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BIOGRAPHIE DE MEHDI BEN BARKA

Mehdi Ben Barka Naissance : janvier 1920
Rabat, Maroc
Décès : disparu le 29 octobre 1965 (à 45 ans)
Nationalité : Marocain
Profession : Homme politique marocain, socialiste, tiers-mondiste, panafricaniste
et nationaliste
Mehdi Ben Barka (né en janvier 1920 à Rabat,
Maroc - disparu le 29 octobre 1965 à Fontenay-le-Vicomte) était
un homme politique marocain, principal opposant socialiste au roi Hassan
II et leader du mouvement tiers-mondiste et panafricaniste. Selon les informations
disponibles en 2006, il aurait été traqué lors de ses
déplacements internationaux par le Mossad israélien et la CIA,
qui communiquait ces informations à Rabat et Paris. L'affaire Ben
Barka, symbole des années de plomb sous le roi Hassan II, a longtemps
gelé les relations franco-marocaines.
Biographie
Le
principal opposant au roi Hassan II, leader du camp tiers-mondiste
D'une famille de petits fonctionnaires, il devient professeur de mathématiques.
Il fonde, en septembre 1959, l'Union nationale des forces populaires (UNFP),
principal parti de gauche opposé au régime royal. Il préside
l'Assemblée consultative mise en place après l'indépendance.
Le 16 novembre 1962, il échappe déjà à un attentat
fomenté par les services du général Oufkir et du commandant
Dlimi. Le 16 juillet 1963, après que le roi Hassan II a décrété l’état
de siège, Ben Barka se réfugie en Algérie, suivi une année
plus tard par sa femme et ses enfants, qui ne voulaient pas « être
pris en otages ». Il dénonce ensuite la « guerre d'agression » du
Maroc contre l'Algérie lorsqu'éclate la « guerre des sables » en
automne 1963 et prône la solidarité avec « la révolution
algérienne ». Le 22 novembre 1963, il est condamné à mort
par contumace pour complot et tentative d'assassinat contre le roi.
Selon Hassan II, Mehdi Ben Barka partageait la conviction du parti unique au Maroc. Ce jugement ne peut être que tendancieux si l’on connaît la densité des rapports problématiques entre les deux hommes. Des rapports faits sur fond de collaboration, de méfiance, de malentendus, de retrouvailles, et de vengeance. Autant de termes pour souligner que ces rapports sont presque psychanalysables. Alors pourquoi vengeance ? Tout simplement parce qu’avant le « malentendu » (et c’est un euphémisme) existait une collaboration. Et passer outre cette collaboration était perçu comme une trahison, qui ne peut être expiée que par le châtiment suprême. Aussi : Ben Barka occupait entre 1957 et 1959 les fonctions de président de l’assemblée nationale après avoir été un ardent défenseur de la cause nationale (indépendance). C’était sous Mohammed V. Si l’on connaît l’équation Hassan II/Mehdi Ben Barka dans la série des équations marocaines, on pourrait dire que celle-ci est la plus insoluble de toutes. D’abord parce que feu Ben Barka était le professeur de mathématiques de feu Hassan II. Ensuite il y avait entre les deux hommes des divergences de fond sur la manière de gérer le Maroc. Enfin les activités internationales du militant Ben Barka faisaient de lui un infatigable et gênant défenseur des causes qui ont marqué le monde du 20e siècle (cause palestinienne ; rapprochement de la Chine avec l’URSS). L’un et l’autre s’étaient nourris avidement idéologiquement de la guerre froide. L’un était au pouvoir depuis 1961 après avoir été un prince héritier redoutablement influant auprès de son père, l’autre était un éternel opposant, monarchiste en dernière instance, mais radicalement socialiste. Le génie d’organisation et de mobilisation de Ben Barka indisposait Hassan II. Ses options révolutionnaires aussi. Le militant tiers-mondiste jugeait son élève du collège royal comme un autocrate qui s’appuyait sur l’armée et les services secrets pour démembrer toute organisation structurée, et empêcher par ricochet le déroulement normal de la compétition politique. Les différentes prises de position de Ben Barka (sur la guerre des sables et sur la politique économique du monarque sans oublier la question de la présence des bases américaines au Maroc) lui ont valu plusieurs condamnations à mort par contumace. Tout cela a altéré une relation déjà problématique. Le refus de plusieurs offres royales de participer au gouvernement (à titre individuel) de la part du militant était plus qu’un affront, une méprise. Et quiconque connaissant le royaume sait que la royauté est sacrée, et toute proposition émanant du monarque est synonyme d’ultimatum. D’affront en affront, à l’égard du roi, Ben Barka était devenu l’ennemi public numéro 1. Au contraire le roi Hassan II qui trouvait intérêt à encourager la pléthore des partis politiques de sorte à banaliser le mouvement national si en vogue alors, Ben Barka restait convaincu que seul le socialisme pourrait réformer le pays et le libérer de l’emprise féodale. Sa stature d’internationaliste faisait de lui un opposant pas comme les autres. Il a donc fallu lui tailler une riposte à sa mesure de sorte que le moindre commencement de preuve ne serait mis en évidence. Sa capture en plein Paris, et la torture appliquée intensément par des agents du service secret marocain attestent des pratiques de toute une époque, et renseignent particulièrement sur une politique de « fer » et d’excommunication. Tout cela pourrait s’apparenter à un face à face mortel. Nul besoin de revenir ici sur les endurances d’un opposant, sur le degré de responsabilité du monarque dans la disparition de Ben Barka d’autant que la participation avérée des services français (officiels et officieux), voire de la CIA et du Mossad dans son enlèvement qui en disent long sur un complot aux ramifications internationales. Mais force est de constater que la torture alimentée par la vengeance était au cœur de l’affaire Ben Barka. Des tentatives d’assassinat au long chemin de torture jusqu’à l’incroyable dissolution de son corps dans une cuve d’acide au sinistre lieu de torture Dar El Mokri. C’est ainsi que les opposants furent traités au cours de ce que la presse marocaine appelle les années de plomb.
Rétrospectivement, l’immense popularité de Ben Barka au Maroc, et l’aura internationale de ses prises de position (question palestinienne ; présence des bases américaines au Maroc, rapprochement de la Chine avec l’ex-URSS ou Tricontinentale, le panafricanisme et le développement de l'Afrique...) lui procurent un grand pragmatisme politique comme le souligne J. Waterbury :
« Ben Barka n’était pas un homme de gauche doctrinaire et dogmatique bien que ses méthodes fussent à l’occasion progressistes, son vocabulaire typiquement marxiste et ses conceptions politiques autoritaristes. Mais il faisait preuve d’un pragmatisme remarquable pour atteindre ses objectifs. »
Le contexte politique des années 1960 au cours duquel Ben Barka prônait le socialisme dans le cadre de la monarchie pourrait le conduire, par conviction, à déclarer les réformes économiques une priorité nationale. La question du pluralisme politique serait une dimension secondaire dans cette perspective
L'exil
Medhi Ben Barka s'exile alors, devenant un « commis-voyageur de la révolution », selon l'expression de l'historien Jean Lacouture. Il part d'abord pour Alger, où il rencontre Che Guevara, Amílcar Cabral et Malcolm X. Il s'en va ensuite pour Le Caire, Rome, Genève et La Havane, tentant de fédérer les mouvements révolutionnaires du tiers-monde en vue de la Conférence tricontinentale devant se tenir en janvier 1966 à La Havane et où, affirmait-il dans une conférence de presse, « les deux courants de la révolution mondiale y seront représentés : le courant surgi avec la révolution d’Octobre et celui de la révolution nationale libératrice ». Présidant la commission préparatoire, il y définit les objectifs, parmi lesquels l’aide aux mouvements de libération, le soutien à Cuba soumis à l’embargo américain, la liquidation des bases militaires étrangères et l’apartheid en Afrique du Sud... Pour l’historien René Galissot, « c’est dans cet élan révolutionnaire de la Tricontinentale que se trouve la cause profonde de l’enlèvement et de l’assassinat de Ben Barka »
L'enlèvement devant la brasserie Lipp, à Paris le 29 octobre 1965
Chargé d'organiser la participation des mouvements révolutionnaires du tiers monde à la Conférence tricontinentale qui devait se réunir à La Havane en 1966, il est intercepté à son arrivée à l'aéroport de Paris, devant le 151 boulevard Saint-Germain, le 29 octobre 1965, par deux policiers français l'inspecteur principal Louis Souchon (chef du groupe des stupéfiants à la Brigade mondaine) et son adjoint Roger Voitot, qui le font monter dans une voiture où se tient également un membre de la pègre parisienne, Julien Le Ny, et on ne le reverra jamais.
Commandité par Antoine Lopez, chef d'escale d'Air France qui est également honorable correspondant du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) cette « interpellation » verra entrer en scène trois autres personnages obscurs : Georges Boucheseiche (ancien membre de la Gestapo française sous l'Occupation, qui rallia le gang des Traction Avant à la libération, il fut également, dans les années 1960, un barbouze anti-OAS, puis un actif militant du Service d'action civique), proche de Jo Attia, et Jean Palisse et Pierrot Dubail, ses hommes de mains.
Lors du procès Ben Barka, Lopez fut fortement soupçonné d'avoir agi sur instructions du général Oufkir, et le 7 juin 1967, le verdict fut ainsi prononcé : les deux policiers furent condamnés à 8 ans et 6 ans de réclusion criminelle, Antoine Lopez à 8 ans également.
Le général Oufkir et les quatre membres de la pègre parisienne quant à eux, réfugiés au Maroc, furent condamnés à la perpétuité par contumace, mais le roi Hassan II refusa toujours d'appliquer les condamnations ou d'extrader les condamnés. Le général Oufkir se suicidera (?) cependant quelques années plus tard après un coup d'Etat manqué contre le roi du Maroc (Gilles Perrault, Notre ami le roi).
