GÉNÉALOGIES D'UN CONFLIT
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DARFOUR GÉNÉALOGIES D'UN CONFLIT
La
nature du pouvoir central de Khartoum, la dégradation des relations
inter-ethniques autour de la terre et les tentatives d’instrumentalisation
de la rébellion par le Tchad jouent un rôle essentiel dans le
conflit du Darfour mais mésestimé par la communauté internationale.
Mouvements : Quelles sont les origines du conflit au Darfour ?
Jérôme Tubiana : Elles sont diverses et remontent en grande partie aux années 1980 : l’effondrement de la junte du maréchal Nimeiri fait alors naître au Darfour comme dans tout le Soudan de grands espoirs démocratiques, mais le Darfour est aussi particulièrement touché par la grande sécheresse au Sahel des années 1984/85 et par un contexte régional chargé, avec la guerre au Tchad et les tentatives d’intervention de la Libye en Afrique sub-saharienne. De 1987 à 1989, le Darfour connaît une première guerre entre les Four, le principal groupe ethnique de la région, et l’ensemble des groupes arabes qui y vivent, pour la plupart depuis plusieurs siècles : ce conflit, marqué par l’apparition des milices Janjawid, annonce la guerre actuelle. Le régime démocratique de Sadik El-Mahdi, bien que massivement soutenu par les élites non-arabes du Darfour, les déçoit en se rangeant plutôt du côté des Arabes. En 1989, le général Omar El-Béchir et son mentor islamiste Hassan El-Tourabi prennent le pouvoir à Khartoum, et installent un régime autoritaire qui se signalera un temps par une stratégie islamiste expansionniste, soutenant des mouvements fondamentalistes dans la région, et accueillant Oussama Ben Laden à Khartoum. Au départ, une grande partie des élites non-arabes du Darfour soutiendra ce régime : tous les Darfouriens sont musulmans, et beaucoup voient dans l’islam un facteur commun propre à atténuer les conflits inter-ethniques.
Au début des années 1990, les Darfouriens ne sont que quelques-uns à s’engager dans la contestation au pouvoir central de Khartoum. Ce sont pour beaucoup des étudiants du Darfour qui, en vivant à Khartoum, se rendent compte de la marginalisation de leur région. Il existe au Soudan une discrimination de fait à l’encontre des citoyens originaires de provinces périphériques – le Darfour, l’Est, le Sud -, aussi bien les non-arabes que les Arabes. Quand on vient du Darfour, on n’a pas accès aux centres du pouvoir politique, militaire, économique – les trois vont souvent de pair. Cela pose un problème de représentation politique au niveau fédéral comme au niveau local, dans tous les postes de l’administration et dans l’armée.
En 2001, ces premiers opposants passent à la lutte armée en fondant le Mouvement de libération du Darfour, qui prendra en 2003 le nom de SLA (Armée de libération du Soudan). Ce changement de nom témoigne des liens et des proximités idéologiques qu’ils entretiennent avec John Garang , le chef du mouvement rebelle sud-soudanais, l’Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA), avec lequel le gouvernement signera un accord de paix en 2005. Les fondateurs de la SLA sont musulmans, plus ou moins pratiquants, mais considèrent que la religion relève de la sphère privée.
Au sein de la SLA, des intellectuels four ont joué un rôle fondateur, mais les Zaghawa y prennent très vite de l’importance, notamment parce que leur zone traditionnelle occupe un emplacement stratégique, à cheval sur la frontière tchado-soudanaise. Grâce à cela, ils ont pu concentrer entre leurs mains les armes fournies par les Tchadiens, les Erythréens et la SPLA. Ils prennent aussi de l’ascendant en raison de leur expérience du combat et de leur pugnacité. Certains d’entre eux sont en effet passés par des groupes rebelles tchadiens et par l’armée tchadienne, où ils ont appris à mener des raids éclair en voiture, une tactique qui a été reprise avec succès par les rebelles du Darfour. Au sein de la SLA, Les commanders et les combattants zaghawa sont devenus majoritaires, et les territoires que les rebelles zaghawa contrôlent sont beaucoup plus importants que ceux contrôlés par les Four. Il y a donc eu très vite des conflits entre ces deux groupes ethniques à l’intérieur même des groupes rebelles, notamment pour des questions de leadership. Minni Arku Minnawi, un chef zaghawa, a beaucoup accentué les frictions avec les Four, ainsi que les divergences entre les combattants du terrain et les politiciens en exil.
L’autre mouvement rebelle, le JEM (Mouvement pour la justice et l’égalité) est essentiellement composé de Zaghawa de la zone frontière, qui n’ont pas vraiment réussi à étendre leur zone d’influence géographique. Dans les années 1990, les leaders du JEM ont pour la plupart été proches du mouvement islamiste soudanais d’El-Tourabi, aujourd’hui opposé au régime de Khartoum et réprimé par le pouvoir central. Ce passé leur pose un problème de crédibilité tant au Darfour que vis-à-vis de la communauté internationale.
Les deux groupes rebelles ont un discours semblable, centré sur la marginalisation dont le Darfour est victime. Mais pour avoir du soutien parmi les populations rurales du Darfour, les chefs rebelles ont d’abord reposé sur leurs liens ethniques, et ont bénéficié de l’exacerbation de conflits dont les groupes non-arabes du Darfour – Four, Zaghawa, Massalit – ont été les victimes depuis une vingtaine d’années. L’enjeu primordial de ces conflits locaux est la terre. Le Darfour possède un système foncier unique, très élaboré et très ancien. Ce système traditionnel fait de certains groupes, dont presque tous les groupes non-arabes, les détenteurs d’un droit moral sur la terre — sans pour autant interdire aux autres, ceux qui n’ont pas de terre en propre et qui sont essentiellement des Arabes nomades éleveurs de chameaux, de migrer ou de s’installer sur les terres. Dans les années 1980 et 1990, les terres des Four, des Massalit commencent à être convoitées par des populations arabes nomades, dont certaines venues du Tchad, chassées par des vagues de sécheresse et par la guerre. De violents conflits éclatent. Dans les années 1990 et 2000, des heurts se produisent également entre Arabes et Zaghawa. Cela commence parfois par de petites histoires de vols de chameaux, mais finit très vite avec des morts de chaque côté.
Ces conflits fonciers ont été mal gérés par le pouvoir central de Khartoum, qui n’a pas su y mettre un terme, et a fait preuve de partialité en se rangeant plutôt du côté des Arabes. Appauvris et sans terres, ceux-ci pouvaient apparaître aux yeux du gouvernement soudanais comme plus faciles à contrôler que les élites traditionnelles du Darfour. Khartoum a voulu faire de ces Arabes nomades des affidés lui permettant de contrôler la région. C’est parmi eux que furent recrutées les milices Janjawid pour faire face aux rebelles.
Les Janjawids ne comptent que des Arabes dans leurs rangs ?
Non, il n’y a pas que des Arabes, et surtout, il n’y a pas tous les Arabes… Mais les Janjawid sont majoritairement composés d’Arabes nomades qui comptent sur le conflit pour acquérir du pouvoir et des terres. Ils veulent l’autonomie de leurs chefferies traditionnelles, des droits fonciers, du développement et tout ce qui leur permettrait d’accéder à davantage de pouvoir politique et à un niveau social plus élevé. Pour l’instant, au lieu de rejoindre la revendication collective que porte la rébellion, qui n’a jamais cessé de parler au nom de tous les Darfouriens et pas seulement des non-arabes, ils ont choisi de se mettre du côté de Khartoum.
Les Janjawid sont-ils complètement contrôlés par le gouvernement soudanais ?
Ils ont toujours bénéficié d’une certaine autonomie, mais globalement ils sont placés sous le contrôle du pouvoir central. Cette relation ne va pas sans heurts : les Janjawid se sentent de plus en plus instrumentalisés par le gouvernement et tendent aujourd’hui à négocier des cessez-le-feu séparés avec les rebelles, voire à rejoindre la rébellion. D’un autre côté, des témoignages font état de plus en plus mauvais rapports entre les Janjawid et l’armée soudanaise, qui parfois s’oppose à certaines de leurs exactions en protégeant les civils, et globalement vit mal leur manière de faire la guerre. Le gouvernement soudanais a instrumentalisé des conflits locaux pour recruter et contrer les rebelles. Ces derniers ont fait la même chose pour recruter des troupes au sein de populations qui était déjà souvent constituée en groupes d’auto-défense et cherchaient à acquérir des armes pour faire face aux Janjawid.
Comment est-on passé de cette séquence de conflits locaux à la guerre qui depuis ravage le Darfour à une échelle bien plus massive ?
