ou secrétaires d’État sur quarante-deux membres -, on a moins relevé la coloration bien-pensante de ces ministres.
Mme Colette Codaccioni, ministre de la solidarité entre les générations, mère de cinq enfants et ancienne sage-femme, se définit comme « chrétienne et pour l’éducation à la vie » ; Mme Elisabeth Dufourcq, secrétaire d’État à la recherche, est l’auteur d’une thèse sur les congrégations religieuses féminines, dont elle a tiré un livre intitulé Les Aventurières de Dieu ; Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d’État aux transports, est la fille de l’un des pères fondateurs du Mouvement républicain populaire (MRP), parti catholique, et militante elle-même de leur héritier : le Centre des démocrates sociaux (CDS) ; et Mme Françoise de Veyrinas (CDS), secrétaire d’État aux quartiers en difficulté, est issue d’une famille toulousaine catholique militante.
On peut s’interroger sur l’entrée au gouvernement et dans les cabinets de deux personnes « proches » sinon membres de l’Opus Dei : M. Hervé Gaymard, secrétaire d’État aux finances, et son épouse, Mme Clara Lejeune-Gaymard, directeur de cabinet de Mme Colette Codaccioni, fille du professeur Jérôme Lejeune (décédé en 1994), fondateur du mouvement antiavortement Laissez-les vivre, nommé par Jean Paul II au Conseil pontifical pour la famille et membre de l’Opus Dei. Un autre gendre du professeur Lejeune, le philosophe Jean-Marie Meyer, ne cache pas son appartenance à l’Œuvre. Il est également membre du Conseil pontifical de la famille. Selon la revue catholique Golias (1), « la fille et le gendre du professeur Lejeune sont à l’Opus Dei », et l’affirmation est reprise par la revue Maintenant : « Jacques Chirac a placé l’opusien Hervé Gaymard [député de la Savoie] dans son équipe de campagne présidentielle. »
Qu’il soit impossible de vérifier n’est guère surprenant : le mouvement cultive le secret depuis ses origines. Dans les constitutions (secrètes) rédigées en 1950, l’article 191 précise : « Que les membres numéraires et surnuméraires sachent bien qu’ils devront toujours observer un silence prudent quant aux noms des autres associés ; et qu’ils ne devront jamais révéler à quiconque qu’ils appartiennent eux-mêmes à l’Opus Dei. » Lorsque les constitutions furent connues (2), devant les critiques répétées, de nouveaux statuts furent rédigés en 1982 où on peut lire (article 89) : « [Les fidèles de la Prélature] ne participeront pas collectivement aux manifestations publiques de culte comme les processions, sans pour autant cacher qu’ils appartiennent à la Prélature. »
Prête-noms et sociétés écrans
Malgré cette apparente concession à la transparence, l’Opus
continue de pratiquer le secret, d’utiliser prête-noms et sociétés écrans,
sous prétexte d’« humilité collective » et
d’« efficacité apostolique » ! « Parce qu’il
se refuse à toute transparence, l’Opus Dei excite la curiosité et
l’hostilité, suscitant même quelquefois des fantasmes
de complot (3) ».
Nombreux sont ceux qui sont donnés comme membres ou sympathisants. M. Raymond Barre a témoigné au procès de béatification d’Escriva de Balaguer, attestant les « signes de sainteté » du fondateur de l’Œuvre. Dans l’entourage de M. Philippe de Villiers, on désigne Mme Christine Boutin, secrétaire national du CDS et député des Yvelines, le prince Michel Poniatowski, ancien ministre de l’intérieur, et Mme Françoise Seillier, coordinatrice des très réactionnaires associations familiales européennes. Dans le monde des affaires, on cite les noms de ceux qui ont donné des conférences au Centre Garnelles de l’Opus, à Paris : M. Claude Bébéar, le patron du groupe des assurances AXA, M. Michel Albert, patron des assurances AGF, M. Didier Pineau-Valencienne, PDG du groupe Schneider et M. Louis Schweitzer, patron de Renault. Plusieurs familles royales d’Europe auraient montré de la sympathie pour l’Opus : Otto de Habsbourg en fit la propagande, alors que l’archiduc Lorenz d’Autriche en serait membre. Le roi Juan Carlos de Bourbon fut élevé par des prêtres de l’Œuvre tandis que le secrétaire de sa femme Sofia appartenait au mouvement. Le président du Comité international olympique, M. Juan Antonio Samaranch-Torello, ancien ministre de Franco, en fait également partie.