Lors de sa conférence de presse du 21 février 1966, le général de Gaulle déclare : « Du côté français que s'est-il passé ? Rien que de vulgaire et de subalterne. Rien, absolument rien, n'indique que le contre-espionnage et la police, en tant que tels et dans leur ensemble, aient connu l'opération, a fortiori qu'ils l'aient couverte. » Cette fameuse affirmation sera contredite par les découvertes ultérieures : le SDECE (ancêtre de la DGSE) était bien au courant de l'enlèvement projeté. Dès l'enlèvement du leader tiers-mondiste, cette affirmation nette de De Gaulle est mise en doute : si le corps de Ben Barka a quitté la France, peut-on vraiment transférer un cadavre (ou un homme inconscient) par avion de Paris à Rabat, sans se faire arrêter par la police aux frontières ? En 2006, l'ex-commissaire Lucien Aimé-Blanc publie des écoutes téléphoniques de l'époque montrant que les services français surveillaient déjà tous les hommes ayant pris part à l'enlèvement. (voir ci-dessus).
L'instruction française sur les responsabilités marocaines
Suite à l'enlèvement et la disparition du leader socialiste et anti-impérialiste Mehdi Ben Barka, une enquête est déclenchée en France. Quarante ans après, celle-ci reste toujours « pendante ». Après la tentative infructueuse du général Oufkir de coup d'État contre Hassan II, Rabat a toujours attribué à Oufkir la responsabilité ultime de l'enlèvement et du meurtre de Medhi Ben Barka. À ce jour, la famille du leader assassiné continue à tenir pour véritable responsable le roi lui-même, ce que seule la continuation de l'enquête française pourrait prouver - ou, au contraire, réfuter].
Fin 2005, pour la troisième fois, le juge d'instruction français Patrick Ramaël se rend au Maroc afin d'enquêter sur place, mais se trouve rapidement confronté à l'absence de coopération de la part des autorités marocaines, et cela malgré la fin du règne de Hassan II, remplacé par son fils Mohammed VI.
Début décembre 2006, le journal Maroc Hebdo révèle que Hosni Benslimane, patron de la gendarmerie royale marocaine, sans répondre à la convocation du juge français Ramaël, compte répondre au juge marocain Jamal Serhane.
Rabat n'avait pas répondu à la seconde commission rogatoire délivrée en septembre 2006 pour entendre notamment et au Maroc le général Benslimane, capitaine à l'époque des faits, ou Miloud Tounsi, alias Chtouki, un agent retraité des services marocains soupçonné d'être l'un des membres du commando ayant participé à l'enlèvement de l'opposant.
En mai 2006, le magistrat français Patrick Ramaël a entendu Driss Basri, l'es-ministre de l'Intérieur et ancien homme fort du régime d'Hassan II, et perquisitionné à son domicile parisien.
Il souhaite également effectuer des fouilles au PF3, ou bagne de Tazmamart, ancien centre de détention secret à Rabat où pourrait se trouver la tête de Mehdi Ben Barka. Faute de réponse à cette commission rogatoire internationale (CRI), Patrick Ramaël a convoqué, le 21 novembre 2006 à Paris, le général Benslimane, Tounsi et trois autres personnes. En vain.
Sa détermination préoccupe néanmoins Rabat, qui en a fait part à Nicolas Sarkozy lors de ses deux visites dans le royaume. D'autant que le juge français pourrait lancer un mandat d'arrêt international pour interroger ces « témoins ». Dans ce contexte, l'annonce d'une audition, à une date non précisée, du général Benslimane, un fidèle parmi les fidèles de la monarchie alaouite, par le juge Serhane semble surtout destinée à montrer que la justice marocaine ne reste pas les bras croisés.
Le 23 octobre 2007, le juge Patrick Ramaël a signé cinq mandats d'arrêt internationaux visant des Marocains: le général Hosni Benslimane, chef de la gendarmerie royale marocaine; Abdelkader Kadiri, ancien patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED, renseignements militaires); Miloud Tounsi, alias Larbi Chtouki, l'un des membres présumés du commando marocain qui a enlevé l'opposant marocain; Boubker Hassouni, infirmier et agent du Cab 1, une des unités des services marocains ultra secrète; et Abdlekak Achaachi, également agent du Cab 1.
Les révélations d'Ahmed Boukhari
Selon les révélations de juin-juillet 2001 de l'ancien agent marocain Ahmed Boukhari, Medhi Ben Barka aurait été exfiltré vers le Maroc, torturé, puis son corps dissout dans une cuve d'acide. Toutefois, il n'a pas été encore entendu par la Justice sur ce dossier. Le dossier reste mystérieux et le gouvernement français détient certainement des pièces intéressantes sur le sujet. Selon Ahmed Boukhari, le corps de Ben Barka arrive en effet à l'aéroport international de Rabat dans la nuit du 31 octobre. Il est alors emmené dans un centre de torture, Dar El-Mokri, où, sur les indications d’un certain colonel Martin, chef de l’antenne de la CIA au Maroc et qui avait accès directement au roi Hassan II, le corps du défunt leader marocain aurait été dissous dans une cuve remplie d’acide. Il est fait état d'un film existant de l'opération, dont une copie aurait été remise par le commandant Dlimi au roi Hassan II.
Le colonel Martin aurait appris cet usage très particulier de l'acide pour faire disparaître les corps dans son précédent poste sous le régime du Shah d'Iran, après le renversement en 1953 de Mohammad Mossadegh.
Les révélations des Frères Bourequat
Les frères Bourequat ont déclaré que des truands français ayant participé à l’enlèvement de Mehdi Ben Barka s’étaient réfugiés au Maroc. D'abord tenanciers d'établissement de nuit, ils ensuite été enfermés au bagne de Tazmamart, puis exécutés et enterrés en secret. Des fouilles demandées par le juge Patrick Ramaël ont été refusées par le gouvernement marocain.
Les archives du SDECE et de la CIA
En 1976, le gouvernement des États-Unis a reconnu suite à des requêtes formulées dans le cadre du Freedom of Information Act que la CIA était en possession de 1 800 documents sur Ben Barka, mais ils restent non publics. En 1982, suite à la victoire de la gauche, les archives françaises du SDECE (ancêtre de la DGSE) sont ouvertes, mais une grande partie a disparu. Le secret-défense est levé sur certains documents, mais la famille de Mehdi Ben Barka considère que ces documents déclassifiés n'apportent rien de véritablement nouveau, en particulier en ce qui concerne les complicités des services français. En 2001, d'autres sont déclassifiés. La ministre de la défense Michèle Alliot-Marie a accepté de déclassifier les 73 restants sur cette affaire qui reste trouble, sans susciter d'euphorie chez la famille Ben Barka.
Les révélations de Lucien Aimé-Blanc
De 1956 à 1959, Mehdi Ben Barka est président de l'Assemblée consultative.
L'ex-commissaire Lucien Aimé-Blanc fut numéro deux de la « Mondaine », de la brigade antigang, de l'office des stups, puis chef de l'office central de répression du banditisme de 1977 à 1980. En avril 2006, il publie L'Indic et le Commissaire et révèle que la totalité des agents impliqués dans l'enlèvement de Medhi Ben Barka était écouté par le SDECE. De fait, Aimé-Blanc publie dans son livre ces écoutes téléphoniques :
« Adjoint de la brigade antigang en 1966, j'ai trouvé dans le coffre du patron une liasse de transcriptions d'une écoute téléphonique répertoriée « Orion 113 » et posée par un service de la Sûreté nationale sur la ligne d'un hôtel de rendez-vous de l'avenue Niel à Paris (XVIIe). À la lecture de ces 40 feuillets, j'ai été stupéfait de constater que c'était le point de ralliement de toute la bande identifiée comme étant les ravisseurs de Ben Barka. Ils apparaissent tous sur ces écoutes, le chef d'escale d'Air France à Orly et indic du Sdece (ancienne DGSE, les services secrets, ndlr), Antoine Lopez, comme les truands Boucheseiche, Figon, Palisse... Il transparaît en filigrane de ces conversations, enregistrées tout le mois précédant la disparition de Ben Barka, que ces individus liés à un général Marocain projettent l'enlèvement d'un homme qui doit arriver à Orly. Il est donc clair que la brigade centrale de recherche criminelle, qui surveillait cet hôtel de passes sans avoir de compétence sur Paris, était au courant de ce projet. À l'époque, ces écoutes remontaient également au ministère de l'Intérieur et au conseiller de Matignon. J'en déduis que le service de la Sûreté nationale qui a branché cet hôtel savait ce qui se tramait, et s'il n'est pas intervenu pour déjouer cet enlèvement, c'est soit par négligence coupable, soit sur ordre.»
Les écoutes en question, indique Lucien Aimé-Blanc, n'ont pas été communiquées au juge Zollinger, chargé de l'enquête sur la disparition de Ben Barka. L'Express écrit ainsi que « ces écoutes prouvent, en tout cas, que le ministre de l'Intérieur - au moins - savait qu'une mauvaise action se préparait contre Ben Barka. En outre, les doubles de ces écoutes étaient automatiquement transmis au cabinet du Premier ministre de l'époque, Georges Pompidou.»
Un agent de l'Est ?
D'après les révélations du magazine l'Express du 17 juillet 2007, Mehdi Ben Barka aurait renseigné les services tchèques. Son nom de code, attribué par Zdenek Micke aurait été Cheikh.
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LEXPRESS.fr du 16/07/2007
Quand «Cheikh» renseignait Prague
Petr Zidekout commence à la mi-mars 1960, à Paris, au café-restaurant le Fouquet's, sur les Champs-Elysées. Le capitaine Zdenek Micke, un agent tchécoslovaque utilisant comme couverture un poste de deuxième secrétaire à l'ambassade de son pays, est attablé avec l'un de ses contacts français - un homme qu'il désigne sous le nom de code de «Gogol» dans ses comptes rendus envoyés à Prague.