La guerre commence vraiment en avril 2003 quand les rebelles de la SLA et du JEM, déjà confrontés à des attaques aériennes, mènent un raid éclair sur la capitale du Darfour Nord, El-Fasher, occasionnant de fortes pertes matérielles : ils parviennent à détruire les avions Antonov et les hélicoptères qui se trouvent sur l’aéroport. Pour le pouvoir, c’est une véritable humiliation. C’est à ce moment-là que le gouvernement décide de faire appel massivement aux milices Janjawid et de les armer, en leur donnant carte blanche pour réprimer la rébellion. Les Janjawid se déplacent à cheval et à chameau, mais aussi en voiture, et ils portent souvent des uniformes de l’armée. Très souvent, l’armée proprement dite les accompagne par voie terrestre et les soutient par des bombardements aériens.
D’avril 2003 à la mi-2004, les milices et l’armée s’attaquent ainsi massivement aux villages non-arabes du Darfour, accusés en bloc, à tort ou à raison, de soutenir la rébellion.
Les Arabes, y compris ceux qui ont des sympathies envers la rébellion, sont à ce moment-là rappelés vers « leur » camp. Le conflit devient alors de plus en plus bipolaire : des identités « arabe » et « non-arabe » se cristallisent, même si certains groupes arabes résistent tant bien que mal aux pressions du pouvoir central.
Les rebelles, en particulier le groupe de Minni Minnawi, accentuent le clivage entre Arabes et non-Arabes en nettoyant et déplaçant certains villages arabes qui se trouvent dans leurs zones, alors même que leurs habitants n’ont pas nécessairement participé aux exactions des Janjawid. Les rebelles et les civils non-arabes reconnaissent qu’ils ont aussi une responsabilité dans la cristallisation ethnique qui s’est produite.
Pour le gouvernement, cette campagne de contre-insurrection s’avère plutôt contre-productive. Elle permet aux groupes rebelles de recruter facilement parmi les civils victimes d’attaques. C’est à ce moment-là que la rébellion est passée de quelques centaines d’hommes à plusieurs milliers, peut-être 10 000 en 2004, un nombre qui est resté relativement stable depuis.
Quel est l’impact de cette campagne sur les populations civiles ?
C’est durant cette première phase du conflit que la violence est la plus forte, et que l’on compte l’essentiel des morts. Aujourd’hui, certains font comme si la violence n’avait jamais diminué et continuent de multiplier des estimations du début du conflit, en arrivant ainsi à des chiffres de 400 000 morts. Des estimations plus sérieuses, comme celles du Centre de recherches sur l’épidémiologie des désastres de l’université de Louvain, en Belgique, comptent un peu plus de 130 000 morts liés au conflit entre septembre 2003 et juin 2005. La violence directe est la cause de 26 % de ces dècès (41 000), les autres facteurs étant des maladies ou la malnutrition, souvent liées à des déplacements forcés.
Ceci dit, le décompte des morts n’est pas forcément la meilleure manière de rendre compte de l’impact de ce conflit. Les Janjawid et l’armée ne tuent pas systématiquement les civils. Tuer sert à terroriser les populations, mais n’est pas nécessairement un but en soi. Le plus souvent, ils cherchent à pousser les civils à la fuite pour que la rébellion perde son ancrage local. Mais les Janjawid cherchent aussi à piller, activité dont ils tirent une grande partie de leurs revenus : vols d’animaux, de biens sur les marchés… Des viols sont commis mais il n’existe pas, comme on a pu l’entendre parfois, de volonté de recomposition ethnique de la population par ce biais. C’est surtout une « arme de guerre » pour terroriser et humilier les civils.
Les groupes rebelles du Darfour sont-ils soutenus par le Tchad ?
Au départ ce n’était pas le cas. Dès le début des années 1990, des Zaghawa du Darfour qui ont soutenu Idriss Déby dans sa prise de pouvoir contre la dictature d’Hissène Habré lui ont demandé son aide contre le Soudan. Mais le président tchadien a systématiquement refusé parce qu’il avait aussi reçu, à l’époque, le soutien d’Omar El-Béchir, avec lequel il souhaite conserver de bonnes relations… Quand la guerre commence en 2003 et que les Zaghawa soudanais désertent l’armée tchadienne pour nourrir les rangs de la rébellion contre le régime de Khartoum, Idriss Déby se retrouve coincé entre ses soutiens zaghawa -y compris dans son premier cercle familial- et son allié traditionnel soudanais. Déby essaie alors de s’opposer aux groupes rebelles du Darfour. Il envoie des troupes au Soudan pour combattre la SLA et le JEM, mais ses propres soldats refusent de combattre d’autres Zaghawa. Le gouvernement soudanais lui tient rigueur de cette incapacité à mettre au pas son propre groupe ethnique et à contrôler sa frontière. A partir de 2005, le Soudan commence à soutenir systématiquement les rebelles tchadiens. En décembre 2005, le régime de N’Djaména subit une attaque surprise à Adré, à la frontière. A partir de là, le Tchad commence à changer de position, et à soutenir les rebelles du Darfour. Mais beaucoup d’entre eux résistent à la volonté du Tchad de les mettre à son service pour protéger sa frontière : ils n’ont pas envie de se battre pour Idriss Déby, ils veulent se battre pour leur propre compte. Certains rebelles du Darfour, en particulier le JEM, font la guerre pour le Tchad, mais c’est une guerre parallèle, dont l’enjeu n’est plus vraiment le Darfour mais plutôt le maintien au pouvoir de Déby.
Il faut distinguer d’une part la guerre du Darfour, et de l’autre, l’affrontement entre les deux Etats par l’intermédiaire de groupes rebelles et de milices. C’est ce dernier conflit qui entraîne aujourd’hui une contamination du sud-est du Tchad par des affrontements semblables à ceux du Darfour, avec des attaques de villages par des milices locales qu’on appelle aussi « Janjawid » alors même qu’elles ne viennent pas toutes du Soudan et ne sont pas uniquement composées d’Arabes. La communauté internationale et les médias, ont une vraie responsabilité du fait de l’analyse simpliste qu’ils conduisent de ce conflit tchadien comme d’un pur conflit entre « Africains », donc indigènes, et « Arabes », forcément étrangers. Le risque de cette simplification, c’est justement le transfert d’un conflit global arabe/non arabe du Darfour vers le Tchad. Idriss Déby a très bien su rebondir sur la simplification médiatique en se posant en victime d’une tentative d’arabisation. C’est une façon pour lui de masquer les problèmes internes du Tchad, à commencer par l’absence de démocratisation.
Après la période de grande violence de 2003, que s’est-il passé ?
La pression internationale a été très forte, notamment pour obtenir l’entrée des ONG au Darfour. Un cessez-le-feu est décrété en avril 2004. Mal appliqué, il a quand même des effets indéniables. La présence de l’Union africaine et d’organisations humanitaires internationales a contribué à contenir la violence. Les patrouilles de la Commission du cessez-le-feu de l’Union Africaine, comprenant des représentants des rebelles et du gouvernement de Khartoum, ne pouvaient qu’observer et rapporter les violences, mais cela a joué un rôle dissuasif par endroits. Les bombardements aériens ont nettement diminué à partir de la mi-2004.
Le 5 mai 2006, le gouvernement soudanais et certains mouvements rebelles signent les accords de paix d’Abuja, qui prévoie le désarmement des belligérants et l’insertion de combattants rebelles dans l’armée soudanaise, une meilleure représentation des rebelles au sein du pouvoir central et régional, de l’argent pour la reconstruction et l’indemnisation des victimes, la mise en place d’un processus de réconciliation entre les différentes communautés… Le problème n’est pas tant le contenu de cet accord que son application, et le fait qu’il n’ait été signé que par une seule faction rebelle, la branche de la SLA conduite par Minni Minnawi a signé le texte. L’autre faction, dirigée par son rival four Abdelwahid Mohamed Ahmed Al-Nour, s’y refuse. Les Américains, qui ont parrainé l’accord, ont cru en Minnawi et en sa force militaire sur le terrain, et n’ont pas pris en compte l’existence d’autres leaders plus fiables. A partir du moment où Minnawi signait, plus personne ne voulait le faire : considéré comme l’un des leaders rebelles les plus abusifs, il est impopulaire et contesté en interne.
Après Abuja, le gouvernement soudanais arme les signataires, en particulier Minnawi, et leur demande de se battre contre les non-signataires. Les rebelles de Minnawi s’en prennent violemment aux civils four et même zaghawa. Ils deviennent en quelque sorte des Janjawid non arabes, armés par le gouvernement soudanais dans les mêmes conditions que les Janjawid.
A l’été 2006, Minnawi est défait par les non-signataires. L’armée soudanaise entre alors dans la zone rebelle et essuie une lourde défaite en septembre 2006, sous les assauts conjoints du JEM et des factions non-signataires de la SLA, essentiellement un groupe qu’on appelle le G19.