La discrétion, qui sert d’une part à faire du prosélytisme auprès des jeunes à l’insu de leurs familles (voir « « Ça n’a rien à voir avec Dieu » ») et d’autre part à tisser une toile invisible dans tous les secteurs de la société, s’explique d’abord par le contexte où est né l’Opus Dei, dans l’Espagne franquiste.
Fondée à Madrid en 1928 par un jeune prêtre, Josemaria Escriva de Balaguer, cette « Œuvre de Dieu » ressemble quant à son but - sanctifier le travail de tous les jours - aux mouvements d’Action catholique qui voient le jour en France et en Belgique à la même époque. Née dans les années précédant la guerre civile espagnole, l’Opus Dei reste fortement marquée par ce contexte, ce qui explique son attachement inconditionnel à l’appareil ecclésiastique préconciliaire, sa haine obsessionnelle du communisme et son goût immodéré pour la clandestinité.
Bien qu’Escriva de Balaguer ait prétendu avoir « découvert » le principe de la sanctification de la vie quotidienne, l’idée est aussi vieille que l’Évangile. Beaucoup de saints l’ont enseigné, comme la carmélite Thérèse de Lisieux. Très vite, l’inspiration première de l’Opus a été pervertie par la personnalité de son fondateur : petit-bourgeois, ambitieux, coléreux et vaniteux (4). Le secret de son succès ? Une fougue et un charisme personnel qui subjuguaient ses proches.
La première perversion fut la « cléricalisation » de l’Œuvre. Elle se prétend toujours « laïque » mais ce sont les prêtres qui détiennent le vrai pouvoir et occupent tous les postes de commandement. Et les non-clercs, qui représentent 98 % des membres, sont présentés comme « des gens ordinaires, qui vivent dans le monde » mais ressemblent plus à des religieux, par leurs « vœux » (rebaptisés « liens contractuels ») de pauvreté, chasteté et obéissance, qu’à des laïcs (5). Beaucoup plus préoccupés de droit canon que de théologie, Escriva et ses disciples ont constamment manœuvré pour faire reconnaître à l’Opus le statut juridique qui lui convient le mieux.
D’abord défini comme « pieuse union » réunissant des laïcs, l’Opus Dei est devenu, en 1947, le premier « institut séculier » de l’Eglise (6), avant d’arracher à Jean Paul II - bien plus favorable à l’Œuvre que ses prédécesseurs Jean XXIII et Paul VI - le titre convoité de « prélature personnelle (7) ».
Ce statut enviable, taillé sur mesure pour l’Opus, lui accorde les attributs d’un véritable diocèse sans la limitation territoriale. L’actuel prélat de l’Opus, Mgr Javier Echevarria Rodriguez, évêque titulaire de Cilibia, relève directement du pape, soustrait à l’autorité des évêques diocésains, malgré la fiction qui veut que les membres laïcs de l’Opus dépendent toujours juridiquement de leur évêque.