© DR

La note rédigée par l'agent tchèque «Motl»,
après ses deux premières rencontres avec Ben Barka, au printemps
1960, à Paris. Au dessus, la fiche de l'agent «Motl». De
son vrai nom Zdenek Micke, ce capitaine des services de renseignement a travaillé sous
couverture diplomatique à Paris, de novembre 1959 à janvier 1967.
Cet informateur semble avoir beaucoup de relations parmi les Marocains de la capitale. Ce jour-là, au Fouquet's, il présente au faux diplomate un certain Kenfaoui, chargé d'affaires à l'ambassade du Maroc. Ce dernier ignore évidemment que Zdenek Micke, nom de code «Motl», est un agent de l'Est.
Les trois hommes aperçoivent alors un autre Marocain, à une table voisine: Mehdi Ben Barka, 40 ans, leader en exil de l'Union nationale des forces populaires (UNFP, fondée en 1959). Le faux diplomate tchèque en profite pour faire la connaissance de cet opposant de renom. Dans la foulée, il le convie, ainsi que Kenfaoui, à un dîner qui se tiendra bientôt à l'ambassade de Tchécoslovaquie.
Ce soir-là, le 28 mars 1960, Kenfaoui tarde à arriver. Retenu par un cocktail offert en l'honneur d'une délégation malienne, il se présentera avec une heure et demie de retard. Ben Barka, lui, est ponctuel. En attendant son compatriote, il discute avec Zdenek Micke (alias «Motl»), sans se douter, lui non plus, que cet homme de 29 ans est un capitaine de la StB, l'équivalent du KGB à Prague.
Le département «renseignement extérieur» du service tchécoslovaque a ouvert un dossier - le 43-802 - au nom de Ben Barka. Une note de quatre pages, rédigée par Motl, relate le dîner à l'ambassade. «Nous avons pu analyser dans le calme la situation actuelle au Maroc», écrit-il. Le fondateur de l'UNFP lui a confié qu'il ne pouvait retourner dans son pays sans risquer l'arrestation. «Ben Barka, poursuit Motl, ne voit qu'une seule issue pour son pays: s'engager dans la voie du socialisme. La première condition est l'unification totale de toutes les forces de progrès du pays dans une organisation politique. C'est pourquoi il veut traiter avec Ali Yata [NDLR: le secrétaire général du Parti communiste marocain - PCM] pour obtenir l'accord du parti.» Autre signe positif aux yeux du capitaine: le leader tiers-mondiste, à la recherche de contacts internationaux, dit vouloir rencontrer des dirigeants soviétiques, en particulier un proche collaborateur de Khrouchtchev, attendu à Paris.
L'idée d'un séjour en Tchécoslovaquie a également été évoquée au cours de la soirée. Pour ses hôtes, il s'agissait d'une simple hypothèse, lancée par politesse, mais l'opposant marocain y a vu, lui, une invitation en bonne et due forme.
A
Paris, il emmène l'agent Motl au cinéma
En avril, alors qu'il assiste à une conférence de l'Organisation
de solidarité des peuples d'Afrique et d'Asie (Ospaa) à Conakry,
en Guinée, Ben Barka rencontre l'ambassadeur tchécoslovaque dans
ce pays, Vladimir Knap, et l'informe qu'il doit se rendre en Yougoslavie, en
France, puis en... Tchécoslovaquie. La nouvelle, transmise à Prague,
affole le président de la République et chef du PC, Antonin Novotny.
Pour lui, il n'est pas possible d'inviter officiellement Ben Barka, au risque
de se brouiller avec le Maroc de Mohammed V, un partenaire économique
de poids (le deuxième dans le monde arabe, après l'Egypte). Mais
comme il ne faut pas non plus contrarier Ben Barka, étoile montante
de la gauche internationale, on l'invitera de façon détournée,
par l'intermédiaire de la centrale des syndicats.
Un
spécialiste des archives secrètes
Le journaliste tchèque Petr Zidek, auteur de ces révélations
sur Ben Barka, est historien de formation. Agé de 36 ans, il travaille à Lidové Noviny,
un quotidien national de qualité. Spécialiste de la politique
tchécoslovaque dans l'Afrique francophone de 1948 à 1968, il
a consacré un livre à ce sujet en 2006, à Prague. Plusieurs
de ses enquêtes sur cette période ont été publiées
dans des revues françaises.
Petr Zidek a beau être habitué à exhumer des dossiers,
il juge «exceptionnel» celui de Ben Barka. «D'ordinaire,
dit-il, les services recrutaient des agents moins en vue. L'opposant marocain
a accepté de collaborer par conviction, et aussi parce qu'il avait besoin
d'aide, notamment auprès des Soviétiques. A la lecture des documents,
on découvre un homme très pragmatique, et pas forcément
sympathique.»
Selon l'historien, l'authenticité du dossier ne saurait être contestée. «En
aucun cas il ne peut s'agir d'un faux destiné à nuire à Ben
Barka», estime-t-il. Au-delà de ce dernier, ces archives en disent
long sur le contexte de l'époque: un climat de méfiance, un monde
d'intrigues et de double jeu. Des dizaines d'autres personnes, parmi lesquelles
de nombreux Français (journalistes, notamment), y sont mentionnées.
Certaines sont affublées de noms de code et semblent avoir noué des
liens équivoques avec le milieu du renseignement, à l'Est comme à l'Ouest.
Parallèlement, ses relations avec Motl se renforcent. Car le Marocain se montre très empressé: il téléphone souvent au capitaine, lui propose d'aller au théâtre ou au cinéma. Un jour, ils vont voir le film soviétique La Ballade du soldat, de Grigori Tchoukhraï. Un autre, ils déjeunent chez Lipp, la célèbre brasserie de Saint-Germain-des-Prés. Ils se rencontrent dans des cafés ou chez le pseudo-diplomate. «Une bonne partie des réunions est consacrée aux questions théoriques de la philosophie marxiste et du socialisme scientifique», peut-on lire dans le dossier 43-802.
A la fin de l'année 1960, le Marocain relance l'idée d'un voyage en Tchécoslovaquie et réitère son souhait de rencontrer de hauts dirigeants soviétiques. Le 12 mars 1961, il va plus loin en demandant 10 000 francs à son ami tchèque afin, dit-il, de s'assurer le soutien de France Observateur. Il veut être certain que cet hebdomadaire de gauche, réputé pour ses prises de position tranchées, critiquera la politique du nouveau roi, Hassan II, successeur de Mohammed V, décédé le 26 février 1961. Il croit que ce genre de méthodes est suceptible d'avoir un effet. Mehdi Ben Barka a-t-il pour autant versé de l'argent au journal? Aucune preuve ne figure dans les archives. Seule certitude: l'opposant, loin d'être naïf, connaît désormais la vraie fonction de Motl.
Le
premier séjour à Prague
a lieu le 12 septembre 1961
Vu de Prague, son empressement est tel que l'heure est venue de l'enrôler.
Motl, lui, est plutôt réticent. Même si, dans ses notes,
il a déjà attribué un nom de code à Ben Barka - «Cheikh» -
il n'est pas convaincu que son recrutement officiel («verbovka»,
dans le jargon du service) soit souhaitable. «Sa verbovka sur la base
habituelle ne me paraît pas réalisable, écrit-il le 1er
juillet 1961. Cheikh a de grandes ambitions. Il veut jouer un rôle de
premier plan dans le futur Etat marocain. Pour cette raison, il est possible
d'envisager plutôt une coopération sur une base politique.» En
attendant, le capitaine de la StB propose d'organiser sa venue en Tchécoslovaquie.
Le 12 septembre 1961, Mehdi Ben Barka se présente en voiture, à Dolni Dvoriste, poste frontière entre l'Autriche et la Tchécoslovaquie. Motl vient lui-même l'accueillir. L'opération de séduction peut commencer. Les organisateurs veulent présenter à Cheikh les succès du socialisme et le patrimoine culturel du pays. Il visite d'abord le village d'Orlik, son grand barrage, son célèbre château. Le soir, il a droit à un spectacle dans un cabaret pragois, puis à une virée dans un bar à la mode. Les jours suivants, il sillonne la capitale, la province, visite une coopérative agricole, une usine, le foyer industriel de Brno, s'entretient avec des responsables étudiants, des syndicalistes, des officiers...
Les comptes rendus de Motl font état d'aspects plus privés. Il écrit ainsi: «Lors du dîner au restaurant Chez Mécène, Cheikh a fait la connaissance d'une femme inconnue - d'orientation progressiste - et ils ont eu des relations intimes. Cheikh nous a dit qu'elle était divorcée, avec un enfant de 5 ans, et qu'elle était d'origine russe.»
Ben Barka confie à son ami qu'en France il use de la séduction comme une «méthode efficace pour acquérir des informations». Une anecdote à ce propos est mentionnée dans les archives. «Son frère, écrit Motl, vient de lui procurer une de ses maîtresses, qui travaille comme dactylo au cabinet du ministre des Armées, Pierre Messmer, à Paris. Cheikh va l'inviter à Genève, lui donner de l'argent et se consacrer à elle - bien qu'elle ne soit pas jolie - afin de gagner sa faveur pour qu'elle lui fournisse des informations, ou plutôt des documents du ministère.»
Même s'il n'est pas encore question de verbovka, ce séjour est à l'évidence une étape décisive. «Les relations avec Cheikh ont été considérablement approfondies, assure Motl. Je peux parler avec lui ouvertement de toutes les questions de renseignement.» De fait, Ben Barka sait beaucoup de choses: il voyage sans arrêt, côtoie des politiques, des journalistes, des diplomates, et sans doute des agents d'autres pays...