A partir de là, commence la troisième phase du conflit du Darfour : le gouvernement soudanais redonne carte blanche aux Janjawid. Mais ces milices sont aujourd’hui beaucoup plus réticentes à se battre contre les rebelles, convaincues depuis la négociation d’Abuja, que le gouvernement ne fait rien pour soutenir réellement leurs revendications propres. Ils exigent de plus en plus de garanties de Khartoum, notamment d’être réellement intégrés à l’armée, et pas seulement d’en recevoir des uniformes.
Comment les accords d’Abuja s’articulent-ils au précédent accord de paix signé entre le gouvernement soudanais et la rébellion de John Garang ?
La difficulté, notamment du point de vue des Etats-Unis qui ont patronné les deux accords, est que les revendications des rebelles du Darfour sont limitées par l’accord signé à Naivasha, au Kenya, en 2005 pour mettre fin au conflit entre le Nord et le Sud qui durait depuis plus de vingt ans. Faire entrer plus de Darfouriens dans le gouvernement soudanais comme le souhaitent les rebelles implique de remettre en cause la répartition des pouvoirs concédée à Naivasha entre le parti au pouvoir, le Congrès national d’Omar El-Béchir, et la SPLA. Les Sud-Soudanais y sont réticents, tout comme les Américains.
L’envoi d’une force internationale pilotée par l’ONU permettrait-elle d’améliorer le sort des civils ?
Qu’est-ce que les casques bleus pourront faire de plus que l’Union africaine ? Ils auront peut-être un mandat un peu plus large pour protéger les civils, un meilleur équipement, mais cela ne suffira pas à mettre fin à l’insécurité généralisée à laquelle tous les groupes armés – y compris de simples milices tribales qui s’affrontent parfois entre elles — participent aujourd’hui.
Sans compter l’instrumentalisation qui peut être faite de la présence de troupes de l’ONU au Soudan : le régime ne manquerait pas de présenter cette intervention en une attaque occidentale contre l’islam et les Arabes, avec les risques que cela peut entraîner pour les humanitaires occidentaux déjà présents sur place, et donc pour les civils qui dépendent de l’aide humanitaire… Omar El-Béchir essaie de se montrer à son opinion intérieure comme un leader nationaliste, musulman, du tiers-monde, qui résiste aux diktats de la puissance américaine. C’est rentable au niveau de son image nationale et dans le monde arabe. L’enjeu du Darfour est finalement presque secondaire dans cette optique.
Depuis un an, en s’opposant aux casques bleus, le régime soudanais à réussi à focaliser toutes les énergies et le débat sur le Darfour là-dessus. Or ce n’est pas un conflit que l’on résoudra par une force de maintien de la paix. Il faut arrêter de voir le conflit du Darfour comme la simple succession d’attaques de milices armées contre des civils. C’est un conflit entre un gouvernement qui a essuyé des défaites et a répondu par la violence, et une rébellion très efficace, mais qui n’a pas gagné la guerre et ne peut aujourd’hui prétendre renverser le gouvernement. Il n’y a pas d’autre solution que de relancer un processus politique. La leçon de l’échec d’Abuja, c’est d’abord qu’il faut cesser de « choisir » parmi les rebelles et de jouer une faction contre toutes les autres. Seuls des rebelles unis seront en mesure de négocier une paix satisfaisante.
L’émission de mandats d’arrêt par la Cour pénale internationale (CPI) à l’encontre de responsables soudanais peut-elle permettre d’apaiser le conflit ?
Au début du conflit, la communauté internationale s’est déchargée de son devoir d’agir en obtenant une large ouverture du Darfour aux humanitaires et en chargeant la CPI de juger les crimes commis. Mais ni l’action humanitaire ni la justice internationale ne peuvent résoudre un conflit en cours : ce n’est pas leur rôle. La CPI est très attendue par les populations non-arabes du Darfour, mais elle peut avoir un effet secondaire dangereux pour la réconciliation future des communautés. Certains groupes ethniques vont se sentir mis à l’index lorsqu’un de leurs chefs traditionnels ou politiques sera accusé par la CPI. Une des manières de contrebalancer cet effet peut être de ne pas juger seulement les exactions des Janjawid, mais de s’intéresser rapidement à celles commises par les rebelles, en particulier Minni Minnawi.
Quelles sont les ONG aujourd’hui présentes au Darfour et que peuvent-elles y faire ?
Elles sont très nombreuses : on compte plus de 80 ONG et 13 agences de l’ONU. Contrairement à ce qui a été dit, les ONG ne se sont pas retirées du Darfour, à l’exception de Médecins du Monde. Elles continuent au contraire de mener des programmes ambitieux bien qu’après l’accord d’Abuja, elles ont décidé de ne plus se rendre, pendant plusieurs mois, dans certaines zones jugées trop dangereuses, et où les humanitaires ont eux-mêmes été victimes de violences. Les plus gros problèmes ont été rencontrés au camp de Gereida, le plus grand camp de déplacés au monde avec environ 130 000 personnes, dans une zone contrôlée par des factions rebelles en principe fidèles à Minni Minnawi. Deux ONG qui y travaillaient, Oxfam et Action contre la faim, ont été prises pour cible. Un vol de voitures a dégénéré en violences contre les expatriés. Un viol a été commis. Certaines ONG se sont alors retirées de Gereida, et seulement de Gereida. Seul le CICR est resté dans le camp et continue à nourrir la population.
L’ouverture de corridors humanitaires depuis le Tchad, annoncée par Bernard Kouchner, pourrait-elle améliorer la situation sur le terrain ?
Une fois de plus, c’est une proposition humanitaire pour une situation de guerre qui ne se résume pas à une crise humanitaire. En fait, c’est une idée qui vient quatre ans trop tard. En 2003, au début du conflit, quand le gouvernement soudanais restreignait l’accès du Darfour aux humanitaires, on aurait pu envisager de passer par le Tchad, comme on passait par le Kenya pour venir en aide au Sud-Soudanais. Mais les pressions internationales ont permis une ouverture aux humanitaires jamais vue auparavant, et le déploiement d’une opération de grande ampleur qui a pu peu à peu accéder, depuis Khartoum et les zones gouvernementales, à la quasi-totalité des populations du Darfour. Après Abuja, cet accès a diminué, non en raison de restrictions gouvernementales, mais de craintes des ONG quant à leur propre sécurité, justifiées par une augmentation sensible des incidents les visant. A ce moment-là, on aurait pu penser à un corridor passant par le Tchad pour venir en aide aux civils qui survivent en dehors des camps, dans la zone rebelle du Darfour Nord, frontalière du Tchad. Mais aujourd’hui, on se rend compte qu’il est de nouveau possible d’accéder à cette zone depuis la zone gouvernementale, et que les risques n’y sont pas si importants que ce qu’on avait cru. Passer par le Tchad présente en revanche d’autres risques : le gouvernement pourrait interpréter un tel corridor comme une entorse à sa souveraineté et limiter en retour l’accès humanitaire en zone gouvernementale. D’autre part, le Tchad lui-même est loin d’être sans risques : les ONG y sont proportionnellement davantage victimes d’attaques – dont le but est essentiellement de voler des voitures – qu’au Darfour. Plus grave, depuis 2006, des villes tchadiennes qui sont des bases importantes pour les humanitaires, comme Abéché, Adré, Goz Beïda, Koukou Angarana, et même la capitale, N’Djaména, ont été attaquées par des groupes rebelles tchadiens – au Darfour, les rebelles n’ont plus attaqué de villes gouvernementales importantes depuis la mi-2003. Non seulement la présence de forces françaises n’y change rien, mais le fait qu’elles soutiennent ouvertement le régime d’Idriss Déby fait au contraire courir des risques aux humanitaires français présents sur place. Si la France veut avoir une crédibilité dans ses propositions sur le Darfour, elle ferait bien de faire preuve de plus de neutralité au Tchad. Et plus généralement, si la France veut se montrer généreuse envers le Darfour et ses habitants, elle peut le faire facilement en accordant l’asile politique aux nombreux Darfouriens qui échouent chez nous et sont systématiquement soupçonnés d’être des immigrés économiques. J’ai rencontré dans les zones rebelles du Darfour des gens qui avaient traversé le Sahara puis embarqué sur des barcasses en Méditerranée avant de se faire arrêter à Malte puis renvoyer en Libye.Si Bernard Kouchner veut vraiment aider les Darfouriens, il ne devrait pas abandonner l’asile politique au fameux ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale.
Propos recueillis par Florence Brisset-Foucault
Darfour 20 mars 2007
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Durée: 16:08 Taken: 20 mars 2007 Location: France_Culture, France
>>> extraits
de
Jacky Mamou, Président d'Urgence-Darfour, ancien président
de Médecins du Monde, invité de France Culture - 20 mars
2007.