La deuxième perversion fut politique. Le jeune Escriva de Balaguer vécut la guerre civile en Espagne comme une lutte entre catholiques et communistes, en qui il voyait l’incarnation du mal. Sa vision du monde en fut déformée et, tout comme Pie XII, il minimisa l’horreur du nazisme, et même la gravité de l’holocauste, y voyant un rempart « providentiel » contre le communisme. Vladimir Felzmann, ancien membre de l’Opus, rapporte une conversation avec Escriva qui en dit long. Après avoir maintenu que le christianisme avait été sauvé du communisme par la prise de pouvoir du général Franco avec l’appui du chancelier Hitler, il ajouta : « Hitler contre les juifs, Hitler contre les slaves, c’était Hitler contre le communisme. »
Cette indulgence pour le fascisme mène à l’engagement de l’Opus dans le franquisme. En fait, les sentiments de Franco envers Escriva, qu’il avait connu jeune curé, étaient ambigus. Dans sa biographie romancée de Franco (8), Manuel Vasquez Montalban fait dire au Caudillo : « Ayant fréquenté pendant près de vingt ans des membres de cette institution, j’ai pu constater la diversité de leurs choix concrets ; mais, à l’évidence, ils étaient tous marqués du sceau d’une secte élue pour sauver le monde depuis le haut de l’échelle. »
Pour sortir de la crise économique apparue en 1956, Franco s’entoure progressivement de ministres appartenant à l’Opus. Lorsqu’il songe à rétablir la monarchie, en la personne de Don Juan de Bourbon, pour lui succéder, l’Opus Dei mise sur son fils, Juan Carlos, qui est entre les mains d’un précepteur de l’Œuvre, Anael Lopez Amo. En 1969, Franco proclame Juan Carlos héritier de la Couronne. Quelques mois plus tard, le triomphe de l’Opus est complet : sur 19 ministres du neuvième gouvernement du général Franco, 12 sont membres de l’Opus Dei. Le tournant politique de l’Œuvre est engagé.
La troisième perversion fut théologique. D’abord, l’accent exclusif mis sur « la sanctification par le travail (9) » favorise le culte de la réussite matérielle et le règne du capitalisme libéral. Ensuite, l’Opus est tombé dans le piège de l’intégrisme. Le théologien Urs von Balthasar (un des maîtres à penser de Jean Paul II qui ne saurait être soupçonné de progressisme) a décrit l’Opus Dei comme « la plus forte concentration intégriste dans l’Église (10) ». « L’intégrisme, écrit-il, s’efforce pour commencer d’assurer le pouvoir politique et social de l’Église, en recourant à tous les moyens visibles et cachés, publics et secrets. »
Outre un manque de transparence, l’intégrisme se caractérise par la prétention de détenir la vérité. Or l’Opus est décrit dans la revue interne du mouvement, Cronica, comme « le reste saint, immaculé, de la véritable Eglise », fondé pour « sauver l’Eglise et la papauté ». Quatre ans après la fin du Concile, le Père Escriva déplorait un temps d’erreur dans l’Église : « Le mal vient du dedans et d’en haut. Il y a une réelle pourriture, et actuellement il semble que le Corps mystique du Christ soit un cadavre en décomposition, qui pue. »
Mgr Escriva de Balaguer aurait sans doute mieux fait de s’occuper de ses brebis galeuses. Une série de scandales financiers (11) touchant des membres de l’Opus a révélé au grand public les activités de « la sainte mafia » ou « la franc-maçonnerie blanche », comme l’appelleraient désormais ses détracteurs. Car derrière la fiction d’une association purement spirituelle, « famille pauvre, riche seulement de ses enfants », gravite une nébuleuse de sociétés, de banques et de fondations, dirigées anonymement par des membres de l’Opus.
Dans les années 70, alors qu’Escriva vitupérait l’Église en décomposition, ses amis mettaient en place le réseau financier qui allait permettre à l’Œuvre de jongler avec des millions de dollars. La plus importante de ces institutions est la fondation Limmat, créée à Zurich en 1972, liée à des banques ou fondations en Espagne (la Fundacion General Mediterranea), en Allemagne (la Fondation Rhin-Danube ou encore l’Institut Lidenthal) et en Amérique latine (la Fundacion General Latinoamericana au Venezuela).