En cet automne 1961, la StB franchit un pas supplémentaire en commençant à rémunérer Ben Barka. Celui-ci reçoit 1 500 francs par mois en échange de documents qu'il présente comme étant des bulletins du Service de documentation et de contre-espionnage français, le Sdece. Il affirme les tenir d'un agent français rencontré grâce au journaliste et historien Roger Paret, spécialiste du Maroc à France Observateur. Même si la StB doute de l'authenticité de ces notes, cela ne l'empêche pas de rétribuer son nouveau collaborateur. En novembre, le service finance aussi son voyage en Guinée (3 500 francs). Toutes les informations fournies par Cheikh et jugées importantes sont ensuite transmises au chef du KGB à Prague. Dans le lot: des notes du ministère français des Affaires étrangères. Ces documents du Quai d'Orsay, et ceux présentés comme des bulletins du Sdece, ne figurent pas dans le dossier dont nous disposons.
Le 15 mai 1962, Mehdi Ben Barka rentre au Maroc, où le pouvoir semble soudain mieux disposé à son égard. Dès lors, par précaution, ses contacts avec la StB se raréfient. Ses «collègues» craignent le contre-espionnage marocain, sans doute présent dans l'ombre. En février 1963, Cheikh se rend tout de même en Tchécoslovaquie. Il ne passe que deux jours à Prague, mais cela lui suffit, après un débriefing détaillé sur son parcours et ses motivations, pour être officiellement recruté (la fameuse verbovka). Une simple formalité, compte tenu de ses états de service depuis un an et demi. Dans la foulée, il se voit attribuer un nouvel officier traitant: Motl cède la place à Karel Cermak, alias «Cervenka», du bureau central de Prague. Ben Barka sera dorénavant un «contact confidentiel», une sous-catégorie des agents dans la classification de la StB.
De retour au Maroc, il constate que son horizon politique est une fois de plus bouché. Il se sait surveillé et craint pour sa vie à la suite d'un accident de voiture suspect. Persuadé qu'un accord avec le pouvoir est impossible, il s'exile à nouveau (23 juin 1963), définitivement cette fois.
«Cheikh nous donne des documents intéressants»
Cet infatigable globe-trotteur reprend alors son périple à travers
la planète. Avec, à la clef, trois séjours à Prague:
en juillet (deux jours), fin juillet- début août (quatre jours)
et fin novembre-début décembre (quatre jours). La capitale tchécoslovaque
lui sert souvent de transit dans le cadre de ses voyages vers les pays communistes.
Il a ses habitudes dans divers grands hôtels de la ville (Yalta, International,
Paris). La STB en profite pour le débriefer. Et aussi pour mettre sa
ligne sur écoute...
L'espion qui savait
C'est un espion d'autrefois. Un agent à la retraite qui vit avec sa
femme dans la campagne tchèque. Leur terrasse donne sur les champs.
Le salon, lui, est décoré de quelques bibelots africains, souvenirs
de l'époque où le maître de maison officiait sous couverture
diplomatique sur ce continent. A 74 ans, il a tout connu, Josef Orel: le monde
du renseignement, puis l'affront de l'exclusion (1970) lors des purges consécutives
au Printemps de Prague, et enfin la réhabilitation, l'honneur retrouvé,
en 1990, à la chute du communisme.
Il se souvient aussi avoir croisé Mehdi Ben Barka en 1960, lors d'un
voyage en Guinée, pour une conférence afro-asiatique, puis en
1961, à Gaza, à l'occasion d'une autre réunion internationale.
Il garde de lui l'image d'un homme brillant, sympathique, ouvert. Et très
proche de son service... «Avant le déplacement à Gaza,
ma hiérarchie m'avait averti qu'il était en relation avec nous,
mais je ne devais rien lui dévoiler.»
A l'entendre, le dossier que l'historien et journaliste Petr Zidek a sorti
de l'oubli est «fiable et sérieux». Il n'en connaît
pas l'intégralité, et ignore tout des séjours pragois
de l'opposant marocain, mais, à ses yeux, ce dernier n'était
pas à proprement parler un «agent», plutôt un informateur
de haute volée, une des personnalités proches du communisme que
Prague soutenait et utilisait dans le plus grand secret. «Le but était
d'aider ces camarades dans leurs activités politiques, voire militaires,
précise l'ancien espion. A leur propos, nous employions le terme de "contact
confidentiel". Je ne suis pas surpris que Ben Barka ait donné des
informations, ni qu'il ait perçu une aide financière et suivi
un stage d'entraînement.»
Petr Zidek, l'historien, va plus loin en estimant, documents à l'appui,
que le Marocain - nom de code «Cheikh» - était un agent à part
entière. «Agent», «contact confidentiel»...
quelle que soit sa forme, cette collaboration a semble-t-il échappé à la
CIA et au Sdece français. «Mehdi a eu de la chance, conclut Orel.
Mais il faut dire aussi qu'à l'époque nous étions assez
efficaces sur l'Afrique!»
Le 17 décembre 1963, le chef du renseignement extérieur - la première administration de la StB - Josef Houska, adresse une note élogieuse au ministre de l'Intérieur, Lubomír Strougal (futur Premier ministre, de 1970 à 1988): «La collaboration avec le contact confidentiel Cheikh s'est avérée très intéressante pendant les deux réunions d'août et de novembre 1963. Cheikh est plus sérieux dans la collaboration, il nous donne des informations et des documents intéressants.» A cette occasion, Houska indique au ministre qu'un officier en poste en Algérie, le «camarade Lensky», sera dorénavant chargé, avec Cervenka à Prague, d'assurer le lien avec Cheikh. Celui-ci, qui passe une partie de son temps en Algérie et en Egypte, percevra 1 500 livres sterling par an, à condition de maintenir un contact régulier (au moins une fois par mois).
Un code va bientôt être mis au point pour lui donner des instructions sans éveiller les soupçons de ceux qui, lorsqu'il se trouve à l'étranger, écoutent sans doute ses conversations. Quand l'un de ses correspondants de la StB l'appelle et lui dit: «Un journaliste important veut te voir à Zurich», cela signifie qu'il doit se rendre d'urgence à... Prague. A l'inverse, si la phrase est: «Un journaliste important veut te voir à Genève», c'est à Alger qu'il doit filer!
Le 19 août 1964, le voilà de retour en Tchécoslovaquie, avec, cette fois, un passeport spécial algérien (numéro 798) au nom de Zaidi Abdelkrim. Plus surprenant: il arrive à Prague en voiture - une Opel Record immatriculée GE 6367 - en compagnie de son épouse et de leurs quatre enfants! La famille a auparavant séjourné à Francfort, chez le frère de Mehdi, Abdelkader, qui fut un temps conseiller commercial auprès de l'ambassade du Maroc en RFA.
La hiérarchie de la StB est furieuse: Cheikh n'a prévenu personne de ce voyage familial! A l'évidence, il vient avant tout pour que sa femme se repose dans la station thermale de Karlovy Vary. La StB accepte de prendre en charge les frais de ce long séjour (trois semaines), mais Ben Barka, habitué à loger dans des établissements haut de gamme, devra revoir ses exigences à la baisse en passant de l'hôtel Moscou au plus modeste Central. Autre problème: son manque de sérieux. Ses «officiers traitants» lui reprochent un certain laisser-aller: ses informations sont tardives ou de troisième main, ses contacts avec Cervenka trop irréguliers. Conséquence: il ne sera plus payé au forfait mais au coup par coup.
A la même époque (25 août 1964), un capitaine ayant pour nom de code «Doubek» rédige un long rapport sur Ben Barka. Treize pages cinglantes: sa sincérité est mise en doute; de graves contradictions sont relevées dans ses informations; il est imprudent, au téléphone ou dans ses rencontres, trop bavard sur ses liens avec Motl et le service... Le capitaine ajoute: «Il est sûr que Cheikh est "progressiste" dans les contacts avec nous, proaméricain dans les contacts avec les Américains et opportuniste dans les contacts avec Bourguiba, Nasser et les baasistes d'Irak et de Syrie.» Selon Doubek, il y a pire: les «amis» - c'est-à-dire le KGB - pensent qu'il a été corrompu par les Chinois!
A l'automne 1964, le Maroc commence à soupçonner la Tchécoslovaquie de soutenir l'opposant en exil. Le 15 octobre, les agents de la StB en poste à Rabat envoient même un message d'alerte à Prague: le Maroc est, paraît-il, persuadé que «le gouvernement tchécoslovaque entraîne des partisans marocains à la demande de Cheikh». L'accusation comporte une part de vérité: la question de l'aide matérielle et de l'entraînement des membres de l'UNFP a été maintes fois évoquée avec lui. Dans le dossier 43-802, il n'y a pas, toutefois, de preuves formelles d'une telle aide.
On sait en revanche que Ben Barka a suivi, à sa demande, une formation aux techniques de «conspiration»: les langages codés, les connexions radio, l'art et la manière de déjouer une filature... Le stage a eu lieu à Prague, du 9 au 17 mars 1965, dans un appartement «banalisé» de la StB.
A la fin du mois de septembre 1965, Ben Barka se rend à Cuba, puis revient dans la capitale tchécoslovaque (vol OK 524 du 1er octobre). De manière très officielle cette fois, puisqu'il donne une conférence de presse. Ceux qui le croisent alors décrivent un homme apeuré. Inquiet pour sa sécurité, il demande même à Cervenka de lui fournir un revolver, calibre 7,65 mm. Ce dernier s'engage à lui procurer une arme lors de son prochain séjour. Mais l'opposant marocain ne reviendra pas... Le 29 octobre, il est enlevé dans le Quartier latin, à Paris, devant la brasserie Lipp, ce restaurant où il avait déjeuné, quelques années auparavant, avec Motl!
La
StB cherche à tirer profit de l'enlèvement
de l'opposant
La StB n'a rien à voir avec ce rapt. Mais le retentissement est tel,
en France comme ailleurs, qu'elle ne peut y rester indifférente. Le
service décide donc d'ouvrir un sous-dossier, le 43-802-100, où seront
consignées les informations ayant trait, de près ou de loin, à l' «Affaire».