Ecouter l'intégralité :
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/fiche.php?diffusion_id=50949
Chronologie
1987-1989 : Permière guerre entre Arabes et Four, terminée par une conférence de paix dont les résolutions ne seront jamais vraiment appliquées. Des mouvements d’opposition darfouriens commencent à s’organiser.
Avril 2003 : Deux mouvements rebelles darfouriens, le JEM et la SLA, se coordonnent et attaquent El-Fasher, la capitale du Darfour Nord. Campagne de contre-insurection extrêmement violente : le gouvernement donne carte blanche aux Janjawids.
Juillet-Septembre 2004 : Résolutions du Conseil de sécurité (1556 et 1564) qui menace Khartoum de sanctions et déploiement de la force de l’Union africaine (7000 hommes).
Mars 2005 : Le Conseil de sécurité saisit la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité.
5 mai 2006 : Signature des accords d’Abuja, entre le gouvernement et une faction de la SLA. Ces derniers attaquent les non-signataires. Reprise des violences.
11 septembre 2006 : Les factions non-signataires défont les forces gouvernementales à Am Sidir, au Darfour Nord.
Avril 2007 : Khartoum accepte la venue de 3000 casques bleus.
http://www.mouvements.asso.fr/spip.php?article118
L'actualité du
Tchad
(d'après l'Agence France Presse)
Tchad: L'Union Européenne a donné son feu vert lundi aux préparatifs d'envoi, à la demande de l'ONU, d'une force militaire européenne au Tchad et en Centrafrique, afin d'y protéger les centaines de milliers de civils touchés par le conflit du Darfour
BRUXELLES, 23 juil 2007 - Les 27 ont donné leur feu vert lundi aux préparatifs d'envoi, à la demande de l'ONU, d'une force militaire européenne au Tchad et en Centrafrique (RCA), afin d'y protéger les centaines de milliers de civils touchés par le conflit dans la province soudanaise voisine du Darfour. Les ministres des Affaires étrangères réunis à Bruxelles ont demandé de "continuer à planifier" une intervention européenne en appui temporaire à une mission de police de l'ONU dans l'est du Tchad et le nord-est de la République centrafricaine (RCA). L'objectif est d'agir à tous les niveaux -humanitaire, politique et militaire- afin d'aider les populations de ces régions limitrophes du Darfour et déstabilisées par le conflit meurtrier qui y sévit. Au Tchad seul, cela concerne, selon l'ONU, 236.000 réfugiés du Darfour et 173.000 déplacés tchadiens. L'UE prend soin de souligner que toute opération "devra être fondée sur une résolution préalable du Conseil de sécurité des Nations unies, avec une +stratégie de sortie+, en pleine coopération avec l'ONU et l'Union +africaine (UA) et en consultation" avec les gouvernements tchadien et centrafricain. La décision politique finale d'autoriser l'envoi de soldats européens pour protéger, outre les organisations humanitaires, quelque 300 policiers de l'ONU encadrant eux-mêmes 850 policiers tchadiens, pourrait être prise en septembre en vue d'un déploiement effectif en octobre, avaient indiqué vendredi des diplomates. L'idée d'une mission de police de l'ONU appuyée militairement par l'UE, proposée en février dernier, n'a été acceptée que récemment et sous conditions par N'Djamena et Khartoum, d'abord réticents. En raison de la présence permanente de troupes françaises dans les deux pays, "l'ossature de cette force serait française", selon des diplomates, mais la participation de soldats d'autres pays européens, encore à déterminer, est pour le même motif, jugée indispensable afin d'éviter toute confusion. Les effectifs européens n'ont pas encore été fixés, mais sur ce type de missions "on tourne souvent autour de 1.500 à 2.500 soldats", avait souligné un diplomate.
Tchad: Les bailleurs demandent au Tchad de respecter l'accord sur le pétrole signé en 2006 avec la Banque mondiale, qui lui impose de consacrer 70% de ses ressources pétrolières à son développement
N'DJAMENA, 29 juin 2007 - Le Tchad doit essayer de respecter l'accord signé en 2006 avec la Banque mondiale, qui lui impose de consacrer 70% de ses ressources pétrolières à son développement, lui ont demandé ses bailleurs de fonds dans un document dont l'AFP a obtenu vendredi une copie. Le gouvernement tchadien doit "se rapprocher du ratio prévu dans le protocole d'accord" signé il y a un an avec l'institution financière internationale, et notamment le "respect de la règle des 70%", indique ce texte adopté à l'issue d'une réunion des bailleurs la semaine dernière. Selon un récent document du ministère tchadien des Finances dont l'AFP a obtenu une copie, N'Djamena ne devrait pas pouvoir respecter cette année son engagement d'affecter 70% de ses pétrodollars au financement de "programmes prioritaires de réduction de la pauvreté". Cet écart a pour principale origine la forte hausse des dépenses militaires engagées par le régime du président Idriss Deby Itno pour lutter contre les rebelles actifs dans l'est du pays, dont le montant est évalué à 91 milliards de francs CFA (près de 140 millions d'euros) en 2007, selon le gouvernement tchadien et les bailleurs. La semaine dernière, le ministre tchadien des Finances Abbas Tolli s'était lui-même publiquement inquiété des risques de dérapage du déficit budgétaire de son pays d'ici 2010, en raison de la baisse de sa production espérée de pétrole et de la hausse incontrôlée de ses dépenses. Dans leur document, les bailleurs lui ont donc demandé de "préparer un cadre budgétaire à moyen terme réaliste et soutenable sur les contrats et les engagements hors crédits budgétaires" et de "revoir la programmation des infrastructures sociales". Considéré comme l'un des pays les plus pauvres du monde, le Tchad a présenté pour la première fois en 2007 un projet de budget excédentaire grâce à la forte hausse des revenus qu'il tire depuis 2003 de son pétrole, estimés par des experts à près d'un milliard de dollars pour 2007.
Tchad: Une délégation du gouvernement tchadien et des chefs rebelles commenceront aujourd'hui en Libye des négociations en vue de parvenir à une solution qui garantisse la paix et la stabilité" au Tchad
TRIPOLI, 21 juin 2007 - Une délégation conduite par le numéro deux du gouvernement tchadien va rencontrer des chefs rebelles hostiles au président Idriss Deby Itno, vendredi à Tripoli, a annoncé jeudi un haut diplomate libyen. Les deux délégations "commenceront vendredi leurs négociations en vue de parvenir à une solution qui garantisse la paix et la stabilité" au Tchad, a déclaré Mohamed Sayala, chargé de la coopération au ministère libyen des Affaires étrangères. Cette rencontre est organisée sous l'égide de Tripoli et de Khartoum, a précisé M. Sayala à des journalistes, en présence des deux délégations tchadiennes qui ont été reçues auparavant par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. La délégation gouvernementale est conduite par le ministre d'Etat chargé des Infrastructures, Adoum Younousmi. Les groupes rebelles sont représentés quant à eux par Mahamat Nouri, président de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), Abdelwahid Aboud Makkay, de l'UFDD-Fondamentale, Timane Erdimi, chef du Rassemblement des forces pour le changement (RFC), et Hassan Saleh al-Djinédi, dirigeant de la Concorde nationale tchadienne (CNT). "Nous sommes ici pour parler de paix, ce qui est un élément essentiel pour le développement d'un pays", a déclaré M. Younousmi. "Nous remercions nos frères (rebelles) qui ont accepté de nous parler pour résoudre les problèmes de notre pays", a-t-il dit. "Nous tendons nos mains à la paix", a affirmé pour sa part M. Djinédi. "Ensemble nous construirons le Tchad et avec l'unité nous ferons la paix", a-t-il ajouté, faisant état de "signes indiquant qu'un accord pourrait être trouvé". Selon l'agence officielle libyenne Jana, le dirigeant libyen a proposé d'acheter les armes des mouvements rebelles et suggéré que ces derniers se transforment en partis politiques d'opposition. Le Tchad accuse le Soudan de soutenir ces groupes qui ont lancé depuis plus d'un an et demi plusieurs attaques contre les forces gouvernementales depuis l'est du pays.