Aujourd’hui, l’Opus est tout-puissant à Rome. Son ascension a été couronnée par la béatification de Mgr Escriva de Balaguer par Jean Paul II - un ami de longue date de l’Œuvre - en 1992, dix-sept ans seulement après sa mort, à l’issue d’un procès expéditif, où seuls les témoignages positifs ont été retenus. Déjà évêque de Cracovie, Mgr Karol Wojtyla venait à Rome à l’invitation de l’Opus, qui l’hébergeait au 73, viale Bruno-Bozzi, dans une belle résidence de la banlieue cossue de Rome. L’Opus a continué à se montrer généreux envers le pape polonais, par exemple en participant au financement de Solidarnosc.
Le cardinal Wojtyla était le candidat de l’Opus à la papauté. C’est le cardinal König, archevêque de Vienne et proche de l’Œuvre, qui a joué un rôle déterminant dans son élection. Outre le changement de statut et la béatification d’Escriva - deux décisions qui ont soulevé une vague de critiques à travers le monde -, le pape s’est entouré de membres de l’Opus. Parmi ses proches collaborateurs, on peut citer ses quatre chapelains, Joachim Pacheco, Klaus Becker, Fernando Ocariz et Felipe Rodriguez, son porte-parole laïque, numéraire de l’Opus, M. Joaquin Navarro Valls, et le cardinal Martinez Somalo, ancien substitut proche de l’Opus. M. Alberto Michelini, député national de l’ex-Démocratie chrétienne et membre de l’Opus, est conseiller du Vatican pour les questions de télévision et M. Gianmario Rovero, lui aussi membre, est conseiller financier.
Les congrégations romaines ont également de nombreux membres « opusiens », et celle chargée de la cause des saints, qui a statué sur la béatification d’Escriva, en a trois, dont Rafaello Cortesini, chef de bureau. Le cardinal Palazzini, ami de l’Œuvre, en était le préfet lorsque la cause d’Escriva fut introduite en 1981, et Mgr Javier Echevarria Rodriguez, l’actuel prélat de l’Opus et successeur d’Escriva, était consultant !
Mieux, le pape a nommé de nombreux membres de l’Opus évêques en Amérique latine (sept au Pérou, quatre au Chili, deux en Equateur, un en Colombie, un au Venezuela, un en Argentine et un au Brésil). Le Pérou a été choisi comme tête de pont de l’offensive de l’Opus en Amérique latine à cause du rayonnement du théologien péruvien Gustavo Guttierez, « père » de la théologie de la libération, honnie par Escriva et ses disciples. Le président Alberto Fujimori, proche de l’Opus, est un ami de Mgr Luis Cipriani, archevêque d’Ayacucho, qui dirige l’Opus au Pérou.
En Europe, le cas le plus contesté fut l’imposition de l’opusien Klaus Küng à Feldkirch, en Autriche. Mais la récente nomination de Mgr Fernando Saenz Lacalle comme archevêque de San Salvador a choqué encore davantage, puisque c’est l’ancien siège du martyr Mgr Oscar Romero, assassiné par l’extrême droite, alors que le nouvel évêque - un Espagnol de surcroît ! - appartient non seulement à l’Opus, mais était l’évêque des armées...
A part l’Italie, l’Espagne et l’Amérique latine (y compris le Mexique) sont les régions où l’Opus Dei rencontre le plus grand succès. En Espagne, si l’Œuvre a dû rester dans l’ombre sur le plan politique depuis l’arrivée au pouvoir des socialistes, elle attend son heure. Avec le retour prochain plus que probable de la droite du Parti popular de José Maria Aznar, un ami de l’Opus, celui-ci aura quatre ou cinq ministres, dont les députés Juan Trillo, Loyola de Palacio et Isabel Tocino. En outre, l’armée est commandée par plusieurs numéraires.
Bien que l’Opus ait trouvé plus de résistance dans les pays non latins, surtout anglo-saxons, il s’implante progressivement aux États-Unis où l’on compte plus de 3 000 membres répartis dans soixante-quatre centres, la plupart situés près des campus universitaires. Plusieurs aumôniers universitaires se sont plaints des « méthodes clandestines » utilisées par le mouvement, ainsi que de son « comportement sectaire » (12).