L'idée est d'attiser l'agitation, d'en tirer un profit politique à l'échelle
internationale.
C'est ainsi que la StB lance une campagne de désinformation baptisée opération «Départ». Une note du 12 novembre 1965 en fixe les objectifs:
- attirer les soupçons sur le gouvernement américain et la CIA, pour faire croire qu'ils sont les organisateurs directs du rapt;
- dénoncer le roi Hassan II, le ministre de l'Intérieur, le général Oufkir, le directeur de la Sûreté marocaine, le colonel Dlimi, et les cadres du régime. Selon la note de la StB, ceux-ci doivent être présentés comme des «larbins actifs de l'impérialisme» ou des agents de l'espionnage américain contre les dirigeants des pays arabes et africains;
- compromettre autant que possible la police et le gouvernement français, voire Charles de Gaulle en personne.
Bien sûr, il y a une part de vérité dans ces assertions, en particulier en ce qui concerne la responsabilité de certains Marocains et de policiers français, mais le but de la StB est d'aller au-delà, d'exploiter au mieux ce scandale.
D'après les archives, la StB s'est servie de divers correspondants dans la presse mondiale pour diffuser des informations répondant aux critères de l'opération «Départ». Ainsi, un journaliste ayant pour nom de code «Samir» a publié un article fortement inspiré par la StB dans le quotidien indien Patriot du 28 novembre 1965.
La presse française n'est pas épargnée. Le dossier mentionne par exemple un journaliste (présenté sous le seul sobriquet de «Pipa») travaillant pour Le Canard enchaîné. Il n'est toutefois pas précisé s'il a été manipulé par ses sources ou s'il a délibérément diffusé de fausses informations.
Au cours des années suivantes, alors que l'affaire continue de passionner l'opinion, la StB complète le sous-dossier 43-802-100. On y trouve même des éléments très précis sur le procès des ravisseurs, en 1966. La StB disposait, semble-t-il, d'un agent - équipé d'un appareil enregistreur! - dans la salle d'audience! Motl lui-même, le «recruteur» de Ben Barka, était encore à Paris à cette époque, mais rien ne dit qu'il ait assisté au procès. Rentré à Prague en janvier 1967, il a été limogé en 1972. Il est décédé au début des années 1990.
Si bien informés soient-ils, les amis pragois de Cheikh n'ont jamais pu savoir ce qu'il était devenu après son enlèvement. Sa collaboration avec la StB est restée, elle aussi, un secret bien gardé. D'après les registres, le dossier 43-802 n'a été consulté que deux fois: en 1972 et en 1983.
http://www.lexpress.fr/info/monde/dossier/benbarka/dossier.asp
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L'Express du 10/01/1966
Le
récit d'un témoin
«
J’ai vu tuer Ben Barka»
Propos recueillis par Jacques Derogy
Les confidences de Georges Figon, repris de justice reconverti dans le show-biz, sur l'enlèvement de l'opposant marocain Mehdi Ben Barka
«C'est le 29 octobre, à 12 h 30, qu'a eu lieu l'enlèvement de Ben Barka. Son taxi était arrivé par la rue du Dragon. Il est descendu, accompagné d'un jeune homme, puis a commencé à regarder les livres à l'étalage de la librairie "La Pochade". Contrairement à ce que l'on a prétendu, ce n'est pas moi qui l'ai désigné, c'est Lopez qui l'a reconnu et a fait un signe aux deux policiers, Souchon et Voitot. Ils se sont alors avancés vers Ben Barka: "Police française, ont-ils dit, on doit vous emmener à un rendez-vous."
«Ben Barka n'a pas paru tellement surpris; simplement, il leur a demandé leurs cartes. Ils l'ont alors amené vers un porche ; c'est là qu'ils lui ont montré leur macaron ; il a alors accepté de les suivre sans résistance.
« La voiture a pris la route d'Orly, une 403 de la Préfecture, équipée d'un téléphone. Les deux policiers voulaient camoufler le numéro minéralogique avec une fausse plaque en plastique. "Pour des poulets, vous n'êtes pas forts, leur avait dit Le Ny, ces plaques n'existent plus depuis deux ans." Les autres m'ont raconté qu'à ce moment-là, Ben Barka croyait visiblement qu'on allait le raccompagner à Orly et le mettre dans un avion en partance pour l'étranger (ce qui arrive parfois aux "indésirables"). Sans manifester d'émotion, d'une voix parfaitement calme et courtoise, Ben Barka a demandé à Souchon et Voitot, si leur intention était bien de l'accompagner à Orly et de l'expulser, de bien avoir l'obligeance d'aller chercher une valise qu'il avait laissée à Paris et de la faire suivre, en son temps.
«Pendant cette partie du trajet, il y a eu dans la voiture un grand silence. La 403 a dépassé sur l'autoroute l'entrée d'Orly et a continué son chemin. A ce moment, et pour la première fois, Ben Barka a donné des signes d'agitation. "La vérité dans cette histoire, a dit alors l'un des vrais policiers, c'est que le "patron" veut vous voir."
«J'ai la certitude que je n'ai rien fait contre la France. Ma conscience est parfaitement tranquille de ce point de vue-là»
«Ben Barka a cru immédiatement que le "patron" en question, c'était un haut fonctionnaire de la police - sans doute le chef de la D.S.T. De nouveau, il s'est calmé. II a dit simplement: "Excusez-moi, mais j'ai la certitude que je n'ai rien fait contre la France." Il a même rappelé qu'il avait été reçu en audience par le général de Gaulle, il a parlé longuement de la haute estime dans laquelle il tenait le chef de l'Etat. Il a ajouté : "Ma conscience est parfaitement tranquille de ce point de vue-là."
Du
thé
«Aussitôt arrivés à Fontenay-le-Vicomte, à la villa de Jo (Boucheseiche), Souchon et Voitot sont repartis pour Paris avec Lopez. Ils ne sont pas entrés dans la maison.
«Ben Barka a été conduit dans une chambre au premier étage. Une chambre très confortable. Il était toujours très calme, il a sorti un gros livre de sa serviette et s'est mis à lire ; ensuite, il a demandé du thé et c'est Dubail qui a été lui en chercher. Moi, je les avais rejoints en taxi.
«C'est peu de temps après que Jo est monté pour dire qu'il y avait un léger contretemps et que "le patron" n'arriverait que plus tard. Ben Barka commence à donner quelques légers signes d'impatience, mais il n'est pas du tout inquiet ; visiblement, il s'attend à la visite d'un haut fonctionnaire. II répète qu'il ne s'est livré à aucune action répréhensible sur le territoire français. Ce dernier point paraît lui tenir particulièrement à cœur.
Une bonne idée
«
On calcule que Dlimi et Oufkir n'arriveront pas avant plusieurs heures ;
Dubail monte prévenir Ben Barka que le rendez-vous est remis à samedi.
On lui fait également monter un repas préparé par la
bonne marocaine de Boucheseiche, mais il ne touche presque à rien.
Il redemande du thé et il boit sans cesse. Il répète
encore à Dubail que, s'il est venu en France, c'est que la France
est un pays ami du Maroc, puis il lui dit: "Un jour, je serai peut-être
Premier ministre dans mon pays ; dans ce cas, il faudra changer beaucoup
de choses, surtout la police, car, vous savez, là-bas, la police est
complètement pourrie."
«On va le liquider. Il n'y a qu'à régler ça ici et ensuite on ira l'enterrer dans un champ»
«Dubail approuve discrètement.
Finalement, Ben Barka finit par s'endormir.
«
C'est le samedi après-midi que Dlimi, accompagné d'un certain
Achachi, arrive à Fontenay-le-Vicomte dans la voiture de Lopez. Les
précautions sont prises pour que Ben Barka ne le voie pas arriver.
Nous accueillons Dlimi dans la grande entrée de la villa, où se
trouvent toutes sortes de panoplies marocaines. Dlimi paraît froid
et décontracté. Dubail lui rapporte la phrase de Ben Barka
sur la police marocaine. Il éclate de rire: "Ah! comme ça,
il veut épurer la police! Eh bien! c'est une très bonne idée!"
"Ce n'est pas tout ça, interrompt alors Jo, mais qu'est-ce que l'on va en faire?" Dlimi n'hésite pas, il est catégorique : "On va le liquider." " Mais comment?" demande Jo, un peu inquiet. "Eh bien, il n'y a qu'à régler ça ici et ensuite on ira l'enterrer dans un champ."
«C'est un peu l'affolement. Personne, en fait, n'a envie de liquider Ben Barka ; ce n'est pas ce qui avait été convenu au départ. Je prends Le Ny à part et je lui dis : "T'es fou, il ne faut pas les laisser faire, surtout pas ici, chez Jo ; dans quinze jours, ils retrouveront le corps à quelques mètres de ta maison ; il vaut mieux aller dans la villa de Lopez ; il faut mouiller Lopez. Si jamais on le liquide ici, on est marron. Dis-le à Jo." "De toute façon, intervient alors Palisse, on ne peut pas l'emmener comme ça."
Du
phénergan
« Dlimi insiste:"Alors, vous vous décidez? Il vaut mieux que ce soit l'un de vous qui aille le voir pour éviter une mauvaise surprise à Mehdi." Il dit "Mehdi" (c'est le prénom de Ben Barka) avec une pointe d'ironie. Je dis alors à Dlimi "De toute façon, on ne peut rien faire ici, il faut l'emmener chez Lopez". Jo approuve. Le Ny, Dubail, Dédé (Palisse) et Jo (Boucheseiche) s'apprêtent à monter. Jo déclare, en se caressant les biceps: "J'ai 53 ans, mais quand même, je ne suis pas complètement pourri. J'ai encore une bonne gauche. "J'interviens alors pour dire qu'il vaudrait mieux mettre un somnifère dans son thé. Jo déclare que, chez lui, il n’y a que du phénergan.