Tchad: Le président tchadien Idriss Deby Itno s'est déclaré dimanche à N'Djamena disposé à discuter de l'envoi d'une force internationale à vocation "humanitaire" dans le sud-est de son pays, contaminé par le conflit au Darfour voisin
N'DJAMENA, 10 juin 2007 - Le président tchadien Idriss Deby Itno s'est déclaré dimanche à N'Djamena disposé à discuter de l'envoi d'une force internationale à vocation "humanitaire" dans le sud-est de son pays, contaminé par le conflit au Darfour (ouest du Soudan) voisin. M. Deby s'exprimait à l'issue d'une rencontre d'une heure en tête-à-tête à N'Djamena avec le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner, en tournée en Afrique. A un journaliste qui lui demandait s'il acceptait le déploiement d'une telle force, proposée par la France, M. Deby a répondu: "La discussion va se faire autour de quelle formule (devra être choisie, ndlr). Sur le principe, nous sommes d'accord sur un certain nombre de points précis qui seront rendus publics avant le 25 juin", date à laquelle est organisée à Paris une conférence internationale sur le Darfour. "Nous n'avons pas arrêté de solution précise mais nous avons cherché des pistes (...) qui permettraient certainement d'apporter un plus de réconfort, une assurance aux réfugiés (soudanais du Darfour des camps de l'est du Tchad), aux déplacés (tchadiens ayant fui leurs villages proches de la frontière soudanaise) et aux humanitaires qui travaillent dans des conditions sécuritaire extrêmement difficiles", a ajouté le président tchadien. Interrogé sur un possible déploiement de Casques bleus et d'une force européenne, M. Deby a répondu: "Pourquoi pas?". Après avoir donné son accord de principe fin 2006, le Tchad avait finalement fait savoir fin février qu'il refusait le déploiement d'une force militaire que l'ONU souhaitait envoyer pour sécuriser ses frontières avec le Darfour et la Centrafrique. De son côté, M. Kouchner a indiqué avoir "élaboré avec le président Deby un certain nombre de possibilités que nous allons travailler avec un groupe de trois personnes de chaque côté, à Paris dans quelques jours, et ici à nouveau". Le ministre s'est rendu samedi dans le sud-est du Tchad où plus de 160.000 personnes déplacées par les violences transfrontalières - prolongements du conflit du Darfour, qui a également avivé des conflits inter-communautaires - sont venus s'ajouter ces derniers mois aux près de 230.000 réfugiés soudanais ayant fui le Darfour depuis le début de la guerre civile en 2003. La force voulue par la France serait composée "de soldats français, européens et tchadiens ainsi que de gendarmes d'autres pays africains, sous drapeau onusien", a indiqué une source diplomatique. Sa mission consisterait à "sécuriser" l'environnement des camps de déplacés et de réfugiés, mais aussi "à aider à réinstaller les déplacés dans leurs villages", a ajouté cette source.
Tchad: Les députés tchadiens ont refusé lundi à une forte majorité d'autoriser le gouvernement à légiférer par ordonnances durant les vacances parlementaires, du 4 juin au 4 octobre
N'DJAMENA, 4 juin 2007 - Les députés tchadiens ont refusé lundi à une forte majorité d'autoriser le gouvernement à légiférer par ordonnances durant les vacances parlementaires, du 4 juin au 4 octobre, une première depuis que le président Idriss Deby Itno est au pouvoir, a rapporté la radio nationale. Le projet de loi habilitant l'exécutif à avoir recours aux ordonnances, traditionnellement adopté chaque année avant les vacances parlementaires, a été rejeté par 81 députés, contre seulement 29 qui ont voté pour et 14 abstentions. C'est la première fois depuis l'arrivée au pouvoir d'Idriss Deby Itno en 1990 que l'Assemblée nationale, où le Mouvement patriotique du Salut (MPS) du chef de l'Etat dispose d'une majorité absolue, s'oppose à une telle mesure. Selon la radio, les parlementaires ont demandé au gouvernement de lui préciser les domaines dans lesquels il entend légiférer par ordonnances. Les élus redoutaient notamment que l'exécutif adopte par ordonnance un collectif budgétaire pendant l'intersession, empiétant ainsi sur une prérogative de l'Assemblée, ont expliqué à l'AFP des sources parlementaires. "Ce n'est pas un désaveu, le Parlement a joué son rôle", a assuré après le vote le Premier ministre Kassiré Coumakoye. "Le Parlement a souhaité que le gouvernement soit explicite, parce qu'il ne veut pas qu'on légifère (par ordonnance) en matière de budget", a-t-il ajouté.
Tchad: L'ONG britannique Oxfam a accusé jeudi les bailleurs de fonds de se désintéresser de la crise dans l'est du Tchad et les a appelés à accroître "avec urgence" leur aide pour éviter un "échec humanitaire international"
N'DJAMENA, 3 mai 2007 - L'ONG britannique Oxfam a accusé jeudi les bailleurs de fonds de se désintéresser de la crise dans l'est du Tchad, où la situation "se détériore rapidement", et les a appelés à accroître "avec urgence" leur aide pour éviter un "échec humanitaire international". "Cette année, l'ONU a lancé un appel de 174 millions de dollars pour le Tchad, mais n'en a reçus que 72", déplore l'organisation dans un communiqué, notant que certains secteurs cruciaux comme l'eau et le système sanitaire demeurent dépourvus de fonds. Selon Oxfam, qui participe à l'effort humanitaire dans la région de Goz Beïda, dans l'est du Tchad frontalier du Soudan, certains pays comme le Japon, l'Italie, l'Espagne, l'Australie, l'Allemagne et la France ont fourni à l'appel de l'ONU "une réponse inadéquate ou inexistante". "Oxfam appelle les pays riches à financer avec urgence l'appel afin de répondre à des besoins humanitaires de plus en plus désespérés", ajoute l'organisation. "La communauté internationale n'a jusqu'ici pas réussi à endiguer la propagation du conflit (...) C'est un échec politique international", affirme dans ce communiqué le directeur d'Oxfam International Jeremy Hobbs. "La crise ne doit pas devenir un échec humanitaire international en raison d'un déficit de financements adéquats". L'est du Tchad est en proie à des rébellions hostiles au président tchadien Idriss Deby Itno, ainsi qu'à des violences intercommunautaires et à des attaques transfrontalières souvent liées à la guerre civile qui sévit depuis février 2003 au Darfour, dans l'ouest du Soudan. La crise au Darfour a poussé plus de 200.000 Soudanais à se réfugier au Tchad, et leur présence contribue à l'instabilité de cette région. "La crise humanitaire se détériore rapidement (...) à cause des récents déplacements de personnes fuyant les combats", souligne Oxfam. Selon l'ONG, le nombre de Tchadiens contraints de fuir les violences dans l'est du pays a "plus que quadruplé, passant de 30.000 à 140.000" au cours des douze derniers mois. Quelque 375.000 personnes qui se trouvent sur le territoire tchadien ont été déplacées par les violences au Tchad ou dans les pays voisins. Parmi elles, "10.000 personnes ont besoin d'une assistance urgente à la suite d'attaques perpétrées au cours du dernier mois", prévient l'organisation.
Tchad: Plusieurs syndicats tchadiens ont lancé un appel à une grève de deux semaines dans la fonction publique à compter de mercredi afin d'obtenir du gouvernement l'augmentation du salaire minimum et des retraites
N'DJAMENA, 1 mai 2007 - Plusieurs syndicats tchadiens ont lancé mardi, à l'occasion de la Fête du travail, un appel à une grève de deux semaines dans la fonction publique à compter de mercredi afin d'obtenir du gouvernement l'augmentation du salaire minimum et des retraites. Cette intersyndicale, emmenée par la principale centrale du pays, l'Union des syndicats du Tchad (UST), a ouvert des négociations avec le pouvoir pour obtenir l'augmentation du point d'indice dans la fonction publique, le doublement du salaire minimum, fixé actuellement à 24.800 francs CFA (38 euros), et la revalorisation des retraites et allocations familiales. A ce jour, le gouvernement s'est engagé à augmenter de 10% la valeur du point d'indice, de 10% les retraites avec effet rétroactif au 1er janvier et à revaloriser les allocations familiales, a rappelé mardi devant la presse la ministre de la Fonction publique et du Travail, Fatimé Tchombi. "Nous prenons acte de ce premier pas fait par le gouvernement", lui a répondu le coordinateur de l'intersyndicale, Djibrine Assali. "Nous estimons néanmoins que ces propositions sont dérisoires et reflètent plutôt la mauvaise volonté du gouvernement de trouver des solutions satisfaisantes aux problèmes sociaux", a-t-il ajouté en appelant à la grève. Considéré comme l'un des pays les plus pauvres du monde, le Tchad est producteur de pétrole depuis octobre 2003. Mais le gouvernement du président Idriss Deby Itno, au pouvoir depuis 1990, est confronté à la grogne croissante de sa population, qui tarde à sentir les bénéfices des pétrodollars.