En Grande-Bretagne, l’Opus maintient un profil bas depuis les révélations, en 1981, de M. John Roche, ancien directeur du mouvement, aujourd’hui professeur à Oxford qui publia dans The Times un sévère réquisitoire contre l’Opus, documents secrets à l’appui. Qualifiant l’Œuvre d’« Église dans l’Église », et de « psychologiquement dangereuse pour ses propres membres », il cite des articles de Cronica proclamant que « l’Église catholique s’est écartée de son chemin originel, et que le devoir de l’Opus Dei est de s’étendre dans le monde par tous les moyens. Il n’existe pas d’autre voie de salut ».
En France, le succès de l’Opus est plus mitigé. Malgré les sympathies de plusieurs hommes politiques, l’Œuvre n’a jamais réussi à trouver un parti à sa dévotion, même s’il existe de nombreux centres et associations qui lui sont liés (13).
Mais la nouvelle stratégie de l’Œuvre est d’infiltrer les organisations internationales, comme les Nations unies, l’Unesco ou l’OCDE. Le Parlement européen à Strasbourg et la Commission à Bruxelles sont ses lieux de prédilection, et le nouveau président de la Commission, M. Jacques Santer, un ami. Des parlementaires européens, comme M. Ignacio Salafranca du Parti populaire espagnol, sont membres de l’Opus, tout comme le Portugais Fernando Perreau de Pininck, membre du cabinet du très libéral Britannique Leon Brittan. A Bruxelles, l’Opus agit clandestinement, comme à son habitude. Exemple : le bulletin hebdomadaire Europe Today, en espagnol, français et anglais, envoyé depuis Bruxelles dans le tiers-monde, et notamment en Amérique latine, où il est distribué gratuitement. Se présentant comme « une agence de presse internationale, spécialisée dans la santé, les problèmes de société et l’éducation », il défend les positions les plus réactionnaires de la droite catholique. Le numéro 124, du 2 août 1994, par exemple, titre à la une : « Les méthodes naturelles du contrôle des naissances sont efficaces à 99 % » tandis que les méthodes « artificielles » ne sont sûres qu’à 50 %. Le label Opus Dei n’apparaît nulle part sur cette publication, qui reçoit une subvention de la Commission de Bruxelles. Or le rédacteur en chef appartient à l’Opus tout comme d’autres journalistes accrédités à la Commission.
Autres points stratégiques en Belgique que l’Opus a tenté d’investir : l’Institut Robert-Schuman et l’Université catholique de Louvain. Le premier est une école de journalisme fondée par l’homme d’affaires néerlandais Piet Derksen, proche de l’extrême droite catholique, pour fournir des « journalistes catholiques sûrs » à l’Europe de l’Est et au tiers-monde. Parmi les professeurs on retrouve l’opusien Andres Garrigo, directeur de Europe Today...
A Louvain, en revanche, la bataille menée par l’Opus fut perdue grâce à la ténacité du vice-recteur, le Père Gabriel Ringlet. Il a refusé de renouveler le bail de deux résidences pour étudiants ouvertes sur le campus par l’Opus, en interdisant à celui-ci de distribuer sa littérature aux étudiants aussi longtemps qu’il triche sur son identité. Cette décision a été prise à l’unanimité par le conseil d’administration de l’université. « L’Opus ne vise que l’élite de la société, explique le Père Ringlet, ce qui est inacceptable pour notre université. Je ne peux pas voir ma foi là-dedans. La quête de la perfection a quelque chose de très orgueilleux et de malsain. Je ne peux accepter une religion qui lave plus blanc que blanc... la couleur des sépulcres ! Car, au bout du chemin, on trouve toujours l’exclusion, le racisme. En ces temps de montée de l’extrême droite, on ne se prémunit peut-être pas assez contre les dictatures spirituelles. »
C’est bien d’une dictature qu’il s’agit, qui risque de prendre la papauté en otage. Cette « arme du Pape » est à double tranchant et pourrait se retourner contre lui.
François Normand.
http://www.monde-diplomatique.fr/1995/09/NORMAND/1804
Montage:
Patrice Saint-Jacques : ![]()
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