«Dubail monte donc dans la chambre du premier pour apporter à Ben Barka du thé additionné de phénergan. Nous attendons un quart d'heure, puis Jo et les trois autres montent. Aussitôt qu'il les voit rentrer en groupe, Ben Barka jette son livre et se lève de son fauteuil: "Qu'est-ce qui se passe?" Jo s'avance, lui lance un coup de poing et le rate.
Une vraie boucherie
«
D'en bas, on entend un bruit extraordinaire: des meubles brisés, de
la vaisselle qui se casse. Petit à petit, les quatre arrivent à coincer
Ben Barka sur une chaise, mais il continue à se débattre, une
vraie boucherie!
«C'est alors que Dlimi et Achachi montent au premier étage. Dès qu'il voit Dlimi, Ben Barka paraît saisi de terreur ; il arrête de se débattre. On commence à le ficeler avec les cordes qu'est allé chercher Palisse. C'est Dubail qui lui attache les pieds.
«A ce moment-là, au rez-de-chaussée arrive Oufkir, coiffé d'un
grand chapeau de feutre noir. II ouvre la porte, s'arrête: il a une
incroyable tête d'assassin ; il se retourne vers moi:
"
II est là-haut?
- Oui.
- Ça marche bien?"
«Je fais une moue significative. Oufkir ne répond rien. Il décroche un petit poignard marocain attaché à une panoplie en bas de l'escalier. Il monte au premier. "Eh ! bien, le voici", dit-il simplement.
Oufkir s'approche de lui: «Je connais le moyen de le calmer.» Et il commence à lui tailler la gorge et la poitrine avec la pointe du poignard
«En le voyant, Ben Barka commence à se débattre à nouveau. Oufkir s'approche de lui: "Je connais très bien le moyen de le calmer." Et il commence à lui tailler la gorge et la poitrine avec la pointe du poignard. Il paraît y prendre un plaisir de chirurgien en train d'expliquer une opération à ses internes: "Regardez, maintenant ça va."
«Dlimi lui parle alors en arabe; sans doute lui explique-t-il qu'il faut emmener Ben Barka dans la villa de Lopez, car Oufkir se tourne vers Boucheseiche et lui dit : "Allons-y!" A ce moment, Oufkir propose de faire venir une ambulance pour transporter Ben Barka chez Lopez. Tous poussent de hauts cris.
«On le bâillonne, on le descend, on le met dans une voiture immatriculée "Corps diplomatique", qui l'emmène à Ormoy, chez Lopez. Moi, je fais partie d'un deuxième voyage.
A
une chaudière
« Aussitôt arrivés chez Lopez, ils descendent Ben Barka inconscient dans la cave. Là, un Marocain qui n'était pas dans la villa de Jo et qui devait sans doute conduire la voiture d'Oufkir, l'attache à une chaudière de chauffage central. Il le ficelle de telle façon que Ben Barka est complètement tordu, paralysé, et qu'il ne peut plus respirer. Le Ny intervient: "T'en fais beaucoup, toi, dit-il, laisse-lui au moins de quoi respirer."
"C'est bien comme ça", répond simplement le Marocain. Ben Barka est fini.
«Ensuite, tout le monde se retrouve dans le salon. Oufkir explique d'abord qu'il est arrivé trop vite et qu'il n'a pas d'argent sur lui (il avait promis plus de cent millions). Il se déclare en outre mécontent que l'opération se soit faite sur le territoire français. Et il nous fait la leçon. Il dit: "Il aurait fallu aussi embarquer l'historien (1). C'est une erreur de l'avoir laissé: Mais ce serait une erreur encore plus grande de ne pas savoir garder le silence. Je sais qu'il y en a parmi vous qui ont la parole facile. Il y en a même qui écrivent." Et il me regarde et il ajoute : "La moindre erreur de ce genre serait fatale."
«On lui apporte la serviette qui contient les papiers personnels de Ben Barka. Oufkir la fouille minutieusement. Il en sort même une carte de l'Association France-Algérie. Oufkir, sentant le malaise qui règne autour de lui, commence à s'expliquer:
«Pour moi, il ne s'agissait pas seulement de se débarrasser d'un ennemi politique. Ben Barka était aussi un ennemi de la France et de l'humanité.
- On est excédés et fatigués, vous savez, lui dis-je. On s'en fout, de vos salades.
- Je remercie, reprend Oufkir, ceux qui nous ont aidés sincèrement et sans essayer de nous faire chanter (il se retourne vers moi en disant cela). Nous nous reverrons, j'aurai encore l'occasion de vous employer.
«Je lui dis alors: "J'espère qu'il vous reste encore beaucoup d'ennemis." Ensuite, Dubail, Palisse, Le Ny et moi regagnons Paris dans la voiture de Jo.»
L'homme qui fait ce récit parle d'une voix saccadée, en argot des prisons: débit rapide, accent de titi parisien. Il s'appelle Georges Figon. II semble circuler librement bien qu'il soit recherché par toutes les polices. Il sait beaucoup de choses. Il les dit dans un vocabulaire particulier de repris de justice frotté de culture intellectuelle, si bien qu'il nous a fallu "traduire " certains passages de son récit (2).
Pourquoi parle-t-il? Ceux-là mêmes qui, aujourd'hui, ont intérêt à ce qu'il ne tombe pas entre les mains de la justice, à lui faire passer éventuellement une frontière, peuvent aussi le faire disparaître. Alors, il laisse des traces, il enregistre des déclarations. Et il s'amuse même, si on l'en croit, à monter des mystifications en racontant qu'il a été arrêté, puis relâché.
Un fric-frac
Fils d'un inspecteur général de la Santé publique commandeur
de la Légion d'honneur, Georges Figon a été un enfant
difficile. Jeune homme, il a passé trois ans dans un asile psychiatrique.
Un beau jour, il est mêlé à un fric-frac. Son rôle n'est pas clair, mais il tire sur les policiers venus l'arrêter. Le 27 septembre 1955, la Cour d’Assises de la Seine le condamne à vingt ans de travaux forcés pour coups et blessures avec intention de donner la mort. II crache à la figure des jurés le mépris que lui inspire leur justice. Il fera moins de scandale en prison, puisqu'une cascade de six remises de peine successives lui fait obtenir sa libération conditionnelle en 1961. Son avocat est Me Jean Hug, dont l'assistant, Me Pierre Lemarchand, devient son ami.
Le 17 février 1964, Figon est relevé de l'incapacité commerciale. Il devient éditeur, crée rue de la Chaise, dans le VIIe arrondissement, la Société Moderne du Roman-Photo et Les Presses Européennes. Interviewé, sans que son nom soit prononcé, par la presse et la télévision, Figon devient également une figure de Saint-Germain-des-Prés. Marguerite Duras le rencontre et publie deux entretiens avec lui. Mais il reste, en même temps, lié au "milieu" et son amitié pour son avocat, Me Lemarchand, lui ouvre des perspectives "d'activités politiques parallèles".
C'est, d'ailleurs, à Me Lemarchand, devenu député U.N.R. de l'Yonne en novembre 1962, qu'il s'ouvrira, dit-il, des préparatifs de l'enlèvement de Mehdi Ben Barka. Il affirme l'avoir non seulement tenu au courant du déroulement de l'opération mais encore avoir obtenu, grâce à lui, à la fois une couverture et un feu vert des autorités officielles.
La Carlingue
D'une part, la participation au rapt de Ben Barka de "truands retraités",
qui ont, pour la plupart, travaillé pour la Gestapo (qu'ils appellent "la
Carlingue") pendant l'Occupation, a été établie
par les interrogatoires des policiers de la Brigade mondaine, Souchon et
Voitot, et du chef d'escale d'Air France à Orly, Antoine Lopez. Celui-ci était, à la
fois, l'indicateur de ceux-ci et agent du S.D.E.C.E. (Service de contre-espionnage).
Lopez a, d'autre part, confirmé que, lors de son retour à sa villa d'Ormoy, il y trouva, avec le général Oufkir et le commandant Dlimi, Georges Figon.
Enfin, un journal de Lausanne a pu affirmer, quinze jours après le crime, que Ben Barka avait été poignardé par Oufkir dans la villa de Boucheseiche à Fontenay-le-Vicomte. La source en était tout simplement la police française, qui avait trouvé, lors de la perquisition, des traces matérielles du meurtre.
(1) Il s'agit de l'étudiant Azemmouri qui accompagnait Ben Barka et qui a donné l'alerte le lendemain de l'enlèvement.
(2) Par exemple, au moment où Ben Barka se rend compte de ce qui se passe, à l'arrivée des quatre gangsters dans sa chambre, Figon dit textuellement : «Dès qu'il les a vus les quatre ensemble, il se l'est donné», ce qui signifie qu'il a pris peur.
On
peut, évidemment, se demander dans quelle mesure Figon n'a pas
affabulé et s'il a été réellement témoin
du drame qu'il décrit. Or, plusieurs éléments connus
de l'enquête permettent de faire des recoupements qui confirment plusieurs
aspects de son récit.Georges Figon n'est pas un gangster ordinaire.
Ce petit homme à lunettes de 39 ans , au visage un peu rond, à la
moustache pauvre, aux frisures clairsemées, emploie le langage étrange
et symboliste du truand parce qu'il se veut de ce milieu. Il a choisi d'en être
par défi à une société dont il est, en fait,
la victime.«Aussitôt, Dubail, Dédé et Le Ny se
précipitent. Ils le bourrent de coups de poing, mais le phénergan
a certainement provoqué chez Ben Barka un effet contraire à celui
désiré. Il ne sent plus les coups ; il se bat sans dire un
mot. Lui qui est si petit paraît d'un seul coup doté d’une
force extraordinaire. Le Ny, qui pèse 110 kilos et mesure un mètre
quatre vingt-dix, Dubail, ancien garde du corps de Jo Attia, taillé en
athlète cognent de toutes leurs forces. Dubail, lui, est pris d'une
rage terrible et hurle : "Mais il ne va donc jamais descendre, celui-là !" Il
tend la main pour saisir un bibelot et lui donner un cou sur la tête,
mais les autres s'arrêtent. Ben Barka est en sang, la figure méconnaissable.