Tchad: Le PAM a lancé un nouvel appel à la communauté internationale pour obtenir des dons afin de faire face à une "situation d'urgence" dans l'est du Tchad à l'approche de la saison des pluies
N'DJAMENA, 29 avr 2007 - Le Programme alimentaire mondiale (PAM) a lancé un nouvel appel à la communauté internationale pour obtenir des dons afin de faire face à une "situation d'urgence" dans l'est du Tchad à l'approche de la saison des pluies, a-t-on appris dimanche auprès de l'agence de l'ONU. La situation actuelle dans l'est tchadien est "une situation d'urgence", a déclaré la directrice exécutive du PAM Josette Sheeran lors d'une visite à N'Djamena. "Nous avons besoin de plus de soutien parce que le problème s'aggrave, avec un augmentation du nombre de déplacés internes, mais aussi des réfugiés en provenance du Darfour (ouest du Soudan). On lance un appel pour avoir une aide supplémentaire", a-t-elle précisé. Mme Sheeran, qui a rencontré samedi plusieurs dirigeants tchadiens, a qualifié de "volatile" la situation sécuritaire dans l'est du Tchad, en proie à des violences transfrontalières et communautaires, ainsi qu'à des rébellions hostiles au président Idriss Deby Itno. "Au Tchad, un enfant de moins de cinq ans sur cinq meurt de famine et de malnutrition. Nous faisons face à un problème de famine et de malnutrition chronique", a-t-elle souligné. Plus de 200.000 Soudanais ont trouvé refuge dans l'est tchadien depuis le début de la guerre civile au Darfour voisin en février 2003. Des violences meurtrières ont par la suite déplacé, dans la même région, plusieurs milliers de Tchadiens. Les autorités de N'Djamena souhaitent déplacer vers l'intérieur du pays les camps de réfugiés situés dans l'est du Tchad, estimant que leur proximité avec la frontière soudanaise est une source d'instabilité.
Tchad: Les chefs d'Etats de la CEMAC, lors de leur 8e sommet, ont décidé de transformer le Secrétariat Exécutif de la CEMAC en Commission composé d'un Commissaire par pays, et relevé de son poste l'actuel gouverneur de la BEAC, Jean-Félix Mamalepot
N'DJAMENA, 26 avr 2007 - Les chefs d'Etat des six pays membres de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cémac) ont adopté mercredi à N'Djamena lors de leur 8e sommet une série de réformes de leurs institutions, selon le communiqué final de la réunion publié jeudi. Selon ce document, les présidents camerounais, centrafricain, congolais, gabonais, équato-guinéen et tchadien ont décidé de créer une commission, composée d'un commissaire par Etat membre et dirigée par un président choisi parmi eux, pour remplacer l'actuel secrétariat exécutif de l'organisation. Les chefs d'Etat ont également élargi la direction de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (BEAC), l'institut d'émission monétaire de la Cémac, en y créant trois nouveaux postes de directeurs généraux et porté à douze le nombre de ses directions. Le gouverneur actuel de la BEAC, le Gabonais Jean-Félix Mamalepot, a été "relevé de son poste", ajoute le texte du communiqué sans donner d'autre explication, précisant toutefois que son successeur n'a pas encore été nommé. Les chefs d'Etat ont par ailleurs décidé l'entrée en vigueur, à partir de juillet prochain, d'un passeport Cémac commun aux pays membres, et annoncé que la compagnie aérienne belge Brussels Airlines avait été retenue comme partenaire stratégique de leur future compagnie aérienne communautaire. Enfin, la présidence de la Cémac a été confiée pour un an à l'issue du sommet au chef de l'Etat camerounais Paul Biya.
Tchad: La CEMAC dénonce les "tentatives de déstabilisation" du Tchad et de la Centrafrique lors de son 8è sommet des Chefs d'Etat à N'Djaména
N'DJAMENA, 25 avr 2007 - Les chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cémac) ont condamné mercredi à N'Djamena "les tentatives de déstabilisation" du Tchad et de la Centrafrique, dans une déclaration dont l'AFP a obtenu une copie. Les présidents tchadien Idriss Deby Itno, centrafricain François Bozizé, gabonais Omar Bongo Ondimba, congolais Denis Sassou Nguesso et équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, ainsi que le Premier ministre camerounais Ephraïm Inoni, "condamnent toutes les tentatives de déstabilisation de la République du Tchad et de la République centrafricaine et de leurs institutions démocratiques". Dans cette "déclaration spéciale", les dirigeants réunis pour leur 8e sommet dans la capitale tchadienne soutiennent également "la consolidation de la paix à l'intérieur et à l'extérieur" des frontières de ces deux pays, confrontés à des rébellions venues, selon N'Djamena et Bangui, du Soudan voisin. En présence du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, parrain de plusieurs accords de paix restés lettres mortes entre le Tchad et le Soudan, la Cémac a également "encouragé" les autorités tchadiennes et centrafricaines à "poursuivre leur politique de bon voisinage" avec Khartoum. Sans fournir davantage de détails, l'organisation régionale évoque la création d'un "fonds spécial de solidarité destiné à assister les populations centrafricaines et tchadiennes déplacées" par les violences. Apportant son soutien à une revendication du Tchad, dont la région orientale est déstabilisée par la présence de plus de 200.000 Soudanais qui ont fui la guerre civile au Darfour, dans l'ouest du Soudan, la Cémac demande enfin aux "Nations unies d'examiner en urgence la question de la relocalisation des réfugiés". Selon les chefs d'Etat, la crise du Darfour "menace gravement la stabilité et la sécurité" de l'Afrique centrale. Dans une déclaration distincte, ils apportent leur soutien au projet de Mouammar Kadhafi en faveur de la création d'"Etats-Unis d'Afrique", et "invitent les autres Etats (de l'Union africaine) à en faire autant". Le sommet de la Cémac, initialement prévu mi-mars mais reporté à la demande du Gabon et du Congo, se poursuivait à huis clos dans la nuit de mercredi à jeudi. Selon des sources diplomatiques tchadiennes, les débats portaient sur les questions à l'ordre du jour, notamment sur la réforme des institutions de la Cémac et sur une nouvelle répartition des pouvoirs entre les Etats membres.
Tchad: Les chefs d'Etat des pays de la CEMAC se retrouvent ce mercredi à N'Djamena, lors du 8è sommet des Chefs d'Etat, pour discuter des réformes institutionnelles de leur organisation
N'DJAMENA, 24 avr 2007 - Les chefs d'Etat des pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cémac) se retrouvent mercredi à N'Djamena pour discuter des réformes institutionnelles de leur organisation, a-t-on appris mardi auprès de secrétariat exécutif de la Cémac. Outre le Congolais Denis Sassou Nguesso arrivé mardi en début d'après-midi, le Gabonais Omar Bongo Ondimba, l'Equato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, le Centrafricain François Bozizé et le Camerounais Paul Biya sont attendus d'ici mercredi autour de leur homologue tchadien Idriss Deby Itno, a-t-on appris auprès de la présidence tchadienne. Au cours de ce 8e sommet, les présidents des six pays membres doivent notamment examiner le rapport du comité de pilotage des réformes des institutions de la Cémac, selon une source diplomatique tchadienne. "L'objectif de la réforme, c'est le partage équilibré des institutions de la Cémac entre les Etats membres", a déclaré sous couvert de l'anonymat ce diplomate tchadien. En marge de leur rencontre, les chefs d'Etat de la Cémac, auxquels doit se joindre le président de l'archipel de Sao Tomé et Principe Fradique de Menezes, doivent également s'entretenir avec le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, arrivé mardi à N'Djamena. "Le colonel Kadhafi est venu sensibiliser les chefs d'Etat de la Cémac, les consulter et les encourager en vue de l'édification des futurs Etats-Unis d'Afrique", a expliqué le diplomate tchadien. Initialement prévu mi-mars, le 8e sommet des chefs d'Etat de la Cémac avait été reporté à la demande du Gabon et du Congo.
Tchad: La Commission européenne a débloqué 39,3 milliards de francs CFA supplémentaires d'aide humanitaire pour les personnes déplacées et les réfugiés au Soudan et au Tchad
BRUXELLES, 14 mars 2007 - La Commission européenne a débloqué mercredi 60 millions d'euros supplémentaires d'aide humanitaire pour les personnes déplacées et les réfugiés au Soudan et au Tchad, principalement en raison du conflit au Darfour. Cette nouvelle enveloppe pour 2007 vise à renforcer la protection des civils et à offrir une assistance de base pour les victimes (approvisionnement en eau, traitement des enfants souffrant de malnutrition, nécessaires médicaux d'urgence, dispensaires itinérants, produits d'hygiène et abris). Elle s'ajoute aux 50 millions d'aide alimentaire annoncée en février (40 millions d'euros pour le Soudan et 10 millions d'euros pour le Tchad). "L'aide humanitaire supplémentaire dégagée par l'Europe est fondamentale pour des millions de personnes accablées de souffrances et touchées de plein fouet par la violence au Darfour et au-delà", a commenté le commissaire à l'Aide humanitaire Louis Michel. Il a d'autre part dénoncé les entraves faites sur le terrain au travail des ONG. "Le travail des organisations humanitaires sur le terrain est devenu de plus en plus difficile et périlleux. Cette situation n'est tout simplement pas acceptable", a-t-il estimé, appelant "les autorités soudanaises et les mouvements rebelles" à "faciliter leur action et garantir leur sécurité". Selon un rapport publié mercredi par le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), le nombre de déplacés recensés au Darfour, province de l'ouest du Soudan en guerre civile depuis quatre ans, a atteint les deux millions pour la première fois en janvier. Selon la Commission, quelque 230.000 personnes ont également trouvé refuge au Tchad voisin.