Il a la tête comme une citrouille. «Le soir, il se couche et
nous en profitons pour téléphoner au Maroc à Dlimi,
le chef de la Police, et à Oufkir, le ministre de l’Intérieur.
Les termes sont brefs, tout le monde est parfaitement au courant de ce dont
il s'agit. Les Marocains sont sceptiques ; on leur a déjà fait
le coup pour obtenir de l'argent. Ironique, Dlimi demande: "Qu'est-ce
que ça veut dire, cette fois encore?" C'est Dubail qui prend
alors le téléphone:
"
Puisqu'on vous dit que le colis est là!
- Quoi, le colis?
- Oui, le colis.
- Emballé?
- Oui, emballé.
- C'est bien, on arrive."Les policiers ont expliqué qu'ils ignoraient,
eux, les raisons qui avaient motivé ce rendez-vous, mais que le "patron" avait
tenu à accueillir Ben Barka dans une maison de campagne aux environs
de Paris pour avoir un entretien tranquille et à l'abri de toute publicité.
Visiblement, Ben Barka a accepté cette réponse.
http://www.lexpress.fr/info/monde/dossier/benbarka/dossier.asp?ida=321748
Ben Barka: France 2 complice des services marocains?
Par Joseph Tual (Journaliste) 19H39 18/10/2007

Voilà bientôt dix-sept ans que je travaille sur l’affaire Ben Barka. Dix-sept ans d’enquête pour France 3, des heures et des heures d’entretiens, de recoupements, de lecture d’archives. Cela en valait-il la peine? Oui, sans aucun doute.
Mehdi Ben Barka est enlevé en plein cœur de Paris le 29 octobre 1965. Quarante-deux ans se sont écoulés depuis. Trois journalistes y ont consacré des pans entiers de leur vie professionnelle, Daniel Guérin, Jacques Derogy, tous deux décédés aujourd’hui, et moi-même, qui continue l’enquête. J’ai profité et appris de leur travail et je me sentirais bien lâche de ne rien dire aujourd’hui, alors que France 2 s’apprête à diffuser un téléfilm sur cette affaire, réalisé à partir d’éléments faux et basés sur le témoignage d’un usurpateur: Ahmed Boukhari.
"La tête de Ben Barka est là"
Mais revenons au début. En 1992, je recueille le témoignage de trois hommes, les frères Bourequat. Ces trois frères sortent de dix-huit ans d’enfermement, dont dix dans le terrible bagne de Tazmamart. Au cours de leur détention, ils ont été "voisins" des truands français impliqués dans l’enlèvement de Mehdi Ben Barka; l’un des trois frères, Ali, apprend de la voix d’un des truands: "La tête de Ben Barka est là, enterrée devant ta cellule." Ils se trouvent alors dans une petite prison appelée PF3 (Point Fixe N°3).
Pour vérifier ce point, il faudrait effectuer des fouilles au PF3. Je vais au Maroc, à la recherche de cette prison. Muni de toutes les indications fournies par mes témoins, je trouve, avec l’aide de mon confrère marocain Ali L’mrabet*, le fameux PF3. Je le filme et diffuse le sujet sur France 3 national. Ce reportage a été versé dans la procédure actuelle de l’instruction (ouverte depuis 1975), puisqu’il apporte des éléments nouveaux.
Nous sommes en 2000. Hassan II vient de mourir, en juillet 1999. Durant tout mon séjour au Maroc, je suis suivi 24 heures sur 24 par les hommes de la DST marocaine. Ce reportage, pour les services marocains, c’est une catastrophe! Le général Laanigri, chef de la DST marocaine à l’époque, fulmine. Colère aussi chez les généraux Kadiri et Benslimane, respectivement chef de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), et chef de la gendarmerie. Tous deux, par ailleurs, impliqués directement dans l’affaire Ben Barka.
Où, quand, et pour qui est née l’idée du témoignage Boukhari?
En 2001, Ahmed Boukhari donne des pages et des pages de prétendues révélations au Journal-Hebdo, à Casablanca. L’homme fournit moult détails sur l’affaire Ben Barka. Il sent bon le scoop. Et ça marche! L’homme, à première vue, est habile, il distille dans son texte très volumineux une quantité de mensonges probablement dictés, un subtil mélange de déjà connu et d’élucubrations, mais pour les détecter il faut lire et relire le dossier d’instruction établi entre 1965 et 1966 par le juge Zolinger. Un travail de recoupement négligé par mes confrères. Pourquoi?
De mon côté, je soumets toutes mes interrogations et le fruit de mes recherches à maître Buttin, l’avocat historique de l’affaire Ben Barka. Tous les deux, nous pointons les aberrations du témoignage de Boukhari. Un vrai ball-trap à bêtises ou contre-vérités: l’attentat d’Alger contre Ben Barka, sur lequel d’ailleurs débute le téléfilm de France 2, n’a jamais eu lieu. La séance de torture à Fontenay-le-Vicomte n’a jamais été établie judiciairement. Ce ne sont que les dires du mythomane Figon, l’un des truands de la bande, connu déjà à l’époque pour ses nombreux séjours en hôpital psychiatrique. Quant à la perquisition à Fontenay-le-Vicomte chez Boucheseiche, lieu où disparaîtra Ben Barka, les hommes du commissaire Bouvier n’y ont rien trouvé, contrairement à ce qu’affirme Boukhari et à ce qui est dit dans le film. C’est du témoignage de Figon dont s’inspire Boukhari, un témoignage qui se retrouve à la Une de L’Express en 1966, sous le titre pompeux: "J’ai vu tuer Ben Barka".
Après un travail de recoupement, encore une fois, je constate que cet article, d’une source très floue, fut quelque peu dénaturé et gonflé par la direction de L’Express de l’époque, motivée en cela par la course au scoop. L’imprudence est commise, et elle fait encore des dégâts aujourd’hui, car, de cet article, Boukhari s’est largement et copieusement inspiré. Mais lui, donne des noms aux participants: les frères Achaachi (les policiers marocains), Miloud Tounsi (le fameux Larbi Chtouki), Boubker Hassouni (l’infirmier). Pour les personnes qui n’ont pas le dossier Zolinger sous les yeux, ce sont des révélations sensationnelles. Eh bien non! Ils sont tous déjà cités dans la procédure de l’époque. Pour maître Buttin et moi, rien de nouveau.
Ce qui pouvait embarrasser les pouvoirs français comme marocain, à l’époque des faits, les arrange avantageusement aujourd’hui, car le dossier d’instruction est toujours ouvert, et devient très menaçant pour le régime au Maroc. Le juge actuel, Patrick Ramaël, est en effet très motivé dans sa recherche de la vérité et très précis dans les commissions rogatoires qu’il délivre auprès de la justice marocaine. Après publication dans les journaux, Boukhari ne s’arrête pas là, il veut le livre, qui, pour lui, est l’aboutissement ultime de son travail au service de Sa Majesté Mohamed VI.
La cuve magique
Bourkhari, dans sa hâte à faire publier son œuvre, envoie ses manuscrits tous azimuts. J’en récupère un, puis deux, trois et enfin un quatrième et là! Stupeur, ils ne sont pas identiques! Ecrit à la main, Boukhari première version, se met en scène, rivé au téléphone du "Cab1", service secret d’Hassan II, rue Moulay Idriss à Rabat à l’époque, il est de permanence. Or, dans la procédure Zolinger, ce poste est occupé par le jeune capitaine qui deviendra le Général Hosni Benslimane; manuscrit numéro 2, il se met en scène directement à Fontenay-le-Vicomte et voit l’arrivée de Medhi Ben Barka chez Boucheseiche. Il dit alors être le garde du corps du policier marocain Mohamed Achaachi, chef du service des opérations du Cab1.
Alors quelle version croire? Heureusement que la fin est la même et c’est là le but essentiel de la mission de désinformation de Boukhari: la cuve d’acide qui désagrège tout, y compris la vérité. Il est inutile de chercher le corps de Mehdi Ben Barka, il a été dissous dans l’acide de la cuve magique. Car elle est magique, cette cuve. Non seulement elle dissout les corps mais en plus, aux yeux d’un public désinformé, elle dissout l’intérêt d’une commission rogatoire qui exige des fouilles au concret PF3.
Je récupère dans le manuscrit les plans de ladite cuve. Après analyse, des ingénieurs chimistes partent dans une franche rigolade et le verdict tombe: impossible, fantaisiste, du roman! Le gardien de la paix Boukhari, son véritable grade, nous dit en fait: "Circulez, il n’y a plus rien voir!"
Si le livre "Le Secret" de A. Boukhari (éditions Michel Laffont), passe somme toute inaperçu, le téléfilm qui en est sa parfaite adaptation risque, lui, de faire beaucoup de dégâts dans une opinion mal informée. "L’Affaire Ben Barka", réalisée par Jean-Pierre Sinapi pour France 2, est le parfait copié/collé du livre de Boukhari. Potentiellement, dix ou quinze millions de personnes manipulées et désinformées, d’où, et c’est un euphémisme, ma surprise!
Le ministre Sarkozy sommé de se poser à Marrakech
Non, Monsieur le président de France Télévisions, vous ne pouvez pas laisser passer une telle infamie. L’acide, pour reprendre la thèse de Boukhari, revient à dissoudre toute l’information judiciaire ouverte depuis 1975 pour l’enlèvement et l’assassinat de Mehdi Ben Barka. Et croyez moi, ce n’est pas un sujet léger qui pourrait distraire innocemment les téléspectateurs!