Tchad : L'ex-chef rebelle tchadien Mahamat Nour Abdelkerim a été nommé dimanche ministre de la Défense du Tchad, à la faveur d'un remaniement gouvernemental
N'DJAMENA, 4 mars 2007 - L'ex-chef rebelle tchadien Mahamat Nour Abdelkerim, rallié fin décembre au président Idriss Deby Itno, a été nommé dimanche ministre de la Défense du Tchad, à la faveur d'un remaniement gouvernemental, a annoncé la radio nationale. Deux autres membres de l'ex-rébellion du Front uni pour le changement (Fuc), dont Mahamat Nour Abdelkerim est le président, Ismael Idriss Ismael et Lona Gong Raoul, sont nommés respectivement secrétaire d'Etat aux Relations extérieures, chargé de l'Intégration africaine, et secrétaire général du gouvernement, chargé des Relations avec l'Assemblée nationale. Onze personnalités font leur entrée dans ce gouvernement de 41 membres (Premier ministre compris), tandis que neuf le quittent. Les titulaires des ministères clés - Infrastructures, Relations extérieures, Finances, Mines et Energie, Pétrole - restent en fonction. Parmi les partants figurent Bichara Issa Djadallah, titulaire jusque là du portefeuille de la Défense nationale, et Routouang Yoma Golom qui occupait le ministère de la Sécurité publique. Parmi les nouveaux membres du gouvernement, on note la présence du Dr Haroun Kabadi, Premier ministre entre juin 2002 et juin 2003, nommé ministre d'Etat à l'Agriculture. Ce remaniement est consécutif au décès du Premier ministre Pascal Yoadimnadji, le 24 février à Paris, des suites d'un accident cardiovasculaire. Le président Deby avait nommé le 26 février Delwa Kassiré Coumakoye, ministre de l'Aménagement du territoire, pour le remplacer. M. Coumakoye, président du Rassemblement national pour la démocratie et le progrès (RNDP), un parti proche de la majorité présidentielle, avait déjà occupé le poste de chef du gouvernement de 1994 à 1996. Le Fuc, considéré lors de sa création en décembre 2005 comme le plus puissant des groupes militaires hostiles au président Deby, avait lancé en avril, de l'est du Tchad, une offensive éclair parvenue le 13 avril aux portes de N'Djamena avant d'être repoussée. Le mouvement, longtemps soutenu par le Soudan, s'était ensuite scindé en plusieurs tendances rivales et ne s'était plus manifesté de façon significative sur le plan militaire. Le gouvernement tchadien et Mahamat Nour Abdelkerim ont signé le 24 décembre un accord de paix à Tripoli, sous l'égide du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. M. Nour a immédiatement après regagné N'Djamena avec le président Deby, dont le régime tchadien fait toujours face à plusieurs groupes rebelles actifs dans l'est du Tchad.
Tchad: L'ancien ministre de l'Aménagement du territoire, M. Delwa Kassiré Coumakoye, a été nommé Premier ministre, en remplacement de Pascal Yoadimnadji décédé vendredi d'une hémorragie cérébrale
N'DJAMENA, 26 fév 2007 - Le président tchadien Idriss Deby Itno a nommé lundi son ministre de l'Aménagement du territoire Delwa Kassiré Coumakoye au poste de Premier ministre, en remplacement de Pascal Yoadimnadji décédé vendredi d'une hémorragie cérébrale, a-t-on appris de source officielle. Président du Rassemblement national pour la démocratie et le progrès (RNDP), un parti proche de la majorité présidentielle, M. Coumakoye avait déjà occupé le poste de chef du gouvernement de 1994 à 1996. Après son passage à la Primature, il avait rejoint les bancs de l'Assemblée nationale, où il a présidé la commission des Affaires étrangères et de la coopération internationale jusqu'en août 2004. A cette date, il a rejoint le gouvernement au poste de ministre d'Etat, chargé de l'Aménagement du territoire, de l'Urbanisme et de l'Habitat, trois mois après avoir décroché la deuxième place lors de l'élection présidentielle remportée dès le premier tour par le président Deby, au pouvoir depuis 1990. "Le président Deby va plus loin dans le sens de l'ouverture, c'est pourquoi après les dernières élections, il a fait appel à tous ses adversaires politiques", a commenté à l'AFP un proche collaborateur du chef de l'Etat après la nomination de M. Coumakoye. Sa promotion intervient quelques heures seulement après les obsèques nationales célébrées à N'Djamena, sur la place de l'Indépendance, en mémoire de son prédécesseur Pascal Yoadimnadji, décédé vendredi à Paris des suites d'une hémorragie cérébrale à l'âge de 56 ans. Lors de cette cérémonie, Idriss Deby Itno a salué la mémoire "d'un homme d'Etat d'une grande élégance d'esprit". "Pascal fut un patriote engagé pour la paix, l'unité et la justice dans son pays", a poursuivi le chef de l'Etat, avant de demander à la population tchadienne "de garder une pensée pieuse envers le défunt". Considéré comme un fidèle d'Idriss Deby, au pouvoir depuis 1990, Pascal Yoadimnadji avait présidé la Commission électorale nationale et indépendante (Céni) de 1995 à 1997, puis occupé plusieurs portefeuilles au gouvernement jusqu'en 2004. Après un bref passage à la tête du Conseil constitutionnel, il avait été nommé Premier ministre en février 2005.
Tchad: Les obsèques nationales du Premier ministre tchadien Pascal Yoadimnadji, décédé vendredi à Paris à l'âge de 56 ans des suites d'une hémorragie cérébrale, auront lieu lundi à N'Djamena
N'DJAMENA, 25 fév 2007 - Les obsèques nationales du Premier ministre tchadien Pascal Yoadimnadji, décédé vendredi à Paris à l'âge de 56 ans des suites d'une hémorragie cérébrale, auront lieu lundi à N'Djamena, a-t-on appris dimanche de source officielle. La cérémonie, qui se déroulera sur la place de l'Indépendance, sera présidée par le chef de l'Etat Idriss Deby Itno et sera suivie au palais présidentiel par la présentation des condoléances des différents corps constitués de l'Etat tchadien, a précisé la même source. Evacué le 21 février de N'Djamena vers la France à la suite d'un accident cardiovasculaire, Pascal Yoadimnadji est mort vendredi à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris. Son corps a été rapatrié samedi. "La mort vous a arraché au moment où le Tchad a besoin grandement de vous", a déclaré samedi le président Deby en s'inclinant sur le cercueil de son Premier ministre, drapé aux couleurs tchadiennes. "Vous avez été un homme d'Etat au sens élevé des responsabilités, au service du pays, et votre disparition est une grande perte pour le Tchad", a-t-il ajouté. Réuni dès vendredi en conseil des ministres extraordinaire, le gouvernement tchadien a décrété un deuil national d'une semaine. Considéré comme un fidèle d'Idriss Deby, au pouvoir depuis 1990, Pascal Yoadimnadji a présidé la Commission électorale nationale et indépendante (Céni) de 1995 à 1997, puis a occupé plusieurs postes au gouvernement jusqu'en 2004. Après un bref passage à la tête du Conseil constitutionnel, il avait été nommé Premier ministre en février 2005.
Tchad: En marge du sommet Afrique-France, le Soudan, le Tchad et la Centrafrique ont signé jeudi soir à Cannes un accord s'engageant à ne pas "soutenir de rébellions" à partir de leurs territoires
CANNES (France), 15 fév 2007 - Le Soudan, le Tchad et la Centrafrique ont signé jeudi soir à Cannes (sud de la France) un accord s'engageant à ne pas "soutenir de rébellions" à partir de leurs territoires, a annoncé la présidence française. "Le texte est signé par neuf chefs d'Etat", a déclaré le porte-parole de la présidence Jerôme Bonnafont. L'Elysée l'a qualifié de "premier pas positif vers la reprise du dialogue entre les trois pays". L'accord, intervenu à l'issue d'une réunion sur la crise au Darfour (ouest du Soudan) en marge du sommet Afrique-France, est basé sur "trois principes" : "respect de la souveraineté et abstention à soutenir les mouvements armés, mise en place d'instances de concertation active entre le Soudan, le Tchad et la Centrafrique" et enfin, "poursuite de l'engagement entre l'ONU et l'Union africaine", selon la présidence française. Les présidents Omar el-Béchir (Soudan), Idriss Deby Itno (Tchad), François Bozizé (Centrafrique), ainsi que les chefs d'Etat égyptien Hosni Moubarak, le Ghanéen John Kufuor, président en exercice de l'Union africaine (UA), avaient participé à cette réunion. "Nous nous sommes engagés dans cet accord à ce que chaque pays respecte la souveraineté des autres et qu'aucun pays ne soutienne une quelconque rébellion à l'intérieur de son territoire", avait déclaré à l'issue de la rencontre le ministre soudanais des Affaires étrangères, Lam Akol. Khartoum et N'Djamena se sont déjà engagés par le passé à ne pas soutenir des rebelles hostiles à leur voisin, mais ces accords sont toujours restés lettre morte. Le Tchad et la Centrafrique accusent Khartoum de soutenir des rébellions, utilisant des bases arrières au Darfour, hostiles à leurs régimes. Le Soudan, de son coté, accuse le Tchad d'aider des rebelles au Darfour. Les risques de contagion durable du conflit du Darfour au Tchad et en Centrafrique inquiètent la France, qui a fourni un appui militaire à ces deux pays alliés pour les aider à repousser des attaques rebelles en provenance du Soudan.
Tchad: Le Comité international de la Croix-Rouge double son aide au Tchad à près de 6,8 milliards de francs CFA pour porter assistance à 60 000 personnes déplacées
GENÈVE, 12 fév 2007 - Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) va doubler son aide au Tchad pour atteindre 17 millions de francs suisses (10,47 millions d'euros) a annoncé lundi à Genève le directeur des opérations de l'organisation, Pierre Krähenbühl. Les effectifs du CICR devraient atteindre 50 expatriés et 250 employés locaux pour porter assistance à 60.000 personnes déplacées au Tchad où l'insécurité se généralise dans l'est du pays. "La situation va continuer de se dégrader", selon M. Krähenbühl, de retour d'une mission d'une semaine au Tchad. Aux tensions entre tribus nomades et sédentaires se greffent la lutte de groupes d'opposants contre les autorités de N'Djaména et les raids des milices en provenance du Darfour (ouest du Soudan), a-t-il dit.
Tchad: Le Tchad menace de suspendre sa participation à l'Union africaine si le Soudan prend la présidence de l'Organisation lors du sommet prévu les 29 et 30 janvier à Addis Abeba
ADDIS ABEBA, 27 jan 2007 - Le Tchad "suspendra sa participation à l'Union africaine" (UA) si le Soudan prend la présidence de l'organisation continentale lors du sommet prévu les 29 et 30 janvier à Addis Abeba, a averti samedi le ministre tchadien des Affaires étrangères, Ahmat Allam-Mi. "Si le Soudan est désigné comme président de l'UA, nous suspendrons notre participation à l'UA pendant le mandat (du président soudanais) Omar al-Béchir", a déclaré à la presse à Addis Abeba le ministre tchadien. "C'est une affaire entre la communauté internationale et l'UA. Nous faisons confiance à l'Afrique pour que le Soudan ne soit pas élu. Il est impossible que l'Afrique se déshonore à ce point", a-t-il jugé. "Les mêmes conditions qui avaient prévalu au refus de la désignation du Soudan sont toujours là: aggravation de la situation au Darfour, aggravation de la situation entre le Tchad et le Soudan et d'autres pays voisins", a insisté le chef de la diplomatie tchadienne. Les relations entre les deux pays voisins se sont nettement dégradées depuis plus d'un an, N'Djamena accusant Khartoum de soutenir des groupes armés hostiles au président Idriss Deby Itno et qui ont lancé plusieurs offensives dans l'est du Tchad ces derniers mois. La question de la désignation du Soudan à la présidence de l'UA avait déjà viré au casse-tête lors du précédent sommet, en 2006 à Khartoum, et promesse avait été finalement faite au président al-Béchir qu'il prendrait la tête de l'UA en 2007. "Le Soudan aura la présidence de l'UA", a d'ailleurs affirmé samedi le chef de la diplomatie soudanaise, Lam Akol. La communauté internationale tient Khartoum pour principal responsable de la poursuite de la guerre civile dans la province soudanaise du Darfour (ouest), qui aurait fait en quatre ans 200.000 morts et entraîné le déplacement de 2 millions de personnes. Alors que ce conflit déborde sur le Tchad, M. al-Béchir continue de refuser qu'une force de l'ONU prenne la relève du contingent de 7.000 hommes de l'UA, l'Amis, actuellement déployé au Darfour et incapable de faire cesser la violence.
Tchad: Le canadien EnCana, premier groupe indépendant de gaz et de pétrole d'Amérique du Nord, a annoncé vendredi la vente au chinois CNPC de ses actifs pétroliers au Tchad pour plus de 102,9 milliards de francs CFA
CALGARY (Canada), 12 jan 2007 - Le canadien EnCana, premier groupe indépendant de gaz et de pétrole d'Amérique du Nord, a annoncé vendredi la vente au chinois CNPC de ses actifs pétroliers au Tchad pour 202,5 millions de dollars US. La China National Petroleum Corp (CNPC), premier groupe énergétique chinois, se porte ainsi acquéreur de 50% des intérêts d'EnCana dans un programme d'exploration au Tchad, pays africain enclavé qui détient d'importantes réserves pétrolières. Le groupe canadien avait foré depuis 2002 onze puits dans le cadre de son programme d'exploration pétrolière au Tchad qui avait mené à des "résultats encourageants", a indiqué la compagnie dans un communiqué. Cette transaction met un terme aux activités en Afrique du géant canadien qui entend se concentrer sur ses opérations en Amérique du Nord, a-t-il précisé. EnCana, l'un des titres phares de la Bourse de Toronto, a investi des milliards dans les sables bitumineux du nord de l'Alberta, considérés comme la plus importante réserve d'or noir à l'extérieur du Moyen-Orient. L'entreprise fait face à une inflation galopante de la facture de ses projets, disait-elle récemment.
Tchad: Signature de plusieurs accords entre le Tchad et la Chine d'un montant global de plus de 34 milliards de francs CFA dans divers domaines
N'DJAMENA, 4 jan 2007 - Le ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing est arrivé jeudi après-midi à N'Djamena, quatrième étape d'une tournée africaine, pour une visite d'une douzaine d'heures au Tchad qui a rétabli en août ses relations avec Pékin. Il a été reçu immédiatement après son arrivée par le président tchadien Idriss Deby Itno, avec qui il s'est entretenu plus d'une heure. "La normalisation des relations sino-tchadiennes en août dernier a ouvert une page nouvelle dans les relations entre les deux pays", a déclaré le ministre chinois à la presse à l'issue de cette rencontre. Outre les liens entre les deux pays, les deux hommes se sont entretenus notamment de la "réforme du système des Nations unies" et de "la situation au Darfour et de ses répercutions sur la stabilité du Tchad", selon le ministre chinois. "A ce sujet, je me félicite de l'attitude du gouvernement tchadien, visant à préserver ses relations d'amitié et de bon voisinage avec le Soudan", dont la Chine est un allié traditionnel, a ajouté Li Zhaoxing. N'Djamena accuse Khartoum, qui nie, de soutenir des rebellions tchadiennes qui ont multiplié ces derniers mois les attaques contre l'armée de N'Djamena. Le chef de la diplomatie chinoise a ensuite rencontré son homologue tchadien Ahmat Allami, avec lequel il a signé une série d'accords, parmi lesquels un "accord-cadre relatif à l'octroi d'un prêt préférentiel" d'environ 13 milliards de francs CFA (19,8 millions d'euros) et un "protocole d'accord" relatif à l'annulation de 16 milliards de FCFA (24,4 millions d'euros) de dette du Tchad envers Pékin. Les deux ministres ont également paraphé deux accords de coopération économique et technique d'un montant global de 5,5 milliards de FCFA (8,4 millions d'euros), ainsi que d'autres documents relatifs à l'envoi par Pékin d'une mission médicale chinoise au Tchad durant deux ans et au don de 130 millions de FCFA (200.000 euros) de médicaments anti-paludiques. M. Li inaugurera vendredi les nouveaux bureaux de l'ambassade de Chine à N'Djamena, avant de quitter le Tchad pour la Centrafrique voisine. Dans le cadre d'une tournée africaine qui doit également le conduire ensuite en Erythrée et au Bostwanan, le ministre chinois s'est rendu ces derniers jours au Bénin, en Guinée équatoriale et en Guinée Bissau. Alors que la Chine populaire est de plus en plus présente en Afrique, N'Djamena et Pékin ont rétabli en août des relations diplomatiques rompues en 1997. Le Tchad est ainsi devenu le septième pays - et le troisième en Afrique - à rompre depuis 2000 avec Taïwan, qui n'est plus reconnu que par cinq pays africains.
http://www.izf.net/izf/Actualite/RDP/tchad.htm
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