J’en veux pour preuve qu’en mai 2006, notre ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, à son retour d’une tournée en Afrique noire, est sommé de se poser sur l’aéroport de Marrakech. Les sécuritaires marocains sont sur le tarmac pour l’accueillir. Au menu des discussions? L’affaire Ben Barka. Et de cela, Sarkozy est tout estomaqué.
L’inquiétude des officiels marocains porte sur la récente convocation de Driss Basri, leur ex-ministre de l’Intérieur sous Hassan II. La teneur exacte de leur entretien, je ne la connais pas. Mais ce dont je suis sûr, et cela m’a été confirmé par deux sources différentes, c’est qu’ils ont parlé de l’affaire Ben Barka. Bientôt, notre Président ira au Maroc. Quelles pensées le guideront? L’application stricte de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1789? Ou la vision commerciale de la diplomatie française sur le régime actuel du Maroc? Ce voyage sera-t-il précédé d’un geste de rupture qu’il affectionne tant? Rompre avec les assassins et soutenir la famille Ben Barka après quarante-deux ans d’amnésie volontaire du pouvoir français? Nous verrons…
Pour l’instant, France 2 n’est que victime d’une manipulation des services marocains. Mais si la décision est prise de diffuser, en l’état, ce téléfilm, elle devient complice de la manipulation et par là même c’est toute la crédibilité de France 2 et au delà, de tout le groupe France Télévisions auquel j’appartiens qui est menacée. Nous sommes face à un dilemme, j’en conviens: 5,4 millions d’euros de budget mis au service du contre espionnage marocain, une très bonne affaire pour eux. Surtout que le produit du réalisateur Sinapi est bon dans la forme.
Medhi Ben Barka était porteur d’une autre voie pour l’avenir du Maroc. Hassan II en a décidé autrement. Le constat est dur. Aujourd’hui, le Maroc a évolué, certes, mais le Makhzen -mot usuel du peuple marocain pour désigner les courtisans corrompus- est toujours là, au poste de commande du régime royal. Usant de son pouvoir pour étouffer toute velléité légitime de liberté des sujets marocains qui, je l’espère, pourront un jour enfin s’en affranchir.
* Ali L’mrabet, journaliste au journal Demain, condamné à quatre ans de prison ferme en 2004 pour diffusion d’une caricature du Roi.
http://www.rue89.com/2007/10/18/ben-barka-france-2-complice-des-services-marocains
22/10/2007 - Cinq Marocains visés par des mandats d'arrêt dans l'affaire Ben Barka
AFP - Lundi 22 octobre, 22h26PARIS (AFP) - Le dossier de la disparition en 1965 à Paris de l'opposant marocain Medhi Ben Barka a connu lundi un nouveau développement avec la mise en cause de cinq Marocains, dont un haut responsable, le jour où le président Nicolas Sarkozy entamait une visite d'Etat de trois jours au Maroc.
Le juge Patrick Ramaël, qui instruit ce dossier, a signé cinq mandats
internationaux, dont l'un visant le chef de la gendarmerie royale, a-t-on appris
lundi de source proche du dossier.
Ce nouveau développement a été révélé par France 3 qui assure que cinq mandats d'arrêt ont été délivrés visant : le général Hosni Benslimane, chef de la gendarmerie royale marocaine; Abdelkader Kadiri, ancien patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED, renseignements militaires); Miloud Tounsi, alias Larbi Chtouki, l'un des membres présumés du commando marocain qui a enlevé l'opposant marocain; Boubker Hassouni, infirmier et agent du Cab 1, une des unités des services marocains ultra secrète; Abdlehak (bien Abdelhak) Achaachi, également agent du Cab 1.
Toutefois la délivrance des mandats d'arrêts internationaux doit entamer un parcours susceptible de traîner en longueur, tout comme cette affaire qui a débuté il y aura 42 ans dans quelques jours.
Des sources proches du dossier ont affirmé à l'AFP que les mandats d'arrêt avaient bien été signés par le juge mais pas délivrés car ils doivent recevoir le feu vert de la Chancellerie, ce qui n'est pas pour le moment le cas.
Interrogé par l'AFP, le porte-parole de la Chancellerie Guillaume Didier a déclaré qu'"à ce jour aucun mandat d'arrêt n'est parvenu au ministère de la justice", se refusant "à tout autre commentaire sur ce dossier".
De source proche du dossier, on précise à l'AFP que le parquet lui-même n'a pas encore été saisi des intentions du juge, même si, au parquet "on savait que cette décision du magistrat était dans les tuyaux".
S'il vient à être saisi, le parquet devra communiquer le dossier au parquet général auquel il appartiendra à son tour de le transmettre à la Chancellerie.
Si, une fois saisi, le ministère de la Justice "donnait le feu vert" à la demande du juge, il saisirait alors le Bureau central national, émanation en France d'Interpol pour exécution. C'est seulement alors que les mandats seraient délivrés.
L'avocat de la famille Ben Barka, Me Maurice Buttin a déclaré à l'AFP que "c'était une bonne chose que le juge ait délivré ces mandats d'arrêt internationaux. Moi-même, représentant la partie civile, et le juge sommes excédés par le lenteur de la justice marocaine sur cette affaire".
"Cela fait 42 ans que cela dure et il fallait agir", a conclu Me Buttin.
Ce nouvel épisode d'une affaire qui avait marqué les débuts de la Ve République survient alors que les signatures de deux contrats entre la France et le Maroc viennent d'être annoncées à l'arrivée de M. Sarkozy au Maroc : la vente d'une frégate polyvalente et un protocole d'accord pour la réalisation d'une ligne de TGV Tanger-Casablanca.
Ben Barka, leader de l'opposition marocaine en exil et figure emblématique du tiers-mondisme, a disparu le 29 octobre 1965, devant la brasserie Lipp à Paris (VIe), lors d'une opération menée par les services marocains du roi Hassan II avec la complicité de policiers et de truands français.
Cette affaire retentissante n'a jamais été totalement élucidée malgré deux instructions judiciaires: le corps de Ben Barka n'a toujours pas été retrouvé et les conditions de sa mort n'ont pas été établies.
http://fr.news.yahoo.com/afp/20071022/tfr-france-maroc-benbarka-enquete-2elead-f56f567.html
ben
barka - l'equation marocaine
Film
Durée
: 01:21:48 Paris le : 13 décembre 2006 Lieu : France
Mercredi 3 octobre 2007 par Lara Mace
France 2 met les moyens pour un téléfilm fleuve sur l’affaire Ben Barka. Mais propose une version un peu particulière de l’histoire.
Les contribuables seront heureux d’apprendre que France 2, chaîne publique, vient de consacrer un budget énorme – le chiffre de 5 millions d’euros est chuchoté fort dans les couloirs de France Télévision – à une fiction consacrée à l’affaire Ben Barka. S’étalant sur trois heures, le téléfilm s’appuie notamment sur une version un tantinet controversée, celle d’Ahmed Boukhari l’espion balanceur sur le tard. En 2002, surgit de nulle part et plutôt bonhomme, Boukhari avait publié Le Secret “révélant” que Mehdi Ben Barka avait été dissout dans une cuve d’acide au Maroc. Largement reprise à l’époque par la presse française et marocaine, cette version a été, au fil des mois, contestée en raison des approximations de l’espion hypermnésique.
N’en déplaise à la famille, Jean-Pierre Sinapi, réalisateur de cette fiction pour France 2, a repris cette version et la présente un peu partout comme la « vérité ». Même la plaquette presse de France 2 use de cet argument vendeur : « Il est désormais possible de reconstituer l’ensemble de l’opération ». Tiens donc. Les scénaristes et le réalisateur auraient donc réussi là où le juge d’instruction, Patrick Ramaël, piétine toujours ? Ce dernier a donc assez logiquement convoqué Jean-Pierre Sinapi à son bureau : puisqu’il a trouvé la vérité, qu’il l’expose devant la justice. Courageux, Bakchich a visionné les trois heures. Le jugement est sans appel : le film est bon. Tous les ingrédients y sont : acteurs de renom, décors convainquants, suspense. Merci Sinapi. Ça, c’est pour le moment de détente. Pour le reste, Sinapi cumule les impairs. La famille Ben Barka n’a pas été consultée et menace aujourd’hui d’aller plus loin qu’un communiqué de presse dénonçant le film.
En effet, le film se fait très précis sur les circonstances de la mort de l’opposant tiers-mondiste : Mehdi Ben Barka aurait été tué accidentellement par Ahmed Dlimi. Très gentil pour les autorités marocaines, cette version étrange de l’affaire Ben Barka présente Hassan II comme un monarque ayant voulu se réconcilier avec son ennemi numéro un mais complètement manipulé par les militaires. Les exemples d’approximations sont nombreuses : les sanguinaires Oufkir et Dlimi sont présentés comme plein de scrupules, l’implication française est ramenée à la culpabilité de quelques individus etc.Vrai ? Faux ? Le problème avec le téléfilm de France 2 tient justement à ce qu’il ne pose jamais de questions : il affirme continuellement en faisant mine d’oublier qu’une instruction est toujours en cours. Béchir Ben Barka, lui, interroge : France 2 a-t-elle voulu imposer une version officielle ?
http://www.bakchich.info/article1701.html
Extrait Film: L'affaire Ben Barka
L'affaire
Ben Barka
envoyé par xtyu
Durée : 02:17 Pris le : 21 septembre 2007 Lieu : France
L'affaire Ben Barka, réalisation de Jean-Pierre Sinapi. Avec
Atmen Kelik et Grégori Derangère.
Diffusion prochaine sur France 2
Entretien Bachir Ben Barka
Entretien Bachir Ben Barka
envoyé par rue89
Durée : 03:10 Pris le : 30 septembre 2007 Lieu : Paris, Ile De France, France
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Biographie de Mehdi BEN BARKA